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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 22:00

Certaines musiques semblent si évidentes qu'on en oublie qu'il fallait en fait un type génial pour l'inventer. C'est en particulier le cas du plus célèbre tidadaam de l'histoire, je veux dire : le premier mouvement de la 40e symphonie de Mozart.


Ce qui suit n'est pas une analyse musicologique complète et studieuse de A à Z. Ce sont juste quelque découvertes, picorant de-ci, de-là, sur un chemin qui sent bon la noise-è-tteu, afin d'aiguiser et d'initier son ouïe aux joies des petites subtilités qui font que Mozart, c'est plus fin que, mettons, Pascal Obispo.

Qui plus est, on va se limiter au tout début, c'est-à-dire au premier thème (et un peu plus), parce que, hein, j'ai pas que ça à faire non plus, et puis ça fait déjà beaucoup de choses à dire mine de rien.


Écoutons donc le début de ce mouvement - le son est affreusement synthétique, mais vous comprendrez sans doute pourquoi avec la suite.


Nous venons d'entendre (presque) tous les éléments clefs du mouvement.

Comme tous les premiers mouvements de symphonie ou de quatuor de l'époque, il est de forme sonate. Si vous avez quelques vagues souvenances de ce que ça signifie, vous vous rappelez peut-être qu'une des caractéristiques principales de la forme sonate c'est de présenter deux thèmes : le premier, et, par voie de conséquence, le second.

Ces deux thèmes sont censés être très différents l'un de l'autre, deux figures qui s'opposent. De plus, ils sont séparés par un épisode contrastant, qu'on appelle pont modulant.


Notez que thème est un terme qu'on utilise en analyse non pas  pour nommer une mélodie particulière, mais un ensemble qui forme un tout musical, cet ensemble pouvant être constitué de divers éléments.

Ainsi, le premier thème, ici, c'est ceci :


Voilà, successivement, on a entendu : la mélodie super-célèbre (avec le tidadaam), un petit rajout mélodique qui prolonge la mélodie super-célèbre, enfin une conclusion un peu martiale pour boucler le tout de manière dramatique. Divers éléments, mais un tout cohérent : c'est le premier thème.


Vient donc le tour du pont modulant :


Vous n'avez pas été sans remarquer : «mais ça commence comme le premier thème !»

Oui. C'est exact. On ne peut rien vous cacher. Ça commence comme le premier thème.


Enfin, en fait, pas tout à fait (on y reviendra) : notez très vite l'apparition des hautbois dans l'aigu, discrets mais présents, qui annoncent qu'on va bifurquer ; et puis, la mélodie super-célèbre prend un virage inattendu qui n'était pas là la première fois, avant d'aboutir au grand tutti flamboyant qui nous fait cette fois entendre des choses nouvelles.


Mozart nous fait là un pied-de-nez à la Haydn ; Haydn est le spécialiste des faux-départs, il fait croire que c'est le premier thème qui redémarre et, ha ha ha, non en fait, paf c'est le développement, ho ho ho, quel petit rigolo ce Haydn, ha ha ha (pourquoi ai-je l'impression d'être le seul à rire ?).


C'est-à-dire que pour bien faire, il faudrait vous faire écouter une symphonie lambda de l'époque : là, les thèmes et pont se succèdent bien consciencieusement, comme à la parade ; et il faut se figurer que c'était un tel standard à l'époque, que les auditeurs suivaient véritablement la structure (pas comme maintenant, tout se perd). Au bout d'un moment, à force de composer de nouvelles œuvres, il faut bien trouver des solutions originales pour ne pas répéter sempiternellement les mêmes figures, et certains (en particulier Haydn, donc) trouvèrent malin, pour se renouveler, de semer des fausses pistes en faisant commencer une partie de la sonate par autre chose que ce qui était attendu, comme de faire commencer le pont modulant par le début du premier thème, donc.


Sauf qu'ici, plutôt qu'un pied-de-nez rigolo pour connaisseurs, l'effet est plutôt dramatique, semble-t-il ; par ce biais, la mélodie super-célèbre se personnalise un peu plus, paraît suivre un chemin, un développement propre - on pourrait s'imaginer Mozart lui-même personnifié. Pour tout dire, à partir d'une pratique typiquement classique à la Haydn, on bascule dans une manière déjà romantique...


Ce qui suit le pont modulant, c'est, si vous suivez, le second thème, que nous laisserons de côté ici. Quand vous écouterez le premier mouvement entier à la fin de cet exposé, vous pourrez l'entendre dans son intégralité ; vous pourrez également constater qu'il est suivi par une conclusion qui clôt ce qu'on appelle l'exposition, c'est-à-dire le bloc 1er thème + pont + 2nd thème, avant qu'on passe à une autre grande partie de la sonate.



Ossature de la mélodie super-célèbre


Cette mélodie est d'une simplicité déconcertante.


Déjà, ce qui frappe c'est qu'elle fait entendre de manière systématique le même rythme de base, le fameux tidadaam, rythme qui déborde d'ailleurs le strict cadre de la mélodie super-célèbre pour apparaître un peu partout dans le premier thème (et, par la suite, dans tout le mouvement). Soulignons quelque peu (trois fois rien) ce rythme pour constater sa présence :


D'autre part, cette mélodie est d'une grande symétrie, qui rend sa perception immédiate. on a d'abord une première proposition, qui ouvre, et une seconde proposition, qui ferme :


Mais plus encore, à l'intérieur de chaque proposition se fait entendre un jeu de question/réponse :


C'est pour cette raison que le gag suivant marche :


Soulignez de manière exagérée et saugrenue ce qu'on attend comme réponse, et l'effet comique est garanti (si, si).


