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14 janvier 2008 1 14 /01 /janvier /2008 13:56

Il est conseillé de lire les épisodes précédents pour comprendre quelque chose à ce qui suit. Je sais bien qu'il y a un résumé juste au-dessous, mais enfin, bon, c'est pas pareil. Enfin, c'est vous qui voyez.


Résumé des épisodes précédents :

Alors en fait, Djoni il s'est déguisé, pour pouvoir chercher les prisons, et Zorg il se doute de quelque chose mais il sait pas encore et alors en fait c'est parce qu'il y a deux prisons, c'est pour ça, c'est pas les mêmes c'est ça le truc sinon vraiment on comprend rien, parce que c'est chiadé comme histoire, encore que l'auteur ne sait pas du tout ce qu'il va en faire de Zorguinette, mais bon, et donc alors Djoni pour trouver les prisons il faut qu'il trouve quelqu'un qui sache où c'est parce que c'est grand le vaisseau chaipasquoi impérial, enfin, je dis Djoni, mais en fait c'est aussi Klinty et tous les autres, hein, mais c'est quand même Djoni qui a son nom dans le titre alors zut quoi, et alors Djoni il a rencontré Doll qui est très belle et qui est très agaçante, mais elle sait pas non plus où c'est en fait, et Djoni il est super amoureux maintenant, parce qu'il faut trouver le Département de Géographie ou un truc comme ça, parce que là ils peuvent savoir où c'est et tout, mais c'est pas la même prison que l'autre, en fait, c'est ça le truc principal, quand on a compris ça on a tout compris. Voilà.


Épisode fiftine


Pour Klinty, c'était l'enfer.


Il était censé être en mission de sauvetage, un truc dans la finesse, dans le discret, dans le feutré, en plein milieu de la forteresse de l'ennemi, une mission d'infiltration, tout dans le catimini et le tapinois. Un truc dans le genre grand félin dans la jungle, voyez, avec la malheureuse proie insouciante qui se doute pas du malheur qui va fondre sur elle, tout ça.

Et voilà qu'il fallait se coltiner un juke-box culturel femelle, c'était infernal. Ils avaient eu droit à une analyse freudienne de la dimension phallique du Minotaure, une discussion sur la structure des mythes de la grèce ancienne, puis, sans qu'il se rappelle de la manière dont ça avait enchaîné, c'était tombé sur les différents types de gardianne de taureau et les spécificités de la sauce, et enfin sur la migration des flamants roses, assorti de quelques remarques sur la vie sexuelle trépidante de ces volatiles. Infernal.

Par contre, c'était la première fois que Klinty sentait un tantinet de sympathie pour la sœur du débile, Hildegonde, qui semblait en effet être aussi excédée que lui, et qui ne paraissait garder à distance un hurlement hystérique délicatement accompagné de bave écumante qu'à la force d'un surmoi aussi diligent qu'efficace. Le fait que son débile de frère soit en complète admiration béate devant la créature qui semblait fabriquée de bakélite à force de couches de fond de teint n'améliorait certes pas l'état de la pression que devait contenir le surmoi en question.

Le seul avantage que Klinty avait trouvé à cette situation, c'est que quand ils croisaient des gardes impériaux, passés le bref froncement de sourcil constitutif du réflexe professionnel devant de nouveaux venus, dès que la créature blonde était aperçue, ceux-ci faisaient subtilement demi-tour, l'air de regarder ailleurs mine de rien, avec des choses urgentes à faire n'importe où, mais loin. C'était au moins ça de positif, mais Klinty trouvait le prix à payer pour cette sécurité assez impitoyable.



«Heuu, du sel ? Là, tout de suite, maintenant ? Okay, okay, je vais vous chercher ça...»

Le garde se retourna, et une fraction de seconde plus tard, il s'étalait par terre, la nuque brisée. Dans la seconde, son collègue devant la porte était foudroyé d'une décharge de laser.

Comme un chat, la Princesse Lycra lissa tranquillement ses cheveux noirs et luisants. Une étincelle cruelle et déterminée brillait ardemment dans son regard. Elle n'allait pas se rendre sans combattre, non mais alors zut quoi à la fin c'est vrai non mais ho dis-donc.

Et une petite voix dans sa tête, loin derrière les élans guerriers et vengeurs, disait : «haa, et si seulement Klinty pouvait me voir...»



«Bonjour jeunes gens ! Que puis-je pour votre service ?

- Heu, vous êtes ?

- Bryan Dufath, Chef du Département de Topographie du Navire Amiral, pour vous servir !

- Enchanté, je m'appelle Klinty Stewd, et j'ai besoin de savoir où se situent les prisons dans ce vaisseau.

- Les prisons ? Doll écarquillait ses grands yeux et battait des cils comme un papillon de nuit affolé par la lumière. Mais il n'était pas du tout question de cela ! Comment se fait-il que vous cherchiez les prisons, si vous êtes des gardes ? Qu'est-ce que c'est que cette embrouille !

- Comment ça, il y a un problème ? fit Bryan, sourcils froncés.

- Ouais, alors bon, dit Klinty, le truc c'est qu'au départ moi je vous aurais pas emmené avec nous, Doll, voyez, mais vous avez voulu vous incruster, dont tant pis, considérez-vous comme notre prisonnière, et désormais, FERMEZ-LA !

On entendit quelque chose comme un intense soupir de contentement, et on vit Hildegonde, menton levé, arborer un lumineux sourire en coin. Doll battait frénétiquement des cils, la bouche arrondi dans un «hooo» silencieux. Djoni, quant à lui, était outré, et se plaça devant Doll en remontant les épaules, mais il ne dit rien parce qu'il sentit que c'était pas trop trop le moment, et puis quoi, sa seule présence suffisait sûrement à marquer le coup et à bien faire comprendre que, attention, hein, fallait pas toucher à la charmante demoiselle car sinon il allait se fâcher tout rouge. Du coup, il redressa encore un peu les épaules et serra les mâchoires, pour que ce soit encore plus clair.

- Et quant à vous, Bryan, vous l'aurez compris, nous ne sommes pas vraiment des gardes impériaux, malgré notre accoutrement, nous sommes ici illégalement, et je me vois dans l'obligation de vous contraindre à nous donner le renseignement demandé, et dans la discrétion, sinon je devrais utiliser la violence, même si c'est un moyen que je désapprouve.

- HHhhhaaaaAAAAOOOUUUURRGHHhhh (*ouais, bonjour, je me présente, c'est moi, le moyen qu'on désapprouve*), dit Cheequetabah.

- Sachez, jeune homme, que cela ne me fait pas peur, je sais me battre, moi, j'ai fait la campagne de Pluton en 78, moi, jeune homme !

- Et si je vous confisque votre pipe ?

- Je cède devant la menace. Mais je tiens à ce qu'il soit bien spécifié que je réprouve. J'obtempère, mais je réprouve.

- Parfait, alors au boulot. Où sont ces satanés prisons ?»


Klinty avait fortement l'impression que ça ne gênait pas plus que ça Bryan d'être forcé d'utiliser le système informatique impressionnant qui encombrait son bureau. Celui-ci appuya sur un nombre considérable de boutons, faisant démarrer quantités de machines qui se mirent à bourdonner furieusement, et appela son assistant :

- Allez, hop hop hop, Arby, prépare du café, on va en avoir besoin ! C'est parti pour une géo-localisation de niveau 3 !

- Ouaiiis, trop classe, patron ! fit Arby.

Dans une frénésie quasi-hypnotique, Bryan se mit à pianoter sur trois clavier à la fois, scrutant tour à tour cinq écrans différents, qui affichaient des listings de chiffres et de lettres incompréhensibles, se succédant à des vitesses étourdissantes.

- Je vais commencer par lancer les routines de base, ça m'étonnerait que ça marche, mais on sait jamais, hein, des fois que ? Hop, un petit varIdent;{data}-getIdElement"prisons"Into{} pour commencer, ça fera pas de mal...

- Ouaiiis, trop classe, patron !

- Et après je lance les triangulations dichotomiales à boucles rétroactives, ha haa, là ça sera une autre paire de manche, parce que je pars de zéro, voyez, sans aucune indication, et bon alors quoi, ce café, ça vient ? Au fait, la fumée ne vous dérange pas ?»

Devant l'homme de l'Art, tous se firent silencieux et respectueux.

Même les petits yeux de Cheequetabah semblaient épris d'admiration craintive.


La princesse Lycra s'amusait comme une petite folle. Les gardes tombaient comme des mouches sur son passage, sans qu'ils ne se doutassent de quelque chose. Jusque là, elle avançait au hasard des couloirs, mais elle venait tout juste de se trouver un but. On allait bien rigoler. On allait bien voir qui c'est, la princesse Lycra. Bordel de merde.

Elle était tellement surexcitée qu'elle en pensait même des gros mots !



«Heuu, patron ?

- Ouiiiiii... ? répondit Zorg de sa voix doucereuse que tout être sain d'esprit vivant dans son entourage avait appris à craindre.

- Vous m'aviez demandé de vous signaler les trucs inhabituels...

- Héééé bien mais c'est exact, et donc... ?

- Hé bien il s'est passé un truc inhabituel...

- Ouiiiiii...

- Enfin, inhabituel, c'est pas grave non plus, mais comme ça faisait bien dix ans que c'était pas arrivé, j'ai pensé, en mon for intérieur, "tiens, ça a l'air inhabituel, puisque d'habitude ça n'a pas lieu", vous voyez ?

- Ouiiiiii...

- Et comme vous m'aviez dit, alors, je me suis dit, "tiens, il faudrait peut-être prévenir le patron, même si c'est pas grave", je me suis dit, "parce que ça a l'air inhabituel, comme qui dirait", je me suis dit...

- Ouiiiii...

- Parce que comme disait ma mamie, hein, "on est jamais trop prudent", qu'elle disait ma mamie, parce que c'était une chouette mamie, elle faisait les confitures de mûres comme pas deux, haa, vous auriez goûté ça, patron, vous n'auriez pas pu manger d'autres confitures, ça je vous assure, et j'adorais aller chez elle en vacances, mais alors, vous savez ce que c'est, comment sont les mômes, hein, j'arrêtais de faire des bêtises pour la faire tourner en bourrique, je me rappelle la fois où...

- On abrège, on abrège ! Et vous me rappellerez de vous mutez au local à poubelles, à l'occasion !

- Heuuu, hahem, hé beeeen, c'est le Département de Topographie, patron...

- Le... quoi ? C'est quoi ce truc ? Ça existe ?

- Heuu, oui patron, c'est un truc pour trouver des lieux qu'on sait pas où c'est dans le vaisseau, rapport que c'est grand et que personne comprend rien aux plans, tout ça...

- Ha ? Hé bien, on en apprend tous les jours. Et donc, il a quoi, ce Département de Topotruc, là ?

- Ben il s'est remis en service pour effectuer une recherche...

- Ha ?

- Et ça arrive jamais, en général, personne ne va rien leur demander, aux gars de la Topographie... Qu'est-ce que vous en pensez ?

- J'en pense d'abord qu'on paie des gars à rien foutre depuis des années, et qu'il va falloir que ça cesse. Et j'en pense que c'est bien ce que je pensais... Il y a quelque chose qui se trame !
Envoyez immédiatement un détachement au Département de Photographie !

- Topographie !

- De Topographie ! Et que ça saute !

- Bien, patron ! Et, heuu, pour le local à poubelles, patron ?»

Zorg mit fin à la conversation. Zorg regarda au loin. En vrai, il regardait deux mètres plus loin la cloison de son bureau, mais métaphoriquement parlant, c'était comme de regarder au loin. Il était totalement surexcité, c'est-à-dire qu'il battit des paupières deux fois au lieu d'une, et que ses battements cardiaques augmentèrent de deux ou trois par minutes. Il y avait bel et bien un truc qui clochait, son instinct ne l'avait pas trompé. Son instinct ne le trompait jamais. Restait à savoir s'il avait détecté à temps le truc qui clochait, ou si c'était trop tard...



«Elle est belle hein ? dit Arby.

- Ouais ! répondit Djoni.

- Et alors, comme ça, c'est ta copine ?

- Naan, enfin pas encore, mais ça va se faire. Y'a des regards qui trompent pas, tu vois?

- Waaah, trop classe !

- Et en plus, elle sait des tas de trucs, elle est incroyable. Tu savais, toi, qu'il fallait plus de sept ingrédients pour faire la sauce d'une gardianne de taureau ?

- Waaaahh ! Trop fort !

- Ouais, hein ?»

Bryan, qui était resté silencieux jusqu'à maintenant, concentré qu'il était sur la mise au point de ce qu'il appelait un "Sumatra manuscrit" (ce qui ne faisait rire que lui), s'exclama soudain :

- Ha haaa, je crois que je vais bientôt en voir le bout ! Je peux déjà vous certifier que les prisons sont au niveau moins dix-huit ! Ça avance, ça avance !»

Aussitôt, Klinty, Hildegonde, Sarstky et Hutch s'approchèrent instinctivement des écrans.


Et ce fut à ce moment précis que le monde s'écroula.

Le vaisseau entier était relié par un système de communication d'urgence, de manière à ce que, en cas d'urgence, justement, le poste de commandement puisse joindre toute personne sur le vaisseau. C'est précisément ce système qui se mit en route, voix tonitruante et omniprésente, faisant résonner le moindre recoin du vaisseau :

«ALLO ! ALLO ! ICI, C'EST LA PRINCESSE LYCRA QUI VOUS PARLE ! J'AI PRIS POSSESSION DE CE VAISSEAU, CE QUI FAIT QUE MAINTENANT, JE FAIS CE QUE JE VEUX ! ET POUR COMMENCER, VOUS ALLEZ TOUS VIRER D'ICI, JE VEUX PLUS PERSONNE D'ICI VINGT MINUTES, HOP HOP HOP, ON SE BOUGE ON SE MOTIVE, DANS VINGT MINUTES JE SUIS SEULE DANS CE VAISSEAU SINON JE PULVÉRISE UN AUTRE VAISSEAU DE LA FLOTTE IMPÉRIALE, ET JE RIGOLE PAS ! »

Klinty et ses amis restèrent abasourdis et inerdits, sans même entendre Bryan, qui, indifférent, continuait tout seul :

- mmmh, ou alors c'est mon varId {ElemEnt"care";}" then{varData-Id°} qui ne fonctionne pas, je vais essayer avec un cl_1_1{}, ça ira mieux, sauf si ma boucle tourne à vide, et à ce moment-là...

