Les aventures de Djoni, baroudeur de l'espace

Lundi 14 janvier 2008 1 14 /01 /2008 13:56

Il est conseillé de lire les épisodes précédents pour comprendre quelque chose à ce qui suit. Je sais bien qu'il y a un résumé juste au-dessous, mais enfin, bon, c'est pas pareil. Enfin, c'est vous qui voyez.


Résumé des épisodes précédents :

Alors en fait, Djoni il s'est déguisé, pour pouvoir chercher les prisons, et Zorg il se doute de quelque chose mais il sait pas encore et alors en fait c'est parce qu'il y a deux prisons, c'est pour ça, c'est pas les mêmes c'est ça le truc sinon vraiment on comprend rien, parce que c'est chiadé comme histoire, encore que l'auteur ne sait pas du tout ce qu'il va en faire de Zorguinette, mais bon, et donc alors Djoni pour trouver les prisons il faut qu'il trouve quelqu'un qui sache où c'est parce que c'est grand le vaisseau chaipasquoi impérial, enfin, je dis Djoni, mais en fait c'est aussi Klinty et tous les autres, hein, mais c'est quand même Djoni qui a son nom dans le titre alors zut quoi, et alors Djoni il a rencontré Doll qui est très belle et qui est très agaçante, mais elle sait pas non plus où c'est en fait, et Djoni il est super amoureux maintenant, parce qu'il faut trouver le Département de Géographie ou un truc comme ça, parce que là ils peuvent savoir où c'est et tout, mais c'est pas la même prison que l'autre, en fait, c'est ça le truc principal, quand on a compris ça on a tout compris. Voilà.


Épisode fiftine


Pour Klinty, c'était l'enfer.


Il était censé être en mission de sauvetage, un truc dans la finesse, dans le discret, dans le feutré, en plein milieu de la forteresse de l'ennemi, une mission d'infiltration, tout dans le catimini et le tapinois. Un truc dans le genre grand félin dans la jungle, voyez, avec la malheureuse proie insouciante qui se doute pas du malheur qui va fondre sur elle, tout ça.

Et voilà qu'il fallait se coltiner un juke-box culturel femelle, c'était infernal. Ils avaient eu droit à une analyse freudienne de la dimension phallique du Minotaure, une discussion sur la structure des mythes de la grèce ancienne, puis, sans qu'il se rappelle de la manière dont ça avait enchaîné, c'était tombé sur les différents types de gardianne de taureau et les spécificités de la sauce, et enfin sur la migration des flamants roses, assorti de quelques remarques sur la vie sexuelle trépidante de ces volatiles. Infernal.

Par contre, c'était la première fois que Klinty sentait un tantinet de sympathie pour la sœur du débile, Hildegonde, qui semblait en effet être aussi excédée que lui, et qui ne paraissait garder à distance un hurlement hystérique délicatement accompagné de bave écumante qu'à la force d'un surmoi aussi diligent qu'efficace. Le fait que son débile de frère soit en complète admiration béate devant la créature qui semblait fabriquée de bakélite à force de couches de fond de teint n'améliorait certes pas l'état de la pression que devait contenir le surmoi en question.

Le seul avantage que Klinty avait trouvé à cette situation, c'est que quand ils croisaient des gardes impériaux, passés le bref froncement de sourcil constitutif du réflexe professionnel devant de nouveaux venus, dès que la créature blonde était aperçue, ceux-ci faisaient subtilement demi-tour, l'air de regarder ailleurs mine de rien, avec des choses urgentes à faire n'importe où, mais loin. C'était au moins ça de positif, mais Klinty trouvait le prix à payer pour cette sécurité assez impitoyable.



«Heuu, du sel ? Là, tout de suite, maintenant ? Okay, okay, je vais vous chercher ça...»

Le garde se retourna, et une fraction de seconde plus tard, il s'étalait par terre, la nuque brisée. Dans la seconde, son collègue devant la porte était foudroyé d'une décharge de laser.

Comme un chat, la Princesse Lycra lissa tranquillement ses cheveux noirs et luisants. Une étincelle cruelle et déterminée brillait ardemment dans son regard. Elle n'allait pas se rendre sans combattre, non mais alors zut quoi à la fin c'est vrai non mais ho dis-donc.

Et une petite voix dans sa tête, loin derrière les élans guerriers et vengeurs, disait : «haa, et si seulement Klinty pouvait me voir...»



«Bonjour jeunes gens ! Que puis-je pour votre service ?

- Heu, vous êtes ?

- Bryan Dufath, Chef du Département de Topographie du Navire Amiral, pour vous servir !

- Enchanté, je m'appelle Klinty Stewd, et j'ai besoin de savoir où se situent les prisons dans ce vaisseau.

