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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 18:57
(Suite d'articles précédents)


Le cor est un pauvre petit orphelin.

Enfin, altier fils unique serait plus exact.


En effet, il est seul dans sa tranche générationnelle, unique exemplaire, pas de cor alto, de cor soprano ou de cor basse, excepté pour des expérimentations génétiques gratuites et sans lendemain, comme par exemple pour ce cor contrebasse (1) :



Mais le cor, on le sait bien, a évidemment des ancêtres de haute lignée, dignes et fiers (sic) :



Ce lignage aristocratique est lourd de conséquences, car le cor ne s'est jamais tout à fait défait de cet héritage culturel. De la chasse à la guerre, il n'y a qu'un pas, de la guerre à l'héroïsme, que quelque balles : le cor est l'instrument des batailles, des héros, dans le versant noble de la chose, le genre Napoléon au pont d'Arcole et tout ça (quant aux cornistes, eux-mêmes, c'est une autre histoire, ne mélangeons pas tout).

Faites vous-même l'expérience : donnez un cor à une innocente blonde comme on en fait des dizaines, elle se transformera immédiatement en farouche et noble walkyrie qu'on n'a pas trop envie de vexer ou de mettre en rogne :


Si à la noblesse aristocratique vous ajoutez toute l'imagerie forestière (les champignons exceptés), mélange de mystères anciens et de forces naturelles qui dépassent l'Homme, dans laquelle le Héros Artiste trouvera le contact avec l'Inspiration et les Muses et pourra brâmer ses amours impossibles (surtout en automne), vous tenez là des ingrédients parfaits pour tout bon romantique qui se respecte :

(R.Wagner, ouverture de Tannhaüser - bon, en vrai, c'est joué par un orchestre en entier, mais le premier thème y est en effet tenu par le cor)


(J.Brahms, 3e symphonie, 3e mvt)



Pourtant, paradoxalement - compte-tenu de tout cet affectif mythique en arrière-plan, le principe du cor est simplissime : une embouchure, un tuyau, un pavillon, et le tour est joué. Désolé si ça vous démythifie le truc, mais c'est comme ça, j'y peux rien. Cela dit, un tel rapport qualité/prix, ça force le respect.

Ainsi que nous le prouvent les cornistes de l'orchestre de Paris (tirée du site de l'orchestre de Paris), un tuyau d'arrosage et un entonnoir suffisent à constituer un cor déjà capable de rivaliser avec les meilleurs colverts.


En fait, tout est dans l'embouchure et la perce du tuyau ; c'est ce qui distingue essentiellement trombone et trompettes d'un côté, des cors de l'autre. C'est d'ailleurs à ce titre qu'on peut considérer la famille des tubas comme des petit-cousins des cors, les embouchures et les perces étant assez proches - mais comme la perce du tuyau est tout de même différente (beaucoup plus conique pour les tubas dans la partie débouchant sur le pavillon), c'est quand même des petits-cousins éloignés.

 embouchure de trompette (coupe)

embouchure de cor 

L'embouchure du cor est creusée à l'intérieur comme une sorte de simple cône allongé, alors que les embouchures de type trompettes forment une sorte de cloche. Qui plus est, la perce, c'est-à-dire la forme de l'intérieur du tuyau, a quelque chose de conique chez les cors (c'est-à-dire en forme de cône, rien à voir avec quoi que ce soit de con - si ce n'est les cornistes eux-mêmes, mais c'est un autre débat)), alors que c'est cylindrique chez les trombones et trompettes : ainsi, les tout premiers cors ont été des cornes d'animaux, comme celui qu'avait par exemple ce grand couillon de Roland de Roncevaux, et dont le son n'est pas sans évoquer les meilleurs avertisseurs des antiques 2CV citroën.

Différences de perce et d'embouchure font que le son des trompettes et trombones est plus percutant, incisif, perçant, quand celui du cor est large et fondu - tellement fondu que, évoquant celle au gruyère, certains compositeurs de musique de films ont tendance à rendre leur musique assez poisseuse et adhésive à force de cors.

