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2 octobre 2008 4 02 /10 /octobre /2008 17:38

«Ouaiiiiiis, alooors, vous faites rien qu'à critiquer, hein, alors là, critiquer, c'est facile, mais qu'est-ce que vous avez comme propositions, hein, hein ? Ha vous faites moins les malins, là !»


Ben en voilà, des propositions, analytiquement pertinentes et concrètement faisables, ça existe. Reste, évidemment, le courage politique.




 

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30 septembre 2008 2 30 /09 /septembre /2008 19:22


([EDIT] Les grands esprits se rencontrent : alors que j'écrivais ces lignes, je ne savais même pas que l'émission là-bas si j'y suis avait précisément eu comme sujet ce 30 septembre la crise financière actuelle expliquée et commentée par Frédéric Lordon : à écouter absolument, donc) 

([EDIT 2] : Encore mieux !! Visionnez le séminaire "spéculation et crises : ça suffit" tenu à la Sorbonne le 21 juin 2008, par des universitaires et chercheurs au CNRS, pour entendre analyses et propositions alternatives)


Ben voilà : on est en plein dedans.


Ça fait des années qu'on nous persuade sur tous les tons que libérer l'économie et laisser le marché faire c'est la voie du salut et du meilleur des mondes possibles, alors que l'intervention de l'État dans ladite économie n'est qu'un frein conservateur et idéologique qui ne peut que nuire. Haaa, la complainte de nos pauvres entreprises empêchées d'embaucher à cause des charges dûes à l'État - alors qu'elles voudraient tellement bien faire, vous comprenez...


En 1986, la loi de déréglementation financière est portée par le gouvernement socialiste de Pierre Bérégovoy. Il s'agissait de libérer la finance de toute «contrainte», avec comme croyance que cela donnera à l'économie réelle de quoi investir davantage pour que tout le monde il soit plus beau. Depuis lors, tous les doctes économistes de droite comme de «gauche» auxquels on donne la parole nous expliquent que c'est ce qu'il y a de mieux, que c'est le top du top, mais que si ça marche pas encore tout à fait bien, c'est parce qu'il y encore des freins idéologiques et que c'est pas encore assez libéré, et donc forcément.


Or, non seulement la dérégulation de la finance n'a pas du tout apporté aux entreprises de quoi investir davantage (pour embaucher et pour innover), mais elle a même fait l'inverse : le plus rentable immédiatement et le plus facile étant de tenir les rênes de la finance, les actionnaires sont devenus les vrais maîtres des entreprises, dépossédant le patron de son réel pouvoir (puisque démissionable à tout moment s'il ne réalise pas les objectifs fixés - avec certes de grasses compensations, qui servent précisément à ce que le patron accepte de perdre son pouvoir décisionnaire et de jouer le jeu). La part du capital a donc progressé de manière aberrante au détriment de la part dédié au travail (c'est nous, la part du travail).


Donc déjà, cette histoire, en gros, ça sent le truc pas très moral qui renifle pas très bon.

Mais là où ça dépasse les bornes, c'est que les mêmes doctes économistes nous assurent, jour après jour, que ce système est ce qu'il y a de mieux, et que de toute façon l'économie c'est comme la loi de la gravitation, tout ça c'est mathématique, c'est du solide, du béton, c'est hyper-pointu, le capitalisme nous assure un avenir radieux, dormez tranquilles, adhérez donc à la foi libérale et priez saint Marché, amen.


Alors, bon, déjà, quand on observe les dégâts écologiques monstrueux et le gavage de ressources naturelles que cela implique, on est assez dubitatif sur la solidité dudit capitalisme libéral. Mais, avouons-le, ce constat nécessite d'être informé de près sur les tenants et aboutissants de l'écologie, il suppose d'imaginer un avenir lointain constitué d'un monde invivable, et il y a suffisamment d'écrans de fumée habilement diffusés pour que ces histoires d'écologie soient assez floues et un peu vagues, comme une sorte de fléau qui n'aurait qu'un vague rapport avec, par exemple, l'utilisation massive de produits chimiques de tout ordre par l'industrie, alors qu'exactement dans le même temps les taux de cancers augmentent régulièrement et de manière importante, mais n'allez surtout pas y voir un quelconque rapport, sous peine d'être taxé de catastrophiste paranoïaque.


Mais là où le foutage de gueule prend toute son ampleur, c'est quand on assiste en direct au strict démenti de ce qu'on nous raconte à longueur d'éditorial : le système financier capitaliste est totalement et fondamentalement irrationnel, et parfaitement instable.

Il ne cesse d'aller de crise en crise, chaque fois rattrapée par les largesses de l'État pourtant tant conspué par ailleurs. Et cette fois, la crise est plus forte que les autres, et les élus US, dans un contexte électoral particulier, ont refusé de payer les pots cassés et de donner un blanc-seing à Wall-Street pour faire mumuse avec des milliards de dollars.

Ho, bien entendu, rassurez-vous, de même que le nuage de Tchernobyl s'était gentiment arrêté à la frontière pour faire le tour, la France ne sera pas atteinte...


Pendant qu'on nous a bourré le mou pour nous convaincre de cette foi religieuse dans les vertus du marché, certains n'ont pourtant eu de cesse d'alerter et de prévoir ce qui est en train d'arriver. C'est ce qu'a fait par exemple le Monde Diplomatique depuis longtemps, en la personne en particulier de l'économiste Frédéric Lordon (lisez vraiment les articles de Lordon et écoutez ses interventions radios, c'est absolument éclairant).


Et ce sont ceux-là même qui ont toujours été méprisés et vilipendés par les tenants de la gauche bien-pensante, tel un Laurent Joffrin nous expliquant que l'anti-capitalisme est un frein à la gauche, et qu'il faudrait juste un peu moraliser le capitalisme (comme si le capitalisme était «moralisable» - dès lors qu'on laisse faire les marchés, il n'y a plus de morale qui tienne, mais la seule loi de la jungle du profit dans laquelle n'importe quel gentil philantrope ou même seulement lucide se fait bouffer en trente secondes), ou un Philippe Val qui se permet de sous-entendre que le Monde Diplomatique serait du côté de Ben Laden (bah oui, hein, si on est contre le capitalisme, c'est qu'on est contre les États-Unis, donc pour Ben Laden, CQFD), pendant que Ségolène Royale fait son show mis en scène par Ariane Mnouchkine, et que Delanoë déclare ne pas avoir de complexe à se proclamer libéral.


Tous ces sales critiqueurs, ceux-là même qui se sont vus quasiment insultés parce qu'ils voulaient voter non au référendum sur le traité constitutionnel européen précisément pour éviter que soit inscrit dans une constitution les termes d'un libre marché, libre marché dont on voit à présent l'éclatante réussite, tous ces vilains qui ne plient pas à la doxa, c'est la «gauche de la gauche», ce sont les «extrêmes» - parce que, voyez-vous, dès qu'on critique le capitalisme, on est «extrême», et en plus, ça permet de faire l'amalgame avec l'extrême droite, et ça raccorde avec l'équation fondamentale communiste=nazi, on mélange le n'importe quoi c'est pas grave, le tout c'est qu'il en reste quelque chose inscrit quelque part dans les consciences afin que ne soit pas (trop) critiqué l'ordre établi.