- Les prisons ? Doll écarquillait ses grands yeux et battait des cils comme un papillon de nuit affolé par la lumière. Mais il n'était pas du tout question de cela ! Comment se fait-il que vous cherchiez les prisons, si vous êtes des gardes ? Qu'est-ce que c'est que cette embrouille !

- Comment ça, il y a un problème ? fit Bryan, sourcils froncés.

- Ouais, alors bon, dit Klinty, le truc c'est qu'au départ moi je vous aurais pas emmené avec nous, Doll, voyez, mais vous avez voulu vous incruster, dont tant pis, considérez-vous comme notre prisonnière, et désormais, FERMEZ-LA !

On entendit quelque chose comme un intense soupir de contentement, et on vit Hildegonde, menton levé, arborer un lumineux sourire en coin. Doll battait frénétiquement des cils, la bouche arrondi dans un «hooo» silencieux. Djoni, quant à lui, était outré, et se plaça devant Doll en remontant les épaules, mais il ne dit rien parce qu'il sentit que c'était pas trop trop le moment, et puis quoi, sa seule présence suffisait sûrement à marquer le coup et à bien faire comprendre que, attention, hein, fallait pas toucher à la charmante demoiselle car sinon il allait se fâcher tout rouge. Du coup, il redressa encore un peu les épaules et serra les mâchoires, pour que ce soit encore plus clair.

- Et quant à vous, Bryan, vous l'aurez compris, nous ne sommes pas vraiment des gardes impériaux, malgré notre accoutrement, nous sommes ici illégalement, et je me vois dans l'obligation de vous contraindre à nous donner le renseignement demandé, et dans la discrétion, sinon je devrais utiliser la violence, même si c'est un moyen que je désapprouve.

- HHhhhaaaaAAAAOOOUUUURRGHHhhh (*ouais, bonjour, je me présente, c'est moi, le moyen qu'on désapprouve*), dit Cheequetabah.

- Sachez, jeune homme, que cela ne me fait pas peur, je sais me battre, moi, j'ai fait la campagne de Pluton en 78, moi, jeune homme !

- Et si je vous confisque votre pipe ?

- Je cède devant la menace. Mais je tiens à ce qu'il soit bien spécifié que je réprouve. J'obtempère, mais je réprouve.

- Parfait, alors au boulot. Où sont ces satanés prisons ?»


Klinty avait fortement l'impression que ça ne gênait pas plus que ça Bryan d'être forcé d'utiliser le système informatique impressionnant qui encombrait son bureau. Celui-ci appuya sur un nombre considérable de boutons, faisant démarrer quantités de machines qui se mirent à bourdonner furieusement, et appela son assistant :

- Allez, hop hop hop, Arby, prépare du café, on va en avoir besoin ! C'est parti pour une géo-localisation de niveau 3 !

- Ouaiiis, trop classe, patron ! fit Arby.

Dans une frénésie quasi-hypnotique, Bryan se mit à pianoter sur trois clavier à la fois, scrutant tour à tour cinq écrans différents, qui affichaient des listings de chiffres et de lettres incompréhensibles, se succédant à des vitesses étourdissantes.

- Je vais commencer par lancer les routines de base, ça m'étonnerait que ça marche, mais on sait jamais, hein, des fois que ? Hop, un petit varIdent;{data}-getIdElement"prisons"Into{} pour commencer, ça fera pas de mal...

- Ouaiiis, trop classe, patron !

- Et après je lance les triangulations dichotomiales à boucles rétroactives, ha haa, là ça sera une autre paire de manche, parce que je pars de zéro, voyez, sans aucune indication, et bon alors quoi, ce café, ça vient ? Au fait, la fumée ne vous dérange pas ?»

Devant l'homme de l'Art, tous se firent silencieux et respectueux.

Même les petits yeux de Cheequetabah semblaient épris d'admiration craintive.


La princesse Lycra s'amusait comme une petite folle. Les gardes tombaient comme des mouches sur son passage, sans qu'ils ne se doutassent de quelque chose. Jusque là, elle avançait au hasard des couloirs, mais elle venait tout juste de se trouver un but. On allait bien rigoler. On allait bien voir qui c'est, la princesse Lycra. Bordel de merde.

Elle était tellement surexcitée qu'elle en pensait même des gros mots !



«Heuu, patron ?

- Ouiiiiii... ? répondit Zorg de sa voix doucereuse que tout être sain d'esprit vivant dans son entourage avait appris à craindre.

- Vous m'aviez demandé de vous signaler les trucs inhabituels...

- Héééé bien mais c'est exact, et donc... ?

- Hé bien il s'est passé un truc inhabituel...

- Ouiiiiii...

- Enfin, inhabituel, c'est pas grave non plus, mais comme ça faisait bien dix ans que c'était pas arrivé, j'ai pensé, en mon for intérieur, "tiens, ça a l'air inhabituel, puisque d'habitude ça n'a pas lieu", vous voyez ?