Cela dit, une chose me chiffonne : si c'est une question de perce conique, comment ils font, les autres zigotos cités plus haut, avec leur tuyau d'arrosage qui, quasiment par définition, est parfaitement cylindrique ? Si un expert en acoustique passait par ici et pouvait m'éclairer, merci d'avance.


Comme cette simplicité contraste de manière surprenante avec la noblesse attribuée au cor, ils ont ajouté tout plein de tuyaux partout pour donner le change et être à la hauteur de la fierté cornistique :



Ou comment on fait les pavillons (ici de trombones, mais ne chipotons pas) :



Dans la prochaine causerie, nous nous pencherons plus avant sur la théorie de comment ça fonctionne un cor, youpi, parce que j'aime autant vous dire ça vaut son pesant de cacahuètes.


(1)Ou alors, dans de subtils dérivés du cor standard, pour obtenir des facilités de jeu dans certains répertoires, on verra ça dans le prochain billet.


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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 14:24

Si des antillais, et plus particulièrement des guadeloupéens, venaient à passer sur ces pages, je tenais à les saluer très amicalement et à leur souhaiter un maximum de courage.


Voilà des gens qui, de manière organisée et concertée (je ne parle pas des bandes violentes récemment apparues), s'avancent groupés pour demander des choses impensables, insultantes, grossières : des hausses de salaire, par exemple. 200 euros, pas un de moins. Parce que - rendez-vous compte un peu, ils en ont marre que quelques-uns s'en mettent plein les poches pendant que la majorité vivote avec pas grand'chose. Quel toupet, n'est-ce pas ?


Déjà, ils se sont organisés en force groupée, ce qui, en ces temps d'individualisme, est assez inconvenant. Mais, en plus, des augmentations de salaire, quelle infamie !

Résultat : ils se font taper sur la gueule. L'État démocratique, dont la fonction, dans de lointains temps obscurs, avait été défini comme étant de se préoccuper du bien commun, va taper sur ces impudents qui osent l'impensable : voilà que la populace voudrait partager et obtenir sa part du gâteau...


Cette situation est d'autant plus ahurissante qu'on vient d'assister en direct à l'explosion en vol du système économique néo-libéral, dont on nous vantait la sûreté scien-ti-fique et l'inéluctabilité depuis une trentaine d'année, explosion dont une des causes conjoncturelles est précisément que les ménages américains, n'ayant plus de ressources suffisantes de par leur salaire, ont été incité, pour compenser, à s'endetter dans des proportions aberrantes.

C'est-à-dire que la cupidité du système financier, cupidité décuplée par la sacro-sainte concurrence et rendue possible par les portes grandes ouvertes et non moins sacro-saintes de la dérégulation des marchés, l'a mené à sa perte précisément parce qu'en voulant prendre tellement d'argent dans la poche des ménages d'un côté, par les compressions salariales et autres licenciements économiques, dans le but de rendre les entreprises plus "compétitives", (c'est-à-dire plus à même d'injecter des liquidités dans la finance qui se charge de les faire se décupler dans des proportions ahurissantes pour son seul compte, sans intention de redistribuer), on a voulu également leur prendre de l'argent qu'ils n'avaient pas, comme si ça ne suffisait pas, par le biais du crédit.

C'est précisément pour cela que certains, au vue de la faillite du système, et ressuscitant le nom de Keynes (ainsi que le mot "capitalisme", tout d'un coup, alors qu'on passait pour un stalinien attardé il y a encore quelques temps quand on osait proférer ce mot), certains donc préconisent qu'un des leviers pour contrer la crise et refonder un système plus viable soit précisément d'augmenter les salaires. Il ne s'agit même pas d'un point de vue moral, mais seulement technique, parce que bien évidemment, si on se met du côté de la morale, c'est encore pire : on ne peut qu'apercevoir un monde de la finance qui s'est enrichi dans des proportions de milliers de milliards de dollars sans jamais redistribuer un kopeck à l'économie réelle (c'est-à-dire à nous), mais qui, quand elle se casse la gueule, et parce que ce serait une catastrophe encore plus énorme sinon, contraint les États (c'est-à-dire nous) à débourser des sommes monstrueuses pour sauver la mise : privatiser les profits, socialiser les pertes, le procédé est non seulement moralement scandaleux mais même inopérant économiquement.