Les notes utilisées sont aussi d'une simplicité déconcertante. Si on enlève le rythme de la mélodie pour ne conserver que la succession de notes, on obtient une sorte de charmante comptine d'une candeur toute naturelle : deux notes conjointes qui alternent, une gamme descendante, et la seconde proposition reprend le tout, juste un cran au-dessous.


Pour mieux percevoir ce que j'entends par un cran en-dessous, faisons une expérience : accentuons le début de chaque proposition, ainsi que la note d'arrivée ; isolons les petits bouts accentués ; puis mettons-les bout-à-bout :


On obtient un petit bout de gamme qui descend. C'est l'ossature fondamentale de cette mélodie, et c'est d'une simplicité déconcertante - je l'ai déjà dit, mais c'est tellement déconcertant que ça méritait d'être répété.


Toutefois, de cet océan de simplicité et de petits bouts de gamme jaillit tout de même un intervalle très grand. Plein de notes conjointes, et au beau milieu, cet intervalle montant, qui s'ouvre juste après qu'on soit resté sur place en insistant sur deux notes, et qui devient par conséquent porteur d'une expressivité particulière :


Bien foutu, hein ?



Parlons un peu de la basse


La basse, dans la musique de type tonale (en gros, du baroque au romantique, et toute la musique populaire actuelle), a un rôle très spécifique, et une double contrainte, qui est de soutenir l'harmonie, voire même de la définir - en faisant en sorte toutefois que la partie de basse soit aussi une ligne musicale, et pas seulement des notes posées les unes à côté des autres selon les seuls besoins de l'harmonie.


On est ici en sol mineur : cela signifie que, dans ce morceau, il y a une note privilégiée, une note-reine, à partir de laquelle tout le reste se réfère : la note sol. Un peu de la même manière qu'un point de fuite dans une construction en perspective classique, si on veut.

Par exemple, irrémédiablement, la première note et la dernière note du morceau, à la basse, sera un sol - quand, au même moment, le reste de l'harmonie, c'est-à-dire les autres notes distribuées dans tout ce qui est plus aigu que la basse, feront entendre soit d'autres sol, soit des si bémols ou des . Ces dernière notes en effet forment une sorte d'extension naturelle du sol, pour former l'accord de sol mineur : sol-si bémol-ré.


Mais cela ne suffit pas à asseoir ce fameux sol mineur. Faites entendre un sol, ou un accord de sol mineur, puis plein d'autres trucs après au hasard, et vous n'aurez absolument pas obtenu la sensation que le sol est central. Pour cela, il faut un moyen puissant d'attraction - pour définir une note-maître, il suffit de trouver une note-esclave qui s'y réfère : il s'agit de la dominante (qui s'appelle dominante pour une note-esclave ! Tant il est vrai que, comme dans n'importe quelle relation maitre-esclave, on peut en effet se demander qui domine qui...).

Cette dominante, c'est toujours la quinte de la note principale ; ici ce sera donc le , qu'on a déjà vu dans l'accord sol-si bémol-ré, mais qui a aussi son propre accord-extension (l'accord de dominante) : ré-fa#-la.


Après ces courtes explications aussi fumeuses que théoriques, revenons à notre mélodie et à sa basse. Nous avons vu qu'elle se scindait en deux propositions.

C'est un canon de la mélodie instrumentale dans une forme sonate et dans le style classique : une première proposition avec comme harmonie (i.e. accord et basse correspondante) celle de la note-maître (ici, sol), une seconde proposition avec comme harmonie celle de la note-esclave (ici, ), pour revenir à sol juste à la fin. C'est une manière élégante de commencer le mouvement en établissant la tonalité : on fait harmoniquement un petit aller-retour sol-ré-sol, suite à quoi les choses sont bien posées et on peut continuer.


Ainsi, un compositeur médiocre à qui l'on aurait confié la mélodie super-célèbre, aurait écrit la basse suivante :


À la basse donc, des sol pendant la première proposition, des pendant la seconde proposition, retour à sol sur la dernière note. C'est bourrin, mais ça marche.


Un compositeur un tout peu plus inspiré se serait dit : «c'est tout de même un peu violent. Cherchons quelque chose de plus subtil, qui mettra mieux en valeur la mélodie, et qui donnera un caractère plus dramatique, moins martial. Au lieu de passer directement du sol au à la basse, passons donc par un intermédiaire : un fa#. En effet, le fa# participe de l'accord de dominante - ré-fa#-la -, donc suffira à faire ressentir la fonction de dominante, mais en étant un tantinet moins bourrin» :


En effet, c'est mieux.


Bon, mais il a fait quoi Mozart, lui ? Ça :


Il prolonge le sol de la basse alors que l'harmonie change quand même au-dessus. Puis seulement vient le fa#, et enfin le in extremis avant de retomber sur le sol. Ou comment rendre encore plus dramatique la mélodie avec trois fois rien.


Et c'est ainsi que Mozart est grand...


Le même genre d'expérience (quoique moins spectaculaire et plus commun) peut être fait avec le bout qui suit la mélodie super-célèbre. Le compositeur médiocre aurait écrit (succession de et de sol - sauf le petit bout à la fin) :


Quant Mozart fait :


 

Peut-être n'avez-vous pas été sans remarquer au passage que la basse fait entendre tout d'un coup des valeurs longues, quand elle ne plantait que des ploums pendant la mélodie super-célèbre. C'est un truc tout simple qui fait changer immédiatement notre perception du temps et l'affectivité de ce petit bout de phrase.

Notre compositeur médiocre (décidément bien nul) aurait consciencieusement continué les ploums :


Mozart a préféré cette petite modification, comme pour un éclairage différent (ce sera plus convaincant avec le son pas synthétique) :



(à suivre...)