- Ouiiiiii...

- Et comme vous m'aviez dit, alors, je me suis dit, "tiens, il faudrait peut-être prévenir le patron, même si c'est pas grave", je me suis dit, "parce que ça a l'air inhabituel, comme qui dirait", je me suis dit...

- Ouiiiii...

- Parce que comme disait ma mamie, hein, "on est jamais trop prudent", qu'elle disait ma mamie, parce que c'était une chouette mamie, elle faisait les confitures de mûres comme pas deux, haa, vous auriez goûté ça, patron, vous n'auriez pas pu manger d'autres confitures, ça je vous assure, et j'adorais aller chez elle en vacances, mais alors, vous savez ce que c'est, comment sont les mômes, hein, j'arrêtais de faire des bêtises pour la faire tourner en bourrique, je me rappelle la fois où...

- On abrège, on abrège ! Et vous me rappellerez de vous mutez au local à poubelles, à l'occasion !

- Heuuu, hahem, hé beeeen, c'est le Département de Topographie, patron...

- Le... quoi ? C'est quoi ce truc ? Ça existe ?

- Heuu, oui patron, c'est un truc pour trouver des lieux qu'on sait pas où c'est dans le vaisseau, rapport que c'est grand et que personne comprend rien aux plans, tout ça...

- Ha ? Hé bien, on en apprend tous les jours. Et donc, il a quoi, ce Département de Topotruc, là ?

- Ben il s'est remis en service pour effectuer une recherche...

- Ha ?

- Et ça arrive jamais, en général, personne ne va rien leur demander, aux gars de la Topographie... Qu'est-ce que vous en pensez ?

- J'en pense d'abord qu'on paie des gars à rien foutre depuis des années, et qu'il va falloir que ça cesse. Et j'en pense que c'est bien ce que je pensais... Il y a quelque chose qui se trame !
Envoyez immédiatement un détachement au Département de Photographie !

- Topographie !

- De Topographie ! Et que ça saute !

- Bien, patron ! Et, heuu, pour le local à poubelles, patron ?»

Zorg mit fin à la conversation. Zorg regarda au loin. En vrai, il regardait deux mètres plus loin la cloison de son bureau, mais métaphoriquement parlant, c'était comme de regarder au loin. Il était totalement surexcité, c'est-à-dire qu'il battit des paupières deux fois au lieu d'une, et que ses battements cardiaques augmentèrent de deux ou trois par minutes. Il y avait bel et bien un truc qui clochait, son instinct ne l'avait pas trompé. Son instinct ne le trompait jamais. Restait à savoir s'il avait détecté à temps le truc qui clochait, ou si c'était trop tard...



«Elle est belle hein ? dit Arby.

- Ouais ! répondit Djoni.

- Et alors, comme ça, c'est ta copine ?

- Naan, enfin pas encore, mais ça va se faire. Y'a des regards qui trompent pas, tu vois?

- Waaah, trop classe !

- Et en plus, elle sait des tas de trucs, elle est incroyable. Tu savais, toi, qu'il fallait plus de sept ingrédients pour faire la sauce d'une gardianne de taureau ?

- Waaaahh ! Trop fort !

- Ouais, hein ?»

Bryan, qui était resté silencieux jusqu'à maintenant, concentré qu'il était sur la mise au point de ce qu'il appelait un "Sumatra manuscrit" (ce qui ne faisait rire que lui), s'exclama soudain :

- Ha haaa, je crois que je vais bientôt en voir le bout ! Je peux déjà vous certifier que les prisons sont au niveau moins dix-huit ! Ça avance, ça avance !»

Aussitôt, Klinty, Hildegonde, Sarstky et Hutch s'approchèrent instinctivement des écrans.


Et ce fut à ce moment précis que le monde s'écroula.

Le vaisseau entier était relié par un système de communication d'urgence, de manière à ce que, en cas d'urgence, justement, le poste de commandement puisse joindre toute personne sur le vaisseau. C'est précisément ce système qui se mit en route, voix tonitruante et omniprésente, faisant résonner le moindre recoin du vaisseau :

«ALLO ! ALLO ! ICI, C'EST LA PRINCESSE LYCRA QUI VOUS PARLE ! J'AI PRIS POSSESSION DE CE VAISSEAU, CE QUI FAIT QUE MAINTENANT, JE FAIS CE QUE JE VEUX ! ET POUR COMMENCER, VOUS ALLEZ TOUS VIRER D'ICI, JE VEUX PLUS PERSONNE D'ICI VINGT MINUTES, HOP HOP HOP, ON SE BOUGE ON SE MOTIVE, DANS VINGT MINUTES JE SUIS SEULE DANS CE VAISSEAU SINON JE PULVÉRISE UN AUTRE VAISSEAU DE LA FLOTTE IMPÉRIALE, ET JE RIGOLE PAS ! »

Klinty et ses amis restèrent abasourdis et inerdits, sans même entendre Bryan, qui, indifférent, continuait tout seul :

- mmmh, ou alors c'est mon varId {ElemEnt"care";}" then{varData-Id°} qui ne fonctionne pas, je vais essayer avec un cl_1_1{}, ça ira mieux, sauf si ma boucle tourne à vide, et à ce moment-là...