Klinty cacha ses yeux avec sa main droite, en marmonnant :

- Non, mais quelle chieuse, mais quelle chieuse, MAIS QUELLE CHIEUSE !!»


Et la voix toute-puissante de rajouter alors :

«AU FAIT, J'OUBLIAIS : ZORG T'ES UNE PT'ITE BIIIT-HEU, ZORG T'ES UNE PT'ITE BIIIT-HEU !»

Suivi d'un petit rire de gorge absolument charmant.

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16 décembre 2007 7 16 /12 /décembre /2007 13:02
"Il faut toiser les terroristes"
Zorg



Épisode fortine


«Nan, sérieux, on est paumés, là...

- Non ! Je vous dis qu'il sait ce qu'il fait !

- Arrête... Cette casserole... Je te dis qu'on est paumés, enfin quoi !»


La petite troupe de nos héros était rassemblée au beau milieu d'une coursive déserte et oubliée du vaisseau amiral, regroupée autour d'une sorte de marmite rouillée à l'envers posée sur roulettes, qui n'était autre, à la vérité, qu'un droïde Elzévir de classe Phantom seconde génération à combustible neutronique du nom de HT2P, mais franchement ça faisait plutôt marmite.

La marmite était reliée par un câble à un terminal d'ordinateur encastré dans la paroi de la coursive, et faisait entendre des séries impressionnantes de sons synthétiques allant du cri de la souris frustrée jusqu'au pet de hamster, en passant par le décapsulage d'une canette de bière et le klaxon d'une 2CV.

C'était en fait le signe d'un intense auto-brain-storming intérieur, signifiant par là que le brave droïde, enfin, la marmite, quoi, traitait des teraoctets de données à la vitesse d'électrons lancés comme autant de billes de flipper dans ces processeurs ; l'ennui, c'est qu'il paraissait encore loin de tilter. C'est du moins ce que laissaient entendre les mines tendues et un tantinet impatientes de Stravisky et Hutch, regardant Klinty avec inquiétude.

«Klinty, bon sang ! Laisse tomber ! Il n'y arrive pas, c'est tout !

- Il VA y arriver.

- Atteeends... Ça fait dix minutes qu'on est coincés là ! Il sait même pas encore où on est ! Tout à l'heure, il a dit qu'on était dans la salle de bain du troisième niveau, après il a soutenu qu'on était dans les...

- Je sais ce qu'il a dit. But give him a chance. Tout le monde a le droit à sa chance. C'est son moment. Laissez-le lui.

- Mais meeeerde, on va se faire repérer à force, on le sait bien que c'est toi qui l'a retapé, ce truc, mais c'est pas une raison pour...

- C'EST PAS UN TRUC, OK ? C'est un droïde Élzévir de classe Phantom seconde...

- Et si on demandait aux renseignements, plutôt ?» fit la voix glaciale d'Hildegonde.


Hildegonde se tenait fermement campée bras croisés, le regard perçant comme du diamant derrière ses double foyers, tapotant du pied droit.

«Non, parce qu'on discute, on discute, hein, mais ça fait dix minutes qu'on est le nez sous un panneau qui indique "renseignements", juste là...»


Un ange passa.

Une meute d'anges passa. Et repassa, au ralenti, intrigués qu'ils furent d'avoir le temps de tous faire un deuxième passage. Alors qu'ils se décidaient, radieux et enhardis par ce boulevard qui s'offrait à eux, à effectuer un troisième passage (le rôle d'ange passeur est assez frustrant, des heures d'attente pour une prestation brève et jamais appréciée à sa juste valeur, c'est dur), nos héros réagirent enfin : tous se tournèrent vers Klinty.

Klinty, malgré le bruit de bataille spatiale de type Nitendo qui continuait à s'énerver à la hauteur de ses genoux, fit la moue et plissa les yeux.

«Bon. Ça va bien que je suis démocrate, hein. On va faire comme vous voulez. Mais vous avez tort.»

Un soupir de soulagement parcourut la petite assemblée, qui fila bien vite dans la direction de la flêche indiquée par le petit panneau.


Resté en arrière, Klinty, se retourna vers la marmite, toujours branchée sur le terminal de la coursive :

«Allez, va. Viens. Une autre fois...

- Birrliuuutihhhtoouuuuuiiit...

- Mais non, mais non...»



Zorg appuya sur le bouton de son bureau qui lui permettait de causer avec l'officier de garde.

«Oui, patron ?

- Rien à signaler ?

- Heuu... Vous me l'avez demandé il y a cinq minutes...»

La voix de Zorg aurait congelé le Sahara :

«Hé bien, je vous le redemande.

- B... ben, non, alors, toujours rien à signaler...

- Pas d'anomalies ? Pas de tuyau bouché ? Pas de caméra en rade ? Pas de porte non refermée ? Pas d'aération en panne ?

- B... ben non, patron. Tout va bien, en somme.»

Zorg interrompit la communication. Il n'était pas satisfait. Il regarda dans le vague, en proie à un intense examen de conscience. Il sentait quand un truc pas normal se passait. Ça le démangeait de là à là, ça le picotait, ça lui fourmillait, il savait.

C'était un don. C'était ce même don qui lui avait permis de ne jamais se faire prendre quand, gamin, il chipait les pots de Nutella dans le placard des réserves. En vérité il avait horreur du Nutella, mais c'était juste pour faire chier sa mère - une sombre histoire de stade anal.

Zorg était préoccupé, et frustré de ne pas savoir de quoi exactement il fallait se préoccuper.



Stravisky et Hutch bavardaient à mi-voix alors que le groupe se dirigeait vers ce qui était indiqué comme étant les renseignements.

- Dis-donc, tu as remarqué ?

- Quoi ?

- À chaque fois, cette fille, là...

- Quelle fille ?

- Ben là, celle qui est avec nous, avec les grosses lunettes et les boutons !

- Une fille ?

- Ha bah, techniquement, c'est une fille, hein...

- Oui, c'est vrai... je vois ce que tu veux dire... Bon, une fille, admettons... Hé ben qu'est-ce qu'elle a ?

- Et ben elle a qu'à chaque fois elle nous fait passer pour des cons, voilà ce qu'elle a !

- C'est pas faux...

- J'te jure, si je tenais le sombre connard qui écrit cette histoire...

- C'est ici », s'exclama en chuchotant Hildegonde(1), devant une porte coulissante au-dessus de laquelle un écriteau lumineux indiquait : "renseignements".


Avant que Klinty ait pu esquisser le moindre geste, Hildegonde avait déjà appuyé sur la plaque d'ouverture de la porte : un mélodieux "ding" se fit entendre, et la porte coulissa dans un chuintement moelleux.

La salle qui se dévoila alors était décorée de tentures de soies délicates en camaïeu pastel de bleu, de mauves et de rouge bordeaux. Des statuettes africaines de l'ère pré-spatiale trônaient un peu partout, des estampes  et des aquarelles étaient disposées avec goût, et une douce fragrance de jasmin (avec quelques notes de cannelle et de vanille) flottait dans l'atmosphère. Derrière un bureau décoré par des reproductions miniatures de statues célèbres, se tenait assise une femme, qui leva les yeux de l'épais livre qu'elle était en train de lire. En un seul geste souple et délicat, elle posa son livre, se leva et sourit.

Dans le quart de dixième de seconde qui suivit, Djoni tomba fou amoureux. Elle était grande, avec des cheveux blonds cuivrés et luisants qui lui tombait doucement sur les épaules, des yeux bleus d'une douceur infinie dont les cils semblaient illimités, des lèvres pulpeuses et rouges, et un sourire éclatant, lumineux et éternel. Sa robe fourreau, simple mais raffinée, ne cachait rien de ses formes parfaites.

«Bonjour à vous, soyez les bienvenus ! Je m'appelle Doll ! Que puis-je pour vous ? dit-elle posément d'une voix de velours, chaude et modulée.

- Hé bé heuu ben beuu... fit Djoni.

- On cherche les prisons, déclara Hildegonde d'un ton pincé.

- Heuu, en fait on cherche le Département de Topologie, plus exactement, ajouta précipitamment Stravisky, en tapant du pied le tibia d'Hildegonde.

- Oui parce que heuu, nous on est nouveau, ici, fit Hutch.

- Oui, voilà, on est nouveau, alors on sait pas où c'est, et on nous a dit "allez au Département de Topologie", alors on est embêtés, du coup, vous comprenez ?

- Mais bien entendu, il n'y a aucun problème ! répondit la créature. C'est un vrai labyrinthe ici, le Minotaure n'y retrouverait pas ses petits, hu hu hu ! ajouta-t-elle en un charmant rire de gorge, tout en rejetant ses cheveux en arrière d'un coup de tête gracieux.

- Le quoi ? demanda Klinty, l'air perplexe, avec des sourcils en position soucieuse.

- Le Minotaure ! C'est de la mythologie pré-spatiale, vous ne connaissez donc pas ? dit-elle ingénuement. Il faudrait que vous lisiez de la mythologie grecque, j'adore la mythologie grecque, il y a justement une nouvelle édition annoté par...

- Ha ça des mites au logis, ça c'est pas bon, faut tout désinfecter après, c'est des vraies saloperies, intervint Sam.

- Ho, non, vous confondez, la mite est un insecte de l'ordre des lépidoptères et du sous-ordre des hétérocères qui...

- Ouais, heu bon, non, le Minotaure on connait pas, coupa Klinty. Bon, pour le département de Topographie, alors ? Vous savez où c'est ?

- Bien sûr, je vais vous y amener ! fit la demoiselle d'un ton engageant.

- Heuu, vous pourriez pas nous dire où c'est, tout simplement ?

- Non, non, c'est vraiment complexe pour y arriver, vous savez ! Et puis c'est un véritable plaisir que de vous aider et de faire votre rencontre ! Venez !»


Et alors que le groupe se mettait à suivre la créature qui semblait marcher sur coussin d'air, Hutch se pencha vers les autres et dit :

- Elle m'inspire pas du tout confiance !

Hildegonde dit :

- Moi non plus !

Djoni dit :

- Elle est fabuleuse !

Klinty dit :

- J'avais bien dit qu'il fallait laisser faire HT2P !

Sam dit :

- Si elle peut me dire comment se débarrasser des mites, moi ça m'intéresse !



Du fond de sa cellule sombre, la Princesse Lycra fulminait. Les séances de toisage l'épuisaient, et elle savait qu'elle ne tiendrait plus longtemps face à l'infâme Zorg.

Ses yeux brillèrent dans le noir. Elle n'allait pas se laisser vaincre sans combattre.

Merde, quoi.



Loin de là, autour d'une autre étoile, dans les bas-fonds du palais impérial, l'Empereur, père des nations, chef de toutes les galaxies de l'Univers connu, grand ordonnateur des lois impériales régissant des centaines de milliards d'êtres humains, qui pouvait rayer un système planétaire d'un seul geste de la main, l'Empereur tout puissant visitait les prisons de son palais, les pires prisons de tout l'Empire, les prisons spéciales, les prisons d'où l'on de revenait pas. Et l'Empereur disait :

- L'abat-jour, bleu lavande ? Ça va pas jurer avec les rideaux ?»



(1) Si, si, s'exclamer en chuchotant, dans les films ils y arrivent trop bien.

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5 novembre 2007 1 05 /11 /novembre /2007 11:57

Certaines des scènes qui suivent sont d'une violence inouïe. L'âpreté des combats, le sang qui gicle, les cris de terreur hurlante, les tripes qui repeignent les murs, ceci n'est pas supportable et ne peut être exposé sur un blog tout public, surtout si on considère qu'il peut se trouver dans ledit public un nombre non négligeable de bisounours.

Par conséquent, afin de ne pas heurter les bonnes meurs et faire cauchemarder mon lectorat avec des scènes d'intestin qui se déroule comme un tuyau d'arrosage, de membres tranchés qui pissent le sang comme un arroseur automatique, ou de visage brûlé avec la peau qui fait des cloques, l'auteur a pris soin de discrètement mettre un voile pudique sur les scènes en question, de manière subtile, qui ne devrait pas entraver le fil de votre lecture tout en atténuant le choc traumatique que n'aurait pas manqué de provoquer la violence crue racontée sans précaution.

Et, du coup, vous pourrez faire un bisou à l'auteur qui est tellement gentil avec vous.

Épisode Seurtine.


La tension était palpable.

Le Sigma Fox Shippyards Coco Alpha-Class Shuttle Millenium Air Wing Falcon Omega III avait atterri dans un hangar à l'écart des plate-formes d'appontages habituelles, et par conséquent en marge du trafic incessant qui régnait en général dans le vaisseau amiral de la Flotte. Il n'y avait pas un chat.

En revanche, y'avait un max de suspens. On pouvait palper la tension.

On attendait.

On guettait.

On était à l'affût.

Tendu.

Et palpé, donc.


Le vaisseau amiral, cet immense navire céleste, qui renfermait en son sein les Quartiers Spéciaux de la Prison Impériale dans laquelle se trouvaient les prisonniers politiques d'importance, était comme une ruche monstrueuse et infinie, constituée de centaines de kilomètres de couloir, de coursives, de hall, de bureaux, de hangars, d'ascenseurs, de machines, de pièces indéfinies, de recoins inexplorés, de salles avec rien dedans, de réduits que personne savait à quoi ça sert, de canalisations indéterminées, de bidules et de fils mystérieux venus de nulle part et allant nulle part, le tout relié en un tel réseau en trois dimensions que même l'ordinateur central n'était pas certain de tout maîtriser, afin, par exemple, de déceler de manière certaine où se nichaient les toilettes du pont A645_K8.

Parce que, déjà, localiser le pont A645_K8...


De tout façon, on ne demandait pas ce genre de renseignements à l'ordinateur central, qui avait d'autres chats à fouetter, comme de coordonner les albedos de chaque vaisseau de la Flotte en fonction des forces de Coriolis appliquées au système, corrigées par les variables relativistes, ce qui, excusez-moi, a quand même une autre gueule. Demander un renseignement sur un simple lieu du vaisseau amiral à l'ordinateur central, c'était être assuré de se faire rire au nez avec la plus grande condescendance - l'ordinateur central était très conscient de sa valeur et de son importance dans le dispositif de la Flotte, bref, il se la pétait.