 

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16 juin 2009 2 16 /06 /juin /2009 09:54

Figurez-vous que ce week-end s'est tenu un événement marquant et déterminant dans le monde de la culture et du spectacle. Je suis d'ailleurs outré qu'aucun média important n'ait couvert cet événement en lui donnant la place qu'il mérite ; on voit là toute l'incurie des journalistes et la logique de chapelles qui préside aux destinées médiatiques. C'est un scandale.


Bref, ce week-end avaient lieu les concerts de l'orchestre Philarmonique National du Chantier. Enfin, de l'orchestre du Chantier tout court, en fait - quand on est bon, pas besoin de nom à rallonge pour se la péter, d'abord. Et toc.


L'orchestre du Chantier est un orchestre amateur parisien, sous la sémillante houlette (ou la frétillante férule, j'aime bien aussi) de Thibault de Barsony. Un concert de cet orchestre est déjà un événement en soi, bien entendu, mais cette fois encore davantage.

Car, n'importe quel compositeur sournois qui sommeille flaire l'occasion possible : pourquoi ne pas prendre comme exercice d'écrire une pièce spécialement adaptée à un orchestre amateur ?


Le challenge est alors bien particulier : il s'agit de ne pas faire trop difficile (donc de cibler des rythmes simples, des difficultés techniques abordables pour chaque instrument, etc...), tout en évitant le B-A-BA et en tentant d'obtenir un rendu qui ressemble à quelque chose d'original et d'intéressant. Pour ces raisons, j'ai donc écarté un langage par trop contemporain (il faut une justesse satisfaisante pour que ce soit clairement énoncé, et puis rythmiquement ça devient vite trop indéchiffrable pour des gens qui n'ont pas une solide formation de solfège). Je me suis donc rué (car le compositeur sournois, c'était moi) sans vergogne vers l'idée d'une sorte de musique d'un film imaginaire, qui s'est trouvée intitulée Légende (il faut bien un titre).


Voici ce que donnait donc Légende directement issue des usines Baweur :




Et voici, tout de même nettement plus chaleureuse, LA version donnée par l'orchestre du Chantier, vendredi soir dernier (attention la musique démarre après une dizaine de secondes, ce n'est pas votre internet qui marche plus)





(Peut-être, un jour, - qui sait ? - pourront-ils jouer cet autre exercice de style sur une musique de film - déjà plus ambitieux, plein de bruits, de fureur, d'aventures, de mystères, et bien sûr, d'amûûr à la fin)




PS : il est interdit de se moquer des fausses notes. Ces gens sont de véritables amateurs qui ont fourni un boulot énorme ; parmi eux, des psychatres, des ex-cardiologues, des kinés, des contrôleurs de gestion, des ingénieurs, certains n'ont qu'à peine quelques années d'instrument derrière eux ; il n'y avait que quelques musiciens professionnels planqués en renfort - dans les altos et au basson.

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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 13:20


Ne croyez pas ce que semble dire cette image de prime abord. Vous avez tous déjà vu au moins une fois un journal télévisé - vous savez que les images sont trompeuses. Celle-ci, d'une délicatesse toute nimbée d'un romantisme bourgeois, et qui pourrait figurer dans un calendrier des postes, ment éhontément. Non, Minet n'est certainement pas mélomane. Ho non, ho là là.


C'est même tout le contraire. Il suffit de ne jouer que quelques notes pour qu'aussitôt, une voix plaintive se fasse entendre, une voix frêle et tremblante de minet torturé, au bord de l'agonie. Tout est bon pour faire cesser les sons de l'instrument, y compris se rouler sur le dos sans vergogne dans le but de provoquer un réflexe grattatoir et câlinatoir chez l'instrumentiste, amenant ainsi celui-ci à interrompre sa production sonore (pourtant fort mélodieuse, ce chat n'a vraiment aucun goût).


Quand bien même l'instrumentiste réussirait à garder son sang-froid et ne pas succomber au chantage moral insoutenable induit par cette bête vicieuse et vénale, celui-ci aura par la suite à encaisser la culpabilité de retrouver ce minet (décidément sans aucun scrupule pour atteindre son but) réfugié dans les endroits les plus improbables, pour bien faire sentir l'indignité de celui qui s'est obstiné à envahir l'espace sonore.






(Respectivement : le sac à ordures (cartons), le sac à linge sale. Le message est clair : "vois, honte à toi, je suis obligé de me réfugier dans la souillure, c'est de ta faute". Ne sont-ce pas des procédés parfaitement haïssables ?)



Comment le chat, en tant qu'espèce, a réussi à survivre dans la grande lutte pour la vie ?

Il a développé un trait darwinien absolument imparable : la mignoneté. Aussi insupportables soient ses manières, le chat réussit toujours à retomber sur ses pattes, comment chacun sait. Sale bête.



 

Qu'est-ce que vous voulez faire contre ça ? QU'EST-CE QUE VOUS VOULEZ FAIRE ?





Toute lutte est inutile. Celui qui se croit maître devient inéluctablement esclave - le processus est irréversible et inévitable.




N'essayer même pas de lutter, vous dis-je : autant essayer de vider l'océan à la fourchette.












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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 20:55

Une jolie émission sur Claude Debussy à écouter (attention, elle ne restera que quelques jours en ligne, a priori).

On y entend même Debussy jouer lui-même himself en personne (1913) !


Bref, louper ça est proprement impensable. Seuls des êtres de basse culture, vulgaires et médiocres jusqu'à la caricature, ne se précipiteraient pas à écouter.

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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 11:10


(Charlie Chaplin et Buster Keaton pour vous faire patienter.)
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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 20:20

D'un instituteur, d'un infirmier, ou d'un patron de grande entreprise, lequel est le plus méritant ? Lequel a le plus de compétences ? Lequel sert le plus la communauté ? Qu'est-ce qui justifie que ce dernier bénéficie d'émoluments hors du commun ?