Klinty cacha ses yeux avec sa main droite, en marmonnant :

- Non, mais quelle chieuse, mais quelle chieuse, MAIS QUELLE CHIEUSE !!»


Et la voix toute-puissante de rajouter alors :

«AU FAIT, J'OUBLIAIS : ZORG T'ES UNE PT'ITE BIIIT-HEU, ZORG T'ES UNE PT'ITE BIIIT-HEU !»

Suivi d'un petit rire de gorge absolument charmant.

Par Djac Baweur - Publié dans : Les aventures de Djoni, baroudeur de l'espace
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Dimanche 16 décembre 2007 7 16 /12 /2007 13:02
"Il faut toiser les terroristes"
Zorg



Épisode fortine


«Nan, sérieux, on est paumés, là...

- Non ! Je vous dis qu'il sait ce qu'il fait !

- Arrête... Cette casserole... Je te dis qu'on est paumés, enfin quoi !»


La petite troupe de nos héros était rassemblée au beau milieu d'une coursive déserte et oubliée du vaisseau amiral, regroupée autour d'une sorte de marmite rouillée à l'envers posée sur roulettes, qui n'était autre, à la vérité, qu'un droïde Elzévir de classe Phantom seconde génération à combustible neutronique du nom de HT2P, mais franchement ça faisait plutôt marmite.

La marmite était reliée par un câble à un terminal d'ordinateur encastré dans la paroi de la coursive, et faisait entendre des séries impressionnantes de sons synthétiques allant du cri de la souris frustrée jusqu'au pet de hamster, en passant par le décapsulage d'une canette de bière et le klaxon d'une 2CV.

C'était en fait le signe d'un intense auto-brain-storming intérieur, signifiant par là que le brave droïde, enfin, la marmite, quoi, traitait des teraoctets de données à la vitesse d'électrons lancés comme autant de billes de flipper dans ces processeurs ; l'ennui, c'est qu'il paraissait encore loin de tilter. C'est du moins ce que laissaient entendre les mines tendues et un tantinet impatientes de Stravisky et Hutch, regardant Klinty avec inquiétude.

«Klinty, bon sang ! Laisse tomber ! Il n'y arrive pas, c'est tout !

- Il VA y arriver.

- Atteeends... Ça fait dix minutes qu'on est coincés là ! Il sait même pas encore où on est ! Tout à l'heure, il a dit qu'on était dans la salle de bain du troisième niveau, après il a soutenu qu'on était dans les...

- Je sais ce qu'il a dit. But give him a chance. Tout le monde a le droit à sa chance. C'est son moment. Laissez-le lui.

- Mais meeeerde, on va se faire repérer à force, on le sait bien que c'est toi qui l'a retapé, ce truc, mais c'est pas une raison pour...

- C'EST PAS UN TRUC, OK ? C'est un droïde Élzévir de classe Phantom seconde...

- Et si on demandait aux renseignements, plutôt ?» fit la voix glaciale d'Hildegonde.


Hildegonde se tenait fermement campée bras croisés, le regard perçant comme du diamant derrière ses double foyers, tapotant du pied droit.

«Non, parce qu'on discute, on discute, hein, mais ça fait dix minutes qu'on est le nez sous un panneau qui indique "renseignements", juste là...»


Un ange passa.

Une meute d'anges passa. Et repassa, au ralenti, intrigués qu'ils furent d'avoir le temps de tous faire un deuxième passage. Alors qu'ils se décidaient, radieux et enhardis par ce boulevard qui s'offrait à eux, à effectuer un troisième passage (le rôle d'ange passeur est assez frustrant, des heures d'attente pour une prestation brève et jamais appréciée à sa juste valeur, c'est dur), nos héros réagirent enfin : tous se tournèrent vers Klinty.

Klinty, malgré le bruit de bataille spatiale de type Nitendo qui continuait à s'énerver à la hauteur de ses genoux, fit la moue et plissa les yeux.

«Bon. Ça va bien que je suis démocrate, hein. On va faire comme vous voulez. Mais vous avez tort.»

Un soupir de soulagement parcourut la petite assemblée, qui fila bien vite dans la direction de la flêche indiquée par le petit panneau.