Les dérapages incontrôlés du même capitalisme, eux, ne sont jamais qualifiés d'extrêmes, bizarrement, vous remarquerez.


Et le plus hallucinant, c'est qu'en pleine crise grave, démontrant par l'exemple au plus sombre des crétins le non-fondé des thèses libérales, c'est que tous ces gens continuent d'y croire, tels des bigots en adoration devant leur divinité.


Et pourtant : on est en plein dedans.

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26 septembre 2008 5 26 /09 /septembre /2008 12:43
Jeudi 2 octobre - 20h00
Vincent Paulet : Noces de lumière
Tchaïkovsky : concerto pour piano n°1
Brahms : symphonie n°2
 
Laurent Petigirard - direction
Dominique Merlet - piano




 

Si vous aimez voir un orchestre s'échiner à jouer des rythmes improbables à toute vitesse en tentant de viser au mieux vers la zone de temps désignée sur la partition, vous aimerez Noces de lumière (qui devrait sonner très bien, cela dit).

 

Romantiques dans l'âme, la suite est pour vous : des épanchements slaves à l'émotion hiératique germanique, vous serez servis. 

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22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 10:41

J'ai eu cette année un chouette cadeau d'anniversaire. Enfin, plusieurs chouettes cadeaux, en fait, mais un en particulier.


En effet, on m'a offert des crayons gris.


Je vous vois tiquer. Ha si, vous avez tiqué. Me racontez pas d'histoire, le sourcil qui se hausse, les rides du front qui se plissent de là à là, la bouche qui se crispe comme ça, c'est du tiquage ou je m'y connais pas.


Nan mais arrêtez de tiquer, décrispez-vous : quand je dis crayons gris, c'est pas du crayon gris de super marché, hein, pas du Conté à deux balles, pas le crayon gris du tout venant, que vous autres, vulgaires moutons de la populace, allez acquérir sans grâce au Monoprix du coin. Ha naaan, attention, moi je parle de ça  :



C'est-à-dire un coffret Faber-Castell, et avec Faber-Castell on rigole plus, c'est du crayon d'élite, du caviar de crayon, qu'on appointe amoureusement, et qu'on range avec soin dans l'ordre de graisse (de HB à 9B), du crayon dont on s'extasie déjà rien qu'à l'observer dans sa boîte.
 

Et, avec la boîte de crayon et mines de plomb, j'ai eu un petit carnet à esquisse, tant il est vrai qu'avec un crayon mais sans papier, c'est comme avec un ordinateur sans écran : l'Homme a l'air con.


Et donc ? Donc ?
 

Donc j'ai gribouillé dans mon carnet, et forcément, forcément, vous allez y avoir droit sur ce blog, et si vous êtes pas content c'est pareil, hop hop, on discute pas, on regarde les joulis dessins du monsieur (une sélection seulement, j'ai quand même un peu pitié de vous), et on fait un zentil commentaire dénué de toute ironie second degré de mauvais aloi dont je vous sais ô combien capables, pour dire que c'est très jouli, allez allez, on ne soupire pas, et en rang par deux.


Habitué de ce blog, sauras-tu reconnaître ce curieux personnage : 

 









(j'ai failli intituler ce dessin : "intermittent du spectacle", mais finalement j'ai pensé que ce serait peut-être mal perçu)














Pour ceux qui ont vu Deadwood :











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18 septembre 2008 4 18 /09 /septembre /2008 11:01

Bon, les cocos, ça va plus, là.


On reste bloqués sur des contigences bassement matérielles, ce qui nous empêche de vivre l'aventure, de courire le vaste monde, de s'emporter dans d'épiques combats et de terrifiantes énigmes, tout ça tout ça.

Je vous rappelle, c'est ici pour l'épisode précédent et ici pour le marché : il est question de savoir d'une part comment vous vous équipez, d'autre part quelle direction vous prenez pour la suite.

Glizmurck nous avait annoncé une sorte de fichier excel de la mort qui tue pour répartir l'équipement, mais ça n'est pas arrivé. Alors vous m'aviez dit : «ouaiiiis, mais Djac, relaaaax, arrête de t'énerver, oulà-là-lààà, ça va s'arranger, arrête de stresseeer, on est là pour s'amuser, ou quoi ?»
 

Résultat ?

Résultat, voilà, hein, rien, alors, les cocos, maintenant, va falloir se bouger les arpions, hein, fini de rigoler. À la rigueur, si vous me demandez, je peux vous faire moi-même l'équipement. Mais après ça, je peux pas dire où aller et quoi faire à votre place. Donc, les cocos, on s'ébroue, on se remue, on se réveille, debout là-dedans !

 

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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 21:40

«(...) Rusticus, assistant à une sienne déclamation à Rome, y reçut un paquet de la part de l'empereur et temporisa de l'ouvrir jusques à ce que tout fût fait ; en quoi toute l'assistance loua singulièrement la gravité de ce personnage. De vrai, étant sur le propos et la curiosité, et de cette passion avide et gourmande de nouvelles, qui nous fait avec tant d'indiscrétion et d'impatience abandonner toutes choses pour entretenir un nouveau venu, et perdre tout respect et contenance pour crocheter soudain, où que nous soyons, les lettres qu'on nous apporte, il a eu raison de louer la gravité de Rusticus ; et pouvait encore y joindre la louange de sa civilité et courtoisie de n'avoir voulu interrompre le cours de sa déclamation. (...)»


Michel de Montaigne - Essais, livre second, chapitre IV


CQFD : le téléphone portable n'est pas le problème, mais bien la nature humaine. 

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10 septembre 2008 3 10 /09 /septembre /2008 16:34

J'ai récemment parcouru le magazine Elle. Enfin, je veux dire, j'ai cherché les quelques blocs de texte parsemés par-ci par-là parmi les pages de pub.

 

Alors, j'ai surtout appris que le in n'est plus hype, alors que le fashion est très trendy et que le must est tendance.

 

Dans Elle, c'est plein de prêtresses et de papesses : prêtresse de la hype, papesse du fashion. J'ai cru un moment lire La Croix, mais non, c'était bien Elle.

 

Dans Elle, c'est plein de -issime, de ultra et d'absolu : c'est féminissime, ultra-fashion, fan absolu.

Je n'ai pas vu de ultra-mustissime absolu, mais j'ai peur qu'il y ait un moment où les gens qui écrivent dans Elle vont être un peu à court de superlatif. J'ai du mal à imaginer quoi que ce soit au-delà de ultra-féminissime. Peut-être en faisant comme en musique, quitte à utiliser un italianisme : on parle de piano (doux), puis pianissimo (très doux), puis pianississimo (très très doux), puis pianissississimo... Je suggère donc le féminississime et le féminissississime. Il est bien entendu que je me situe uniquement du côté du problème de vocabulaire, parce que ce que peut recouvrir un "féminissime" reste pour moi un mystère entier.

Quant au ultra, on peut imaginer des super-ultra, des hyper-ultra, jusqu'au ultra-ultra. On devrait donc arriver à un ultra-ultra-féminissississime absolu, ce qui laisse encore un peu de marge, mais pas pour longtemps, au train où ça va.

 

Dans Elle, j'ai appris qu'au Crillon, on peut manger un pique-nique constitué de pâte sardine (sic), de Vache-qui-rit en tube à tartiner (re-sic), et du foie gras gras (re-re-sic), et que c'est vachement cher. Du reste, si quelqu'un peut me renseigner sur ce qu'est le foie gras gras, ça m'intéresse ; et existe-t-il du foie foie gras ?

