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19 décembre 2006 2 19 /12 /décembre /2006 14:08
 (Note aux éventuels nouveaux lecteurs : pour comprendre quelque chose à ce qui suit, il est recommandé de lire les épisodes précédents).

     Or donc, c'est la fin.
    Tout est terminé.
    Il n'y a plus d'espoir.
    Tout le monde est enfermé.
    L'histoire est finie.
    Toutes les issues sont closes.
    Toutes ?
    Non, car un village résiste encore et toujours à l'envahisseur.
    Enfin c'est pas vraiment ça, mais l'idée y est.

Épisode eillte

    La cellule dans laquelle Djoni et ses camarades étaient retenus prisonniers par les espèces de petits gnomes suintait l'ennui et l'attente résignée, un peu comme chez le médecin. Ils étaient tous assis ou affalés comme ils pouvaient, et regardaient le temps passer comme les vaches regardent les trains.
    Les deux seuls qui échappaient à l'accablement et à la lassitude quasiment palpables, étaient d'une part Sam, que l'habitude de la glandouille quotidienne mettait définitivement à l'abri de ce genre de désagrément, et Klinty, d'autre part, qui avait trouvé dans le bric-à-brac contenu dans ce qui leur tenait lieu de cellule mais qui était vraisemblablement à l'origine une remise quelconque, une sorte de marmite géante à l'envers en ferraille rouillée posée sur roulettes, et qui semblait s'être pris de passion pour cet ustensile étrange.
    Hildegonde le regardait d'un air soupçonneux, mais comme Klinty lui tournait le dos, elle ne pouvait clairement comprendre ce qu'il pouvait bien fabriquer.

    Hildegonde poussa un soupir.
    Djoni se gratta le nez.
    On entendit un «clic» venu du coin qu'occupait Klinty et sa soupière géante.
    Djoni croisa les jambes dans l'autre sens.
    Sam émis une sorte de petit grognement.
    Hildegonde renifla.
    On entendit un autre «clic» émanant des activités de Klinty sur le chaudron renversé.
    Sam se gratta la tête.
    On entendit un gargouillement d'estomac anonyme.
    Djoni soupira.
    Cheeequetabah, qui jusque-là avait le regard perdu dans le lointain, emprunt d'une tristesse infinie, ouvrit sa grande bouche pour émettre un pitoyable :
    «wwwooourr...» (*J'ai fai...*)
    Mais Hildegonde lui décocha un regard incendiaire à travers ses double-foyers, et il faut avouer que des double-foyers, pour un regard incendiaire, c'est spécialement adapté.
    En effet, Cheequetabah s'était déjà pris un savon carabiné de la part d'Hildegonde, pour s'être livré à des ébats nutellophiles alors même que l'équipe était en danger. Or, il faut avouer que les poils de Cheequetabah témoignaient encore de l'orgie coupable, en laissant apercevoir de grands filaments nutelliphères tout autour de la bouche et particulièrement étalés sur les poils du menton.
    Sam, quant à lui, avait béni sa couleur de peau, puisque le Nutella y demeurait invisible, ton sur ton, ni vu ni connu, ce qui l'avait épargné d'une tempête hildegondienne, toujours pénible à subir de plein fouet.
    Toujours est-il que Cheequetabah referma d'un coup sa grande bouche, baissa piteusement la tête et machouilla un de ses grands doigts, avec un air contrit à émouvoir Zorg en personne, avec même les pieds en dedans et tout.
    On entendit un «tac» émis par Klinty et sa casserole sur roulettes.
    Djoni se re-gratta le nez.
    Sam soupira.
    Un gargouillis stomacal retentit derechef, ne laissant cette fois que peu de doute quand à son malheureux propriétaire.
    Hildegonde renifla.
    Sam croisa les bras.
    Djoni décroisa ses jambes.
    Hildegonde se gratta le nez.
    Cheequetabah se gratta la tête.
    Djoni renifla.
    Hildegonde soupira.
    Et soudain, déchirant un silence aussi compact qu'un cake au thon, on entendit :
    «BluiiIIIip, tirLuiT ! dzzzziiiGUI !!! buit-buit-buit TagoUt ? Tou-youyouyoueuuu... »