Resté en arrière, Klinty, se retourna vers la marmite, toujours branchée sur le terminal de la coursive :

«Allez, va. Viens. Une autre fois...

- Birrliuuutihhhtoouuuuuiiit...

- Mais non, mais non...»



Zorg appuya sur le bouton de son bureau qui lui permettait de causer avec l'officier de garde.

«Oui, patron ?

- Rien à signaler ?

- Heuu... Vous me l'avez demandé il y a cinq minutes...»

La voix de Zorg aurait congelé le Sahara :

«Hé bien, je vous le redemande.

- B... ben, non, alors, toujours rien à signaler...

- Pas d'anomalies ? Pas de tuyau bouché ? Pas de caméra en rade ? Pas de porte non refermée ? Pas d'aération en panne ?

- B... ben non, patron. Tout va bien, en somme.»

Zorg interrompit la communication. Il n'était pas satisfait. Il regarda dans le vague, en proie à un intense examen de conscience. Il sentait quand un truc pas normal se passait. Ça le démangeait de là à là, ça le picotait, ça lui fourmillait, il savait.

C'était un don. C'était ce même don qui lui avait permis de ne jamais se faire prendre quand, gamin, il chipait les pots de Nutella dans le placard des réserves. En vérité il avait horreur du Nutella, mais c'était juste pour faire chier sa mère - une sombre histoire de stade anal.

Zorg était préoccupé, et frustré de ne pas savoir de quoi exactement il fallait se préoccuper.



Stravisky et Hutch bavardaient à mi-voix alors que le groupe se dirigeait vers ce qui était indiqué comme étant les renseignements.

- Dis-donc, tu as remarqué ?

- Quoi ?

- À chaque fois, cette fille, là...

- Quelle fille ?

- Ben là, celle qui est avec nous, avec les grosses lunettes et les boutons !

- Une fille ?

- Ha bah, techniquement, c'est une fille, hein...

- Oui, c'est vrai... je vois ce que tu veux dire... Bon, une fille, admettons... Hé ben qu'est-ce qu'elle a ?

- Et ben elle a qu'à chaque fois elle nous fait passer pour des cons, voilà ce qu'elle a !

- C'est pas faux...

- J'te jure, si je tenais le sombre connard qui écrit cette histoire...

- C'est ici », s'exclama en chuchotant Hildegonde(1), devant une porte coulissante au-dessus de laquelle un écriteau lumineux indiquait : "renseignements".


Avant que Klinty ait pu esquisser le moindre geste, Hildegonde avait déjà appuyé sur la plaque d'ouverture de la porte : un mélodieux "ding" se fit entendre, et la porte coulissa dans un chuintement moelleux.

La salle qui se dévoila alors était décorée de tentures de soies délicates en camaïeu pastel de bleu, de mauves et de rouge bordeaux. Des statuettes africaines de l'ère pré-spatiale trônaient un peu partout, des estampes  et des aquarelles étaient disposées avec goût, et une douce fragrance de jasmin (avec quelques notes de cannelle et de vanille) flottait dans l'atmosphère. Derrière un bureau décoré par des reproductions miniatures de statues célèbres, se tenait assise une femme, qui leva les yeux de l'épais livre qu'elle était en train de lire. En un seul geste souple et délicat, elle posa son livre, se leva et sourit.

Dans le quart de dixième de seconde qui suivit, Djoni tomba fou amoureux. Elle était grande, avec des cheveux blonds cuivrés et luisants qui lui tombait doucement sur les épaules, des yeux bleus d'une douceur infinie dont les cils semblaient illimités, des lèvres pulpeuses et rouges, et un sourire éclatant, lumineux et éternel. Sa robe fourreau, simple mais raffinée, ne cachait rien de ses formes parfaites.

«Bonjour à vous, soyez les bienvenus ! Je m'appelle Doll ! Que puis-je pour vous ? dit-elle posément d'une voix de velours, chaude et modulée.

- Hé bé heuu ben beuu... fit Djoni.

- On cherche les prisons, déclara Hildegonde d'un ton pincé.

- Heuu, en fait on cherche le Département de Topologie, plus exactement, ajouta précipitamment Stravisky, en tapant du pied le tibia d'Hildegonde.

- Oui parce que heuu, nous on est nouveau, ici, fit Hutch.

- Oui, voilà, on est nouveau, alors on sait pas où c'est, et on nous a dit "allez au Département de Topologie", alors on est embêtés, du coup, vous comprenez ?

- Mais bien entendu, il n'y a aucun problème ! répondit la créature. C'est un vrai labyrinthe ici, le Minotaure n'y retrouverait pas ses petits, hu hu hu ! ajouta-t-elle en un charmant rire de gorge, tout en rejetant ses cheveux en arrière d'un coup de tête gracieux.