 

J'ai aussi appris des trucs qui ont vraiment bouleversé ma vision du monde. Ainsi, l'interview fashion d'Amélie Gillier, dont Elle dit : «Amélie Gillier définit ainsi sa nouvelle griffe : "un mix de romantique et d'esprit vintage. Je voulais sortir de la maille."» (Mais alors, quid de ceux pour lesquels il n'y a que la maille qui leur aille ?)

Le style d'Amélie Gillier ? "c'est un mélange de féminité et de sophistication, de vintage romantique avec un twist rock'n'roll."

On voit que le "vintage romantique" est l'idée directrice ; mais le mélange de féminité et de sophistication me reste encore un poil obscur quant à son contenu concret.

J'ai aussi appris le remède fashion pour masquer la fatigue (réponse : un jean stretch et un grand pull en cachemire.)


J'ai aussi appris le nouveau snobisme patate. Car 2008 est l'année de la pomme de terre (vous voyez qu'on apprend des trucs), et on se doit donc de la savourer trendy, suite à quoi Elle nous donne les sept commandements pour ce faire (remarquez encore la référence religieuse, après les prêtresses et les papesses). Vous saurez dorénavant, lors de votre prochaine dégustation de saucisse-purée, que vous êtes à la pointe de la hype.

 

Dans Elle, tous les modèles tirent la tronche, comme si ils venaient d'être avertis que leur famille était morte dans un accident d'avion quelques minutes avant la pose photo. Il faut croire que la bonne humeur n'est pas trendy. Cela dit, je les comprend, si j'étais fringué comme eux, je ferais aussi vraiment la gueule.

 

Dans Elle, certains modèles sont aussi minces avec leur manteau d'hiver que des modèles sans manteau et déjà trop maigres. Quand on imagine qu'un manteau d'hiver possède une certaine épaisseur minimale, on a quand même un peur quand on se demande quel genre de corps peut bien se trouver dessous. Car même des os, ça prend de la place, tout de même.

Évidemment, très certainement un gars s'est fait plaisir avec photoshop, il n'empêche que la photo fout la trouille : est-on envahis d'une espèce mutante ? Les extra-terrestres ont-ils débarqué ?

 

En tout cas, les mots croisés de Elle sont vraiment fastoches (fastochissimes).

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3 septembre 2008 3 03 /09 /septembre /2008 15:47

Il arrive que l'on ne puisse pas échapper à son destin. Dos au mur, il faut accepter la fatalité.


C'est ainsi que l'autre jour, ce fut shopping. Toute la journée.


Malgré les intenses tortures physiques que provoque le fait de ne pas pouvoir faire plus de quelques enjambées d'affilée, ou de devoir faire le pied de grue dans une parapharmacie (l'horreur !) ainsi que de porter des sacs tel un baudet, et le martyre moral de participer pleinement à la société de consommation dans sa plus éclatante démonstration, malgré tout, j'ai réussi à garder la tête haute, et presque toute ma dignité. Le "presque", c'est pour quand j'ai réclamé de manger, parce que zut quoi, à 14h30, il fait faim.

 

Toutefois, il faut l'avouer, faire du shopping n'empêche pas de faire de bien jolies balades, voire même de découvrir des trucs rigolos au détour du chemin. En l'occurrence, je devrais dire au détour du quai.

Car je n'avais jamais remarqué que le Pont-Neuf (le plus ancien pont de Paris, qui enjambe la Seine à la pointe de l'île de la Cité) comportait de drôles de trombines sur ses côtés. Peut-être certains se gausseront de ma découverte, au même titre que si je disais avec stupéfaction avoir remarqué très récemment qu'il y a des différences morphologiques entre les hommes et les femmes, mais j'ai pour ma défense qu'on a plus l'habitude de passer sur un pont plutôt que dessous.

 

(Ces masques grotesques sont en fait des mascarons dus à Germain Pilon, comme me l'apprend wikipedia.)

 

Voici donc un pont qui a de la gueule :













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29 août 2008 5 29 /08 /août /2008 13:43
(Je sais. C'est long. JE SAIS.)

(suite de cet article) ... Ce qui est assez frustrant, finalement, dans cette histoire, c'est qu'elle s'arrête à Kant et à la Critique de la Raison pure.

 

En effet, vous avez peut-être pu le constater dans le ton des extraits de l'introduction, si Revel s'intéresse à la philosophie, il se méfie des philosophes. Il se méfie de la posture finalement très orgueilleuse du gars qui se ramène pour affirmer, au fond : "tous les penseurs précédents étaient dans l'erreur, moi je vais vous dire comment le monde tourne, comment l'Homme fonctionne, et je vais vous apporter les secrets de la Connaissance et du Bonheur sur Terre". Et il pointe, assez justement je trouve, qu'au fond rien ne ressemble à un système philosophique complet qu'un autre système philosophique, dans le sens que ce sont justement, des "systèmes", qui prétendent contenir le sens de l'Univers et de l'Homme tout entier.

 

C'est pour cela que Revel s'arrête à Kant dans cette histoire ; il considère qu'une certaine idée de la philosophie, celle des systèmes, justement, est morte à ce moment, sous le coup de la Critique de la raison pure. Si il reste après cela des philosophes comme penseurs, penseurs de leur temps, de leur société, et qu'ils sont tout à fait légitimes dans cet exercice, les "systèmes" philosophiques par contre ne sont plus que des enveloppes vides. Revel tient cette affirmation de ce qu'il analyse dans la relation science/philosophie. Car depuis l'émergence du fait scientifique, nombre d'interrogations philosophiques n'ont plus de sens, ou plutôt, les tentatives de réponse en usant de la philosophie sont vides de sens alors même que des disciplines scientifiques (au sens large) sont apparues pour traiter de ces questions. Et ces disciplines ont cette supériorité due à l'expérimentation (qui est davantage que la simple observation des faits), qui, en articulation avec la déduction logique, reste ancrée au réel tout en étant rationnelle, alors que la spéculation intellectuelle, aussi poussée qu'elle soit, qui reste dans le seul domaine de la déduction, ne peut que tourner en rond ou vagabonder sans limites - venant donner des réponses à des questions qu'on ne se serait pas posées sinon.

 

Voici plus précisément des extraits de la conclusion de Revel, probablement matière à discussion (voire à réfutation), mais fort intéressante :


«Au XVIIIe siècle, la philosophie constitue le fonds général de la création intellectuelle plutôt qu'une discipline distincte des autres aspects du savoir de l'éthique, de la politique. Elle peut se définir comme l'état d'esprit commun à toutes les formes de pensée révolutionnaires, comme l'ensemble des conditions morales, psychologiques et pédagogiques de leur possibilité, et non plus comme l'unique source substantielle de lumière et son ultime point de convergence. Au XVIIe siècle elle avait voulu redevenir la Cour suprême de la science, cour soumise elle-même à une Cour de cassation : la théologie. À vrai dire, la signification du concept de philosophie avait toujours été assez large : totalité des sciences, fondement des sciences, méthode de pensée, règle de conduite, école de de sagesse, école de de bonheur, connaissance de la réalité et des réalités - ainsi que de la réalité des réalités : la Substance ou Cause radicale, l'Être en soi, identifiés ou non en dernière analyse à la divinité. Ces composants se trouvent réunis chez Descartes, Spinoza, Malebranche et Leibniz. Mais l'ambition universaliste avait été pulvérisée par une révolte contre la philosophie au nom de la connaissance, révolte qui pour la première fois n'était plus simplement l'assaut d'une philosophie contre une autre, mais l'affirmation que la poursuite de la vérité se trouvait, sur des points et dans des domaines précis, entravée par la philosophie. Les philosophes ne se remettront jamais tout à fait de cette blessure.(...)"