Voici, en gros, ce dont discute l'indispensable Frédéric Lordon (je crois que je vais bientôt fonder le Lordon's fan club) dans ce nouvel article de son blog - et la question est d'importance, puisqu'elle est au fondement de nos sociétés.


Quelques extraits (sic) pour vous donner envie d'y aller lire :


"[...]Il est utile pour commencer d'indiquer qu'on entre dans ce décile le plus aisé avec un revenu annuel de 33 190 euros en 2006 [8] ... donnée de nature à relativiser la notion de « richesse » que suggère spontanément l'idée des « 10 % les plus riches ». C'est bien parce que ce décile a perdu toute homogénéité, et que les moins riches des plus riches ne sont pas si riches, que le ratio décile supérieur / décile inférieur en termes de revenu moyen n'a pas explosé. Mais à l'intérieur du décile supérieur, la variance est devenue extrême. Entre ceux du bas - à 33 000 euros l'an - et ceux du haut, il n'y a plus aucune commune mesure. Il faut en fait commencer à regarder le décile supérieur du décile supérieur (soit le centile supérieur, les 1 % les plus riches) pour commencer à apercevoir quelque chose de significatif, et encore. Pourvu qu'on dispose d'une optique de précision il est préférable de scruter les 0,1 %, voire les 0,01 % les plus riches pour voir vraiment ce qui se passe et comprendre ce qu'inégalité veut dire. Pour qui douterait que des évolutions s'y produisent à grande vitesse et que l'intérieur même du décile est en train de s'étirer prodigieusement, Camille Landais rappelle que, là où le revenu fiscal déclaré de 90 % de la population française a augmenté de 4,6 % entre 1998 et 2006, celui du 1 % supérieur a augmenté de 19,4 %, celui du 0,1 % de 32%... et celui du 0,01% de 42,6 % [9] !

A part les revenus du capital en général, ce sont les revenus des hauts salariés de la finance ou « proches de la finance » - on entendra par là tous les patrons, quasi-patrons (fonction de direction générale) et autres cadres très supérieurs dont la rémunération incorpore une forte composante financière (stock-options) - qui expliquent pour l'essentiel l'explosion inégalitaire. Rien d'étonnant donc que ce soit à leur sujet que la pensée libérale ait consacré le plus clair de son attention - l'effort de fabrication légitimatrice se devait d'être à la hauteur de l'énormité de ce qui demandait à être légitimé... Comme on sait, à la fin des fins, ces flots de discours ne sont jamais que l'infinie déclinaison d'une seule « idée » : le mérite."


"[...]A défaut d'un tableau d'ensemble, il n'est pas inutile de donner quelques échantillons d'éthique et d'autorégulation pour l'édification tardive des amis de la vertu. Avant que ne soit formalisé en fin d'année 2008 son rachat par Bank of America, John Thain, président de Merrill Lynch a décidé que lui-même et ses troupes avaient bien mérité un dernier petit bonus pour la route - entre 4 et 5 milliards de dollars, alors même que Merrill apporte en « dot » à son mariage 15 milliards de pertes qui ont conduit le Trésor US à lui fournir 20 milliards de dollars supplémentaires d'argent public et une garantie de reprise de perte de... 118 milliards. Pendant ce temps M. Thain a jugé important de refaire la décoration de son bureau : 1,2 millions de dollars - après tout, puisque l'argent public ne manque pas... La direction de la banque Citi pour sa part n'a pas pu résister au gros caprice d'un nouveau jet à 50 millions de dollars (et aussi de quelques hélicoptères). Attention, l'engin en vaut la peine : « un confort sans concession » promet le dépliant - on veut bien le croire. Citi, qui a laissé plus de 50 milliards de dollars sur les subprimes, est l'objet de l'un des plus gros plans de sauvetage public particuliers, à 300 milliards de dollars. Les unités de Lehman Brothers reprise par Nomura Securities par exemple, pour la zone Asie, ou les traders de Bear Stearns récupérés par JP Morgan ont vu leur régime « bonus » préservé voire même étendu... Même The Economist, qui passerait difficilement pour un ennemi de la finance, en a la nausée et parle de « pillage » [15], voire de « racket » [16]) - il est vrai que même pour le défenseur acharné de la méritocratie financière, le fait que 2008 soit la sixième plus grosse année en matière de bonus - au cœur d'une crise séculaire - est un peu difficile à avaler."


"[...]Il faut au moins accorder à la finance début de siècle un estomac hors du commun, et il y a comme ça des performances dans le cynisme qui forceraient presque l'admiration. C'est qu'en effet il faut avoir atteint les derniers degrés de la désinhibition collective pour, ayant d'abord accumulé dans des proportions défiant le sens commun pendant la bulle, puis fait éclater un séisme financier dont les conséquences frappent le corps social n'ayant eu aucune part ni aux profits antérieurs ni à la responsabilité du désastre, venir sans la moindre vergogne tendre la sébile au guichet de l'Etat... et prendre l'argent public avec pour seule intention de maintenir le train de vie et de prolonger l'âge d'or."


"[...]Il est à craindre que, jusque dans « le camp » de Mme Parisot, le mélange de franche bêtise et de cynisme en roue libre requis pour tenir de pareils propos se fasse de plus en plus rare, même si dans un premier de temps, la solidarité de classe suggère à tous les faillis de faire bloc et de ne pas concéder à haute voix ce que l'évidence impose pourtant. Car c'est une forme de vie qu'il s'agit de défendre, la vie à millions - de celles qu'on n'abandonne pas facilement. C'est pourquoi seule une force extérieure leur fera lâcher ce qu'ils ne lâcheront jamais d'eux-mêmes."