C'est pour cela que, quelqu'un, un jour, avait eu l'idée de créer un département spécifique attaché à étudier les plans du vaisseau, afin d'aiguiller quiconque en aurait besoin - en effet, même pour le moindre travail de plomberie, il était courant que, par exemple, en fermant l'arrivée d'eau chaude, c'était en fait l'eau froide du niveau en-dessous qui devenait inaccessible(1).

Le DTNA, Département de Topographie du Navire Amiral fut donc constitué, puis vite oublié ; mais il subsistait malgré tout, dignement représenté par son Chef, un vieux bonhomme qui passait son temps tranquillement en fumant sa pipe et en se coupant du saucisson accompagné d'un coup de rouge, et par son Assistant, un jeunot boutonneux pas très fûté mais de bonne volonté, qui avait trouvé que "Département de Topographie" ça faisait classe.

Dans l'ensemble, ils étaient peu dérangés.

Ils le perpétuaient assez facilement, d'ailleurs, sans même vraiment le vouloir, car, vu la complication de la chose, chaque demande de repérage voyait en général sa réponse reportée à la quinzaine d'après. Et pour trouver des toilettes, ça ne collait pas vraiment avec l'empressement généralement associé à ce genre de requête.


C'est ainsi que vous pouviez facilement vous retrouver dans des coins paumés de cette immensité labyrinthique, loin de toute l'agitation de fourmilière dévolue aux endroits importants du vaisseau, ce qui rendait donc imaginable le sauvetage de Princesse en détresse, clef de voûte primordiale de toute histoire qui se respecte.


Et c'est donc parqués dans un hangar anonyme que nos héros se tenaient prêts, tendus tels des prédateurs à l'affût (enfin, certains, pas tous - je laisse le lecteur se faire son idée).

Une sorte de mélodie crispante, genre un truc à l'harmonica sur trois notes, planait subliminalement dans l'atmosphère, comme un parfum diffus au confins de la sensation concrète.

Les contrôleurs de l'Empire, venus vérifier l'identité des occupants, et qui n'avaient donc pu le faire par radio à cause d'une apparente panne d'émetteur, entrèrent tranquillement dans le Sigma Fox Shippyards Coco Alpha-Class Shuttle Millenium Air Wing Falcon Omega III, croyant à une opération de routine.

Ils étaient trois.

Ils pénétrèrent dans la navette.

Et là, Martine plonge dans l'eau. Patapouf éclabousse tout le monde. L'eau est bonne ! Patpatouf fait le fou, il fait rire tout le monde. Martine s'amuse dans les vagues. Nicolas nage très bien la brasse, il est sportif ! Il est temps de revenir sur le sable. Martine et Nicolas se sèchent vigoureusement, et Patapouf s'ébroue en envoyant des gouttes partout ! Tout le monde s'amuse.


Quelques instants plus tard, nos héros descendirent la rampe d'accès, circonspects, arme au poing : Klinty en tête, Stravisky et Hutch le suivant immédiatement, puis Hildegonde, Djoni (enfin, ce qu'il en restait) et le chaudron clignotant sur roulettes (qui était en réalité HT2P le droïde), et enfin, Sam et Cheequetabah fermant la marche.

Il s'agissait maintenant de trouver où la Princesse Lycra était gardée captive. Ça s'annonçait palpitant. Vous palpitez, non ?


Zorg, penché sur les documents qu'il étudiait, leva d'abord un sourcil ; puis les yeux ; puis, très lentement, le visage entier. Quelque chose... Une vibration de l'air... Comme quand il se passait un truc qu'il ne fallait pas qu'il se passe...

Mmmh...

Zorg fit la moue. Peut-être était-il trop... Comment disait-on, déjà ? Dé... Ha oui, "débordé". C'était un truc d'être inférieur, ça, d'habitude, mais bon, nul n'est parfait. Il faudrait qu'il songe à prendre des... comment déjà... ha oui, "vacances".

Un petit quart d'heure à rien faire sur un canapé, à l'occasion.

Non pas que cela le réjouissait de s'abaisser à des pratiques de faibles, mais enfin si ça pouvait l'aider à ne pas se déconcentrer de son travail inutilement....


Il y avait des gardes qui barraient la sortie du hangar.

Klinty, Stravisky et Hutch mirent en joue, et Martine coupe le beau gâteau. Qu'il a l'air bon ! Tout le monde veut la plus grosse part. Mais il faut être raisonnable, chacun en aura. Le gâteau est plein de crème. C'est Augustine qui l'a fait, elle y a passé l'après-midi. Patapouf jappe, il voudrait une part lui aussi ! Tout le monde rit, et Martine lui explique que ce n'est pas pour les petits chiens. Tout le monde est maintenant servi, quel régal ! C'est vraiment un anniversaire réussi !

Nos héros débouchèrent sur une coursive qui semblait déserte. À part Cheequetabah, et la bassine en ferraille, tous avaient revêtu les uniformes des gardes. Ils étaient maintenant véritablement dans la place, au cœur du monstre.

«Eeeeeeet comment on fait, maintenant ? fit un filet de voix tremblotant, à peine audible, dont le chevrotement caractéristique identifia immédiatement son auteur comme étant Djoni.

- Étape numéro 1 : on fonce vers le Département de Topographie, répondit Klinty, yeux plissés vers le fond tu couloir, les muscles de la mâchoire saillants sous la peau.

- Eeeeeeet c'est où ça le département de topotruc ?

- C'est HT2P qui va nous le dire.

- Haaaaaaaa, hé bé, fit Djoni dans une sorte de trémolo étranglé. Ça c'est du plan, hein. Balèze. Mais, j'ai remarqué un truc, c'est qu'il y a personne qui garde le vaisseau, je trouve ça dommage, moi je préconiserais que...

- Le vaisseau se gardera bien tout seul, allez on y va !»


Le Général en chef en charge du Palais Impérial se pencha à l'oreille de l'Empereur, pendant que le Consul du système de Gradubydh débitait son discours. Tout le monde dans la salle du conseil roupillait ferme, de toute façon ; les séances de doléances étaient toujours le lieu où de vraies décisions se prenaient, de manière informelle et orale, pour occuper le temps.

«Votre Grâce, j'aurais besoin de votre aval pour de menus travaux...

- Des travaux ? Quels genres de travaux ?

- Des travaux de rénovation, Votre Grandeur.

- Mais de rénovation de quoi ?

- De rénovation de locaux du Palais, Votre Seigneurerie.

- Mais les locaux de quoi, à la fin ? Vous allez la cracher votre pastille, ou bien ?

- La prison, Votre Magnificience.

- Hé ? Mais pourquoi vous voulez rénover la prison ? Depuis quand ça a besoin d'être rénové, une prison, maintenant ?

- Depuis qu'on voudrait y aménager de nouvelles installations, Votre Immensité.

- Haaa, ben voilà, c'est ça qu'il faut me dire ! De nouvelles salles de torture ?

- Heuu, non, Votre Amplitude.

- Bon mais quoi alors ? Qu'est-ce qui vous arrive ?»

Le Général ferma les yeux, soupira, sachant que c'était maintenant que la catastrophe allait arriver. Il rouvrit les yeux, et articula, mobilisant tous ses réflexes professionnels :

- Ce serait pour installer une table de massage et un bain à bulles, Votre Sublimité. Et une cabine d'UV, aussi. Peut-être un home-training, si on a la place.

- ...»


Le Consul du système de Gradubydh ne sut jamais pourquoi, en plein milieu de son discours, l'Empereur se leva soudain pour crier :

«NON MAIS QU'EST-CE QUE C'EST QUE CE BORDEL ! C'EST PAS FINI DE SE FOUTRE DE MA GUEULE ? LÀ ÇA VA CHIER JE VOUS PRÉVIENS TOUT DE SUITE !».

Du coup, le système de Gradubydh entra en sécession, suite à cet affront impardonnable fait à son représentant.

Bien entendu, la semaine d'après le système était rasé par les Forces Impériales.




(1)
Et la chose amusante était que quand on rétablissait l'eau chaude, non seulement l'eau froide restait inaccessible au niveau d'en-dessous, mais l'eau chaude ne revenait pas non plus au niveau initial. La plupart des plombiers de l'Empire étaient sous anti-dépresseurs.

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6 octobre 2007 6 06 /10 /octobre /2007 17:57


(Note aux éventuels nouveaux lecteurs - et même aux anciens, au point où on en est : pour comprendre quelque chose à ce qui suit, il est fortement recommandé de lire les épisodes précédents).


Épisode touailve.

Là, ça rigolait plus.


Y’a un temps pour tout : un temps pour rigoler, et un temps pour ne plus rigoler, et là, ça rigolait plus.


Ça s’appelle : un briefing.

À ce niveau-là, on pourrait plutôt dire : un conseil de guerre.


D’où, sans doute, l’attitude de Djoni. En tant que propriétaire du vaisseau qui allait soutenir l’assaut principal, on l’avait malgré tout gracieusement invité à s’asseoir autour de la table, en compagnie de Klinty, Stravisky et Hutch, et Hildegonde, qui, quoique circonspecte, tenait à s’assurer que ces grands couillons ne fassent pas n’importe quoi sans qu’elle y ait mis son grain de sel.

Djoni, en revanche, n’était pas circonspect, ce n’est pas vraiment le mot qui convient ; livide serait déjà plus approprié. Il venait d’entamer son troisième trajet consistant à passer ses ongles un à un dans une sorte de tondeuse à gazon déchaînée, constituée de ses incisives s’entrechoquant à haute vélocité. Parce que, tout de même, l’idée d’envoyer son cher Sigma Fox Shippyards Coco Alpha-Class Shuttle Millenium Air Wing Falcon Omega III à l’assaut d’une des plus grandes forteresses de l’Empire, ça passait pas. Il y avait un petit quelque chose qui lui échappait. Si bien que les débats avaient beau atteindre son oreille interne, ça glissait sur son encéphale comme un œuf sur une toile cirée.

Pendant ce temps, les pros débattaient quelque chose de bien. C’est qu’il ne fallait rien laisser au hasard. La moindre erreur pouvait être fatale. Un détail - et, paf vous êtes mort. Forcément, ça fait réfléchir. Je vous disais que ça rigolait pas.

 

«Sur le flanc gauche, il faut absolument ioniser les bippers-X, sinon l’interférence biglera les racks.

- Oui, mais que feras-tu en cas de carbulation du gabulimètre ?

- C’est un risque à prendre...

- Et si on préférait ridouiller les plottards, tout de suite, sans attendre ? On l’aurait, notre couverture ?

- C’est ça, et si la platouille nous lâche, on n’est pas dans la merde !

- On peut très bien régler la platouille pour la torgnoler sur le rayon de traction du blistomasteur, hein...

- Je doute qu’on ait assez de temps pour effectuer un torgnolage correct ! Je préfererais blatifuler les staminolastères, à tout prendre ! C’est un peu primaire, mais ça a fait ses preuves !

- L’ennui c’est qu’on ne sait pas si leur détecteur à infraglobes est capable de déceler une configuration en dépistouille...

- Ça ne règle pas le problème du gabulimètre, hein...

- Ou alors, connecter nos testouilleurs sur la dardanule, on augmentera la puissance de feu des branlecteurs !

- Je me demande : peut-être qu’en tirant la chevillette...

- Pour que la bobinette se mette à cherrer ? Non, non, non, surtout pas !

- Dites, fit Hildegonde, et si, juste, on se camouflait en profitant d’un convoi, pour s’infiltrer en douce ? Juste ?»


Il existe dans la littérature des tas d’expressions, de formules, de tournures, qui sont devenues galvaudées à force d’avoir été employées à toutes les sauces, on le sait. Mais il faut reconnaître que leur succès est bien dû à une efficacité certaine et à un impact redoutable d’intelligibilité immédiate. En l’occurence, celle qui paraît le mieux choisie pour décrire ce qui se passa à ce moment est : “silence assourdissant”.

Klinty, Stravisky et Hutch se regardèrent dans les yeux à tour de rôle, avec une drôle d’expression, du genre de celle que prendrait un expert en physique quantique qui, arrivant à bout d’une équation régissant les entrailles les plus intimes de la matière et dont seules dix personnes au monde seraient capables d’en saisir le sens, verrait son gamin de dix ans lui faire remarquer en passant qu’il a fait une erreur d’addition.

«...

- Mouais...

- C’est aussi une option...

- Faudra y réfléchir...

- Si le tortouilleur ne veut pas s’aligner en vertical-sloom-down, on pourra toujours essayer...

- Pourquoi pas...

- Ok, c’est réglé, fit Hildegonde, on s’infiltre dans un convoi, on se fait passser pour des fournisseurs, on simule une panne de radio pour éviter les contrôles, on se met dans un coin du hangar, on attend que les gars viennent contrôler en chair et en os, on les assomme et on prend leurs uniformes, on cherche où est la princesse, et on va la délivrer. Des questions ?

- Mmmh...

- Eeeeet si je restais en arrière, comme couverture ? fit la voix de Djoni, curieusement déformée, comme venant de trèèèèès loin.



«Oui, seigneur Djhoba ?»

Metelo-Zuni 4 était confortablement installé dans le siège en cuir du petit poste de pilotage de sa navette personnelle. Il était en chasse. Il aimait ça, être en chasse. Il se faisait des tas de fantasmes de faucon fondant sur sa proie et ce genre de trucs. Ça le faisait triper à mort, aux commandes de son petit bijou qui pouvait battre de vitesse aisément n’importe quelle navette de l’Empire.

«Gaaghgaahga ?

- Oui seigneur Djobha, je suis sur leurs traces, mais... Ils semblent se diriger vers le vaisseau amiral de la flotte impériale... Donc, pour l’instant, ça va être difficile...

- Ghha ? ghagha ghhha gggga !

- Vous avez raison, seigneur Djobha, comme toujours. Vous êtes le meilleur, seigneur Djobha.

- Ghaa ghaghaggg !

- Heuu... ? Hahem... C’est ça, b... bisous, à plus... »

Tout en coupant la communication, Metelo-Zuni 4 se dit que décidément, le seigneur Djobha (dit le Hutin) était imprévisible.