"La soudaine désagrégation du cartésianisme et des métaphysiques classiques revêtait un caractère humiliant, dont l'amertume se fait encore sentir aujourd'hui. Les philosophes faisaient figure de conservateurs en face des novateurs, et paradoxalement, de gens frivoles (Rousseau évoque Descartes et ses "frivoles romans") en face des gens sérieux. La fin de non-recevoir opposée par Locke à l'offre de dialogue de Leibniz signifie tout crûment : "vous n'êtes pas sérieux". Le sentiment que "cela ne vaut même pas la peine de discuter" se traduit également dans l'anecdote de Newton lisant dans les Principes de la philosophie de Descartes les chapitres de physique et traçant dans la marge "error" chaque fois qu'il en discernait une, c'est-à-dire presque à chaque ligne, puis, fatigué d'écrire "error, error", jetant le livre."


"Le changement de sens du mot philosophie, au XVIIIe siècle, c'est donc d'abord la dissipation de l'impératif métaphysique : pour connaître le détail du monde, il n'y a plus lieu de posséder au départ une théorie de l'être en tant qu'Être, et il n'y a pas non plus obligation de la dégager à l'arrivée. (...) Une fois écarté le préalable métaphysique, chaque domaine d'investigation, déjà conçu ou concevable, est libéré, au sens où l'on parle en économie de libération des échanges; il cesse d'être contingenté, il n'a plus à payer de droits de douane à l'ontologie, il peut "profiter", devient un terrain vierge, acquiert le droit à l'autogestion. (...) La science est définie par ses fruits et non par ses intentions."

"La suppression des obstacles à la pensée, de tous les obstacles et non pas seulement de l'obstacle métaphysique, telle est ensuite et plus généralement la nouvelle conception de la philosophie. Conception nouvelle et en même temps très ancienne, puisque c'est au fond la conception socratique et épicuriste : ce qui est difficile, dans le fait de penser, ce n'est pas tant de penser que de détruire les obstacles qui empêchent de le faire. Ces obstacles, ce sont toutes les croyances et opinions non fondées, ce sont les peurs, ce sont les institutions sociales qui ont parti liées avec des systèmes intellectuels, c'est même tout simplement le manque de probité personnelle, la vanité, l'esprit de secte, bref les obstacles psychologiques et moraux.(...)"


"La pensée des hommes est hantée par la nostalgie archaïque d'une science qui tiendrait sous sa dépendance et sous son commandement toutes les autre sciences. Elle revient toujours à cette image, à l'espoir qu'il suffise de maîtriser une seule technique intellectuelle pour s'approprier toutes les autres, avec les contenus éparpillés auxquels elles correspondent. Les philosophes ont peur des périphéries. Ce code central, dans lequel tout le reste pourrait être traduit et même dans lequel tout le reste accéderait à sa vérité ultime, ce peut être l'ontologie, la théologie, la phénoménologie, le "discours", la rhétorique, la dialectique, ce peuvent être aussi les fantasmes des mathématiques, de la logique, de la linguistique, de l'informatique, transposées philosophiquement et projetant leur ombre sur l'ombre de l'ontologie. Le XVIIIe siècle fut à l'inverse l'une des rares périodes où l'on donna congé, pour des raison de méthode, au mythe du code central, et où l'on pratiqua "les" sciences et non "la" science."(...)"


"Dans la tradition philosophique européenne, on tend à considérer l'homme comme un appareil à percevoir et à connaître. La place occupée dans les textes par l'examen de cet appareil, de toutes les difficultés techniques, de toutes les pannes qu'il peut présenter, est un des traits les plus originaux et les plus surprenants de notre culture. Les philosophes apparaissent comme obsédés par le problème de la nature de nos sensations, de nos images, de nos idées et de leur origine. Ce problème prend peu à peu le pas, au fil de l'histoire, sur celui de la sagesse, du bonheur, de la vertu.

D'où proviennent nos représentations, nos concepts ? Comment percevons-nous les objets ? Nos perceptions sont-elles conformes à ces mêmes objets ? Comment même pouvons-nous être sûrs que des objets extérieurs correspondent à nos sensations ? En supposant ces certitudes acquises, comment passons-nous de ces perceptions d'objets particuliers à nos idées générales - telles que le Temps, la Cause, le Nombre, le Beau - auxquelles n'a jamais correspondu un donné singulier à un instant quelconque de notre expérience perceptive ? [etc...]

Pendant deux millénaires, ces problèmes ont été tournée et retournés en tous sens. Toutes les objections, tous les obstacles ont été inventés pour faire apparaître comme quasiment impossible l'objectivité de la connaissance, ou tout au moins de la perception. Toutes les éventualités de solution, des plus simplistes aux plus extravagantes, ont été conçues, examinées, cataloguées. Elle constituent l'une des plus copieuse casuistique des annales de la pensée. Et, pendant longtemps, aux époques où l'enseignement de la philosophie portait en majeure partie sur la théorie de la connaissance, cette casuistique fut une source d'effarement pour le débutant, enclin à trouver qu'on l'entretenait de questions qu'il ne s'était jamais posées et pas de celles dont il était venu chercher la solution.


En un sens, il avait tort. La hantise du connaître (...) [traduit] l'attitude philosophique de base : se demander comme se forme notre image du monde et ne pas trouver évident ce qui paraît aller de soi. Mais ces interrogations traduisent aussi un authentique vertige obsessionnel : se demander si le monde extérieur existe, s'il est connaissable, finit par remplacer la tâche de le connaître et d'en dispenser. L'interrogation réflexive sur l'appareil du connaître évoque parfois celle de ces malades psychasthéniques, (...) malades qui, à force de se demander cent fois s'ils ont bien refermé la porte derrière eux et de vérifier dans leur calepin l'adresse à laquelle ils doivent se rendre, finissent par oublier le but de leur sortie et par ne plus sortir du tout.

Les philosophes occidentaux ont passé deux mille ans, de Parménide à Kant, à se demander si le pin qu'ils avaient devant eux était en lui-même tels qu'ils le voyaient, si la couleur verte de ses aiguilles existaient dans le pin lui-même ou seulement pour notre œil, si la forme de ses branches était une vue de notre entendement ou une réalité du pin, bref, si nous avions le droit d'affirmer qu'il y avait bien là un pin. Pendant qu'on se posait toutes ces questions, on n'étudiait pas le pin du point de vue de la biologie végétale. (...)


C'est pour exorciser définitivement le sensible que Descartes, Spinoza et Leibniz inventent le doute "hyperbolique", construisent le rationalisme classique et la théorie de la certitude fondée sur le seule entendement, le pur intelligible - Dieu aidant.