"[...]C'est ici qu'apparaît ce coup de force idéologique magnifiquement réussi consistant à avoir imposé la tautologie selon laquelle ceux qui sont au pouvoir sont nécessairement compétents puisqu'ils sont au pouvoir. L'« évidence de la compétence » y est ainsi constituée par un renversement dans lequel la détention de la compétence est moins la cause réelle de l'arrivée au pouvoir que la détention du pouvoir n'est la preuve supposée de la possession de compétence. Cette inversion a bien sûr pour effet de rejeter dans le groupe des non-compétents ceux qui ne sont pas au pouvoir... et de faire oublier que, parmi ceux qui ne l'ont pas, il s'en trouve probablement qui l'exerceraient bien mieux."


"[...]Mais dire cela c'est rester prisonnier du schème de la compétence des individus, c'est-à-dire en définitive de l'homme providentiel - à qui par conséquent la société devra tout et donnera tout - et, partant, laisser de côté l'idée, au moins aussi pertinente, de la compétence collective. Quoique le libéralisme fasse sur elle une impasse quasi-systématique, aussi bien dans les formes de reconnaissance que dans l'encouragement à se développer, son existence est attestée dans les multiples expériences de sociétés coopératives, qui ne sont pas identifiées comme des « succès » pour cette simple raison qu'elles ne reconnaissent pas les critères habituels du « succès », ceux de l'expansion forcenée et de l'acharnement dans le profit. Ainsi la dépendance stratégique assumée du mouvement coopératif à la compétence collective a-t-elle la propriété de faire apparaître en creux l'énormité du contresens pourtant le plus central à la pensée libérale : le contresens « méritologique ». Si loin que le Medef se déclare prêt à aller dans la voie de la retenue (pas loin et de mauvais gré), il restera accroché à son idée du mérite qui, devenue indéfendable en temps de crise, justifie toujours à ses yeux qu'aux beaux jours toute la fortune de l'entreprise soit entièrement redevable à son chef. On peine rétrospectivement à croire qu'il ait fallu tant d'années pour en finir avec les parachutes dorés, « sanction » d'échecs tout aussi retentissants, en contravention manifeste avec la doctrine alléguée, et c'est probablement la raison pour laquelle, dans un premier temps au moins, l'opinion estime avoir obtenu gain de cause à l'annonce de l'abandon de ces pratiques [29]. Mais, pourvu d'ailleurs qu'on fasse abstraction des contraintes extraordinairement légères, en fait même complètement nulles, que le rapport du Medef envisage pour instituer cette « discipline », la question des énormes rémunérations en cas de « réussite » demeure de l'ordre des évidences si évidentes que c'est l'idée même d'en discuter qui semble baroque."



"[...]Il y a pourtant plus d'une raison d'en parler. A commencer par celle de « l'imputation du succès », il faudrait plutôt dire de « l'imputabilité » du succès, à savoir : de qui ce succès (de l'entreprise) est-il le fait, à qui revient-il de l'attribuer ? Dans la pensée libérale, l'imputabilité des effets ne fait pas l'ombre d'un doute : les individus sont libres, souverains et responsables. On sait ce que chacun a fait, on sait ce qui s'en est suivi, ce qui s'en est suivi est l'effet de ce que chacun a fait, l'intéressé en portera donc la responsabilité et en recueillera les fruits - ou les sanctions -, lui et lui seul. Il faudrait entrer dans une discussion proprement philosophique pour défaire cette fausse évidence de la responsabilité dont personne, ou presque, spontanément ne doute pourtant un instant. Mais c'est un terrain où le combat est perdu d'avance tant le schème individualiste-libéral est profondément ancré dans les têtes, et ce n'est pas avec des arguments philosophiques qu'on défait un certain sentiment de soi, un certain rapport de soi à soi hérité d'une généalogie séculaire."



"[...]Une objection moins profonde, mais de plus fort pouvoir de conviction, reste cependant possible qui, maintenant le schème de la responsabilité, ou de l'imputabilité, en modifie le point d'application : non pas des individus isolés et séparables, mais toujours des collectifs. Pour le coup voilà bien une idée qui a tout pour s'imposer avec la force de l'évidence, et d'une évidence bien fondée cette fois : par quelle aberration intellectuelle peut-on en effet envisager de n'imputer la réussite d'une entité éminemment collective, comme une entreprise, qu'à un seul individu, fût-il son « chef » ? Comme si le chef faisait tout tout seul ! Et même : comme si, sans le chef rien ne se faisait ! Les importants qui savent toujours aménager la doctrine au mieux de leurs intérêts ont une conscience discrète de ce vice de raisonnement, qu'ils savent parfaitement utiliser quand les choses tournent mal. Car on aura noté qu'en cas de déconfiture, tout soudain il n'y a plus que de la responsabilité collective."



"[...]Dissimulée derrière la fiction de la « séparabilité » et de la « mesurabilité » - fiction à laquelle la théorie économique néoclassique a apporté son constant renfort sous l'énoncé de « la rémunération des facteurs à leur productivité marginale » - la vérité à refouler impérativement, c'est que la fixation des salaires est un processus politique. Nulle part il n'y a de maître-étalon objectif du mérite, qu'il soit moral ou « contributiviste », mais seulement des processus de pouvoir qui règlent des partages inégaux. Par un paradoxe que l'histoire de la pensée réserve parfois, la théorie économique qui, se réclamant d'Adam Smith, aurait dû poser le fait premier de la division du travail, donc de l'inextricable combinaison des travaux, aura été la moins capable d'en tirer les véritables conséquences.[...]"

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22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 16:04

Est-ce l'approche de la fusion entre Classica-répertoire et le Monde de la Musique qui a incité les rédacteurs de ce dernier à sortir les fonds de tiroir sans intérêts avant la liquidation totale ?