    Les prisons du palais de l'Empereur étaient à peine officielles. C'était comme une sorte d'annexe très spéciale aux prisons impériales habituelles, qui, si elles étaient déjà redoutées pour leur manque patent de jovialité et d'affection, n'arrivaient pas à la cheville des prisons du palais.
    Disons que les prisons officielles étaient des hospices agréables à côté des prisons du palais.
    Les prisons du palais, c'étaient des gardes triés sur le volet, des hommes sans âme capable d'entendre les cris de suppliciés en souriant légèrement (certains se tripotaient même la nouille dans ces occasions), les prisons du palais c'étaient des cachots obscurs dans lesquels on pouvait vous entraver de manière à ce que vous ne puissiez ni vous asseoir ni vous tenir debout, les prisons du palais c'étaient les pires tourments infligées dans des cryptes humides et souterraines suintantes d'humidité et couvertes de moisissures verdâtres.
    Bref, l'endroit ou même le pire masochiste pervers ne se sentirait pas à l'aise.
    Mais, depuis quelques jours, insensiblement, quelque chose clochait dans les prisons du palais.
    Kraboum revenait au poste de garde, un plateau-repas (enfin, ce que la langue administrative nommait plateau-repas, mais qui était en vérité un bol de soupe huileuse dans laquelle quelques bouts solides mais spongieux et non-identifiés effectuaient de lents processus de giration), un plateau-repas, donc, à la main.
    Groumfi, son collègue, le vit arriver, et fut aussitôt alarmé.
    «Hé ben, Kraboum, mon vieux, t'as l'air tout chose...
    - J'en peux plus, Groumfi, chui au bout du rouleau, là, ça peut plus continuer, j'vais craquer...
    - Ben... Ben Kraboum, dis-donc, qu'est-ce qui t'arrive ? Je t'ai jamais vu comme ça...
    - C'est l'autre, là... La nouvelle... Bouhouhouhou !!!, fit Kraboum en éclatant en sanglot sur l'épaule de son collègue.
    - Hé ben... hé ben..., fit Groumfi, impressionné, et tapotant maladroitement de sa grande paluche l'épaule de son camarade en pleurs (tapes, qui, en passant, aurait largement assommé un homme banal comme vous ou moi, enfin, surtout vous). Mais qu'est-ce qu'elle a de si terrible, la nouvelle ? C'est cette fille, là, qui a explosé les couilles du patron ?
    - Ouihihihihihi...
    - Ben quoi ? C'est une fille ! Elle est minus, en plus ! J'te comprend pas, là, Kraboum...
    - Tuhuhu teheu rend pahas compte... Elle est hohorriihible... Elle fait rien qu'à m'embêter... Snirfl... Tiens là, j'viens lui apporter son plateau-repas, et tu sais ce qu'elle me sort ?
    - Ben non...
    - «C'est pas assez chaud, et puis je veux de la lotte, avec du basilic, sans matière grasse, rapportez ça en cuisine, et gnagnagna... »... J'en peux plus...
    - Maimaimais, enfin, c'est rien du tout ça, c'est la routine, ça se mate, Kraboum enfin...
    - Mais tu comprends pas... Elle a un truc... C'est horrible...
    - Un truc ?
    - Ouais, tu vois, elle te regarde, comme ça, et là, elle te TOISE !
    - Elle quoi ?
    - Elle te toise, j'ai cherché dans le dico. C'est un truc terrible. T'imagine pas. J'en cauchemarde la nuit, j'en peux plus, chui au bout du rouleau. Tu sais Gluineu le bourreau ?
    - Ouais, et ben ?
    - Il est en congé maladie, pour dépression. Je crois que je vais faire pareil. Tu sais ce qu'elle lui sort ? «Quand vous en aurez terminé avec vos chatouilles, vous pourrez peut-être me laisser dormir, parce que ça commence à bien faire, vos joujous, là», et là, paf, elle le toise. Dé-pres-sif. Gluineu, l'homme aux 1500 aveux spontanés. Tu te rends compte ?
    - Nan mais c'est pas possible ça, attends voir, c'est pas une gonzesse minus qui va me faire peur, foi de Groumfi, donne moi ça, on va voir si elle le boit son potage !!»
    Groumfi pris le plateau-repas des mains de son collègue, se composa sa tête des plus mauvais jours, carra ses épaules, et lança ses deux mètres dix-huit, ses 135 kilos et ses vingt-trois cicatrices dans le couloir qui menait aux cellules.
    Arrivé devant celle de Zorguinette, il entra.
    On n'entendit rien pendant un moment.
    Puis, une minute après, Groumfi ressortit.
    Il resta debout, le plateau-repas à la main.
    Les yeux dans le lointain, pleins d'une détresse indicible, et le menton qui tremblotait.