À relire ces philosophes, leurs théories de la connaissance relèvent pour nous aujourd'hui d'un amalgame de notions relevant, les unes de la neurophysiologie, les autres de la psychologie expérimentale et de la psycholinguistique, d'autres encore de la logique et de l'épistémologie, certains enfin de la métaphysique et de la théologie. Les niveaux, à l'époque classique, sont techniquement confondus.(...)"


"La Critique de la Raison pure est le plus philosophique de tous les ouvrages de philosophie, puisque c'est l'ouvrage, en quelque sorte testamentaire, exemple d'une abnégation unique dans l'histoire, où un philosophe explique pourquoi la philosophie ne peut plus exister. À la date où paraît le livre, en 1781, la physique scientifique a un peu plus d'un siècle, la chimie et la biologie scientifiques sont en train de naître. Kant prend conscience que la philosophie, après deux mille ans d'inventions tantôt stériles tantôt fécondes, doit maintenant quitter la scène, comme la sage-femme après l'accouchement - comparaison bienveillante - ou comme le guérisseur quand apparaît le vrai médecin - comparaison malintentionnée. (...)


Depuis deux cent ans, les philosophes continuent à s'agiter "comme si" cette thèse centrale de Kant n'avait jamais été formulée ni démontrée, "comme si" la Critique n'avais pas été faite. Soit ils feignent de ne pas comprendre ce que Kant a vraiment dit, soit ils vont même jusqu'à lui prêter, sans ménager leur ingéniosité, le contraire de ce qu'il a voulu dire.(...)

L'erreur des métaphysiciens, argumente Kant, a été, à toutes les époques, de confondre la cohérence interne des raisonnements, l'impression de rigueur que peut donner une déduction de concepts, impeccable quant à la forme, avec la connaissance des réalités extérieures à l'esprit humain et de leurs lois. Une construction intellectuelle peut se présenter comme une démonstration convaincante pour la raison humaine, sans néanmoins qu'aucun objet connaissable ni même existant n'y corresponde. La raison a cette capacité de s'illusionner elle-même en se figurant connaître un objet parce qu'elle a édifié une théorie. Cette capacité engendre des dogmes, et c'est pourquoi Kant la nomme pensée dogmatique. La grande leçon de la physique, c'est que la raison humaine, réduite à sa propre virtuosité, pouvant entasser les démonstrations apparentes sans jamais appréhender le réel, doit, pour contenir ce vice qui lui est inhérent, s'astreindre à s'exercer toujours dans les limites de l'expérience possible. (...)Déterminer quelle est, dans la connaissance, pour qu'elle soit scientifique et non dogmatique, la part exacte de la perception (Kant dit : l'intuition sensible) et la part exacte de la raison active, constitutive des lois "dans les limites de l'expérience possible", tel est l'objet de la Critique de la raison pure. (...)


La canonisation d'Emmanuel Kant depuis sa mort, en 1804, s'est accompagnée de la méconnaissance feinte ou naïve du noyau dur de son message. C'est pourquoi les philosophes ont continué d'exister ; mais pas la philosophie. Les philosophes d'après la mort de la philosophie ne sont plus que les mimes de leurs devanciers. Certes, depuis la fin du XVIIIe siècle, la philosophie subsiste, mais en tant que genre littéraire. Un genre qui, au même titre que le roman, la poésie, l'essai, a eu et a encore ses génies, mais a perdu la fonction de savoir encyclopédique qui fut la sienne ou à laquelle il prétendit de Platon à Leibniz. Comment l'aurait-il conservée, après la naissance des diverses sciences qui assument, chacune dans son secteur, les missions de connaissance que la philosophie passée entreprenait de réunir sous sa seule autorité ? C'est pourquoi les grands systèmes modernes, celui de Hegel en particulier, ne sont plus et ne peuvent plus être, pour reprendre le mot déjà employé, que les mimes littéraires brillants des grands système passés. (...)


Que la philosophie, au sens ancien et classique, ait quitté la scène du savoir et ne se perpétue plus que sous forme de contrefaçon verbale de ce savoir, ne signifie certes pas que la pensée et les penseurs, même en dehors des sciences proprement dites, ont cessé d'exister ni d'être indispensables. Cela signifie que les vrais penseurs d'aujourd'hui ne sont plus ceux qui échafaudent les grands systèmes philosophiques de jadis. Ils se situent plus dans la descendance de Montaigne que dans celle de Descartes, et plus dans l'héritage de Montesquieu ou de Tocqueville que dans celui de Spinoza ou de Hegel. On trouve, certes, sur la société, la politique et l'histoire, de grandes idées chez Spinoza et chez Hegel, mais elles sont grandes pour ainsi dire indépendamment et même malgré leurs systèmes. De même, l'autre fonction de savoir, c'est-à-dire la recherche de la sagesse et du bonheur, la connaissance de soi et de ses semblables, l'art de vivre et de comprendre la vie, on la trouve remplie plus par des essayistes aphoristiques comme Nietzsche ou Cioran, que par les faiseurs modernes de systèmes, qui ressemblent à des fabricants de faux meubles anciens. Et si un sens philosophique original existe encore, il consiste justement, comme le sens de l'art, à savoir déceler les faux.»


 

Et enfin (qui a dit "ouf" ?), on peut peut-être voir un dernier intérêt à ce livre, intérêt inattendu - mais très personnel, et au-delà du contenu propre du livre.

 

Il se trouve que J-F Revel, après avoir été "socialiste", s'est affirmé politiquement, en rejetant le dogme communisme, comme un libéral, défenseur de l'économie de marché. Or, il me semble que Revel, dans sa manière de dépeindre l'histoire de la philosophie en regard de la science, et dans sa conclusion que je transcris ci-dessus, nous montre aussi son adhésion à l'idéologie libérale dans sa justification de fond et dans certains de ses fondement philosophiques, tel que cela apparaît chez beaucoup de commentateurs actuels (journalistes, politiques, etc...).

 

Il s'agirait donc, si je comprends bien (j'extrapole bien au-delà du livre, en partant de la petite phrase citée plus haut : "Une fois écarté le préalable métaphysique, chaque domaine d'investigation, déjà conçu ou concevable, est libéré, au sens où l'on parle en économie de libération des échanges ; il cesse d'être contingenté, il n'a plus à payer de droits de douane à l'ontologie, il peut "profiter", devient un terrain vierge, acquiert le droit à l'autogestion", pour essayer de faire correspondre ce que dit JF Revel précisément dans ce livre avec des idées politiques bien plus larges), il s'agirait donc, dans un premier temps, de s'émanciper de tout dogme - dogme qui serait donc incarné par tout système de pensée métaphysique ou par extension, par tout système de pensée clos sur lui-même.

A priori, jusque là, rien que de très défendable ; pas besoin de longue démonstration, me semble-t-il, pour montrer qu'il vaut mieux pouvoir garder une autonomie critique que d'adhérer sans réserve à un dogme, quel qu'il soit.

 

Mais le second mouvement serait donc d'opposer à tout dogme identifié, la vérité, le matérialisme, l'empirisme, le positivisme et le pragmatisme scientifique, qui, lui seul, au moins, bon an mal an, nous assurent du concret, du vérifié et du vérifiable, et qui devrait donc s'appliquer à la politique et à l'économie.