- Le quoi ? demanda Klinty, l'air perplexe, avec des sourcils en position soucieuse.

- Le Minotaure ! C'est de la mythologie pré-spatiale, vous ne connaissez donc pas ? dit-elle ingénuement. Il faudrait que vous lisiez de la mythologie grecque, j'adore la mythologie grecque, il y a justement une nouvelle édition annoté par...

- Ha ça des mites au logis, ça c'est pas bon, faut tout désinfecter après, c'est des vraies saloperies, intervint Sam.

- Ho, non, vous confondez, la mite est un insecte de l'ordre des lépidoptères et du sous-ordre des hétérocères qui...

- Ouais, heu bon, non, le Minotaure on connait pas, coupa Klinty. Bon, pour le département de Topographie, alors ? Vous savez où c'est ?

- Bien sûr, je vais vous y amener ! fit la demoiselle d'un ton engageant.

- Heuu, vous pourriez pas nous dire où c'est, tout simplement ?

- Non, non, c'est vraiment complexe pour y arriver, vous savez ! Et puis c'est un véritable plaisir que de vous aider et de faire votre rencontre ! Venez !»


Et alors que le groupe se mettait à suivre la créature qui semblait marcher sur coussin d'air, Hutch se pencha vers les autres et dit :

- Elle m'inspire pas du tout confiance !

Hildegonde dit :

- Moi non plus !

Djoni dit :

- Elle est fabuleuse !

Klinty dit :

- J'avais bien dit qu'il fallait laisser faire HT2P !

Sam dit :

- Si elle peut me dire comment se débarrasser des mites, moi ça m'intéresse !



Du fond de sa cellule sombre, la Princesse Lycra fulminait. Les séances de toisage l'épuisaient, et elle savait qu'elle ne tiendrait plus longtemps face à l'infâme Zorg.

Ses yeux brillèrent dans le noir. Elle n'allait pas se laisser vaincre sans combattre.

Merde, quoi.



Loin de là, autour d'une autre étoile, dans les bas-fonds du palais impérial, l'Empereur, père des nations, chef de toutes les galaxies de l'Univers connu, grand ordonnateur des lois impériales régissant des centaines de milliards d'êtres humains, qui pouvait rayer un système planétaire d'un seul geste de la main, l'Empereur tout puissant visitait les prisons de son palais, les pires prisons de tout l'Empire, les prisons spéciales, les prisons d'où l'on de revenait pas. Et l'Empereur disait :

- L'abat-jour, bleu lavande ? Ça va pas jurer avec les rideaux ?»



(1) Si, si, s'exclamer en chuchotant, dans les films ils y arrivent trop bien.

Par Djac Baweur - Publié dans : Les aventures de Djoni, baroudeur de l'espace
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Lundi 5 novembre 2007 1 05 /11 /2007 11:57

Certaines des scènes qui suivent sont d'une violence inouïe. L'âpreté des combats, le sang qui gicle, les cris de terreur hurlante, les tripes qui repeignent les murs, ceci n'est pas supportable et ne peut être exposé sur un blog tout public, surtout si on considère qu'il peut se trouver dans ledit public un nombre non négligeable de bisounours.

Par conséquent, afin de ne pas heurter les bonnes meurs et faire cauchemarder mon lectorat avec des scènes d'intestin qui se déroule comme un tuyau d'arrosage, de membres tranchés qui pissent le sang comme un arroseur automatique, ou de visage brûlé avec la peau qui fait des cloques, l'auteur a pris soin de discrètement mettre un voile pudique sur les scènes en question, de manière subtile, qui ne devrait pas entraver le fil de votre lecture tout en atténuant le choc traumatique que n'aurait pas manqué de provoquer la violence crue racontée sans précaution.

Et, du coup, vous pourrez faire un bisou à l'auteur qui est tellement gentil avec vous.

Épisode Seurtine.


La tension était palpable.

Le Sigma Fox Shippyards Coco Alpha-Class Shuttle Millenium Air Wing Falcon Omega III avait atterri dans un hangar à l'écart des plate-formes d'appontages habituelles, et par conséquent en marge du trafic incessant qui régnait en général dans le vaisseau amiral de la Flotte. Il n'y avait pas un chat.

En revanche, y'avait un max de suspens. On pouvait palper la tension.

On attendait.

On guettait.

On était à l'affût.

Tendu.

Et palpé, donc.