Le Général en chef qui avait en charge tout le fonctionnement du Palais Impérial et commandait toute la garnison qui y était affectée ne levait pas souvent les yeux des documents qu’il avait sur son bureau. Un chef, n’est-ce pas, ça a des obligations et des occupations qui naviguent dans des sphères bien au-dessus du monde des ploucs ordinaires. Par conséquent, le Général recevait dans son bureau en restant invariablement la tête penchée sur les documents qu’il parcourait puis signait, inlassablement. Et, dans le même temps, il vous écoutait et vous répondait ; car c’est ça, aussi, un chef, un type qui fait des trucs super forts.

Deux fois seulement, jusqu’à présent, il avait levés les yeux pour regarder son interlocuteur. La première fois, c’est quand on lui avait annoncé qu’on avait retrouvé sa femme ivre-morte dans un cabaret de streep-tease, vêtue d’un body en brillant argentée et de bottes de cow-boy avec des étoiles lumineuses dessus. La deuxième, c’est quand on l’a prévenu que le système d’évacuation du Palais s’était totalement mis en rade, et que les pompes avaient tout refoulé vers l’intérieur plutôt que vers l’extérieur, avec comme conséquence qu’une substance marronasse et nauséabonde d’un bon centimètre d’épaisseur recouvrait les salles de réception du Palais, et ce deux heures avant l’arrivée des consuls des Provinces.

Et là, donc, c’était la troisième fois.


«Vous dites, colonel ?»

Le colonel qui gérait la légion du Palais Impérial était devant lui, debout et pas super à l’aise, mais en bon professionnel, le menton était fermement maintenu vers le haut.

- De la musique baroque, mon Général. Et de l’encens, mon Général. Et on a repeint les couloirs en bleu lavande, mon Général.»

Les sourcils du Général dessinaient une courbe compliquée sur son front.

«En bleu lavande ? Les prisons ? Mais qu’est-ce que vous racontez ?

- C’est cette fille, mon Général.

- Quoi, cette fille ?

- C’est quand elle vous regarde, mon Général.

- Hé ben quoi, qu’est-ce qui se passe quand elle vous regarde ?

- Heuu... Vous faites ce qu’elle vous demande, mon Général.

- Non, mais qu’est-ce que... Dites, vous êtes colonel dans la Garde Impériale oui ou non ?

- Heu... oui, mon Général.

- Bon, alors ! Vous vous ressaissez et vous me remettez ça en ordre, nom de Dieu !!

- C’est-à-dire, mon Général...

- Quoi ?

- Je venais vous demander une autorisation, mon Général. Pour la prison, justement, mon Général.

- Une autorisation de quoi ?

- Heuu... c’est rapport au jacuzzi, mon Général.»



«Allo, allo, ici contrôle impérial, Sigma Fox Shippyards Coco Alpha-Class Shuttle Millenium Air Wing Falcon Omega III, veuillez donnez vos identifications.

- C.. ‘est - à d... on a u... &$ùetit PROb...me deù$:, tr...smISSion @&ù...

- Ha, ok, je vois. Mettez-vous dans le hangar 4-B, et attendez le passage de la patrouille de contrôle.

- D’ac... &`$, m...rci les ga...§$/... c’e... &ù$%...yMPA !»

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27 mai 2007 7 27 /05 /mai /2007 13:31
(Note aux éventuels nouveaux lecteurs - et même aux anciens, au point où on en est : pour comprendre quelque chose à ce qui suit, il est fortement recommandé de lire les épisodes précédents).



"Il me semble parfois que mon sang coule à flots,
 Ainsi qu'une fontaine aux rythmiques sanglots.
 Je l'entends bien qui coule avec un long murmure,
 Mais je me tâte en vain pour trouver la blessure. "
 Baudelaire, in. les Fleurs du Mal - La fontaine de sang

 "On a mis Patapouf au milieu de la farandole. Il pleut des confetti. Les serpentins volent. Le disque ne s'arrête pas de jouer de la musique. On a la tête qui tourne, tourne..."

 Marcel Marlier, Gilbert Delahaye in. Martine fête son anniversaire)

 "Les chasseurs de scalp ! Bloody hell, qu'est-ce que ça vient faire là-dedans ?..."

 Blueberry, in. OK Corral. 2003

 "Ce n'est qu'ensemble qu'on sera plusieurs"

 Bruno Salomone, in. œuvres complètes

 "Frères ! de ces deux voix étranges, inouïes,
 Sans cesse renaissant, sans cesse évanouies,
 Qu'écoute l'Éternel durant l'éternité,
 L'une disait : NATURE ! et l'autre : HUMANITÉ !"

 Victor Hugo, in. Ce qu'on entend sur la montagne

 "Et maintenant, je vais jouer aux billes"

 Benoît Brisefer, in. les Taxis Rouges.



épisode iléveune

     «Nul toi-même !
     - N'importe quoi, d'abord !
     - Pis d'façon t'es trop bête, tu comprends rien !
     - C'est celui qui le dit qui y est !
     - C'est ça, tu te crois malin !
     - T'es qu'une grosse vermicelle bouillie, na !
     - Ouais, ben toi t'es qu'un chimpanzé moche ! Avec des boutons !
     - De toute façon j'vais venir avec mon frère y te cassera la gueule !
     - Ouais ben alors là n'importe quoi, pasque mon papa il est plus fort que ton frère, alors !
     - Ton papa il est pas beau et il sent mauvais !
     - Ton frère il est plein de poils et il louche !
     - Toujours plus que ce que tu diras !
     - Pff, c'est nul, si je dis l'infini ça marche même pas ton truc, tu vois que t'es bête !
     - C'est ça, tu fais ta madame-je-sors-ma-science !
     - Moi au moins j'en ai de la science, c'est pas comme toi !
     - Tu sais faire que ça, de crân...
     - DOOOONG !»
     Dès que le gong retentit, la Princesse Lycra et l'infâme Zorg regagnèrent immédiatement leur siège respectif.
    La Princesse se désaltéra, et en profita pour verser une partie de sa gourde sur le visage ; de son côté, Zorg se faisait masser les deltoïdes pendant qu'un autre garde lui passait une éponge  humide sur le front.
     La Princesse avait maintenant des cernes marquées (cernes qui, chez n'importe quelle autre, aurait fait fatiguée et triste, mais qui, elle, la rendait à la fois tendrement vulnérable et admirablement courageuse), cernes qui signifiaient l'âpreté de la confrontation, sans pitié. La Princesse savait que ses forces n'étaient pas infinies, qu'elle finirait par craquer, mais il fallait tenir, tenir, tenir...


     «Heu, ben c'est-à-dire que moi, au départ, je voulais juste faire baroudeur, hein, pas sauveur de l'Univers, pis en plus, est-ce que ça gagne quelque chose, sauveur de l'Univers, pasque moi faut que je rembourse des dettes, alors j'ai pas que ça à faire, voyez...
     - Hé ben pour une fois que mon crétin de frère dit quelque chose de sensé ! C'est de l'abus de pouvoir ! Vous n'avez pas le droit ! Nous forcer à participer à la libération de votre pouffe ! Et puis quoi encore !
     - Écoutez, Hildegonde, fit Klinty, c'est très important, il s'agit de l'avenir possible de milliards de gens, de les libérer de ce joug impérial autoritaire et injuste, on ne peut pas faire passer des considérations personnelles avant...
     - Ouais, ben voyons, s'écria de plus belle Hildegonde, dont les yeux derrière les carreaux de ses lunettes semblaient crépiter d'électricité statique, l'avenir de l'Humanité, blablabla ! C'est surtout que vous voulez vous la taper, votre Princesse, ouais !
     - Ben oui, évidemm.. Heu, mais enfin non voyons, comment osez-vous insinuer des choses pareilles !
     - Ouais, intervint Sam, et nous, alors, les sans-grades, on nous demande même pas notre avis, c'est ça ? On compte pour du beurre, on est considérés comme inférieurs, c'est bien ça  ?
     - Oh toi ta gueule ! s'exclama Klinty.
     - Oh toi ta gueule ! s'exclama Hildegonde
     - Heuu... tais-toi, Sam ! dit aussi fermement que possible Djoni. S'il te plaît, ajouta-t-il après un temps de réflexion.

     Un silence tendu s'installa dans la pièce principale du vaisseau dans laquelle se tenait ce briefing mouvementé, les regards furieux et figés comme dans les meilleurs épisodes de  Santa Barabara.
     Officiellement, il s'agissait en toute simplicité de préparer une modeste attaquounette du vaisseau amiral de la flotte impériale qui constituait la Prison Impériale officielle (à ne pas confondre avec les prisons tout à fait officieuses du Palais de l'Empereur, prisons n'ayant, elles, aucune existence légale et avouée mais dont pourtant la seule évocation faisait gémir  d'horreur n'importe quel citoyen normalement constitué - l'autre aussi, remarquez, disons que le gémissement était alors légèrement moins appuyé), entreprise guerrière dont Djoni et Hildegonde,  chacun pour des raisons qui leur était propre, ne voyait pas vraiment ni la faisabilité, ni la foncière utilité, alors que tout cela paraissait fort naturel à Klinty, car enfin quoi, prendre  d'assaut à quatre ou cinq une légion entière c'était la routine, et en plus ça marchait toujours. En effet, les gens gardent cette croyance tenace que les sauveurs de l'Univers sont forcément des  types aux capacités exceptionnelles, alors qu'en fait, ce qui se sait peu, c'est qu'il suffit d'essayer pour que ça marche, car, en effet, les ennemis sont certes toujours nombreux, avec certes des  chefs terribles et puissants pour faire peur, mais servis inévitablement par des gros nuls, c'est ça le truc : les soldats ennemis trouvent inéluctablement le moyen de se mettre à découvert, ou de tomber forcément dans le moindre piège grossier, et tirent toujours largement à côté, donc, en fait il n'y a aucun risque, en vrai, mais évidemment tant qu'on n'a pas essayé, c'est comme le saut à l'élastique, c'est un peu impressionnant, on n'ose pas se lancer.
     Dans un coin, assez indifférent aux débats, Cheequetabah le Youqui suçait pensivement son doigt, préalablement trempé dans un pot de Nutella, ce qui avait d'ailleurs pour effet de vider le pot à moitié, vu l'épaisseur dudit doigt (et dudit doigt, ça fait qu'un seul doigt, malgré les apparences). Il repensait, péniblement, à ces drôles d'idées dont lui avait parlé Sam, ces  derniers temps. Il n'avait pas très bien encore saisi le concept de "cinq-dix cas" (c'est soit cinq, soit dix, d'habitude, et puis de quels cas parlait-il ? Mais il n'avait pas osé poser la question), ni celui de ce "Camp des Gais Travailleurs" qu'il voulait créer, pour défendre les intérêts des travailleurs manuels, avait-il dit, injustement spoliés par les baroudeurs et autre  sauveurs de l'Univers, avait-il affirmé. hhhuuuAAAOOUUUURRrgh (*bah tant qu'on a notre Nutella... ?*) avait-il rétorqué, fort habilement, du moins lui avait-il semblé (l'argument était, à son sens, imparable). Mais Sam n'avait pas eu l'air convaincu, avait sorti quelque chose sur "le maitre et l'esclave", et était partit bougonner plus loin, dans son hamac de travailleur. Depuis, Cheequetabah était perplexe.
     Assistaient également à la scène Stravisky et Hutch, et visiblement, ils auraient préféré pas.
     Stravisky se lustrait ostensiblement les ongles, avec un luxe de détail qui dénotait bien son désir brûlant d'être à ce moment n'importe où, mais pas ici. Quant à Hutch, il cherchait apparemment à faire croire qu'il se passionnait pour les rivets qui fixaient les gaines d'aération de la pièce, mais un je-ne-sais-quoi laissait penser qu'il aurait plus que volontiers tenté la technique du "j'm'éloigne-sur-la-pointe-des-pieds-l'air-de-rien-j'existe-pas-pom-pom-pom".
     Mais, toute gênante qu'était la situation, ils gardaient le courage de rester car ils le savaient bien, que de toute façon, en tant que sauveur de l'Univers, c'est Klinty qui  aurait le dernier mot.


     Il y eut une sorte de gargouillis infâme, comme si on fouillait avec une spatule dans des tripes baignant dans des mucosités immondes, et l'imposant Djobha (dit le Hutin), prêteur sur gages, répandu sur sa couchette, ouvrit la chose caverneuse et glaireuse qui lui servait de bouche, et dit :
     «Gahagaga, gagagghaaga, gha, gagagagggaah !
     - Oui, seigneur, répondit la silhouette sombre qui se tenait debout à côté. Djoni S. Aleedey, c'est noté, seigneur Djobha.
     - Gaagaghga, ghaaaa, gagag !
     - Les petits gnomes l'ont repéré, capturé mais il s'est échappé. Très bien, seigneur Djobha, ainsi ce sera facile de retrouver sa trace, seigneur Djobha.
     - Gaahghaga, gaaaaaa ! Ghagha !
     - Il paie ou je l'emmène ici et il meurt, c'est simple et efficace, mon seigneur, comme toujours. Heu, seigneur Djobha ?
     - Ghaga ?
     - Vous avez un peu de... qui dégouline... Non, de l'autre côté... Voilà...
     - Gh.
     - De rien.»


     Djoni et Hildegonde s'étaient retirés pour délibérer tranquillement. Le choix était décisif. Leur vie était prête à basculer - si ce n'était déjà fait.
     «Écoute Djoni, je crois qu'on n'a pas le choix. Ça m'énerve à devoir l'admettre, mais il nous faut les suivre et les seconder. Et puis regarde : si jamais on les aide, on sera forcément récompensé, tout plein de schblomphs, et hop, c'est la fin de nos problèmes ! Tu te rends compte !
     - Ouais, c'est ça, ben voyons, je me rend super compte, à donf, ça va marcher comme sur des roulettes, on entre dans la prison la mieux gardée de l'Univers, au nez et à la barbe d'une légion impériale entière, et hop, on ressort avec la Princesse Cracra-machin là, tranquillou milou les mains dans les poches, bien sûr ! Tu parles, tu cherches n'importe quel prétexte pour suivre ce type, ce Klinty... parce que, je vais te dire, t'es amoureuse, voilà, ha haa !
     - Quoi ? Quoi ? s'exclama Hildegonde d'un ton offusqué, moi, moi, amoureuse de ce... de ce... bellâtre ? Non mais qu'est-ce que tu vas insinuer ? Que j'aimerais me faire prendre  à même le sol forcée par ses bras puissants de grande brute et me cambrer bestialement sous ses coups de boutoir de fier étalon qui me transporteraient au septième ciel et me feraient hurler sans retenue de plaisir sauvage, divinement abandonnée à la luxure des ébats lubriques et animals ? Alors là, n'importe quoi !
     - Ha bon, bon, j'ai rien dit... Bon, d'accord, d'accord, on y va, libérer la Princesse Viagra-truc, là, pfff...»