Cette fois, la chose me paraît infiniment plus discutable. Certes, dans certains domaines précis, cette vision des choses me semble parfaitement recevable ; mais le propre de ces domaines précis, c'est qu'ils contiennent en eux-mêmes un but. Un scientifique qui cherche comment la drosophile se reproduit, ou qui cherche à comprendre ce que sont les "sursauts gamma" de l'univers, peut être pragmatique, car il a un but clairement assigné (même si ce but peut paraître, en soi, absurde à certains), parfaitement circonscrit, et qui ne concerne que des faits dénués de toute résonance sociale.

 

Mais quand on passe à la conduite de la société, aux relations des Hommes entre eux, à l'organisation de la cité, bref, quand on passe à la politique, se réclamer du seul pragmatisme est alors beaucoup plus douteux. C'est pourtant ce qu'on entend rabâché par les politiques libéraux de tout poil : "je ne fais pas d'idéologie, moi, monsieur, je suis pragmatique" ; c'est ce que voudraient nous faire croire tant d'économistes, en se faisant passer pour des scientifiques, qui nous présentent l'économie comme un ensemble de règles transcendantes au genre humain, de même que l'est la gravitation universelle. Ce pragmatisme scientifique appliqué à la politique voudrait nous prouver que c'est en libéralisant les échanges et en laissant l'économie régir tous les niveaux du social que les choses iront pour le mieux - car c'est en libérant l'Homme de tout dogme, donc, que celui-ci s'exprime le mieux et trouve les meilleures méthodes pour vivre ensemble.

L'esprit scientifique appliqué à la politique a cette révérence devant la Vérité scientifique indépassable et incontestable, et voudrait nous faire croire que la société est également régie par des Vérités de cette sorte, que seul l'esprit pragmatique sait dégager. Ce sont les croyances irrationnelles et les dogmes idéologiques qui pèsent sur la société et l'empêche de la faire avancer. N'est-ce pas pratique, que d'agglomérer et d'assimiler toute critique possible à des croyances sclérosantes ?

 

L'ennui, c'est que le pragmatisme, c'est tout au plus un moyen ; c'est-à-dire, du pragmatisme, du scientifique, oui, mais pour quoi faire ? Car, après tout, est-ce que les plus formidables pragmatiques n'ont pas été les nazis, quand ils se sont très posément et très scientifiquement demandé quels moyens techniques adéquats utiliser pour tuer le plus de sous-hommes possibles à échelle industrielle ?

Vous pourrez toujours me décerner un point godwin, il n'en reste pas moins que le pragmatisme sert toujours un but, avouable ou non, et que si, en tant que moyen, l'attitude pragmatique peut se révéler tout à fait louable, cela ne peut pas dispenser d'avoir une réflexion éthique, et de disposer donc d'un cadre idéologique - malgré toute la dégradante connotation qu'a pris ce mot, tant on l'a récemment associé avec le communisme stalinien comme principe absolu de l'horreur du dogme.

Le pragmatisme ne peut donc pas exister sans objet sur lequel s'appliquer. Toute la question est donc de définir cet objet.

 

Et si, au nom du pragmatisme et de la liberté, on provoque le malheur d'une quantité de gens, c'est qu'il y a quelque chose qui cloche, et que le pragmatisme ne s'est appliqué qu'à certains aspect des choses et que la liberté n'a été allouée qu'à certaines personnes.

Et il me semble qu'à tout esprit scientifique qui se respecte, précisément, l'analyse du système dans lequel on est plongé montre que les choses ne vont pas mieux grâce à ce système ; que si nous sommes entourés d'appareillages techniques qui "facilitent" la vie, la vie en soi n'en est pas forcément plus heureuse ; que le tout-économique et le tout-marketing se paie aussi par une perte du débat intellectuel, d'une dévalorisation de l'Art, d'une perte d'éthique dans la relation aux autres, etc... ; que ce système se construit au prix d'une dégradation notable et dangereuse de notre environnement, ce qui pourrait même nous mettre en danger en tant qu'espèce ; que la libéralisation des échanges, c'est aussi, et surtout, laisser faire la loi du plus fort, sans soucis du bien commun ; que les oubliés du système sont infiniment plus nombreux que ceux qui en profitent ; que ces oubliés sont même nécessaires et constitutifs du système ; etc...

En quoi le pragmatisme scientifique et libertaire serait-il fatalement fondé à soutenir le libéralisme économique et capitaliste ? Tout se résumerait à un affrontement entre pragmatisme scientifique moderne (économie libérale) et dogmatisme métaphysique archaïque (tout le reste) ? Il y a là comme une arnaque intellectuelle parfaitement efficace, comme on peut le constater tous les jours.

 

Q'une idéologie puisse être constituée sans que ce soit nécessairement un dogme inattaquable et plombant, en restant souple pour s'adapter au réel, par essence changeant et rétif aux systèmes, ça c'est certainement une gageure, mais je n'y vois rien non plus d'impossible ; et le cadre laïque, républicain et démocratique, garant de services publics, me parait une invention assez bonne pour le permettre. Or, le "pragmatisme" libéral conduit à très exactement détruire ce cadre, ainsi que, dans le même temps, à préserver et à intensifier le pouvoir des puissants, et à rigidifier plus encore une hiérarchie sociale déjà donnée - c'est-à-dire que ce pragmatisme semble bien, au final, servir un but très conservateur, et même un dogme qui ne dit pas son nom et dont il conviendrait d'en circonscrire le contenu, ce qui, j'ai l'impression, est assez peu fait, en tout cas diffusé suffisamment, vu de ma place d'ignorant curieux(5).

Cela même tend d'ailleurs à montrer encore, si besoin était, qu'on est bien en présence d'un dogme silencieux et dissimulé, qui n'accepte pas la critique, et qu'il convient de ne pas dénoncer, ce qui est le propre du dogme - si vous avez le malheur de le critiquer, l'argumentaire en réponse est alors bien connu : vous n'êtes pas pragmatique, c'est-à-dire vous êtes un doux rêveur, ou vous êtes un idéologue, c'est-à-dire, forcément, au fond, un stalinien en puissance.

 

Bref, en matière de conclusion totalement foireuse, après toutes ces circonvolutions elles-mêmes foireuses : quoi qu'il en soit, lisez cette Histoire de la philosophie, elle est très très bien !


 

(5) C'est une impression, ou il y a peu d'ouvrages, d'étude, de reportages sur les puissants ? Les "actionnaires" restent dans l'ombre, on ne sait pas vraiment qui ils sont, quelle est leur vision du monde, etc... Il existe le travail de Monique et Michel Pinçon-Charlot. Dans cette idéologie que sert le "pragmatisme", j'ai bien l'impression d'y voir un bon vieux naturalisme, du genre, "il y a des puissants, il y a des faibles, il y a ceux qui ont les capacités de s'en sortir, il y a ceux qui ne pourront pas, c'est la nature qui est ainsi faite" ; le pragmatisme serait alors d'accepter cette fatalité naturelle et de faire avec.

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28 août 2008 4 28 /08 /août /2008 10:14

(Après les photos de minet...

Pour éviter un billet fleuve, que dis-je, amazonien, j'ai coupé l'article en deux.)



Non.

Le titre ne vous trompera pas, je ne vais pas faire un billet narrant l'histoire de la philosophie occidentale, comme ça, en toute simplicité. Ça va pas la tête.