Le néo-libéralisme s'est imposé comme une religion peut s'imposer à un moment de l'histoire. C'est une école d'économistes de Chicago, influencée, entre autres, par von Hayek et Milton Friedman, eux-mêmes pétris de thèses individualistes et libertariennes à la Ayn Rand, qui a promu cette idéologie néo-libérale dans les années 70, et qui a porté la bonne parole comme des prophètes annoncent l'arrivée du messie. Alors que l'économie mondiale s'était très bien portée d'avoir une finance régulée et réglementée par les États pendant les trente glorieuses, ils ont voulu imposer leur idéologie comme remède miracle au ralentissement de croissance des années 70.

Pour tester leurs idées, ils ont eu à disposition l'Indonésie de Suarto et le Chili de Pinochet comme cobayes : ils y ont expérimenté en direct leur système, avant de le vendre au monde entier. Von Hayek a même déclaré quelque chose comme "je préfère une dictature qui applique le libéralisme qu'une démocratie qui ne l'appliquerait pas" - vous voyez qu'on est en présence de sympathiques personnages.

Le credo n'a pas varié : la moindre intervention de l'État (même démocratique, donc) dans l'économie est vécu comme un immonde totalitarisme de type communiste (ou nazi, pour ces gens-là c'est la même chose), il faut par conséquent "libérer" les marchés et ne laisser à l'État que sa seule fonction d'armée et de police comme gardien de l'ordre - tout le reste doit être laissé aux marchés : les retraites, les "services publics", le code du travail, etc.

On connaît la suite : après que Nixon ait déconnecté le dollar de l'or en 1971 pour en faire une monnaie "libre", Reagan, puis Thatcher, gagnés par la nouvelle idéologie présentée comme le summum de la modernité, ont strictement suivi ce programme. Le crédo a été repris en chœur et présenté à la fois comme la lumière de la modernité et une inéluctabilité scientifique, aussi "inexorable que la loi de la gravité", avait dit Alain Minc. Toute critique de ce système, toute proposition d'alternative était étouffée sous la caricature de "stalinien", ou au mieux, de ringard qui refuse la modernité - le débat n'était même pas pensable.


Et en France, on est bouche bée quand on constate par qui a été importée la religion néo-libérale ; les État-unis et une bonne part de l'Europe ayant déjà cédé au culte doctrinaire de l'économie de marché, ce sont les socialistes qui, dès 1983, ont mené, Fabius en tête, les premières "réformes" - et c'est la loi de déréglementation financière de 1986, votée sous le gouvernement Bérégovoy, qui a introduit la France dans les doux filets de la finance déréglementée qui vient de nous montrer tout son monstrueux potentiel de nuisance. Du reste, les dirigeants du parti socialiste ne paraissent pas très à l'aise pour analyser cette crise financière et ne semblent pas donner de la voix pour des mesures qui s'imposeraient pourtant - sauf à demander de "moraliser" le capitalisme, et à taper sur Sarkozy. Ce sont bien les structures fondamentales du système qui l'ont amené à exploser, pas la vilenie de quelques méchants - et Sarkozy est certes responsable de politiques hautement critiquables (sinon détestables), le critiquer est un réflexe politique compréhensible, mais improductif à considérer vraiment en face l'ampleur de la crise du système.


C'est ce qui est frappant : tant de gens ont pris le pli du réflexe libéral, se sont auto-convaincus depuis tellement de temps qu'on tenait avec le néo-libéralisme et la mondialisation associée LA méthode inéluctable, intangible, inviolable. Cette crispation idéologique est telle que même face à la crise, face à ce "principe de réalité" qu'adorent pourtant les pragmatiques (car les néo-libéraux présentent leur croyance comme un pragmatisme rationnel, bien entendu), ces mêmes personnes n'arrivent pas à admettre la ruine de leur idéologie, dans une sorte de déni de réalité - à moins de contorsions assez pathétiques à la Laurent Joffrin, par exemple. Par ailleurs, cette adhésion sans faille du parti socialiste aux "lois" du marché pourtant inventé par des conservateurs patentés est encore pour moi un grand mystère - s'agit-il d'une sorte de formatage dû aux grands écoles ? D'une tromperie électoraliste ? De connerie pure ? Ça m'échappe.