     Le colonel en avait pourtant vu des vertes et des pas mûres dans sa carrière. Et actuellement affecté à la légion gardant le Palais Impérial, il était habitué à repousser les  critères de la normalité dans des recoins insoupçonnés. Mais là tout de même, debout face à la baie vitrée de son bureau, main dans le dos, surplombant une partie des jardins impériaux, il restait  songeur et nerveux.
     Il repensait à son étrange entrevue avec le chef des prisons spéciales du Palais. Il avait fini par à peu près s'habituer à la présence de ce qu'on avait de la peine à appeler un humain : avec ses cheveux en touffes rares et filasses, sa bouche tordue dans un rictus laissant apparaître des dents jaunâtres, il traînait avec lui sa réputation de terreur pure. On disait qu'il riait alors que le sang de ses victimes pissait partout à gros bouillons et l'éclaboussait ; qu'il n'aimait rien tant que le son des os qui craquent, et qu'il avait une collection de CD qu'il avait  constitué lui-même, et qu'il ré-écoutait le soir avant de s'endormir ; certains affirmait même qu'il avait caché des tas d'aveux pourtant spontanés rien que pour avoir le plaisir de continuer de  charcuter ses victimes.
     C'est dire si le colonel s'était senti surpris quand le responsable du département Logistique lui avait communiqué les listes de fournitures sollicitées par les prisons spéciales, en lui faisant part de son propre étonnement. En effet, au lieu des barils d'acide, des seringues ou des clous habituels, il avait bien lu ce qu'il avait lu, inscrit noir sur blanc sur du papier officiel des Armées Impériales. Alors bien entendu, il avait convoqué le chef des prisons, pour comprendre. Parce que, tout de même, "papier crépon", "feutre", ou "rubans et paillettes",  c'était curieux.
     Le colonel sentait qu'il allait devoir faire une visite à ces foutues prisons. Non que ça lui faisait plaisir, c'était des lieux où il n'avait jamais mis les pieds, et où il avait espéré ne jamais avoir à le faire. Mais il n'arrivait pas à s'ôter de la tête la réponse du chef des prisons spéciales. Il se passait quelque chose d'anormal.

     Il avait répondu : «parce que c'est joli».
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22 avril 2007 7 22 /04 /avril /2007 19:16
(Note aux éventuels nouveaux lecteurs : pour comprendre quelque chose à ce qui suit, il est fortement recommandé de lire les épisodes précédents).


Your Djac Baweur© product will be repaired at the Djac Baweur© service stations listed hereunder. In case the repair work required is beyond their capabilities, they will introduce you to one of the service stations near their location where it is possible for the repair to be done.

Votre produit Djac Baweur© sera réparé dans l'un des centres d'après-vente dont la liste figure ci-après. Au cas où les réparations dépassent leur capacité, ces centres vous présenteront à un autre centre d'après-vente à proximité où les réparations seront possibles.

Ihr Djac Baweur©-Produkt wird von den nachstehend aufgelisteten Djac Baweur©-Kundendienststellen repariert. Für den Fall, daB die erforderliche Reparaturarbeit die Fähigkeiten dieser Kundendienststellen übersteigt, werden Sie an eine nahegelegene Reparaturstelle verwiesen, wo die Reparatur durchegeführt werden kann.

Su producto será reparado en las estaciones de srvicio listadas aqui abajo. En caso de que la tarea de reaparçion requiereda esté fuera del alcance de su capacidad, éstas le presentarán una de las estaciones de servicio de las cercanias donde es posible que le puedan efectuar la reparaçion.


Europe
France
Frison-en-Bressois, 5 place de la Mairie
(à droite après le feu, demander Roger au Café des Sports)


Épisode taine

    Pour qui aurait tendu l'oreille dans le silence oppressant qui pesa soudainement telle une chape de plomb dans l'atmosphère électrique, un air inquiétant et obsédant d'harmonica sur trois notes dans le lointain aurait probablement bizarrement agacé ses tympans. Ainsi que le chuintement épris de solitude d'un vent sec balayant la plaine brûlante.

    Zorg faisait face à la Princesse Lycra.

    La Princesse Lycra sautillait sur place en inspirant et expirant régulièrement, les bras ballants, tandis que Zorg levait et baissait ses épaules, tout en effectuant des assouplissements du cou en remuant lentement la tête dans tous les sens.
    L'affrontement était maintenant imminent.
    Ça allait chier grave.

    Un Garde impérial, évitant scrupuleusement de regarder la Princesse pour éviter de s'échauffer en la regardant s'échauffer, vu les résultats qu'opérait la gravité sur les parties charnues de la Princesse sautillante, déposa des serviettes éponges et des bouteilles d'eau sur les chaises respectives des deux protagonistes. Un autre déposa dans un coin un telcom duquel échappait faiblement des flots de paroles nasillardes :
    «...non mais tout de même, je l'avais pourtant prévenue, tu crois qu'elle y aurait fait attention, mais non voyons, toujours plus maligne, mais vraiment les gens maintenant ils se croient tout permis, au lieu de travailler et de gagner honnêtement leur vie, ils préfèrent s'amuser ha oui alors là évidemment pour faire la fête alors là hein, c'est une honte de voir des choses pareilles, parce que tu comprends moi je le savais bien que de toute façon...»

    La Princesse Lycra souleva son sourcil gauche, et tendue et concentrée, fit, avec juste ce qu'il fallait de mépris contrôlé :
    «C'est quoi, ça ?»
    Zorg fit une moue contrariée, et répondit calmement, les yeux mi-clos :
    «Mmmmmh, ce n'est rien, un petit... contretemps fâcheux, mais cela ne devrait pas nous gêner.»


    Alors que le Sigma Fox Shippyards Coco Alpha-Class Shuttle Millenium Air Wing Falcon Omega III et les deux navettes de Stravisky et Hutch produisant leurs habituels et irréels couinements enragés de pneus chauffés à blanc, surgissaient à pleine vitesse du hangar de la base des affreux gnomes, ladite base explosa dans une boule de feu monumentale et démesurée en une pluie d'étincelles du meilleur effet.
    Car c'est un fait que, alors qu'aucune raison rationnelle ne semble le justifier, une base ennemie explose toujours dans des gerbes pyrotechniques impressionnantes quand les héros s'enfuient victorieusement (la fuite d'un héros est toujours victorieuse), le tout sous des fanfares de cuivres claironnantes.
    Or, respectons donc les bonnes vieilles traditions narratives, afin de faire de cette histoire un récit consensuel et rassembleur de toute la famille, toute entière, petits et grands, réunie autour de l'écran et riant de bon cœur aux blagues de ce diable de farceur de Djac, après que les enfants aient fini leur devoir et lavé leurs mains, que maman ait fini la vaisselle et mis le rôti au four et que papa soit rentré du travail, le chien observant la scène en jappant joyeusement (oui, dans le même temps, préparons-nous d'ores-et-déjà psychologiquement à l'après-présidentielle, les amis...).
    Toujours est-il que c'était la liesse dans le poste de pilotage du Sigma Fox Shippyards Coco Alpha-Class Shuttle Millenium Air Wing Falcon Omega III, on déboucha une bouteille de Nutella et on sortit des pots de Champagne, on s'embrassa, on cria sa joie, on railla l'hideuseté difforme des sales petits gnomes qui n'étaient plus qu'un mauvais souvenir, on refit le match, on mima les actions les plus déterminantes, on disserta sur l'exactitude des faits que la faconde alcoolisée exagérait, on fit péter les chips et les caouhettes, et personne ne faisait attention à la voix ennuyée d'Ikselle noyée dans le joyeux tintamarre :
    «Et, psst, sivouplé, on va où, maintenant, là ? Nan mais, sérieux, je fais quoi ? Hé ho ?»


    Zorg engagea la partie par un toisage classique, les yeux mi-clos dans une condescendance souveraine dont il avait le secret, et effectué bien entendu à la perfection.
    La Princesse, bien entraînée, encaissa sans difficulté, et enchaîna avec un toisage de base, histoire de tâter le terrain, le regard méprisant au possible.
    Zorg riposta avec son pilonnage habituel de toisage lifté à deux mains, ce à quoi s'attendait la Princesse, qui accéléra subitement et chercha le toisage gagnant pour tenter de toiser à la volée afin de déstabiliser le toisage de fond de cours de Zorg.
       Hélas, elle toisa pour cette fois en faute (un Garde Impériale se mit à beugler : «OOOOOOOOUUUUUT !!!!!!»), il lui fallait encore se régler, ça n'était que le début.

    15 - 0, Zorg service à suivre.

    La partie, promettant une jolie opposition de style, ne faisait que commencer.
    S'il vous plaît, les joueurs sont prêts, merci.


    Stravisky, Hutch et Klinty se concertaient  à l'écart, dans une des coursives du vaisseau.
    Droit et digne, Klinty se tenait de toute sa hauteur, bras croisés, menton relevé, et regard fièrement porté vers le lointain (lointain assez fictif, puisque les coursives d'un vaisseau spatial sont plutôt étroites, mais bon, tout est dans l'intention).
    Apparemment, se tenait un conseil de guerre de la plus haute importance, où l'on discutait ferme stratégie et diplomatie, dans les hautes sphères de ce qui allait compter dans l'histoire de la galaxie.
    Approchons-nous pour profiter de ces moments historiques uniques et fascinants, de ceux qui font que le destin des peuples peut basculer sur un rien à tout moment :

    «Alleeeez quoi ! Klinty !
    - Nan !
    - Klinty, sois raisonnable, c'est important, enfin, tu sais bien !
    - M'en fous, j'irai pas !
    - Bah, écoute, c'est ballot, elle voulait sûrement pas dire ça...
    - Elle fait rien qu'à m'embêter, alors tant pis pour elle, na !
    - Mais, Klinty, et la Rebellion ? On a besoin de la Princesse comme leader, sans ça c'est tout qui tombe à l'eau, et c'est l'Empire qui en sort grand vainqueur, tu sais bien, quoi !
    - M'en fous ! L'avait qu'à pas être méchante !
    - Rhaaa, mais arrête, c'était pas sérieux, elle le pensait pas, elle était énervée, tu la connais, quoi, Klinty...
    - Mmhmgnngmnmg...
    - Allez Klinty ! Faut y aller ! Faut la délivrer ! Elle nous a envoyé te chercher, c'est quand même un signe, ça, non ?
    - Mouaiiis...»


    Zorg serra la main à la Princesse Lycra :
    «Bravo, bien joué, vraiment !
    - Je vous en prie, c'était réellement un beau match !
    - Non, non, vraiment, vous m'avez surpris, je croyais tenir la partie en main, et puis...
    - Ha oui, à 5-3, je commençais à douter, mais vous avez eu cette petite défaillance, là, le sourcil gauche...
    - Et vous avez su superbement en profiter à votre avantage, c'était très bien joué. Mais ça n'est que partie remise, je vais finir par vous faire craquer vous savez, j'ai tout mon temps...
    - Hé bien, mais, je vous attends, je n'ai certainement pas dit mon dernier mot...»


    Groumphi fut alpagué par son chef dans le couloir sordide longeant les sombres cachots des terribles geôles secrètes impériales.
    Le chef était petit et nerveux ; il lui manquait des touffes de cheveux filasses, le coin droit de sa lèvre supérieure restait soulevé en permanence, laissant apparaître des espèces de crocs jaunes sale.
    «Dis-donc, Groumphi ! C'est quoi cette putain d'odeur ?
    Groumphi prit son air le plus penaud, triturant ses doigts et baissant la tête.
    «Ben ça s'appelle Soir d'Été en Provence, chef. C'est de l'encens, chef.
    - De... du quoi ?
    - De l'encens. Un truc pour sentir bon.
    - Mais qu'est-ce que c'est que ce putain de bordel ! Ici ce sont les putains de prisons secrètes de l'Empereur ! Ici c'est le pire cauchemar qui puisse arriver à quelqu'un dans toute la galaxie ! Ici ça pue le moisi et la fiente de rat ! Et ici les gardes comme toi sont recrutés en fonction du nombre de membres de leur famille qu'ils ont violés ou éviscérés ! Alors ces putains d'histoires de trucs qui sentent bon, c'est fini, compris ?
    - Voui, chef.»
    Le petit nerveux s'éloigna à son habituel pas précipité et irrégulier de dangereux psychopate, et laissa Groumphi, seul, songeur.
    Puis, ce dernier se retourna, et embarqua lourdement sa carcasse de 130 kilos vers le petit poste de garde, où il rejoignit Kraboum.
    «Alors, il voulait quoi, le chef ? demanda Kraboum, sans lever les yeux de son ouvrage.
    - Ho, c'est rapport à l'odeur, ça lui plaît pas...»
    Cette fois Kraboum regarda son collègue :
    «Bah oui, hein, mais qu'est-ce qu'on peut y faire ? Elle serait vraiment pas contente, hein ?
    - Beeeen... Non. Ça, c'est sûr, elle serait vraiment pas contente...»
    Groumphi poussa un long soupir. Puis il ajouta :

    «Et sinon, toi, ça avance tes rideaux ?» 
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4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 23:32
   (Note aux éventuels nouveaux lecteurs : pour comprendre quelque chose à ce qui suit, il est recommandé de lire les épisodes précédents).

     Cher monsieur,
    En tant qu'utilisateur honnête et régulier d'internet, je voudrais me plaindre de ce qu'on trouve sur le Web. C'est vraiment inqualifiable, c'est un scandale. Tout fout le camp. Pauvre France, pauvre monde.
    L'histoire que nous propose ce pseudo-blogueur de Jac Baveur est totalement plate et inintéressante. Il ne se passe rien, aucune action, c'est mou du genou. Encore un coup de ces bien-pensants de bobos parisianistes, bande de tapettes. Je suis sûr que ce Baveur est favorable aux trente-cinq heures, à tous les coups. Un fainéant de saltimbanque ou de fonctionnaire. C'est avec des gens pareils que la grandeur de la France se trouve un peu plus humiliée chaque jour.
    Je souhaite donc, monsieur, que vous fassiez le nécessaire pour que les choses changent, et que cette histoire inculque enfin les vrais valeurs.
    Merci d'avance.

