Dimanche 1 octobre 2006 7 01 /10 /Oct /2006 15:17
    Je ne résiste pas à vous livrer cette rigolote petite démonstration, simple mais pénétrante, qui prouve, si besoin était, combien on peut monter en neige n'importe quoi, comment on peut faire valoir du génie à partir du moindre bout de phrase (ça pourrait être une image, un son, un film...), et inventer du sens là où il n'y en a pas.
(dossier réalisé grâce à l'aimable participation de la timide et néanmoins charmante graindesel, je tiens à le dire).


1 - Le zouli pouème :


                                       Scarabée, bébête sacrée -
                                       Sa carapace, sans crier
                                       Gare, crisse sous le cruel pied.



2 - L'analyse stylistique :

    Reconnaissons tout de suite l'allitération consonante en [s] qui sonne immédiatement à l'oreille et donne son identité au poème, comme un cadre externe.
    Remarquons également les débuts de vers en [a]  (scArAbée, cArApAce, gAre), répondant aux «é» rimé. Nous avons là l'expression d'une dualité, soulignant l'élément au premier abord humoristique de l'animal sacré d'une part, pourtant si facilement écrasé d'autre part. D'une part le [a] noble et aristocratique, de l'autre le [é] familier et railleur.

    Vers 1 : allitération en [b] qui donne du scarabée une image enfantine (genre babillage enfantin, le «ba-be-bi-bo-bu»), et lui confère une fragilité qui contraste avec le qualificatif placé à la rime, le substitut « bébête » n’étant pas par ailleurs très valorisant. Nous retrouvons ainsi cette dualité, qui met bien évidemment en exergue la dualité humaine, prise entre le désir de grandeur et d'universalité, et sa petitesse dans l'Univers ainsi que l'absurdité de sa condition, le scarabée prenant ainsi une forte valeur allégorique.

    Vers 2 : allitérations en [s] / [k] qui rappelle le premier vers à ses extrémité (scarabée/ sacrée » et qui annonce le « crissement » de la pointe finale. Effet de rythme : rejet au vers suivant de « Gare ». On notera également la personnification de la « carapace », seul élément  protecteur du scarabée, et le glissement d’attributs : c’est le pied qui ne crie pas « gare », et non la carapace, qui crée un effet étonnant de renforcement de l’impuissance de l’insecte face à l’humain indifférent, par là même symbolique de l'impuissance de l'Homme face aux forces immuables du destin.

    Vers 3 : Coupe épique après le rejet de « Gare », ce qui renforce l’impression de brutalité. Chute : harmonie imitative en [cr] qui fait entendre l’écrasement impitoyable. Hypallage sur l’adjectif « cruel » (ce n’est pas le pied qui est cruel, mais celui qui marche avec). Mais cela donne à voir la scène à l’échelle du terre-à-terre. On notera l'effet possible de diérèse sur «pi-ed», accentuant la force extérieure de l'élément du destin.

    Observons maintenant le rythme de la métrique :
    3 - 5
    5 - 3
    1 - 7

    Nous observons donc d'abord une symétrie chiasmatique, qui appelle donc l'image de la croix, qui bien évidemment renvoie au sacré du scarabée, et fait explicitement référence au monothéisme chrétien et à sa théorie du péché (sacrifice du scarabée pour sauver des péchés du monde).
    Sacré foulé au pied (c'est le cas de le dire) dans le dernier vers, effet accentué par la rupture de rythme et la solitude du mot gare en début de vers déjà explicitée. Nous voyons sans doute là une tentative de l'auteur de montrer une voie de sortie, un affranchissement de la condition d'Homme par le rejet de la croix, et donc du sacré qui emprisonne l'Homme dans une dialectique péché/destin et l'empêche de s'émanciper.
    Noter également que nous n'avons là que des nombres premiers : il y a donc sûrement une symbolique cachée supplémentaire (nombre d'or ?), qui accentue encore l'idée de se sortir du religieux par la pureté du nombre, idée renforcée par la présence du sept, à la fois référence aux sept péchés capitaux (asservissement), et aux sept nains innocents et purs (libération).