 

Il s'agit d'un livre qui se trouve titré ainsi : Histoire de la philosophie occidentale, de Jean-François Revel (Pocket, collection Agora).

 

Le problème principal quand on cherche à aborder, en tant qu'ignorant curieux, un continent artistique, ou scientifique, ou, en l'occurrence, philosophique, c'est qu'on est en gros confronté au dilemme suivant : d'un côté, des ouvrages savants, ardus, plein de mots incompréhensibles de cinq syllabes et de références implicites que par définition, on ne peut pas encore connaître, ouvrages desquels on ne pourra nécessairement retirer qu'un savoir tronqué, incomplet, et mal assimilé ; de l'autre, des ouvrages de vulgarisation, parmi lesquels tout et n'importe quoi, depuis ceux qui sont simplistes à l'extrême et ne vous font pas avancer d'un millimètre, jusqu'à ceux, beaucoup plus vicieux, qui sous couvert de la volonté de vulgariser à notre niveau grand public (sans manquer de fustiger les ouvrages incompréhensibles susmentionnés), déforment en fait les idées qu'ils sont censés vous faire partager, pour les faire coller à leur propre problématique, et développent des concepts creux qui ont toute l'apparence du sérieux, toute chose que, parce qu'on est justement ignorant, on ne peut décrypter précisément(1).

Pouvoir séparer le bon grain de l'ivraie, trouver une référence qui vous guide honnêtement, à laquelle on peut se fier avant d'aller plus loin, voilà bien le soucis auquel on est confronté dès qu'on voudrait aborder des sujets dont on ne connaît rien, ou peu.

 

En matière de philosophie en tout cas, le livre de J-F Revel m'a semblé plutôt très bien remplir ce rôle. Et en l'occurrence, son introduction me paraît très pertinente, et tout à la fois nous mettre en garde sur ce qu'on pourrait apercevoir ailleurs :

 

«Ce livre est une histoire de la philosophie occidentale conçue à l'usage des non-philosophes. Je n'entends point par là qu'elle sera nécessairement inutile aux philosophes, ni qu'elle n'exigera jamais aucun effort de la part des autres lecteurs. Mais je me placerai délibérément en dehors des polémiques allusives, des conflits de tendances, énigmatiques au public, qui sous-tendent habituellement l'histoire de la philosophie et constituent la projection des problèmes de la philosophie d'aujourd'hui sur ceux du passé. Lorsqu'on se veut historien, c'est un piètre système que de prêter aux Grecs ses propres problèmes (...), afin d'éviter en définitive d'affronter et les Grecs et [soi-même]."


"On a copieusement ressassé, au XXe siècle, que l'objectivité de la connaissance historique n'existe pas, que l'historien est lui-même tributaire d'une vision du passé, lié au temps où il vit, prisonnier du sens que prend ou ne prend pas ce passé à mesure que le devenir le poursuit. Mais de cette vérité devenue banale on a tiré des conséquences également banales, mais fausses. De ce que la connaissance historique est soumise à une relativité on a tiré un argument autorisant à dédaigner les scrupules scientifiques les plus indispensables. C'était là confondre objectivité et impartialité, objectivité et exactitude. (...) Si donc nous mêlons nos préoccupations à l'histoire de la philosophie ancienne, ce ne doit être qu'à notre insu et avec la volonté et l'illusion nécessaires de saisir cette philosophie telle qu'elle était".


"La philosophie parfois cesse d'être fidèle à son propre idéal, à partir du moment où elle devient une profession. (...) [Aristote, Descartes...] n'ont pas été exempts d'un travers fort répandu chez les philosophes professionnels, c'est-à-dire que l'esprit de libre examen leur a souvent fait défaut dès lors qu'il s'agissait de le retourner contre leur propre école. Ce travers du philosophe, qu'il partage avec l'homme religieux dont il est pourtant à l'origine la négation, limite sa liberté, le pousse à essayer de se représenter l'histoire des idées philosophiques, paradoxalement, de façon extérieure à la préoccupation philosophique, le rend intolérant et vulnérable. Or, l'histoire de la philosophie a toujours été écrite, et pour cause, par des philosophes. Je dis "et pour cause", parce que nul n'ignore que la philosophie offre dans la plupart des cas certaines difficultés terminologiques devant lesquelles le lecteur et l'écrivain non spécialisés se sentent intimidés et se déclarent incompétents. Les philosophes sont ainsi conduits à écrire seuls l'histoire de leur propre discipline, ce qui constitue, si on y réfléchit, un phénomène unique et suspect. Quelle idée nous ferions nous de l'art militaire, si l'histoire de la guerre n'avait jamais été écrite que par des généraux ? (...)

Les philosophes auteurs de doctrines originales on tendance à rayer d'un trait ou à déformer grossièrement pour les annexer les théories antérieures à la leur, à moins qu'ils ne les considèrent purement et simplement comme des étapes préparatoires à leur propre flamboiement."


"On doit d'une part chercher autant que possible (et ce n'est guère plus facile que pour l'art ou la littérature) à saisir la raison d'être des doctrines successives, de leur teneur et de leur enchaînement, en tant que phénomènes de civilisation passés, et d'autre part se demander ce qu'elles conservent de vrai pour nous. (...) En effet, ce qui est inadmissible, c'est de moderniser sciemment l'exposé du platonisme ou du cartésianisme, de Parménide ou d'Héraclite, en leur prêtant des idées et des termes qui sont les nôtres. (...)

Mais une fois fois proscrite cette fausse perspective historique, il ne faut pas craindre de porter un jugement en notre nom et pour notre compte sur les systèmes philosophiques. On n'ose plus écrire, de nos jours : "ceci est faux dans le platonisme, et ceci est vrai". Cette fuite devant la responsabilité du jugement repose sur la déformation d'une idée juste, à savoir qu'on ne doit pas juger une philosophie sans être pleinement "entré dans la pensée de l'auteur", sans s'être placé, chaque fois qu'une objection contre lui surgissait, dans l'hypothèse qui lui était le plus favorable. Mais cette compréhension n'a de sens que si elle permet de juger. Une fois payée cette dette d'honnêteté qui est aussi une stricte nécessité scientifique, et une fois qu'on s'est fait l'avocat du système étudié pour le défendre vis-à-vis de soi-même comme si l'on était mandaté à cet effet par l'auteur en personne, on a le droit et le devoir d'inverser complètement l'attitude et de soumettre à un examen doublement sévère le même système, en adoptant non plus le point de vue de son auteur mais le nôtre.


La tricherie en histoire consiste à parler de soi en feignant de parler des autres, et ainsi, du même coup, à se dérober à la responsabilité scientifique de l'historien comme à la responsabilité du jugement personnel, c'est-à-dire la responsabilité philosophique tout court. (...)

Que signifiaient leurs idées "pour eux", quelle valeur ont-elles "en elles-mêmes", quelle valeur ont-elles "pour nous", voilà les trois questions que l'on est constamment en train de se poser en histoire de la philosophie (...)"