Alors qu'on reproche à Chavez de gagner des référendums, les mêmes ne sont pas gênés qu'on ne respecte pas en France le résultat de celui sur la constitution européenne. Témoignage de cette croyance aveuglante en l'économie de marché telle qu'elle ne veut entendre aucune contestation, et preuve de l'efficacité de sa propagande, on préfère se concentrer sur la part des votes nationalistes contre l'idée même d'Europe, en clamant l'imbécillité de ces gens qui n'ont rien compris et en amalgamant les "extrêmes" (stalinien=nazi, on en revient toujours là), plutôt que de considérer qu'on puisse s'élever avec des arguments de raison, contre l'idée d'une "libre concurrence non faussée" inscrite dans une constitution, quand on voit ce que cela sous-entend.


Encore maintenant, alors que la faillite du système est avérée, le FMI, dirigé par Strauss-Kahn, en est encore à imposer ses "ajustements structurels" à la Hongrie, en échange de prêts dont l'État hongrois a besoin de manière vitale pour éviter la faillite : ces ajustements, ce sont ici 106 points qui détaillent les privatisations à mener, les dégraissements de fonctionnaires à opérer, et l'ouverture aux acteurs financiers comme les fonds de pension et autres...


Pendant ce temps, les guadeloupéens demandent leurs 200 euros d'augmentation et se font taper dessus. Un peu avant, c'était la jeunesse grecque qui s'était soulevée.
Qui seront les prochains ?





À lire : Jusqu'à quand ? Pour en finir avec les crises financières, Frédéric Lordon, Raisons d'agir

Le krach parfait, crise du siècle et refondation de l'avenir, Ignacio Ramonet, Galilée

Le blog de Frédéric Lordon.

La crise et les médias, vidéo - Frédéric Lordon invité par Acrimed 

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 14:19

Petite réponse personnelle, juste pour se faire du bien, à certains puristes étroits du classique, qui trouvent que "jazzy" ça fait vulgaire(1).


Voici d'abord des extraits du Casse-noisettes, de Tchaïkovsky, pour s'échauffer :


 



Et puis en voici du "jazzy", pour la route et pour les roots :
















(1) à lire certains commentaires du billet mis en lien - billet par ailleurs irréprochable.
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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 19:27

Ceci est un chien.


Si si.


L'espèce de serpillière sous cocaïne, là, c'est un chien.




Là, ça se voit mieux : c'est en fait un chien rasta. Peace, dog, com'on, yeah.


 

En réalité, c'est un puli, un berger hongrois, chien rare, à propos duquel on se demande s'il n'a pas été exporté en Jamaïque, donnant certaines idées capillaires à qui l'on sait.

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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 12:48

Comment l'organisation de ce qui n'est après tout que des fréquences de vibration de l'air peut-elle nous tirer des larmes, du moins quand le gars qui a planifié ladite organisation est suffisamment doué ?

En d'autres termes, comment la musique arrive à nous émouvoir ?


Il semblerait que ce soit la capacité fondamentale du cerveau humain à la communication avec ses semblables qui prête ses canaux à la réception du fait musical, traduit essentiellement en attentes, comblées, déçues, ou temporisées.

Cela implique en particulier que la syntaxe musicale d'un morceau est en effet analysée par le cerveau. Je vous ai déjà parlé ici de la tonalité, comme hiérarchie des notes et des accords, ou de la forme sonate (par exemple), organisation temporelle d'un morceau de musique en deux thèmes distincts construite autour de cette hiérarchie : ces éléments sont bel et bien détectés clairement par le cerveau et sont liés, en tant qu'attentes, au plaisir de l'écoute, et c'est d'autant plus frappant que cela est vrai quel que soit le degré d'expertise musicale du sujet.


Je viens de vous résumer très grossièrement une conférence passionnante : «l'émotion dans le langage musical», par Emmanuel Bigand, chercheur au CNRS (45 minutes environ).