Le vaisseau amiral, cet immense navire céleste, qui renfermait en son sein les Quartiers Spéciaux de la Prison Impériale dans laquelle se trouvaient les prisonniers politiques d'importance, était comme une ruche monstrueuse et infinie, constituée de centaines de kilomètres de couloir, de coursives, de hall, de bureaux, de hangars, d'ascenseurs, de machines, de pièces indéfinies, de recoins inexplorés, de salles avec rien dedans, de réduits que personne savait à quoi ça sert, de canalisations indéterminées, de bidules et de fils mystérieux venus de nulle part et allant nulle part, le tout relié en un tel réseau en trois dimensions que même l'ordinateur central n'était pas certain de tout maîtriser, afin, par exemple, de déceler de manière certaine où se nichaient les toilettes du pont A645_K8.

Parce que, déjà, localiser le pont A645_K8...


De tout façon, on ne demandait pas ce genre de renseignements à l'ordinateur central, qui avait d'autres chats à fouetter, comme de coordonner les albedos de chaque vaisseau de la Flotte en fonction des forces de Coriolis appliquées au système, corrigées par les variables relativistes, ce qui, excusez-moi, a quand même une autre gueule. Demander un renseignement sur un simple lieu du vaisseau amiral à l'ordinateur central, c'était être assuré de se faire rire au nez avec la plus grande condescendance - l'ordinateur central était très conscient de sa valeur et de son importance dans le dispositif de la Flotte, bref, il se la pétait.

C'est pour cela que, quelqu'un, un jour, avait eu l'idée de créer un département spécifique attaché à étudier les plans du vaisseau, afin d'aiguiller quiconque en aurait besoin - en effet, même pour le moindre travail de plomberie, il était courant que, par exemple, en fermant l'arrivée d'eau chaude, c'était en fait l'eau froide du niveau en-dessous qui devenait inaccessible(1).

Le DTNA, Département de Topographie du Navire Amiral fut donc constitué, puis vite oublié ; mais il subsistait malgré tout, dignement représenté par son Chef, un vieux bonhomme qui passait son temps tranquillement en fumant sa pipe et en se coupant du saucisson accompagné d'un coup de rouge, et par son Assistant, un jeunot boutonneux pas très fûté mais de bonne volonté, qui avait trouvé que "Département de Topographie" ça faisait classe.

Dans l'ensemble, ils étaient peu dérangés.

Ils le perpétuaient assez facilement, d'ailleurs, sans même vraiment le vouloir, car, vu la complication de la chose, chaque demande de repérage voyait en général sa réponse reportée à la quinzaine d'après. Et pour trouver des toilettes, ça ne collait pas vraiment avec l'empressement généralement associé à ce genre de requête.


C'est ainsi que vous pouviez facilement vous retrouver dans des coins paumés de cette immensité labyrinthique, loin de toute l'agitation de fourmilière dévolue aux endroits importants du vaisseau, ce qui rendait donc imaginable le sauvetage de Princesse en détresse, clef de voûte primordiale de toute histoire qui se respecte.


Et c'est donc parqués dans un hangar anonyme que nos héros se tenaient prêts, tendus tels des prédateurs à l'affût (enfin, certains, pas tous - je laisse le lecteur se faire son idée).

Une sorte de mélodie crispante, genre un truc à l'harmonica sur trois notes, planait subliminalement dans l'atmosphère, comme un parfum diffus au confins de la sensation concrète.

Les contrôleurs de l'Empire, venus vérifier l'identité des occupants, et qui n'avaient donc pu le faire par radio à cause d'une apparente panne d'émetteur, entrèrent tranquillement dans le Sigma Fox Shippyards Coco Alpha-Class Shuttle Millenium Air Wing Falcon Omega III, croyant à une opération de routine.

Ils étaient trois.

Ils pénétrèrent dans la navette.

Et là, Martine plonge dans l'eau. Patapouf éclabousse tout le monde. L'eau est bonne ! Patpatouf fait le fou, il fait rire tout le monde. Martine s'amuse dans les vagues. Nicolas nage très bien la brasse, il est sportif ! Il est temps de revenir sur le sable. Martine et Nicolas se sèchent vigoureusement, et Patapouf s'ébroue en envoyant des gouttes partout ! Tout le monde s'amuse.


Quelques instants plus tard, nos héros descendirent la rampe d'accès, circonspects, arme au poing : Klinty en tête, Stravisky et Hutch le suivant immédiatement, puis Hildegonde, Djoni (enfin, ce qu'il en restait) et le chaudron clignotant sur roulettes (qui était en réalité HT2P le droïde), et enfin, Sam et Cheequetabah fermant la marche.

Il s'agissait maintenant de trouver où la Princesse Lycra était gardée captive. Ça s'annonçait palpitant. Vous palpitez, non ?


Zorg, penché sur les documents qu'il étudiait, leva d'abord un sourcil ; puis les yeux ; puis, très lentement, le visage entier. Quelque chose... Une vibration de l'air... Comme quand il se passait un truc qu'il ne fallait pas qu'il se passe...

Mmmh...