"La présente histoire de la philosophie est une histoire élémentaire de la philosophie. Par histoire élémentaire, j'entends une entreprise différente de la vulgarisation. La vulgarisation consiste à simplifier ce qui ne peut l'être, et ainsi à déformer une matière pour la rendre assimilable. Malheureusement, ce qui est alors assimilé n'est plus exactement la matière primitive ni celle qui a été promise. Un exposé élémentaire suppose le sacrifice d'une certaine quantité de la matière traitée, mais ne contient rien qui ne puisse pas être éventuellement incorporé à un enseignement plus poussé. Un manuel d'algèbre destiné à des écoliers est élémentaire, mais n'est pas de la vulgarisation, alors qu'une histoire générale des mathématiques pour adultes, plus ambitieuse par son ampleur apparente, sera beaucoup plus éloignée de pouvoir fournir une véritable initiation aux mathématiques. L'élémentaire est susceptible d'être par la suite approfondi et complété, alors que si l'on veut s'atteler sérieusement à une discipline, il vaut mieux en général commencer par oublier tout ce que la vulgarisation nous en a appris. (...)

On peut tomber dans le simplisme aussi bien en vulgarisant une théorie avec l'illusion d'en faciliter l'accès qu'en voulant tout dire à la fois, se couvrir de tous les côtés à la fois, ce qui conduit à être superficiel à force de vouloir être savant. Dans les deux cas, on ne sait se tracer ni les limites à l'intérieur desquelles il est possible d'être exhaustif, ni les frontières au-delà desquelles il est impossible de rester fidèle.»

 

Je sais pas vous, mais quelqu'un qui commence comme ça, à moi il me paraît quand même à peu près fiable.

 

À la lecture de ces quelques extraits, on peut d'ores et déjà se convaincre que Revel sait s'exprimer de manière claire, précise, sans jamais sacrifier pour autant la subtilité d'un propos. On peut toujours se moquer de l'Académie française pour diverses raisons, mais accordons au moins une chose aux académiciens : ils savent manier la langue correctement. Ce livre est donc lisible, limpide, et très ordonné ; de plus, en bon pédagogue, Revel revient plusieurs fois sur une idée importante, en l'explicitant de manière différente à chaque fois.

 

Sur le fond, c'est évidemment passionnant.

 

Déjà on y trouve des tas d'anecdotes rigolotes au détour d'un paragraphe : "lycée" et "académie" étaient les noms de quartier d'Athènes avant de devenir, par extension, les noms des écoles d'Aristote et de Platon, respectivement(2) ; "une hirondelle ne fait pas le printemps", c'est une phrase d'Aristote(3) ; le terme si lourd, tant chargé de sens que celui de "métaphysique", provient en fait d'une édition pas très fine, due à un certain Andronicos, qui a grossièrement regroupé l'œuvre d'Aristote en deux gros volumes : ta physica - "écrits sur la physique", d'un côté, et méta ta physica - "après les écrits sur la physique", de l'autre ; ou encore, c'est Aristote (encore lui) qui a jeté les bases des science naturelles et de la classification des espèces, inspirant en particulier Darwin ; etc...

 

Ensuite, les philosophes sont toujours dépeints vivants dans leur époque, au sein de courants d'idées et de considérations sociales ; ils sont présentés comme des hommes de chair et de sang, avec leur histoire bien réelle, au lieu d'être vu comme des monuments indéboulonnables et statufiés.

 

Et puis, on suit le cheminement des diverses idées philosophiques au sein d'un flux historique de l'histoire des idées, et non seulement comme des exposés ex nihilo.

 

C'est ainsi qu'on y voit l'œuvre de Platon comme une réaction conservatrice - mais combien brillante ! - d'un milieu athénien aristocratique très conservateur, justement, que les idées un peu trop "novatrices" des milésiens menaçaient dans la tranquillité de sa vision du monde établie et de ses dieux.

 

On peut y voir aussi l'apparition de la morale en philosophie venir après les grands systèmes métaphysiques, parce que, précisément, quand tant de systèmes métaphysiques sont en concurrences et que rien ne peut vraiment trancher en faveur de l'un ou de l'autre au final, il ne sert à pas grand'chose d'en rajouter un nouveau - c'est alors qu'on se penche d'un plus près sur l'homme lui-même, et donc, sur la morale.

On peut alors constater au passage, par exemple, combien Épicure est loin de toutes les caricatures qu'on peut avoir en tête, loin de tout hédonisme ou de tout "rabelaisianisme" : il prône, non pas la recherche du plaisir, mais plutôt la recherche de l'absence de toute douleur, atteignable par une ascèse qui consiste, en particulier, à savoir se contenter d'un verre d'eau et d'un bout de pain pour toute jouissance, et de laisser tomber tous les désirs qui ne sont pas nécessaires (exit les bonnes bouffes, les coucheries, les parures, les spectacles, et même le goût intellectuel de la discussion métaphysique), pour atteindre un état d'équilibre (l'ataraxie), qui est alors le véritable plus grand plaisir possible - on est plus proche du bouddhisme que de l'hédonisme, d'un certain côté.

 

On peut aussi y voir décrit le fameux cartésianisme comme une faillite intellectuel assez retentissante - ou comment tenter de récupérer le mouvement scientifique (en le trahissant totalement, dans les faits) pour accréditer la vision du monde conservatrice de l'époque, et en particulier prouver l'existence de Dieu. La manière dont il a eu l'intuition de sa fameuse méthode cartésienne et de sa mission sur terre est d'ailleurs assez proche d'une "révélation", puisqu'il s'agit d'une illumination opérée en trois rêves, dont il remerciera Dieu en faisant vœu de se rendre en pèlerinage en Italie à Notre-Dame de Lorette, ce qu'il fera cinq ans plus tard.

Il faut voir que la preuve ultime de vérité, chez Descartes, c'est d'avoir une "idée claire et distincte"(4) - c'est quand même un tantinet léger, face à ce que les scientifiques comme Bacon, Galilée ou Newton ont développé. On ne s'étonnera pas si Descartes s'est totalement planté en matière de mécanique, de magnétisme ou encore sur la circulation du sang... Par contre, on pourra s'étonner que le cartésianisme se soit tellement implanté dans nos mémoires en tant que révolution de pensée et premier modèle de rationnalité - sinon parce que, en constituant ce conservatisme de pensée camouflé en changement radical (on fait mine d'être rationnel pour au fond justifier un système de pensée théologique et irrationnel), cela n'a pu qu'être surévalué par la tradition conservatrice et, en particulier par le clergé de l'époque (l'existence de Dieu démontré par la Raison, vous imaginez !).

Mais, comme le note cruellement Revel : "Descartes, comme beaucoup de philosophes, croit être le premier véritable philosophe"... Et Revel de disséquer point à point, le système cartésien.

 

Ce qui est assez frustrant, finalement, dans cette histoire, c'est qu'elle s'arrête à Kant et à la Critique de la Raison pure.

 

(à suivre...)


 


(1) Je pense inévitablement à Michel Onfray et à sa fameuse "contre-histoire" de la philosophie - tout ce qui suit dans les propos de Revel est d'ailleurs applicable, à charge, à la démarche d'Onfray.
(2) plus exactement, le lycée était un faubourg dans lequel se trouvait un gymnase appelé ainsi à cause de la présence à proximité de la statue d'un Appollon lycien - l'académie était quant à elle, un quartier contenant le tombeau du héros Académos.
(3) "une seule hirondelle ne fait pas le printemps ; un seul acte moral ne fait pas la vertu."
(4) "Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle ; c'est-à-dire, d'éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute." - Discours de la méthode.

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