Mais non, non, tout de même, à la même page (la 11) qu'une brève sur la réouverture du Musée de la musique, ça n'a vraiment pas l'air d'un pis-aller : il faut croire que Pablo Galonce a réellement pensé que c'était digne de paraître.


Ce dont je parle, c'est d'une chronique sur mon blog. Ouaip. La Djac Baweur Attitude. Dans le Monde de la Musique, oui, monsieur, deux ans après Télérama (toujours à la pointe de la hype, grâce à l'indicible Nicolas Delesalle).

Oui, madame. C'est qu'il est de ces petites fiertés passagères pour lesquelles, s'il serait dommage d'en tirer vanité durable, on aurait tout de même tort de ne pas profiter momentanément.


Ce qui est très rigolo, c'est que le Monde de la Musique, pour ceux qui ne connaissent pas, c'est une sorte de Rolls Royce de magazine sur la musique classique, avec que des Salle Pleyel, des Carnegie Hall, des interprètes internationaux prestigieux, des chefs d'orchestre prestigieux, des orchestres prestigieux, des compositeurs prestigieux, bref, ça élitise à mort, ça gratine dans l'élection aristocratique, on est dans l'univers de la musique classieuse.

Et là, paf, en plein milieu de ces colonnades lustrées, la Djac Baweur Attitude ; je vous assure, ça fait un choc.


Par conséquent, je ne peux qu'en remercier davantage Pablo Galonce (si "P.B.", c'est bien lui), d'avoir bravé l'ambiance parquet ciré et velours rouge pour mentionner un blog qui va - my god ! - jusqu'à dire des gros mots. Du reste, je n'ai rien à enlever à la chronique de Pablo Galonce, qui arrive à remarquablement et très précisément décrire le foutoir qu'est ce blog "à la limite parfois du mauvais goût, diraient certains, mais pas sans talent et très accrocheur", dit-il.

Il fallait également oser, de la part de Pablo Galonce, faire figurer une citation aussi imagée que "la musique de Bartok est une musique de bouse" sans remettre dans son contexte (i.e. une musique issue de la campagne, de la terre, des paysans hongrois), j'en ris encore, et j'imagine sans peine le début d'apoplexie de certains vieux barbons réactionnaires - encore que Bartok ne soit généralement pas dans les favoris de ce genre de public.


Bienvenue chaleureusement, en tout cas, à tous ceux qui viendraient flâner par ici de la part de Pablo Galonce, et tous les meilleurs souhaits de réussite à la fusion entre Classica et le Monde de la Musique, en espérant que cela soit l'occasion de voir la musique dite "sérieuse" dé-mythifiée, ouverte à tous les genres, et mise à la portée de tous, tout en gardant une exigence de fond et sans tomber dans le racolage facile, comme la présence d'un Nelson Monfort ou d'une Claire Chazal sur Radio Classique - pourquoi pas Chevallier et Laspales dans des sketches pour présenter une symphonie de Beethoven, tant qu'on y est ?
 


En attendant, groumph : va falloir me remettre au boulot...



(PS : il semblerait que le site du monde de la musique ne soit plus disponible - sans doute est-ce dû à la fusion prochaine)

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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 20:40
(Suite de l'article qui précède et dont celui-ci est la suite puisque le précédent précède la présente suite)



La plomberie du cor

Amis de la plomberie et de la physique des tuyaux, soyez les bienvenus, car voici venu votre heure de gloire.


Pour les autres, faites le vide dans votre tête, respirez profondément, fermez les fenêtres et coupez toute source de bruit extérieur, baissez la lumière, prenez un aspégic : et bon courage.





Voyons ce qui se passe avec un tuyau simple, comme le tuyau d'arrosage des cornistes de l'orchestre de Paris qu'on pouvait voir dans le billet précédent (et dont celui-ci est la suite, si vous suivez).

Un tel tuyau simple définit une longueur de colonne d'air susceptible de vibrer, à savoir l'air qui est à l'intérieur.

Une caractéristique physique d'une telle colonne d'air est la particularité d'avoir différents modes de vibrations possibles dans lesquels elle est susceptible d'entrer en résonance stationnaire. Relisez autant de fois qu'il le faut la phrase précédente, non pas parce que son rythme prosodique ou sa tournure stylistique sont particulièrement époustouflants, mais parce que c'est le truc primordial à avoir en tête.


La colonne peut vibrer, c'est-à-dire faire des allers et retours de haute pression et basse pression dans le tube, à une certaine fréquence minimale (nombre d'aller-retours) ; cette fréquence minimale dépend de la température, de la pression atmosphérique, et surtout, pour ce qui nous occupe, de la longueur du tube. Plus le tube est long, plus cette fréquence minimale est petite (plus le tube est long, plus il faut de temps pour faire un aller-retour, donc moins il y a d'aller-retours) - et plus le son émis est grave.

Mais - et on revient à la phrase que je vous avais proposé de relire malgré sa platitude toute informative -, mais, donc, elle peut aussi entrer en résonance à deux fois cette fréquence minimale, trois fois, quatre fois, etc. : cela définit les modes naturels de vibration de la colonne d'air. C'est une caractéristique intrinsèque, autrement dit : c'est comme ça et pas autrement.


À chaque fois, évidemment, la hauteur du son émis est différente : dans le cas de la fréquence minimale, c'est le son le plus grave que puisse émettre la colonne d'air considérée, qu'on appelle la fondamentale. Si la colonne d'air vibre dans le deuxième mode, c'est-à-dire à une fréquence double, alors la hauteur émise, en vibrations par seconde, correspond évidemment aussi au double : il se trouve qu'à l'oreille ça donne l'octave au-dessus du son fondamental.

