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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 15:21

Dans la liste des esprits pervers qui semblent invariablement destinés à mettre à jour des innovations tordues et machiavéliques, on peut sans peine ajouter à ceux qui ont pondu le code des marchés publics, à ceux qui ont concocté Windows Vista, ou à ceux qui ont conçu les languettes de pot de Nutella qu'il est impossible de défaire correctement par un être humain normalement constitué(1), on peut sans peine, donc, leur ajouter les cerveaux difformes et diaboliques qui ont échafaudé la norme MIDI. La différence notable étant, ce qui rend la nature non-humaine de ces cerveaux plus certaine encore, que le MIDI, ça marche.

 

De la même manière qu'on s'est dit que, pour que ce soit compréhensible par un ordinateur qui ne sait que gérer des nombres, on était contraint de coder une image point par point, par des nombres (écrits en base binaire avec des 0 et des 1), ce qui permet, à terme, grâce à de savants algorithmes de calculs sur ces nombres, de faire mumuse sur Photoshop avec ses photos de vacances en rajoutant des verrues à Tata Ginette, ou pour les plus pros, de faire ressembler un mannequin déjà anorexique à un squelette qui manquerait de calcium (ou à un extra-terrestre qui aurait un peu trop brusquement freiné en vitesse-lumière), de la même manière, donc, nos cerveaux démoniaques ont appliqué ce système pour le son.

 

En effet, le son numérique, tel que ce qu'il y a sur un CD, procède, a priori, de cette même idée de décomposer un événement continu en nombres discrets(2) : l'onde sonore réelle globalement résultante des divers sources sonores (un orchestre, par exemple), après avoir été captée par un micro, c'est-à-dire traduite en une vibration électrique, est analysée et découpée en tranche de temps (c'est l'échantillonnage) et en tranche de hauteur de son, ou fréquences, (c'est la quantification), quadrillage en deux dimensions qui donne au final une série de points, auxquels sont alors associés des nombres (eux-mêmes traduits en suite de 0 et de 1), que saura gérer l'ordinateur ou qui pourront être gravés facilement sur un CD ; et ces points permettront, si les choses ont été bien faites, de reconstituer en sortie l'onde sonore de départ, d'abord en un signal électrique (celui qu'on appelle analogique), qui lui-même fera vibrer ensuite un ou des haut-parleurs pour en faire une onde sonore - opération inverse qu'à l'enregistrement.

 

Évidemment, plus on a de points, meilleure la définition est, les limites étant matérielles (le nombre de points inscriptibles sur un CD, ou la capacité de calcul d'un ordinateur). Les processus permettant d'effectuer le quadrillage pour déterminer les points, ou à l'inverse permettant de savoir extrapoler à partir de la série de points l'onde sonore finale en sortie, sont des procédures de calculs un peu bourrin, avec plein d'intégrales et de cosinus dedans, issus de travaux mathématiques d'un certain Fourier (attention, Joseph, pas Charles, manquerait plus que l'industrie du disque tout entière repose sur les travaux d'un marxiste radical - ce serait savoureux, mais la réalité est plus terre à terre).

 

Ce système est déjà assez satanique, quand on y pense. Ça permet nombre de traitements sonores rigolos avec des logiciels audionumériques prévus pour, alors que ces traitements demandaient il n'y pas pas si longtemps des tas de machins électroniques empilés les uns sur les autres.

En même temps, quand on y pense, encore plus avant dans le temps, on était obligé d'aller dans une salle de concert pour entendre de la musique. Non mais. Heureux temps. (Moi, je dis, la loi Hadopi et tout ça, ça va pas assez loin, au fond - on devrait interdire le disque et mettre à l'index toute ces machineries du diable, et revenir à la vraie écologie du concert bio, sans tout ces additifs, conservateurs et autres produits chimiques dedans).

 

Mais, ça ne s'arrête pas là. Des cerveaux encore plus machiavéliques et pandémoniaques ont bien vu que si le système ci-dessus était excellent pour la reproduction du son, avec divers époussetages, guili-guilis et ripolinages possibles et faciles à réaliser sur le résultat sonore global, on restait toutefois dépendant de la prise de son initiale, avec de vrais instruments enregistrés en vrai par de vrais micros. C'est-à-dire qu'on ne peut pas changer les notes ou le rythme de ce qui a été enregistré, on peut juste traiter le signal enregistré dans son ensemble, tel quel.

Or, c'est bien connu, c'est chiant, le réel. Un vrai violoniste, ça passe son temps à s'accorder, à chougner qu'il lui faut une pause, à râler que tous les autres sont nuls, ça te regarde de haut en plus, tout ça pour au final jouer faux et pas en mesure.

C'est donc là que nos cerveaux méphistophéliques se sont mis en branle(3).

 

Et ont mis au point le MIDI, pour Musical Instrument Digital Interface (ça en jette, hein ?).

Cette fois, on assigne des nombres (de 0 à 127 pour être précis) directement à des notes, à partie d'échelles pré-définies ; tel nombre code la hauteur, tel nombre code la durée de la note, tel nombre code l'intensité avec laquelle devra être jouée la note... Et on fait un seul petit paquet de tout ça, qui va donc coder globalement un «événement» sonore.

Ça a l'air de rien, mais du coup, on peut écrire des notes sur une portée, dans un logiciel qui traduit ça en codes (c'est un séquenceur) ; et ces notes, on les envoie à des appareils ou à d'autres logiciels (soit des "instrument logiciels" - instruments pré-enregistrés note par note, soit des synthétiseurs - qui comme leur nom l'indique, synthétisent des sons), logiciels qui traduisent ces codes en les assignant donc à des timbres particuliers, avec la hauteur, durée et intensité et autre effet voulus.