3 - Conclusion :

    Sous des dehors apparemment anodins, ce poème porte pourtant en lui une puissance politique et philosophique révolutionnaire, héritière de la pensée de Spinoza et de l'œuvre des romantiques, et nous parle directement en tant qu'êtres fragiles et impuissants, dans une touchante évocation de notre propre condition, spirale fantasmatique et mise en abîme d'un éternel recommencement totémique et sociétal au sein d'une communion intime des sentiments inconscients et/ou germinatifs d'un idéal non finalisé et corrélé aux archétypes les plus enracinés des groupes ethniques endogènes dont la teneur quasi-synecdotique provoque en nous cette émotion si simple et spontanée.
Par Djac Baweur - Publié dans : Anecdotes, enfantillages et billevesées
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Commentaires

Boudiou !
... déjà que j'étais couchée pour cause de ca-va-pas, ça terrasse.
Une relecture s'imposera.
Car seule l'hermeneutique du soupçon peut donner à sentir l'aporie dissimulée sous l'apparente liberté formelle du sens des sons consentis dans l'essence de ce poyème.
Commentaire n°1 posté par mebahel le 01/10/2006 à 15h32
ouh
ça ta race boule bas, même.

(oui ben eu essayez, vous aussi, de vous mettre au niveau, pfiou)

BNB (be not back)
Commentaire n°2 posté par mebahel le 01/10/2006 à 15h37

.....................................

Commentaire n°3 posté par rififibouchebée le 01/10/2006 à 15h38
Voyez un peu comme vous êtes impressionnées par du pur délire sur un innocent pouème composé en cinq minutes...

>rififi : mais encore ? ;o)
Commentaire n°4 posté par Djac Baweur le 01/10/2006 à 15h42
Ben quoi, c'est fini les chevilles qui pètent plus haut que le boeuf?
Moi aussi j'écris à mesure que je tape, heu je veux dire, enfin vous m'avez comprise, les mots sortent des doigts quand les doigts sont sur le clavier. (et rien d'autres bande de malpensants)
Alors bon hein, ça suffit on va pas béer et te prendre pour une corneille qui point ne baye.
... et pour le délire, oukil est le bouquin explicatif que t'as recopié?
mmmh??,
Hep, Graindesel, démasque-et-la-plume-toi.

nanmého.
Commentaire n°5 posté par mebahel le 01/10/2006 à 15h46
>mebahel : Meuuuh c'est même pas vrai, j'ai pas recopié de bouquin, pourquoi tu m'engueules, et pis j'ai bien dit que c'était en collaboration avec graindesel d'abord, alors, c'est pô juste, voilà, je boude.
Commentaire n°6 posté par Djac Baweur le 01/10/2006 à 15h50
Ben oui, c'est bien pour ca que je demande à graindesel de venir pimenter aussi :-)
rhalala cette altesse, comme il est joueur.. tssss
Commentaire n°7 posté par mebahel le 01/10/2006 à 15h53
il y a ceux qui sont capables d'aligner des mots très compliqués qui veulent rien dire tout en faisant croire que ça a un sens, et il y a moi.

Donc bouche bée je suis, coite je reste.


(CR5 : harmonie imitative puissance 5)
Commentaire n°8 posté par rififi le 01/10/2006 à 15h55
Bon alors toi rififi tu es de celles et ceux qui sont capables de faire croire au sens qui veut dire plein de choses tout en alignant des mots pas compliqués.
L'un dans l'autre, c'est mieux, nan?

:-D

Commentaire n°9 posté par mebahel le 01/10/2006 à 15h59
>rififi : t'as vu quand même, hein, mebahel c'est pas la prez' pour rien ! C'est la plus forte et elle a toujours raison !
Commentaire n°10 posté par Djac Baweur le 01/10/2006 à 16h01
ouhla.. heu.. je vais avoir un pbme de chevilles là...
Commentaire n°11 posté par mebahelembarassé le 01/10/2006 à 16h04
la prez' a toujours raison
la prez' a toujours raison
la prez' a toujours raison
la prez' a toujours raison
la prez' a toujours raison......