Quand la colonne vibre dans son troisième mode, fréquence multipliée par trois, on obtient la quinte ; quatre fois, on obtient une fréquence multipliée par 4=2x2, donc deux fois la fréquence de l'octave, donc l'octave de l'octave, donc deux octaves au-dessus du fondamental ; cinq fois, on obtient la tierce majeure (un peu basse) ; six fois, c'est 2x3, c'est-à-dire l'octave de la quinte. Si ça vous rappelle quelque chose, les fréquences potentiellement productibles sont donc les harmoniques du fondamental. De toute façon, paracétamol, aspirine, nurofen, je vous laisse le choix.


Bref, si j'appelle "do" la hauteur fondamentale (la plus grave) que peut émettre une colonne d'air donnée, les notes que peut donner cette colonne d'air suivant ses modes naturels de vibrations seront : do (la fondamentale) - do (octave au-dessus) - sol - do (deux octaves au-dessus) - mi - sol (une octave au-dessus du précédent) - sib - etc.


En pratique, selon la manière dont on engendre la vibration à l'embouchure, la colonne se fixera donc sur un des modes de vibrations qu'elle peut adopter ; en soufflant de telle manière, telle pression, telle configuration des lèvres, vous sortirez un do, un sol, un mi, un do une octave au-dessus, etc.

En pratique également, il devient très difficile de monter trop haut, c'est-à-dire d'engendrer des modes de vibrations trop élevés.


La conséquence, c'est qu'avec un tuyau simple, comme le tuyau d'arrosage, ou les cors de chasse primitifs, on dispose de peu de notes à disposition ; pour un cor hypothétique en "do" par exemple, c'est-à-dire d'une longueur de colonne d'air qui donne "do" comme fondamentale (c'est-à-dire, je rappelle, la plus petite fréquence dans laquelle la colonne peut entrer en résonance, dans ce cas celle d'un do), les notes qu'on peut sortir grâce aux propriétés acoustiques de la colonne d'air sont sol, mi, des do à d'autres octaves, un sib à la rigueur, et après ça devient de plus en plus dur à sortir, et de plus en plus faux (c'est-à-dire que les harmoniques naturels de la fondamentale continuent de suivre la physique acoustique mais en s'éloignant de la gamme qu'on attend concrètement en musique).


Même si, en pratique, parce qu'en pratique c'est toujours plus bordélique qu'en théorie, c'est bien connu, on peut, soit en modifiant la conformation des lèvres à l'embouchure, soit en mettant le poing dans le pavillon du cor, réussir à jouer des notes autour des notes de référence (autour du do, on pourra sortir des si juste au-dessous, et des juste au-dessus, par exemple), mais, même si, donc, on peut trichoter pour élargir un peu le nombre de notes jouables, ça reste limité, assez casse-gueule, et pas d'une justesse très sûre. Ça donne quelque chose comme ça : 




Or, si on a un cor en "do", qui joue do-mi-sol, en gros, et qu'on veut jouer un morceau en mib majeur, mettons, c'est-à-dire un morceau dans lequel il va figurer en majorité des mib, des sol, et des sib, on va se retrouver comme un pêcheur sans canne à pêche, comme un blogueur sans connexion internet, bref : on va se retrouver emmerdé. Mon exemple est en fait assez mal choisi, parce qu'en réalité ce serait sûrement faisable, mais je vous donne un aperçu du genre de problème qui se pose (et puis j'ai la flemme de me casser le troufignon à trouver un super exemple qui tue).


Dans les premiers temps d'utilisation du cor, dans les fins de l'époque baroque et à l'ère classique (on est autour des XVIIe - XVIIIe, en très gros), la solution à ce problème épineux résidait dans l'idée toute simple qui consiste à avoir à disposition plusieurs cors simples, dont la longueur du tuyau de chacun est mesurée pour faire des fondamentales différentes. On a ainsi un cor en do, un cor en , un cor en mib, un cor en fa, un cor en sol, etc. De cette manière, en choisissant le cor adéquat en fonction du morceau à jouer, on pourra couvrir les bonnes notes.


Cela dit, cette solution ne tient que pour un style de musique, qui a tendance à rester dans une même tonalité pendant longtemps et avec le bon goût de ne pas trop en bouger, et à ne pas demander au cor autre chose que de faire du soutien discret ou de la fanfare.

Mais plus on va basculer dans le romantisme, plus on va moduler souvent, c'est-à-dire demander des notes éloignées de celles que peut produire un tuyau simple, comme on l'a vu, et ce dans de cours laps de temps : à moins d'avoir une technique incroyable pour changer de cor en un tour de main d'un dixième de seconde, hop - hop !, ça va poser de sérieux problèmes, d'autant plus si ces idiots de romantiques ont l'idée saugrenue de demander au cor des solos expressifs.


Alors, il a fallu trouver une idée géniale, et cette idée c'est : faire en sorte qu'il y ait de disponible sur un seul et même instrument plusieurs longueurs de tuyau modulables !

Pour cela, il suffit (!) de rajouter à un tuyau initial des dérivations, assorties à des pistons (devenus pour le cor des palettes, mais peu importe) qui bouchent ou débouchent ces dérivations. Ainsi, en appuyant sur un piston, on rallonge le tuyau initial juste de la longueur qu'il faut pour faire passer la fondamentale possible d'une note à une autre ; ainsi, on a plusieurs cors simples en un seul, inclinons-nous devant le génie artisan (notons que le principe est rigoureusement le même pour les trompettes(1)).


Ainsi est né le cor qu'on appelle "en fa", "en fa" comme survivance des cors simples dont je parle juste au-dessus, mais qui en fait est un peu de tout à la fois, puisque, si le tuyau initial est bien de la longueur correspondant à une fondamentale "fa" (d'où le nom), avec le coup des petites rallonges qu'on active avec les pistons, on obtient au final un tuyau à longueur variable.


