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Mercredi 2 mai 2007
    Rappelez-vous : je vous causais de ce cher Ludwig il y a de ça quelques temps, et en particulier, j'évoquais la 7ème symphonie.
    Il est temps d'illustrer auditivement mon propos.
    Donc, voici un exemple de stratégie symphonique typiquement beethovenienne, par ce grand manipulateur de Ludwig, qui joue avec vos nerfs comme un Hitchcock de l'orchestre.

    Le premier mouvement de la 7ème symphonie débute par une large introduction, laissant entendre une opposition entre un thème calme et bucolique, et des passages solennels, voire inquiétants et sévères. Cette opposition, faite en brusques contrastes, instaure rapidement un climat de suspense insoutenable : mais où diable est-ce qu'on va, bordel de zut  ?
    Voici le tout début de l'introduction, puis un des passages solennels, dont le climat se charge de tension dramatique par la tension de l'harmonie (notez les éléments musicaux simplissimes : des gammes qui montent, et des accords de cuivre à intervalles réguliers. Et pourtant, ça suffit à vous coller à votre fauteuil) passage dont vous pourrez entendre l'étonnante transformation à la fin en un thème quasiment champêtre (que j'ai pas mis en entier).


    Le suspens établi est déjà bien irritant et titille délicieusement le cortex, mais ça va encore devenir plus énervant quand on va arriver brusquement sur une note, sur laquelle on va finir par se fixer obstinément, pour finir en pied de nez magistral quand la flûte répond aux violons (notez que la montée débouchant sur cette fameuse note, je devrais même dire qui est interrompue de manière surprenante par cette note, hé bien c'est la même montée que celle de l'extrait précédent menant au passage que j'appelle solennel et dramatique. Car chez Ludwig, rien ne se perd, rien ne se crée, il range chacune de ses notes dans le bac jaune - le recyclage).


    Impossible de ne pas voir là une forme d'humour. Oui oui, de la part de Beethoven, je sais qu'on le présente toujours comme un rabat-joie coincé entre le bouledogue hargneux et le tapir borné, mais je vois pas pourquoi il n'aurait pas aussi de l'humour, surtout dans une symphonie qui n'est qu'une vaste explosion de joie (2ème mouvement mis à part, il faut de tout pour faire un monde comme une symphonie). Et il faut bien voir, que, si à notre époque où on a entendu les trucs les plus bizarres et les plus tordus imaginables, un tel passage peut paraître anodin à première audition, à l'époque il fallait être quand même sacrément gonflé et solidement sûr de son talent pour sortir des effets pareils. Les gars, à l'époque, en écoutant ce genre de choses, ils devaient avoir du mal à digérer leur repas de midi et à ne pas croire qu'on les prenait pour des abrutis.
    Cependant, cette note toute seule, répétée jusqu'à l'exaspération la plus agaçante, nous laisse quand même avide et haletant, tel le téléspectateur à la fin d'un épisode de la série 24 heures chrono : aaaargh mais que va-t-il se passer ?
    Hé bien, il se passe ceci :


    Alors ?
    Alors vous êtes déçu.
    Si si, ne niez pas, vous êtes déçu.
    Vous vous attendiez à un truc de dingue, et voilà, juste un petit air de flutiau, c'est un peu maigre, même si bon, la nouvelle rythmique est sympa.
    Ha ben oui, mais pas tout tout de suite ! Ça serait trop facile !
    C'est comme le strip-tease, si on enlève tout d'un coup, ça tombe à plat (au propre comme au figuré). D'ailleurs, vous avez bien remarqué ces espèces d'aboiement sporadique des cordes ? Ça veut bien dire que ça va péter !
    Donc, Beethoven maîtrise ses effets, et après que vous voilà tellement déçu par le pipau, il vous balance enfin la sauce en pleine poire (et là ça n'est que figuré, merci) :


    Haaaaa ! Enfin !
    Ça dégage, hein ?

    Je vous laisse le soin de recoller les morceaux, soit en achetant le disque (c'est bien), soit en allant au concert (c'est mieux).
    Et un dernier petit bout pour la route, pour achever de vous mettre la patate (début du quatrième mouvement de la même symphonie) :



    (si vous en avez la possibilité, mettez le volume à fond !)

Référence : Ludwig Van Beethoven, symphonies, Nikolaus Harnoncourt, Chamber orchestra of Europe, édité chez Teldec Classics - Warner Classics
par Djac Baweur publié dans : De l'Art musical et autres balivernes symphoniques
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