    Alfred Grognon, Caporal-chef en retraite au 25ème RIT de Grenoble.


épisode naïne

    Au petit matin, après une nuit pénible due, d'une part, à la dureté du sol, et d'autre part, à l'incapacité de HT2P de se mettre sur «veille», tout se passa très vite.

    Djoni et ses camarades d'infortune furent d'abord réveillés par des coups sourds qui semblaient ébranler toutes la base des sales petits gnomes qui les avaient fait prisonniers. Aussitôt, Klinty fut debout, près de la porte, à scruter de l'oreille les moindres bruits engendrés par l'activité des gnomes (oui, on peut scruter avec les oreilles, si je veux d'abord, et ne m'interrompez pas s'il vous plaît).
    Djoni ne pouvait s'empêcher de dissimuler son impatience :
    «Alors ? Alors ? Alors ?»
    - Chhhhtttt...»
    Tout le monde retint sa respiration ; le temps s'arrêta, figé sur Klinty en son état scrutatoire, les yeux plissé par l'effort de concentration extrême, une goutte de sueur perlant sur son front buriné. Soudain, il se redressa, et affirma d'un ton qui ne tolérait aucune contestation :
    - C'est le moment. Il faut sortir d'ici.
    - Heuuu... fit Djoni.
    - Ha ha, très drôle, sortir d'ici, mais bien sûr, ben voyons, môssieur Stewd sait tout mieux que tout le monde, la porte est fermée à clef mais môssieur Stewd il va nous l'ouvrir à la seule force de son petit doigt, ha ha, sarcastisa(1) Hildegonde.
    -Non, répondit calmement Klinty, grand seigneur, pas avec mon petit doigt.»

    (en réalité, même s'il ne se l'avouait pas ouvertement, Klinty se la pétait un peu dans ces moments là. Il avait beau savoir, que, forcément, en tant que héros chef de la Rebellion et tout, et en compagnie d'une bande de nazes comme il y en a peu, sa supériorité stratégique coulait de source sans qu'il y ait lieu d'en tirer une quelconque fierté. C'est comme de mesurer un mètre quatre-vingt quatre, ou d'avoir un corps élancé et racé, c'est une donnée, un fait établi, pas de quoi en faire un fromage. Mais, malgré tout, et comme tous les héros en fait, il faut le savoir, même si on nous le cache soigneusement pour ne pas écorner leur image, Klinty trouvait son petit plaisir à se la péter un peu, et à se la jouer sûr de lui quand il avait la solution que les autres n'avaient pas, en adoptant un ton l'air de pas y toucher, avec la nonchalance décontractée et supérieure de celui qui gère quoi qu'il arrive. En fait, sa solution devait forcément marcher puisque il était le héros, quel que soit le ton qu'il employait, mais bon, chacun trouve ses petits plaisirs là où il peut. En plus, ça marchait grave avec les filles. Enfin, apparemment, pas avec Hildegonde. Et, tant mieux pour lui, dans un sens, vu sa tronche.)

    - Pas avec mon petit doigt, mais avec ceci. HT2P, tu crois pouvoir ouvrir cette porte ?»
    HT2P affirma un sybillin «grouUit blEouPouit» et fonça vers la serrure électronique ; un petit capot dans le corps de l'espèce de chaudron qui constituait le droïde s'ouvrit, et une sorte de pince à tout faire sortit avec un «bzrrzrrzrrzr» appuyé, et un rien rouillé, semblait-il.
    Ce qui n'empêcha pas la porte de s'ouvrir toute grande quelques secondes après, Klinty s'efforçant de prendre l'air du gars blasé qui faisait ça tous les jours.
    Dans les couloirs, c'était la chienlit.


    Le telcom de Zorg sonna sur son bureau.
    Il se retint de soupirer.
    Il avait du travail, il fallait préparer les interrogatoires des rebelles captifs, se concentrer avant des séances de toisage qui allaient devoir être de grands moments de toisage, puisque il aurait affaire avec la Princesse Lycra en personne, qui ne devait pas se laisser toiser comme ça, c'était une femme de caractère, que Zorg respectait, pas comme ces carpettes de la Garde Impériale qu'il était contraint de côtoyer à longueur de temps.
    Mais, le nom de l'appelant apparut sur l'écran, et cette fois, Zorg soupira pour de bon.
    Il ne pouvait pas différer l'appel. Ça aurait été le Colonel de Services des télécommunications de l'armée, le Général en chef des Armées de Terre, le ministre de la Propagande, de la Publicité et des Jeux Télévisés, ou même l'Empereur en personne, il aurait pu refuser de répondre et aurait fait poireauter le temps qu'il aurait fallu.
    Mais pas là.

    C'était sa sœur.

    Sa sœur était à l'espèce humaine ce qu'un croisement entre un éléphant et un tigre du Bengale aurait représenté pour le règne animal: une présence annonciatrice de contrariétés et de désagréments.
    En fait, Zorg devait à de longues heures pénibles et torturantes en la présence de sa charmante grande sœur ses capacités exceptionnelles de toisage et de glacial commandement : c'était des capacités qu'il s'était forgé en réaction aux subtils tourments endurés du fait de cette chère Priscilla qui avait trouvé en son frère un jouet fort gratifiant, jusqu'à ce que Zorg se soit suffisamment perfectionné.
    Mais, tout expert qu'il était devenu en résistance psychique et en absence de toute émotion superflue, braver sa sœur lui semblait totalement impensable. Et il n'était pas le seul. En vérité, pas un seul Homme ou Extraterrestre dans l'Univers suffisamment sain d'esprit n'aurait pu imaginer que braver cette dame pouvait mener à quoi que ce soit d'autre qu'à une catastrophe personnelle très désagréable.

    Zorg pris un cachou, une inspiration, puis appuya sur un bouton.
    «Ouiiiii ??
    - Écoute Zorg, c'est moi Pricilla, c'est affreux, écoute, c'est un scandale, vraiment, c'est impensable des choses pareilles, je ne la comprends pas, et puis quoi mais enfin que fait la police, c'est un monde tout de même, hein, on se demande quand même à quoi servent nos impôts, c'est bien la peine de se faire racketter par l'Empire si c'est pour que ça ne serve à rien, parce que quand même c'est pas si compliqué de faire son travail, mais voilà maintenant on n'est plus à l'abri nulle part même si...
    - Priscilla... ?
    - ... mais ça ne va pas se passer comme ça, ho là là, j'ai des droits, moi, on est quand même dans un Empire, je te prie de croire qu'on va en entendre parler en haut lieu, car c'est un vrai scandale, enfin tout de même si la police faisait correctement son travail on n'en serait pas là, et puis c'est à cause de tous ses étrangers venus de toutes ces planètes aussi, voilà à quoi la police est occupée, on préfère protéger tous ces étrangers plutôt que de veiller sur les honnêtes citoyens, non mais franchement...
    - Priscilla, je...
    - ... et puis aussi avec ses idées bizarres ça devait arriver, hein, à force de s'occuper de ces trucs d'humanitaires, voilà bravo elle a gagné, et c'est du soucis pour sa pauvre mère, oh mais ça tu parles elle y a jamais pensé ça, c'est pas son problème, de toute façon ça ce sont les jeunes d'aujourd'hui, il faudrait que tout leur tombe comme ça tout cuit, ha mais moi de mon temps excuse-moi hein mais il fallait se démener pour s'en sortir, alors que maintenant, avec leur musique de dégénérés, voilà ce qui arrive, et quand est-ce que...
    - Hahem, Priscilla, QU'EST-CE QU'IL SE PASSE EXACTEMENT... ?
    - ...l'empereur devrait tout de même prendre des mesures qui... hein ? Ha oui, hé bien, figure-toi que Zorguinette a disparu ! Introuvable ! Sans prévenir, rien, elle est partie, sans même penser au mouron que se ferait sa pauvre mère, tu te rends compte, c'est une honte, mais elle a toujours été comme ça, à n'en faire qu'à sa tête, c'est son père qui a toujours été trop faible avec elle, ça je l'ai toujours dit, hein, et maintenant on voit le...»
    Zorg se rappelait en effet, avoir vaguement eu connaissance de l'existence d'une nièce.
    D'après ses maigres souvenirs, celle-ci avait un caractère au moins aussi trempé que sa mère, mais en réaction, avait adopté une vision de la vie radicalement opposée, et émargeait dans des mouvements plus ou moins légaux et anti-impériaux, au plus grand désespoir de sa mère. Zorg avait de ce fait toujours réussi à éviter les invitations à manger chez sa sœur, ce qu'il imaginait de la présence de deux furies à moins de deux mètres l'une de l'autre l'épuisant à l'avance.
    Sa sœur ne s'était toujours pas interrompue :
    - ...c'est le problème en ce moment, on accepte n'importe quoi, tu te rends compte, personne ne réfléchit plus, alors que quand même si on avait deux sous de bon sens...
    - Bon, JE VAIS VOIR CE QUE JE PEUX FAIRE» dit Zorg le plus fort possible, en estimant la chance d'avoir été entendu à 3 sur 10 environ. Puis il ouvrit un tiroir, en tira deux boules quiès, et laissant le pauvre telcom martyrisé en marche, essaya de se concentrer sur ses dossiers.


    Dans la base des petits gnomes en capuche, rien n'allait plus. Djoni et ses amis comprirent bien vite ce qui s'était passé : des assaillants avaient fait leur boulot d'assaillants, ils avaient assailli, et ils avaient l'air d'être plutôt doués à ce petit jeu-là, car les gnomes couraient en tous sens, affolés par le surgissement d'une surprise imprévue, ce qui, pensa fugitivement Klinty, était un bel exemple de pléonasme.
    Mais foin de figures de rhétorique, l'heure était à la baston.
    Cheequetabah était aux anges.
    Il s'employait au lancer de gnomes avec une efficacité redoutable, en frôlant le strike à chaque fois.
    Djoni se faisait certes une haute idée du baroudeur de l'espace qu'il était censé incarner ; mais, dans certaines situations, c'était à la guerre comme à la guerre, et nécessité faisait loi. Il s'adonnait donc à sa technique réflexe, qui consistait en des grands coups de pied dans les couilles, ce qui, vu la taille des gnomes, exigeait peu en matière de souplesse. La méthode, peu gracieuse gestuellement parlant, se révélait pourtant fort efficiente.
    Hildegonde, qui réfléchissait un peu plus que la moyenne, avait quant à elle préféré ramasser un blaster tombé des mains d'un gnome à peu près émasculé dorénavant après avoir pour son malheur croisé la route de Djoni, et dégommait tout gnome qui menaçait d'un blaster le moindre de ses camarades en pleine mêlée.
    Sam était certes un lymphatique, mais, comme tous les lymphatiques, il était capable d'une activité prodigieuse quand le besoin s'en faisait irrésistiblement sentir. Actuellement, il développait un travail de placage qui aurait fait sa fortune au pays de Galles.
    HT2P, lui, avait opté pour la déstabilisation psychologique : il poursuivait les gnomes avec sa pince afin de leur piquer les fesses, ce qui était du point de vue de la déroute morale de l'ennemi redoutablement performante.

    Klinty, lui, se baladait tranquillement dans les couloirs en sifflotant, se sachant vaguement suivi par les autres, en recherchant son chemin pour accéder à la piste de décollage sur laquelle devait encore se trouver le Sigma Fox Shippyards Coco Alpha-Class Shuttle Millenium Air Wing Falcon Omega III.
    Il ne fut pas plus surpris que cela en apercevant Stravisky et Hutch, planqués derrière leur vaisseau, blaster à la main, et tiraillant comme des forcenés sur tout gnome à portée.


    Les deux mètres quatorze de Kraboum firent irruption dans le poste de garde des prisons secrètes impériales. L'assiette, dans sa main, aurait pu paraître proportionnellement comme une petite soucoupe pour tasse à café de dinette d'enfant, mais il s'agissait bien d'une assiette standard, contenant un pavé de saumon, du riz parsemé de persil, des feuilles de mâche élégamment disposées, le tout nappé d'une délicate sauce crémeuse.
    Kraboum regarda son collègue Groumfi, et l'air de ne pas croire que ces mots sortaient effectivement de sa propre bouche, il dit :
    «Finalement, elle veut pas de la sauce vin-blanc échalottes. Elle préfère la sauce à l'estragon légèrement citronnée relevée de cardamone.»
    Groumfi se figea, et déglutit péniblement.
    «La sauce de tout à l'heure, quoi, juste avant ?»
    Kraboum, raide comme un piquet, répondit comme dans un rêve :
    «C'est ça.»
    Groumfi, le regard de celui qui doute d'être bien la même personne habitant son propre corps et à laquelle il s'était habitué depuis sa prime enfance, le regard de celui qui fait semblant de voir ailleurs pour ne pas sombrer dans une folie schizoïde, le regard de quelqu'un qui ne sait vraiment plus où il en est, dit :
    «Bon, hé bien on va arranger ça, je vais rapporter l'assiette à la cuisine, c'est pas grave, hein.»
   


(1) Du verbe sarcastiser, émettre un sarcasme. Ho et ne m'embêtez pas, hein, si vous croyez que c'est facile tous les jours, moi je fais ce que je peux, ou alors il nous faut plus de moyen mais tu parles c'est politique magouille et compagnie laiiiiisse tomber, de toute façon quand on voit ce qu'on voit, hein, et qu'on entend ce qu'entend, pfuu, mais ouiiii, c'est comme tout, ça, c'est comme tout.
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19 décembre 2006 2 19 /12 /décembre /2006 14:08
 (Note aux éventuels nouveaux lecteurs : pour comprendre quelque chose à ce qui suit, il est recommandé de lire les épisodes précédents).

     Or donc, c'est la fin.
    Tout est terminé.
    Il n'y a plus d'espoir.
    Tout le monde est enfermé.
    L'histoire est finie.
    Toutes les issues sont closes.
    Toutes ?
    Non, car un village résiste encore et toujours à l'envahisseur.
    Enfin c'est pas vraiment ça, mais l'idée y est.