Vous me direz que ça donne déjà un instrument qui paraît passablement compliqué en soi. Ha ha, laissez-moi rire, figurez-vous qu'à ce cor complexe en fa, on a aussi ajouté un cor complexe entier en sib, avec une clef pour passer de l'un à l'autre, ce qui donne le cor double fa/sib (la raison de cette sur-complication est, je crois, qu'il est ainsi plus facile de produire certains aigus acrobatiques). Et tenez-vous bien, il existe même des cors triples !



Autant le dire, les réseaux de canalisations de Tokyo ou de New-York font sourire à côté d'un cor moderne.




(1) En fait, c'est le problème de tous les instruments à vent : comment avoir plusieurs longueurs de tuyau disponible pour avoir plusieurs fondamentales (chacune avec son cortège d'harmoniques). Les bois, le principe est d'avoir des trous qu'on bouche ; le trombone, c'est d'avoir une coulisse ; les cors et les trompettes, c'est donc d'avoir des dérivations actionnables par des pistons.

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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 10:13

Alors donc, il faut un peu plus interdire l'alcool, ce grand Satan. Et puis aussi supprimer toute publicité pour la nourriture à la télévision, car le sucre et le gras, c'est mal. Et puis aussi pénaliser le téléchargement illégal en pistant les fautifs, car Internet, c'est très méchant.


Moi, bon, je trouve ça très bien, mais ça ne va pas assez loin. Comme d'habitude, nos politiques sont frileux et ne vont pas jusqu'au bout de leur logique. Cela dit, il faut avouer à leur décharge que nombre d'anciens soixante-huitards feignants (chômeurs et profs) prendraient encore tout le monde en otage en faisant grève et en empêchant les bons français d'aller travailler si les mesures salutaires qu'on est en droit d'attendre d'un gouvernement responsable étaient effectivement prises, sous prétexte qu'on ne chercherait pas à comprendre les phénomènes en profondeur pour apporter des réponses adaptées plutôt que d'interdire. Ha ça, pour "comprendre" ils sont forts, mais pour agir, hein, hein ?


Non, tout cela ne va pas assez loin, et je propose d'intensifier cette vague salutaire de lois d'interdiction, pour le bien-être et la sécurité de tous :


- interdiction du beurre et de la crème fraîche aux moins de dix-huit ans ;


- obligation de déclarer tous les mois à la préfecture la liste des sites internet qu'on souhaite visiter ;


- établissement d'une carte-charcuterie à points : avec l'obligation de contrôler son cholestérol tous les six mois (en plus des contrôles inopinés que la Police sera habilité à effectuer en cas de doute), on se verra recevoir des points en fonction du taux détecté. En cas de dépassement des douze points, c'est l'interdiction d'entrer dans une charcuterie et l'obligation de faire une diète et du sport dans une institution homologuée par l'État, afin de recouvrer sa carte-charcuterie ;


- les webcams seront toutes reliées à l'IVISI (Institut de Veille Internet et de Surveillance Informatique) afin de vérifier que des mineurs ne visitent pas des sites qui n'auraient pas été préalablement déclarés à la préfecture par leurs parents, afin de garantir la sécurité des mineurs en question ;


- pénalisation du kebab, et recherche active des dealers de kebabs en vue de leur arrestation (et accessoirement de leur retour au pays) ;


- obligation d'inscrire sur les boîtes de camembert la mention "manger trop de fromage peut nuire à ma santé" ;


- toute ouverture de blog devra faire l'objet d'un dossier déposé à la préfecture et étudié par une commission qui statuera sur l'autorisation de publication ;


- interdiction stricte du Nutella ;


- les sites de type marmiton.fr restent autorisés, mais les IP de ceux qui s'y connecteront seront collectés par l'IVISI ; si les recettes consultées contiennent régulièrement trop de gras, un mail sera envoyé pour prévenir l'internaute coupablement gourmand ; en cas de récidive dans les six mois, un second mail sera envoyé, ainsi qu'un courrier en recommandé ; en cas de récidive dans l'année, l'accès à internet sera alors coupé pour un an ;


- campagne massive de publicité pour la promotion de l'artichaut ("chaud l'artichaut !", "l'artichaut, ça m'rend beau !", "l'artichaut, un sacré numéro !")


- décret passé afin de faire passer la vente des crêpes et gaufres en pharmacie, uniquement sur ordonnance ;


- campagne de sensibilisation "du sushi à l'école" ;


- exposition permanente au Grand Palais de foies malades et d'obèses en captivité afin de montrer aux enfants, via les visites scolaires, les exemples à ne pas suivre ;


- élaboration d'un site du gouvernement sur lequel on peut signaler à tout moment un article sur internet qui contreviendrait à l'ordre public (pédophilie, pornographie, critique du gouvernement, etc...).


Évidemment, cette liste n'est pas exhaustive, et reste ouverte à toute proposition de réforme qui ferait avancer ce pays sclérosé par l'immobilisme.


Bien sûr, dans le même temps il s'agit de ne pas toucher au Coca-cola ni au McDonald, et même de continuer à favoriser l'agriculture intensive ainsi que les industries chimiques et leurs produits potentiellement toxiques, car ces entreprises créent des emplois, et ça c'est important bien entendu.

Car l'essentiel reste d'œuvrer pour le bien de tous.

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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 09:04


Pour votre gouverne, le monsieur malheureux qu'on voit là est rien moins que Youri Bashmet, une star altistique, qui joue sur un Testore de 1758. Et «bratsche» est le nom allemand pour «alto», nom à la délicieuse prononciation et source d'innombrables plaisanteries fines dans la lignée de celle du titre du présent article.

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