Ainsi, tel événement, constitué de telle note à telle hauteur, telle durée, telle intensité, tel timbre demandés (selon les sons disponibles de l'instrument logiciel ou du synthétiseur : violon, piano, banjo, balalaïka, son du synthé XCS362-B325-AZ modifié FG45...), génère un code correspondant, et, soit le synthétiseur soit l'instrument logiciel vous transforme ce code en onde audio écoutable, comme si vous jouiez directement de l'instrument en question.

 

Au final, ça donne ça, ou encore ça, pour prendre comme exemple le genre musique de film (exemples trouvés ici, au chapitre démos).

Ça devient pratique au point où, grâce à un clavier spécial et modestement surnommé "maître", on peut directement pianoter afin que les notes jouées (hauteur, rythme, intensité, etc.) soient directement entrées dans le séquenceur, puis envoyés au travers du synthétiseur ou de l'instrument logiciel, puis vers la table de mixage (qui s'occupe de rajouter des effets audio si vous lui demandez), et enfin via la carte son de l'ordinateur vers la sortie, c'est-à-dire les haut-parleurs ; de là, ça fait vibrer l'air de manière élastique et fort complexe, puis ça rentre dans l'oreille en agitant le tympan qui transmet les vibrations à la cochlée qui traduit tout ça en impulsions nerveuses qui vont se répandre dans le bordel encéphalique, le même qui un dixième de seconde plus tôt demandait à l'index droit d'appuyer sur une touche. Si vous prenez le temps d'imaginer deux secondes le trajet de l'impulsion et les multiples codages/décodages que l'opération demande dans son ensemble, ça force le respect.

Et il fallait donc bel et bien des cerveaux vicieux et possédés pour imaginer des trucs pareils.

 

C'est là qu'entrent en scène les mastodontes logiciels qui permettent à la fois de traiter de l'audio numérique pur et des séquences midi pour mixer le tout ensemble. Ainsi, vous pouvez avoir de vrais instruments enregistrés auxquels vous rajoutez des pistes totalement synthétiques. Par affiliation avec une certaine pomme, me voici donc en présence du magique Logic. Et, (tout ça pour ça), voici donc ce que ça peut donner en bidouillant dessus, mélange de sons audio pré-enregistrés, et de séquences midi programmées (et là, hop, on met le son à fond et on écoute la musiquette de Djac) :

 

 

Jusqu'où iront les cerveaux pernicieux et lucifériens responsables de tout ce bazar ? En tout cas, les voilà qui ont récemment permis de faire ce que je disais impossible un peu plus haut (si vous suivez), c'est-à-dire de changer notes et rythmes cette fois directement à partir d'une prise de son audio.

Dans votre CD des symphonies de Beethoven par Harnoncourt, un mouvement vous parait un peu lent ? Vous voudriez entendre ce que ça donne dans une autre tonalité ? Vous trouvez qu'une autre partie de hautbois pourrait mieux convenir ? C'est possible !

Et, bien sûr, si vous enregistrez un chanteur ou une chanteuse qui ne sait pas sortir une seule note juste en rythme, ce n'est plus un problème.

 

Bref, Carla Bruni en Reine de la Nuit, ou dans la Traviata, méfiez-vous, c'est pour demain...

 

 

 

(1) Seuls les mutants, en plus de savoir replier les cartes Michelin du premier coup, savent retirer la languette des pots de Nutella entièrement, d'un seul geste et sans s'en mettre partout.

 

(2) Ici, la discrétion n'impliquant pas des nombres qui se feraient tout petit pour pas qu'on les remarque, mais à prendre dans la seconde définition de «discret» : séparé, distinct, discontinu. Par exemple, un escalier offre des marches discrètes quand un plan incliné présente une pente continue.

(3) Je vous en prie. 

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commentaires

Djac Baweur 05/03/2010 15:22


>Louis : bah, en fait, des boucles de voix tu peux en récupérer des tonnes, soit en téléchargement gratuit, soit dans des packs à l'infini - m'enfin tu dois savoir.
Cela dit, ici en fait c'est un instrument logiciel de Logic, en fouillant j'ai trouvé - me rappelle plus le nom de l'instrument, ça fait un moment que je suis plus retourné sur Logic.

>Klari : bon, paiement en commentaires, le tarif habituel ? 


klari 05/03/2010 10:55


Louis, tu es cordialement invité à la maison, Djac se fera un plaisir de te montrer tout ce qu'il bidouille sur Logic ;-) Pendant que vous geekerez et parlerez de tierces renversées, de mode
pythagorico-phrygiens, j'irai voir une comédie romantique au mk2 du coin (pfffff).

Djac laisse tomber son blog, je fais la secrétaire provisoirement !


Louis 03/03/2010 19:33


Mais comment tu fais les voix ??
Le pire c'est que je suis un utilisateur de Logic, j'utilise les boucles, mais que pour les batteries / percus, et j'avais jamais tilté qu'il y avait des voix. 


Pidji 06/01/2010 17:38


Pour le pot de Nutella, j'ai une technique, jouissive qui plus est : avec l'ongle du pouce, crever le bord intérieur de l'opercule, et faire le tour en gardant l'ongle bien collé au rebord.

Premier plaisir: le bruit que ça fait.
Deuxième plaisir : le bord du pot reste orné d'un liseré doré, souvenir de l'opercule et du moment d'ouverture...
 


Pierre Bridet 03/01/2010 18:53


Merde alors... Moi qui me plonge dans la MAO depuis quelques semaines et qui pleure devant la complexité du truc, quand j'entends ta "musiquette" j'ai envie de foutre tout le bazar par la fenêtre
et ne plus toucher à un ordi de ma vie... Surtout n'hésite pas à nous en proposer d'autres, des musiquettes comme ça ^^


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