Épisode eillte

    La cellule dans laquelle Djoni et ses camarades étaient retenus prisonniers par les espèces de petits gnomes suintait l'ennui et l'attente résignée, un peu comme chez le médecin. Ils étaient tous assis ou affalés comme ils pouvaient, et regardaient le temps passer comme les vaches regardent les trains.
    Les deux seuls qui échappaient à l'accablement et à la lassitude quasiment palpables, étaient d'une part Sam, que l'habitude de la glandouille quotidienne mettait définitivement à l'abri de ce genre de désagrément, et Klinty, d'autre part, qui avait trouvé dans le bric-à-brac contenu dans ce qui leur tenait lieu de cellule mais qui était vraisemblablement à l'origine une remise quelconque, une sorte de marmite géante à l'envers en ferraille rouillée posée sur roulettes, et qui semblait s'être pris de passion pour cet ustensile étrange.
    Hildegonde le regardait d'un air soupçonneux, mais comme Klinty lui tournait le dos, elle ne pouvait clairement comprendre ce qu'il pouvait bien fabriquer.

    Hildegonde poussa un soupir.
    Djoni se gratta le nez.
    On entendit un «clic» venu du coin qu'occupait Klinty et sa soupière géante.
    Djoni croisa les jambes dans l'autre sens.
    Sam émis une sorte de petit grognement.
    Hildegonde renifla.
    On entendit un autre «clic» émanant des activités de Klinty sur le chaudron renversé.
    Sam se gratta la tête.
    On entendit un gargouillement d'estomac anonyme.
    Djoni soupira.
    Cheeequetabah, qui jusque-là avait le regard perdu dans le lointain, emprunt d'une tristesse infinie, ouvrit sa grande bouche pour émettre un pitoyable :
    «wwwooourr...» (*J'ai fai...*)
    Mais Hildegonde lui décocha un regard incendiaire à travers ses double-foyers, et il faut avouer que des double-foyers, pour un regard incendiaire, c'est spécialement adapté.
    En effet, Cheequetabah s'était déjà pris un savon carabiné de la part d'Hildegonde, pour s'être livré à des ébats nutellophiles alors même que l'équipe était en danger. Or, il faut avouer que les poils de Cheequetabah témoignaient encore de l'orgie coupable, en laissant apercevoir de grands filaments nutelliphères tout autour de la bouche et particulièrement étalés sur les poils du menton.
    Sam, quant à lui, avait béni sa couleur de peau, puisque le Nutella y demeurait invisible, ton sur ton, ni vu ni connu, ce qui l'avait épargné d'une tempête hildegondienne, toujours pénible à subir de plein fouet.
    Toujours est-il que Cheequetabah referma d'un coup sa grande bouche, baissa piteusement la tête et machouilla un de ses grands doigts, avec un air contrit à émouvoir Zorg en personne, avec même les pieds en dedans et tout.
    On entendit un «tac» émis par Klinty et sa casserole sur roulettes.
    Djoni se re-gratta le nez.
    Sam soupira.
    Un gargouillis stomacal retentit derechef, ne laissant cette fois que peu de doute quand à son malheureux propriétaire.
    Hildegonde renifla.
    Sam croisa les bras.
    Djoni décroisa ses jambes.
    Hildegonde se gratta le nez.
    Cheequetabah se gratta la tête.
    Djoni renifla.
    Hildegonde soupira.
    Et soudain, déchirant un silence aussi compact qu'un cake au thon, on entendit :
    «BluiiIIIip, tirLuiT ! dzzzziiiGUI !!! buit-buit-buit TagoUt ? Tou-youyouyoueuuu... »

    Les prisons du palais de l'Empereur étaient à peine officielles. C'était comme une sorte d'annexe très spéciale aux prisons impériales habituelles, qui, si elles étaient déjà redoutées pour leur manque patent de jovialité et d'affection, n'arrivaient pas à la cheville des prisons du palais.
    Disons que les prisons officielles étaient des hospices agréables à côté des prisons du palais.
    Les prisons du palais, c'étaient des gardes triés sur le volet, des hommes sans âme capable d'entendre les cris de suppliciés en souriant légèrement (certains se tripotaient même la nouille dans ces occasions), les prisons du palais c'étaient des cachots obscurs dans lesquels on pouvait vous entraver de manière à ce que vous ne puissiez ni vous asseoir ni vous tenir debout, les prisons du palais c'étaient les pires tourments infligées dans des cryptes humides et souterraines suintantes d'humidité et couvertes de moisissures verdâtres.
    Bref, l'endroit ou même le pire masochiste pervers ne se sentirait pas à l'aise.
    Mais, depuis quelques jours, insensiblement, quelque chose clochait dans les prisons du palais.
    Kraboum revenait au poste de garde, un plateau-repas (enfin, ce que la langue administrative nommait plateau-repas, mais qui était en vérité un bol de soupe huileuse dans laquelle quelques bouts solides mais spongieux et non-identifiés effectuaient de lents processus de giration), un plateau-repas, donc, à la main.
    Groumfi, son collègue, le vit arriver, et fut aussitôt alarmé.
    «Hé ben, Kraboum, mon vieux, t'as l'air tout chose...
    - J'en peux plus, Groumfi, chui au bout du rouleau, là, ça peut plus continuer, j'vais craquer...
    - Ben... Ben Kraboum, dis-donc, qu'est-ce qui t'arrive ? Je t'ai jamais vu comme ça...
    - C'est l'autre, là... La nouvelle... Bouhouhouhou !!!, fit Kraboum en éclatant en sanglot sur l'épaule de son collègue.
    - Hé ben... hé ben..., fit Groumfi, impressionné, et tapotant maladroitement de sa grande paluche l'épaule de son camarade en pleurs (tapes, qui, en passant, aurait largement assommé un homme banal comme vous ou moi, enfin, surtout vous). Mais qu'est-ce qu'elle a de si terrible, la nouvelle ? C'est cette fille, là, qui a explosé les couilles du patron ?
    - Ouihihihihihi...
    - Ben quoi ? C'est une fille ! Elle est minus, en plus ! J'te comprend pas, là, Kraboum...
    - Tuhuhu teheu rend pahas compte... Elle est hohorriihible... Elle fait rien qu'à m'embêter... Snirfl... Tiens là, j'viens lui apporter son plateau-repas, et tu sais ce qu'elle me sort ?
    - Ben non...
    - «C'est pas assez chaud, et puis je veux de la lotte, avec du basilic, sans matière grasse, rapportez ça en cuisine, et gnagnagna... »... J'en peux plus...
    - Maimaimais, enfin, c'est rien du tout ça, c'est la routine, ça se mate, Kraboum enfin...
    - Mais tu comprends pas... Elle a un truc... C'est horrible...
    - Un truc ?
    - Ouais, tu vois, elle te regarde, comme ça, et là, elle te TOISE !
    - Elle quoi ?
    - Elle te toise, j'ai cherché dans le dico. C'est un truc terrible. T'imagine pas. J'en cauchemarde la nuit, j'en peux plus, chui au bout du rouleau. Tu sais Gluineu le bourreau ?
    - Ouais, et ben ?
    - Il est en congé maladie, pour dépression. Je crois que je vais faire pareil. Tu sais ce qu'elle lui sort ? «Quand vous en aurez terminé avec vos chatouilles, vous pourrez peut-être me laisser dormir, parce que ça commence à bien faire, vos joujous, là», et là, paf, elle le toise. Dé-pres-sif. Gluineu, l'homme aux 1500 aveux spontanés. Tu te rends compte ?
    - Nan mais c'est pas possible ça, attends voir, c'est pas une gonzesse minus qui va me faire peur, foi de Groumfi, donne moi ça, on va voir si elle le boit son potage !!»
    Groumfi pris le plateau-repas des mains de son collègue, se composa sa tête des plus mauvais jours, carra ses épaules, et lança ses deux mètres dix-huit, ses 135 kilos et ses vingt-trois cicatrices dans le couloir qui menait aux cellules.
    Arrivé devant celle de Zorguinette, il entra.
    On n'entendit rien pendant un moment.
    Puis, une minute après, Groumfi ressortit.
    Il resta debout, le plateau-repas à la main.
    Les yeux dans le lointain, pleins d'une détresse indicible, et le menton qui tremblotait.

    «Mais qu'est-ce que c'est que ce bidule ? »
    Djoni, Hildegonde Sam et Cheequetabah regardait Klinty, et la chaudron qui s'était allumé.
    Oui, force était d'avouer que pleins de petites loupiottes de toutes les couleurs clignotaient maintenant tout autour de la casserole.
    «C'est pas une casserole, expliqua Klinty, encore agenouillé à côté du tas de ferraille transformé en arbre de Noël. C'est un droïde d'un modèle ancien. J'aurais pas pensé pouvoir le remettre en marche, mais bon, au moins je pensais m'occuper plutôt que d'attendre à ne rien faire. Et puis, ben voilà, contre toute attente, il semble vouloir se remettre en route.
    - Et vous comprenez ce qu'il raconte ?
    - Oui, à peu près, ce sont les vieux codes universels droïdes, j'ai appris ça à l'université.
    - BluuuuhhiITt, toglop-toglop, tarlloUuuiit ?
    - Et là, il a dit quoi ?
    - Heuu, «salut, je m'appelle HT2P, et qui c'est la jolie blonde bien roulée ?», traduisit Klinty.
    - Pardon ?
    - Je crois qu'il parle de vous, Hildegonde...
    - Ouais, vous êtes sûr que vous l'avez vraiment réparé ? Parce que là, il a pas les yeux en face des trous pour l'instant, dit Djoni.
    - Oui, évidemment, j'imagine qu'il manque encore deux-trois réglages...» répondit Klinty, en se grattant pensivement le menton.


    Stravisky et Hutch constituaient un cas unique et inexpliqué.
    On sait que le vide de l'espace, dépourvu du moindre gaz, ne peut donc porter des ondes sonores. Le vide de l'espace, c'est le silence éternel. Et pourtant, quand vous aviez l'occasion de voir les navettes spatiales de Stravisky et Hutch évoluer, il se passait un phénomène étrange : immanquablement, chaque manœuvre de ces vaisseaux étaient accompagnés d'une sensation lointaine et persistante d'entendre des crissements de pneus.
    Et, c'est donc dans des hurlements de caoutchouc contrarié que Stravinsky et Hutch arrivèrent en vue de Kachatjoy la bien-nommée.
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26 novembre 2006 7 26 /11 /novembre /2006 19:06
(Note aux éventuels nouveaux lecteurs : pour comprendre quelque chose à ce qui suit, il est recommandé de lire les épisodes précédents).

    Résumé des épisodes précédents :
    Djoni se dit que le ministre de la diplomatie doit Klinty trouve que l'Empereur quant à lui Zorg cherche à la Princesse Lycra est furieuse car Hildegonde n'aime pas trop et voilà nos héros encerclés.

Épisode séveune

    Djoni se pencha subrepticement vers Klinty et lui chuchota à l'oreille, d'un air de conspirateur sûr de lui :
    «Klinty, je crois qu'on est prisonniers
    Klinty leva les yeux au ciel, se retint de soupirer, et fit, chuchotant à son tour :
    «Haaa, c'est donc ça les menottes qu'on a au poigneeet !
    - Oui, répondit sérieusement Djoni à mi-voix, et il faut qu'on se sorte de là ! Mais rassurez-vous, je vais trouver un moyen !
    - ...»
    Kinty le regardait avec un mélange indicible d'incrédulité et de découragement total.
    «Ben quoi, j'ai dit une connerie ? demanda Djoni.
    - Mmmmh... Non, non...» Klinty hocha la tête avec ostentation et une moue approbatrice.
    «Se sortir de là, c'est bon, ça, c'est très bon...»

    Tout s'était passé très vite.

    Les mystérieux occupants des cinq vaisseaux, qui avaient rapidement entourés le Sigma Fox Shippyards Coco Alpha-Class Shuttle Millenium Air Wing Falcon Omega III de manière à empêcher toute possibilité de fuite, avaient envoyé ensuite un message plus long mais tout autant sibyllin que le précédent, qu'Ikselle n'avait su traduire, ce qui du reste n'avait étonné personne (sauf Djoni), message dont la teneur avait été toutefois rapidement claire dans les minutes qui suivirent.
    Le message était le suivant, prononcé rapidement d'une voix agaçante entre le bisounours pré-pubère et une voix de messagerie passée en accéléré :
    «Houtini zob zob wadjaaah zigoune henkulés houtini baaadjhah savahchié houtiii bannhdekon raadjhdjadjjaah houuuuutini !»

    Trois secondes après, alors que Klinty engueulait Djoni qui engueulait sa sœur qui engueulait Ikselle qui engueulait tout le monde, et que Sam et Cheequetabah, alors devenus indifférents à la marche de l'Univers, se délectaient de l'entrée suave d'une cuillère dans la matière oncteuse et noisettée d'une grasse pâte à tartiner, tous ressentirent un choc soudain qui ébranla durement la totalité du vaisseau, choc immédiatement suivi d'un «WI-WUI-WUuii-wuuuooo-wooooohhh...», signal sonore pitoyable en gamme descendante qui n'était autre que le cri de protestation des systèmes électriques du vaisseau juste avant de rendre l'âme, alors que toutes les lumières s'éteignaient brusquement, laissant place à des veilleuses jaunâtres éclairant à peine l'obscurité des coursives.
    Le vaisseau fut tracté jusqu'à une immense plate-forme artificielle, dans un petit hall d'embarquement, et nos héros furent invités à sortir sans faire d'histoire (du moins c'est ce que les gestes de l'espèce de gnome apparu sur le pare-brise de la cabine de pilotage leur parurent indiquer). Et vu le nombre de petites bestioles tenant des armes lourdes dans leur papattes qui les entouraient, il valait sans doute mieux, en effet, ne pas faire d'histoires.
    Toute la fine équipe était donc conduite vers ce qui semblait de toute évidence être un lieu de villégiature forcé.

