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6 octobre 2007 6 06 /10 /octobre /2007 15:12
    Pour clore (provisoirement ?) ce petit cycle sur la musique sérielle, je livre à votre sagacité un petit extrait de philosophie de la nouvelle musique, de Theodor W. Ardono, musicologue allemand, lui-même élève d'Alban Berg (et donc, légèrement militant sur les bords, ho, rien qu'un tout petit peu). Livre que je vous conseille toutefois pas plus que ça à la lecture, parce que...
    Hahem.
    Parce que bon.
    Enfin, vous faites comme vous voulez, mais je vous aurais prévenu.
    Cela dit, dans l'introduction se trouvent quand même des choses à peu près lisibles, compréhensibles et intéressantes.

    "(...) C'est objectivement une illusion de croire que Beethoven serait compréhensible et que Schoenberg ne le serait pas.
    Tandis que dans la nouvelle musique la surface déconcerte un public coupé de la production, les phénomènes les plus représentatifs de cette musique sont précisément déterminés par les conditions sociales et anthropologiques qui sont aussi celles des auditeurs. Les dissonances, qui effraient ceux-ci, leur parlent de leur propre condition; c'est uniquement pour cela qu'elles leur sont insupportables.
    Inversement, le contenu du par trop familier est si loin de ce qui aujourd'hui pèse sur le destin des hommes, qu'il n'y a plus guère de communication entre leur propre expérience et celle dont témoigne la musique traditionnelle (classique, NDDB). Quand ils croient comprendre, ils ne font que percevoir le moulage interne de ce qu'ils sauvegardent comme propriété sûre et qui est déjà perdu au moment où il devient propriété : pièce de musée insignifiante, neutralisée, privée de sa propre substance critique. En effet, le public ne saisit de la musique traditionnelle que le plus grossier : des thèmes faciles à retenir, des endroits d'une beauté néfaste, des atmosphères et des associations.
    Pour l'auditeur dressé par la radio, la cohérence musicale qui crée le sens ne reste pas moins cachée dans une sonate de jeunesse de Beethoven que dans un quatuor de Schoenberg, qui du moins lui rappelle qu'il n'est pas aux anges à se délecter d'un chant agréable.

    (...) La vie musicale officielle déprécie le patrimoine musical en le prônant et en le galvanisant comme une chose sacrée, et elle ne fait que confirmer l'état de conscience des auditeurs en soi
    Pour celui-ci, l'harmonie que le clacissisme viennois (Haydn, Mozart, etc... NDDB) a conquise par un effort de renoncement, et la nostalgie du romantisme, sont devenues invariablement objet de consommation, du genre décoration. En réalité, une audition adéquate des mêmes œuvres de Beethoven, dont on siffle les thèmes dans le métro, exige un effort encore beaucoup plus considérable que celle de la musique la plus avancée ; il faut la débarrasser du vernis d'une fausse interprétation et des manières de réagir sclérosées.
    Mais puisque l'industrie culturelle a dressé ses victimes à éviter tout effort pendant les heures de loisir qui leur sont octroyées pour la consommation des biens spirituels, les gens s'accrochent avec un entêtement accru à l'apparence qui les sépare de l'essence. Le style de l'interprétation musicale aujourd'hui prédominant même dans la musique de chambre, du genre hyperbrillant, vient encore favoriser cette attitude. Non seulement les oreilles des gens sont inondées de musique légère, au point que l'autre musique les atteint juste encore comme contraste figé de la première, comme musique «classique» ; non seulement les airs à la mode émoussent à tel point la faculté perceptive, qu'il n'est plus possible de se concentrer pour une audition sérieuse, les auditeurs étant distraits par les réminiscences de ces refrains stupides, mais encore la sacro-sainte musique traditionnelle elle-même s'est assimilée, par son interprétation et pour l'existence des auditeurs, à la production commerciale de masse, ce qui ne laisse pas intacte sa substance. La musique participe à ce que Clément Greenberg appelait la division de tout art en camelote et avant-garde, et la camelote, la dictature du profit sur la culture, s'est assujetti depuis longtemps la sphère particulière, socialement réservée, de la culture."

Pan dans les dents.

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commentaires

chloe 13/01/2014 06:49

merci sur ce petit point sur la musique sérielle

Djac Baweur 10/11/2006 11:57

Voilà, arbobo dit bien ce que j'en pense.
C'est assez provocateur dans l'élitisme et tout ça, mais ça sert plutôt à se remettre en question et à se bouger l'encéphale, ce qui n'est jamais négatif quand même...

"et Djac a bien plus en réserve soyez en sûrs" heuuu...
Faudrait déjà que moi, j'en sois sûr... :o/

arbobo 10/11/2006 10:17

pour une fois que j'ai ouvert ET fini un livre sérieux ;-)dans 20 ans je refourguerai encore cette note de lecture, tu peux en être sûre rififi ;-)

mebahel 10/11/2006 04:18

Car qui l'adorne le fait adorer.
Et réciproquement?

rififi 10/11/2006 03:24

attention jauneouaine, faut pas chatouiller arbobo sur l'adorno !! ;-p

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