    «Mais qu'est-ce que c'est que ce bidule ? »
    Djoni, Hildegonde Sam et Cheequetabah regardait Klinty, et la chaudron qui s'était allumé.
    Oui, force était d'avouer que pleins de petites loupiottes de toutes les couleurs clignotaient maintenant tout autour de la casserole.
    «C'est pas une casserole, expliqua Klinty, encore agenouillé à côté du tas de ferraille transformé en arbre de Noël. C'est un droïde d'un modèle ancien. J'aurais pas pensé pouvoir le remettre en marche, mais bon, au moins je pensais m'occuper plutôt que d'attendre à ne rien faire. Et puis, ben voilà, contre toute attente, il semble vouloir se remettre en route.
    - Et vous comprenez ce qu'il raconte ?
    - Oui, à peu près, ce sont les vieux codes universels droïdes, j'ai appris ça à l'université.
    - BluuuuhhiITt, toglop-toglop, tarlloUuuiit ?
    - Et là, il a dit quoi ?
    - Heuu, «salut, je m'appelle HT2P, et qui c'est la jolie blonde bien roulée ?», traduisit Klinty.
    - Pardon ?
    - Je crois qu'il parle de vous, Hildegonde...
    - Ouais, vous êtes sûr que vous l'avez vraiment réparé ? Parce que là, il a pas les yeux en face des trous pour l'instant, dit Djoni.
    - Oui, évidemment, j'imagine qu'il manque encore deux-trois réglages...» répondit Klinty, en se grattant pensivement le menton.


    Stravisky et Hutch constituaient un cas unique et inexpliqué.
    On sait que le vide de l'espace, dépourvu du moindre gaz, ne peut donc porter des ondes sonores. Le vide de l'espace, c'est le silence éternel. Et pourtant, quand vous aviez l'occasion de voir les navettes spatiales de Stravisky et Hutch évoluer, il se passait un phénomène étrange : immanquablement, chaque manœuvre de ces vaisseaux étaient accompagnés d'une sensation lointaine et persistante d'entendre des crissements de pneus.
    Et, c'est donc dans des hurlements de caoutchouc contrarié que Stravinsky et Hutch arrivèrent en vue de Kachatjoy la bien-nommée.

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commentaires

sev 20/12/2006 15:54

De tout coeur avec toi Jaune! Bon courage, cowboy...

majorette 20/12/2006 14:39

Jauneouaine: mais quels enfoirés tes ex-patrons! Non seulement ils délocalisent, mais en plus ils préviennent au dernier moment. Comme s'ils avaient décidé ça en prenant leur petit dej. Et je ne parle pas du fait de l'annoncer juste avant les fêtes de fin d'année, histoire de bien pourrir le moral.On est tous avec toi.

majorette 20/12/2006 14:33

Rififi: c'est à la flute à bec que tu nous fait cet air?;-))))

Anna 20/12/2006 13:50

Jeune, j'espère que tu retrouveras du boulot très vite. (((Jaune)))

rififi 20/12/2006 13:17

tu passeras tout de même faire un p'tit coucou à l'occasion hein jauneouaine ? en tout cas bon courage , plein de bonnes pensées et que la prochaine année soit sous le signe de l'optimisme et de la réussite.il a raison Tonton Beudj, dis toujours dans quoi tu cherches, on ne sait jamais, si on peut aider...

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