    L'Empereur se mira une dernière fois dans le grand miroir du petit salon.
    C'était par-fait. Une statue glorifiant la virilité triomphante. La chemise entrouverte sur les larges pectoraux, la chevelure ondulée blond platine, la gourmette en or massif, et le pantalon de cuir serré autour des cuisses puissantes et qui laissait tout deviner du morceau de choix.
    Par-fait.
    L'Empereur appuya sur un bouton et dit :
    «Faites donc entrer la demoiselle...»
    Il s'arma de son fameux sourire numéro 3, face à la porte, qui s'ouvrit et laissa apparaître une charmante jeune fille, très simple et sans chichis, très jolie et bien faite, qui ne paraissait pas plus impressionnée que ça d'être au fin-fond de l'antre de l'Empereur lui-même.
    La voix de celui-ci fit entendre son ton mielleux numéro 5 :
    «Bonjour, ma jeune dame... Zorguinette, c'est bien ça ?
    - Oui, c'est mon nom.
    - Viens, approche-toi, n'aie pas peur...
    - J'ai pas peur. Mais dites-donc, vous êtes sacrément équipé, vous ! Waw !
    - ?... Équipé ?
    - Ha ben ouais, je veux dire, vous avez un sacré paquet !
    - Un paqu... Ha tu veux dire... Ha oui ! Hé hé ! En effet, hein ?
    - Ha là là, dites donc, mais c'est carrément énorme !
    - N'est-ce pas ? Ça... ne t'effraie pas trop, une toute jeune fille comme toi, mmmh ?
    - Ha non, pas du tout, au contraire, c'est bien pratique, un gros machin comme ça !
    - Pratique ? Hu hu hu, comme tu y vas...
    - Ben ouais, c'est plus facile pour viser.»
    Au dixième de seconde qui suivit, l'Empereur était plié en deux, les yeux hallucinés sortant de leur orbite, incapable de reprendre son souffle.
    Quand le chef de la garde fit irruption dans la pièce, les seules paroles de l'Empereur furent :
    «gnnn gnn gnnnn»
    Comme le chef de la garde n'était pas tout à fait idiot, et qu'il avait une certaine expérience au service de l'Empereur, il comprit immédiatement la situation, et en professionnel qu'il était, su s'empêcher la moindre velléité de sourire pour agir discrètement et efficacement.
    C'est ainsi que la propre nièce de l'infâme Zorg se retrouva enfermée dans les geôles les plus secrètes du Palais Impérial.

    Dans le vaisseau-amiral de la Princesse Lycra, c'était le branle-bas de combat.
    D'un seul coup avaient surgi dans l'espace environnant les chasseurs de l'Empire, en nombre trop important pour y faire face avec succès.
    La Princesse sut à l'instant que la partie était temporairement perdue, et, alors que les tirs de lasers faisaient soudainement rage dans le vide spatial et faisaient trembler l'immense structure du vaisseau-amiral de la rebellion, elle ne perdit pas de temps à se demander comment les chasseurs de l'Empire avaient pu connaître leur position, et prit rapidement les mesures qui s'imposaient. Elle envoya immédiatement Stravisky & Hutch profiter de la confusion générale pour tenter de s'enfuir et mener une mission essentielle : retrouver Klinty. Quand elle vit, que, virevoltant chacun dans leur vaisseau de combat rouge et blanc avec force dérapages savants, ils arrivèrent sans peine à franchir la ligne ennemie, elle fit cesser le feu et se rendit.
    Elle fut donc faite prisonnière, en compagnie de ses plus fidèles lieutenants, et séquestrée dans les prisons de la Garde Impériale.

    «Hé bien, Hiz Heuntbade, vous avez fait du bon boulot, rapide efficace et tout...
    - Hum... M... Merci... Monsieur...»
    Hiz Heuntbade était très mal à l'aise, ce que provoquait immanquablement le moindre compliment de la part de Zorg : ça ressemblait toujours à un boucher tout sourire flattant de la main une génisse, un couteau caché dans le dos.
    «Mais, heuuu... continua Zorg, vous avez bien conscience que vous détenez à présent des informations ultra-confidentielles, qu'il vaudrait mieux garder secrètes de manière certaine. Vous voyez ce que je veux dire ?
    - Heuu... pas très bien, en fait...
    - Ben je vais devoir vous enfermer en prison, mon vieux...»

    Quelque minutes plus tard, Zorg, seul dans son bureau, se permit une chose incroyable : il soupira d'aise.
    «Haaa, tout le monde en taule... Voilà une bonne journée comme je les aime...»
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13 novembre 2006 1 13 /11 /novembre /2006 17:47
    (Note aux éventuels nouveaux lecteurs : pour comprendre quelque chose à ce qui suit, il est recommandé de lire les épisodes précédents).


    Bon.

    À ce stade, il faudrait commencer à faire des résumés des épisodes précédents, parce que ça devient un tantinet touffu, cette histoire-là.
    Bon.
    OK.
    Donc.
    Donc, c'est Djoni, hein, il est baroudeur, et puis il a un vaisseau, qui est nul d'ailleurs, comme vaisseau, et en fait Klinty il est monté à bord, parce qu'en fait c'est à cause de Djobha (dit le Hutin), mais Hildegonde ça lui dit rien qui vaille, et comme ils étaient poursuivis ils se sont mis en hyperespace grâce à l'accélérateur à posinotron, que Djoni il croyait pas qu'il y en avait un, ha oui parce qu'Hildegonde c'est sa sœur en fait, sinon on comprend pas, et alors Zorg lui il veut trouver les rebelles, comme l'Empereur il s'en fout, d'ailleurs Klinty il est trop bizarre il a un animal étrange avec lui, et l'Empereur en fait il est super intéressé par sa nièce, et le ministre de la diplomatie du coup il doit aller sur Kline Town à cause des plans machiavéliques de Zorg, ha oui et c'était sa nièce à lui en fait, sinon on comprend pas, alors du coup en fait maintenant ils sont perdus sauf Cheequetabah qui est content, à cause du fait qu'il y a des vaisseaux qui approchent, et vous auriez pas du Nurofen s'il vous plaît ?

Épisode sisque

    La Princesse Lycra fulminait.
    «Diantre de zut de bordel de saperlipopette, disait-elle à qui voulait l'entendre, il nous a tous roulés dans la farine !!»

    Quand la Princesse était dans ces états-là, on n'entendait rien d'autre que sa voix claire et pure qui cisaillait très précisément le silence.
    En fait, même quand la Princesse ne disait rien, on n'entendait pas beaucoup de bruit autour d'elle, vu que d'une part, il fallait bien reconnaître que la rebellion était plutôt composé de membres mâles, et que d'autre part, et ceci expliquant en majeure partie cela, la Princesse Lycra leur faisait ce genre d'effet qui met en branle ce type de processus neural binaire et exclusif : soit j'effectue une action, soit je regarde, le passage de l'un à l'autre mettant toujours quelques secondes floues à s'effectuer.
    La Princesse Lycra était comme une Ève originelle directement sortie de l'onde pure, à la crinière noire éclatante et aux formes superbement arrogantes, auréolée de toute cette puissance féminine qui rendait n'importe quel cerveau de mâle aux préférences alter-sexualistes à l'état d'éponge inerte, et alignait instantanément tout organe viril (même fatigué) sur un axe centre de la Terre - Alpha du Centaure.
    La Princesse Lycra était pulpeuse comme... comme... comme la Princesse Lycra.
    Puant la sueur et pas épilée, ça lui donnait pourtant un je-ne-sais-quoi d'animal qui était loin de faire retomber les enthousiasmes.
    Des cernes comme des valises lui donnaient quand même un air touchant et fragile.
    Le moindre bouton sur sa peau devenait attendrissant.
    Même de l'eczéma sur elle avait du charme.
    Même en pull-over informe elle constituait un attentat à la pudeur.
    Or, à ce moment, elle sentait un doux parfum de mimosa, avait la peau unie, lisse et satinée, arborait un teint de pêche sur des pommettes resplendissantes, et portait en toute naïveté une tunique moulante.
    Trop moulante.
    Beaucoup trop moulante.
    Et elle fulminait.
    Ses collaborateurs, eux, n'en pouvaient plus.

    Parce qu'en plus, la Princesse, il faut bien le dire, c'était une chieuse de première classe. Se mettre en travers de sa route était une erreur qu'on ne se risquait pas à commettre une deuxième fois.
    «Mais enfin, disait Hutch, un des meilleurs pilotes des rebelles, vous ne pouvez pas savoir, il a sûrement de bonnes raison !
    - Mais oui, disait Stravisky(1), son fidèle coéquipier, rien n'indique qu'il n'ait tout simplement obéi à des règles d'élémentaire prudence !
    - Élémentaire prudence !!! s'exclamait la Princesse, hé bien justement, c'est bien ça le truc, l'élémentaire prudence, et l'élémentaire prudence, ça me dit qu'un type qui nous fausse compagnie en volant notre seul transmuteur grognon de Bluxte est fortement suspect, figurez-vous !!»
    Chieuse, hein, ça, je vous l'avais bien dit.
    Waw. Quelle femme.

    Il régnait une légère tension surexcitée dans la cabine de pilotage du Sigma Fox Shippyards Coco Alpha-Class Shuttle Millenium Air Wing Falcon Omega III, due à l'affichage obstiné de cinq points lumineux sur la console radar.
    «Pitin mais où on est tombé là ! s'exclama Djoni.
    - Je n'ai aucune référence de cette configuration spatiale, affirma gentiment Ikselle.
    - Quand je vous disais que ce vaisseau est une bouse... dit Klinty, la mine fatiguée et consternée.
    - Hé ho moi j'y peux rien, hein, la mécanique a fonctionné, c'est tout ce que j'ai à dire, dit Sam, l'air innocent, montrant ses paumes de main en signe de conscience tranquille.
    - Mais merde quoi à la fin, Ikselle, pourquoi on peut pas établir la communication avec ces vaisseaux, fait chier à la fin !!! cria Hildegonde.
    - Quoi encore, j'ai dit que j'y étais pour rien ! s'indigna Sam.
    - Hein ? Quoi ? Haaa, Feshiey(2), d'accord... Mais non, je te parlais pas, Sam !
    - Bon, alors, on fait quoi, et si on partait d'ici, hein ? demanda Djoni à la cantonade, fier de son idée.
    - Le balayage de fréquences est toujours en cours...
    - wwwwwaaaaaooOOOOoouuurrggh ? (*quand est-ce qu'on mange?*)
    - Un balayage de fréquence ça prend deux secondes, sur une bécane normale, fit d'une voix fatiguée Klinty, le regard absent perdu dans le vide, après un soupir.
    - Mais meeeerde, mais dépêche-toi Ikselle, ils approchent, on sait même pas s'ils sont hostiles ou quoi !!! s'énerva Hildegonde.
    - Ouais, voilà, c'est toujours les mêmes qui se font engueuler, c'est pas juste, bougonna Sam, bras croisés.
    - Je fais ce que je peux, dit Ikselle, avec une voix légèrement plus métallique que d'habitude.
    - Hein ? Dites ? C'est une bonne idée, non, on s'en va et puis c'est tout ? Non ?
    - wwwwaaaAAAAAOOOOoooaaaauurgh ! (*non c'est parce que j'ai vraiment la dalle, moi*)
    - Allez grouiiiille ils se rapprochent !!!!
    - Moi je dis dans ces cas-là, hop, ni vu ni connu, comme ça on est tranquille, ça vous dit pas ?
    - Les sans-grades, les ouvriers, ha voilà comment on est traité !
    - Ha ben ça, j'ai voulu trouver des incapables pour passer inaperçu, je suis servi...
    - Ça vient, ça vient, je n'ai qu'un processeur...
    - Nan mais dites, franchement, c'est bête de risquer de se faire taper dessus, non, alors qu'il suffit de faire demi-tour et...
    - wwwwwaaAAAOOooouurrgggggh ! (*et merde, où c'est que vous avez foutu le Nutella !*)
    - Mais bouge tes fesses processeur de merde !!! Ils sont à portée de tir !!!!
    - Et vous, vous aimez bien la musique sérielle ?
    - Stratégiquement, le repli est parfaitement admis comme une tactique efficace, c'est reconnu...
    - Bon, j'ai déjà dit que je faisais ce que je pouvais, hein, alors vos insultes vous pouvez vous les...
    - La quoi ?
    - wwwwwaaooOOOoouurrgrrrrrgh ! (*Et voilà, qui c'est qui doit encore descendre dans la soute pour aller chercher un pot neuf... *)
    - wwwwwaaaoouUUUUuurrgh ! (*'Faites vraiment chier, les mecs!*)
    - Hé ho, tu fais ce qu'on te dis de faire et tu termines ce putain de balayage sinon je t'envoie à la casse tête de salopard de fils d'enculé!!!
    - Hoo, laissez tomber, laissez tomber...
    - Hildegonde, je te trouve un peu agressive vis à vis d'Ikselle ; en effet, nous repartirions vers d'où nous sommes venus, hé bien le problème serait...
    - OK, ça arrive, j'ai quasiment la fréquence...
    - La musique c'est riz aile ?
    - Alleeeeeeeezz !!!!!
    - wwwwwaaaaooOOOoourrgh ! (*On avait dit qu'on tournait pour aller chercher les pots, merde chacun son tour !*(3))
    - Non mais laissez tomber, vraiment, c'est pas important...
    - Ok, j'ai la fréquence.
    - Donc vous voulez vraiment pas qu'on s'en aille ?
    - Chhhhhht, mais vos gueules tous, on va savoir s'ils nous ont transmis quelque chose !!!!
    - Bon, ben Cheequetabah, je t'accompagne dans la soute, ça me dépasse tout ça.
    - Biiiip : vous avez - un - nouveau message
    - wwwwwaaaooOOoouuegh ! (*Sam t'es un pote !*)
    - Mais FERMEZ-LÀ !!!!»
    Il arrivait toujours un moment où Hildegonde prenait le dessus, c'était inéluctable.
    Tendue comme un chat qui regarde le bouchon qui remue au bout de sa corde, elle fixait le haut-parleur d'Ikselle avait une intensité qui aurait creusé le marbre.
    Sam et Cheequetabah empruntaient débonnairement les couloirs qui menaient à la soute, l'estomac sur les talons.
    Djoni sentait le sien, d'estomac, tenter le triple salto arrière.
    Klinty contemplait de manière absente la brillance des ongles de sa main droite.

    Et soudain, un cri déchira le silence, crachés dans le haut-parleur d'Ikselle et provenant des vaisseaux étrangers, devant nos héros médusés :
    « HOUTINI !!!»


    Tout à coup, au détour d'une coursive délabrée, Sam s'arrêta brusquement, l'air soucieux et pensif :
    «Hé, Cheequetabah !
    - wwauargh ? (*ouais ?*)
    - Tu... Tu connais ça, toi, la musique sérielle


(1) ©®Stravisky and Hutch, wordgame by : sev corporation
(2)Le nom de famille de Sam est : Feshiey.
Sam Feschiey.
Je sais, c'est affligeant, n'en rajoutez pas, merci.
(3)D'où l'expression, bien sûr : tourner autour du pot.
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