Zorg fit la moue. Peut-être était-il trop... Comment disait-on, déjà ? Dé... Ha oui, "débordé". C'était un truc d'être inférieur, ça, d'habitude, mais bon, nul n'est parfait. Il faudrait qu'il songe à prendre des... comment déjà... ha oui, "vacances".

Un petit quart d'heure à rien faire sur un canapé, à l'occasion.

Non pas que cela le réjouissait de s'abaisser à des pratiques de faibles, mais enfin si ça pouvait l'aider à ne pas se déconcentrer de son travail inutilement....


Il y avait des gardes qui barraient la sortie du hangar.

Klinty, Stravisky et Hutch mirent en joue, et Martine coupe le beau gâteau. Qu'il a l'air bon ! Tout le monde veut la plus grosse part. Mais il faut être raisonnable, chacun en aura. Le gâteau est plein de crème. C'est Augustine qui l'a fait, elle y a passé l'après-midi. Patapouf jappe, il voudrait une part lui aussi ! Tout le monde rit, et Martine lui explique que ce n'est pas pour les petits chiens. Tout le monde est maintenant servi, quel régal ! C'est vraiment un anniversaire réussi !

Nos héros débouchèrent sur une coursive qui semblait déserte. À part Cheequetabah, et la bassine en ferraille, tous avaient revêtu les uniformes des gardes. Ils étaient maintenant véritablement dans la place, au cœur du monstre.

«Eeeeeeet comment on fait, maintenant ? fit un filet de voix tremblotant, à peine audible, dont le chevrotement caractéristique identifia immédiatement son auteur comme étant Djoni.

- Étape numéro 1 : on fonce vers le Département de Topographie, répondit Klinty, yeux plissés vers le fond tu couloir, les muscles de la mâchoire saillants sous la peau.

- Eeeeeeet c'est où ça le département de topotruc ?

- C'est HT2P qui va nous le dire.

- Haaaaaaaa, hé bé, fit Djoni dans une sorte de trémolo étranglé. Ça c'est du plan, hein. Balèze. Mais, j'ai remarqué un truc, c'est qu'il y a personne qui garde le vaisseau, je trouve ça dommage, moi je préconiserais que...

- Le vaisseau se gardera bien tout seul, allez on y va !»


Le Général en chef en charge du Palais Impérial se pencha à l'oreille de l'Empereur, pendant que le Consul du système de Gradubydh débitait son discours. Tout le monde dans la salle du conseil roupillait ferme, de toute façon ; les séances de doléances étaient toujours le lieu où de vraies décisions se prenaient, de manière informelle et orale, pour occuper le temps.

«Votre Grâce, j'aurais besoin de votre aval pour de menus travaux...

- Des travaux ? Quels genres de travaux ?

- Des travaux de rénovation, Votre Grandeur.

- Mais de rénovation de quoi ?

- De rénovation de locaux du Palais, Votre Seigneurerie.

- Mais les locaux de quoi, à la fin ? Vous allez la cracher votre pastille, ou bien ?

- La prison, Votre Magnificience.

- Hé ? Mais pourquoi vous voulez rénover la prison ? Depuis quand ça a besoin d'être rénové, une prison, maintenant ?

- Depuis qu'on voudrait y aménager de nouvelles installations, Votre Immensité.

- Haaa, ben voilà, c'est ça qu'il faut me dire ! De nouvelles salles de torture ?

- Heuu, non, Votre Amplitude.

- Bon mais quoi alors ? Qu'est-ce qui vous arrive ?»

Le Général ferma les yeux, soupira, sachant que c'était maintenant que la catastrophe allait arriver. Il rouvrit les yeux, et articula, mobilisant tous ses réflexes professionnels :

- Ce serait pour installer une table de massage et un bain à bulles, Votre Sublimité. Et une cabine d'UV, aussi. Peut-être un home-training, si on a la place.

- ...»


Le Consul du système de Gradubydh ne sut jamais pourquoi, en plein milieu de son discours, l'Empereur se leva soudain pour crier :

«NON MAIS QU'EST-CE QUE C'EST QUE CE BORDEL ! C'EST PAS FINI DE SE FOUTRE DE MA GUEULE ? LÀ ÇA VA CHIER JE VOUS PRÉVIENS TOUT DE SUITE !».

Du coup, le système de Gradubydh entra en sécession, suite à cet affront impardonnable fait à son représentant.

Bien entendu, la semaine d'après le système était rasé par les Forces Impériales.




(1)
Et la chose amusante était que quand on rétablissait l'eau chaude, non seulement l'eau froide restait inaccessible au niveau d'en-dessous, mais l'eau chaude ne revenait pas non plus au niveau initial. La plupart des plombiers de l'Empire étaient sous anti-dépresseurs.

Par Djac Baweur - Publié dans : Les aventures de Djoni, baroudeur de l'espace
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