 


Cependant, parole et musique, en tant que structures cérébrales fortement spécialisées, semblent bien être bien séparées : apprendre une mélodie ou un texte par cœur sont des tâches bien distinctes, contrairement à ce qu'il pourrait sembler quand on considère le chant. Ceci est le sujet de la conférence «l'échec du dialogue entre parole et musique dans le chant», par Isabelle Peretz, de l'Université de Montréal (45 minutes environ).


Et, en attendant d'avoir le temps de visionner ces conférences, voici une présentation résumée de l'état des recherches en sciences neurologiques sur la perception de la musique.

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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 20:36

Amis lecteurs, amies lectrices, vous êtes solennellement et humblement prié(e)s d'avoir l'obligeance de vider le cache de votre navigateur afin de découvrir les quelques menus coups de balayette de-ci de-là dans le but avoué de dépoussiérer ce blog(1), blog qui, mine de rien, devient relativement vénérable au vue de la moyenne d'existence des pages sur internet, hein, quand même, quand même, et, de plus, qui vous permettra de re-découvrir des articles à nul autre pareil dans les menus déroulants ci-dessus que je vous invite instamment à feuilleter, alors que, lisant péniblement ces lignes, vous constatez également que décidément c'est pas demain la veille que vous lirez des phrases simples et courtes sur ce pu*** de blog pour lequel vous avez malgré tout une indéfectible tendresse, ta-ta-ta, ne niez pas, vous rougissez, bande de timides.



(1) Et le but non avoué de faire mumuse. 
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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 13:12

(Caricature de la rationalisation taylorienne en forme de rapport, rédigée par un ingénieur en organisation, demeuré anonyme, après l'audition d'un concert symphonique au Royal Festival Hall de Londres - Extrait de l'ouvrage la théorie de l'organisation)



Monsieur le directeur financier,


Le chef d'orchestre et moi même avons considéré attentivement votre suggestion qui consiste à optimiser les coûts relatifs à nos représentations. Nous avons réalisé un audit et souhaitons vous faire part de son compte-rendu.


Pendant des intervalles considérables, les quatre joueurs de hautbois sont restés sans rien faire. En réduisant leur nombre et en répartissant de manière égale leur activité sur toute la durée du concert, les périodes de pointe seront éliminées.


Les douze violons jouaient tous les mêmes notes : il semble s'agir là d'une multiplication d'emplois parfaitement inutile. II faudrait pratiquer une sévère compression de personnel dans cette section. Si l'amplification du son est recherchée, il est préférable d'avoir recours à du matériel électronique dont le prix sera très rapidement amorti.


L'exécution des triples croches a exigé une importante dépense d'énergie. II semble s'agir là d'un raffinement superflu. Nous préconisons la réduction de toutes les notes à la double croche immédiatement inférieure. II serait alors possible d'employer plus largement du personnel stagiaire ou de moindre qualification.


Certains passages musicaux semblent donner lieu a des répétitions abusives. II faudrait en couper systématiquement la plus grande partie. II n'est d'aucune utilité pratique de faire répéter par les cors tel passage qui a été préalablement exécuté par les cordes. On peut estimer qu'en éliminant tous les passages qui font double emploi, on réduirait la durée du concert de deux heures a vingt minutes. Ce qui permettrait, en outre, de supprimer l'entracte.


Dans l'ensemble, les propositions rencontrent l'adhésion du chef d'orchestre. II objecte néanmoins que leur mise en oeuvre pourrait entraîner une certaine diminution du nombre des entrées. Dans cette éventualité, d'ailleurs peu probable, rien n'empêcherait de fermer au public des sections entières de la salle, ce qui permettrait de réaliser des économies d'entretien, d'éclairage, de personnel, etc.


Au pire, on pourrait supprimer les concerts dans cette salle, les mélomanes ayant toujours la ressource de se rendre dans une autre.

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12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 14:38

C'est terrible.

Il est de ces domaines pour lesquels il suffit d'y poser à peine le bout du doigt pour se retrouver plongé dedans jusqu'à l'épaule sans que la transition ait été véritablement perçue.


Par exemple, le jour où vous êtes innocemment rentré, sans malice aucune, dans ce commerce achalandé en thé aux noms exotiques, juste pour voir si c'était meilleur que le Lipton en sachet, imaginiez-vous que, quelques mois plus tard, vous en seriez à envisager l'achat de différents types de théières selon le type de thé ?


Car si un Darjeeling appelle inévitablement la porcelaine, les Pu-Er et les Yunnan réclament ardemment la terre cuite, et dans des théières différentes, s'il vous plaît, pour ne pas mélanger des flaveurs qui n'ont rien, mais alors rien à voir. Par ailleurs, comment faire un thé vert autrement que dans un poëllon japonais, ou un Wu-Long au Gong Fu Cha ?

Et pourra-t-on échapper longtemps à une bouilloire à thermostat, alors que le thé vert ne tolérera qu'un 70°, quand le Yunnan se révèlera vers les 85°, pendant qu'un Pu-Er supportera les 95° ?


On est mal barré, c'est moi qui vous le dis.



(Pour une initiation au thé : Le guide de dégustation de l'amateur de Thé, éditions Chène, François-Xavier Delmas, Mathias Minet, Christine Barbaste)

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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 12:16

Besoin pressant d'un tournevis ? D'une pince coupante ?

Alors que vous êtes coincé dans une fosse d'orchestre ?


Aïe aïe aïe !


Pas de panique, c'est possible.

Il suffit pour cela de demander à un hautboïste.


Car un hautboïste, en plus de son hautbois, et éventuellement de ses partitions, des cachous et d'un recueil de sudoku, se trimballe toujours avec une petite trousse emplie d'un bric-à-brac improbable, dont, en effet, un tournevis, une pince coupante, mais encore du fil, un couteau très (très) affûté, et des tas d'autres choses encore, pour la joie des plus jeunes comme des plus grands.


En effet, dans sa vie, un hautboïste passe plus de temps à fabriquer et chouchouter ses anches qu'à faire des gammes. Les anches, ce sont ces petits trucs en roseau dans lequel l'instrumentiste souffle : dans le cas du hautbois (comme au basson), l'anche est fabriquée de manière à ce que deux lamelles fines de roseau soient appliquées l'une contre l'autre. La tâche de l'instrumentiste sera alors, en soufflant de manière adéquate, de faire vibrer ces deux lamelles, vibration qui va se propager dans le reste de l'instrument et, par la magie de l'acoustique, va produire au choix, un son magique et merveilleux, ou un immonde couinement de canard chevrotant(1).



 

Les facteurs agissant sur la détermination entre le canard enroué et la mélodie irrésistiblement mélancolique sont : 1/l'anche, 2/le hautboïste.

La qualité d'une anche de hautbois, c'est aussi facile à prévoir que l'arrivée d'un colissimo : selon le roseau utilisé, l'humidité de l'air, le moindre millimètre de plus ou de moins dans l'épaisseur des lamelles, l'âge du capitaine et le taux du CAC 40, ça peut aller du meilleur au pire sans prévenir. Quand en plus on sait que la durée de vie d'une anche est relativement courte, et qu'il faut par conséquent en tailler des neuves régulièrement, on comprend qu'à chaque fois qu'on croise un hautboïste, on le voit occupé, assis dans un coin, le dos courbé, la langue dépassant légèrement, à gratouiller son roseau.


Les hautboïstes ont donc aussi une petite boîte dans laquelle, tels des entomologistes, ils rangent soigneusement, bien alignées, leurs anches du moment. Dans un lot de 10, il y en a toujours au moins une qui est l'Anche du moment, celle qui marche vraiment bien, et qu'il utiliseront pour LE solo - sachant qu'à terme, il leur faudra se résoudre à la jeter en attendant de retrouver une anche d'exception de la même eau.


Je dis "même eau" et je ne sais pas si bien dire, car une anche, c'est comme le thé : ça doit aussi infuser de manière très précise. Une anche sèche est injouable car inélastique ; avant de jouer il faut donc la faire trempouiller de manière fort peu appétissante dans un petit bocal qui évoque irrésistiblement certains autres de laboratoires d'analyse médicale.


Seriez-vous surpris si je vous dis après ça qu'il paraît que le hautbois est cité par le Guiness des records comme l'instrument le plus difficile avec le cor ?


(1) Et non de chèvre cancanant, ce qui est à la fois très différent et beaucoup plus rare.

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6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 14:23





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