(P45 : P4 puissance 5 )
Commentaire n°12 posté par rififi le 01/10/2006 à 16h06
rhaa... vite un drainage lymphatique ciblé....

(rififi m'en veut, j'le sens!)
Commentaire n°13 posté par mebahelenflé le 01/10/2006 à 16h07
....maikeu chuis baaaiiiittte
En fait rififi fait de la méthode coué!
Où avais-je la tête (ne pas répondre!)
Ouiiiiiiii rififi tu sais mettre du sens dans des mots simples!
Et hop: à répéter 100 fois devant ta glace :-)
Commentaire n°14 posté par mebahel le 01/10/2006 à 16h09
>rififi : je te sens un brin contrariée... Besoin de réconfort ?
Dans mes bras !
;o)

>mebahel :
la prez' est la plus forte
la prez' est la plus forte
la prez' est la plus forte
la prez' est la plus forte
la prez' est la plus forte
la prez' est la plus forte...
Commentaire n°15 posté par Djac Baweur le 01/10/2006 à 16h10
meuh non je t'en veux pas, je constate.

mais 100 fois ça suffit, faut pas exagérer non plus

(HSR : d'abord P4 et maintenant HS, qu'est ce que j'leur ai fait ?? :-(
Commentaire n°16 posté par rififi le 01/10/2006 à 16h16
>Djac : ha voila !! tout de suite ça va beaucoup mieux :-))

même le robot y m'en veut plus : 24L, je plane.......
Commentaire n°17 posté par rififi le 01/10/2006 à 16h19
Saperlipoflute ! je vous laisse deux heures, avec une commande d'analyse métrique à Maître Djac dans les posts de l'article précédent, et vous postez un article et 17 commentaires sans moi ! (pour le détail de ma vie pendant ce relaps, cf http://arbobo.over-blog.com/article-3985154-6.html post 12).

Et que voyus-jre-jej ? on critique mon Djac qui me fait pisser  mon bas armagnac (cf post suscité) de rire !

Rififouette, Mabagnole, vous n'êtes que des... tiens, je ne le dirais pas !

4q8
Commentaire n°18 posté par Christophe le 01/10/2006 à 19h03
"Rififouette, Mabagnole, vous n'êtes que des... tiens, je ne le dirais pas !"
Déception.
Zut,flûte et crotte de bique à ressort, on a perdu une occase de savoir ce qu'on est, qui on est et dans quelle étagère.
Damned.
Va falloir 20 ans d'analyse pour savoir, ça va être d'un long.
pfff


H56 (on dirait une petite annonce. promis i'm not guilty)
Commentaire n°19 posté par mebahel le 01/10/2006 à 19h20
Argh, pas tout lun trop de souvenirs douloureux!! C\\\'est que j\\\'en ai écrit des choses comme ça, ...
Précision tout de même, l\\\'allitération, c\\\'est pour les consonnes, pour les voyelles on dit assonnance et si on a un brelan et une paire, on dit full aux as par les rois...Pour reprendre \\\'lidée du billet, toute "grille de lecture" est un instrument pour celui qui la maîtrise, cela ne signifie pas qu\\\'elle soit sans valeur. C\\\'est aussi valable pour les maths, la psychanalyse , l\\\'analyse politique que l\\\'analyse stilistique!
gnagnagna....
;o)
Commentaire n°20 posté par Ardalia le 01/10/2006 à 22h07
Ca me rappelle mes études de Lettres avec une précision douloureuse. Ouch !
Commentaire n°21 posté par Anna le 02/10/2006 à 09h15
Suite et fin de l'histoire du scarabée massacré :

De l'anodin(e) tragédie
L'escargot seul se réjouit :
- Jamais plus je n'entendrai
Cet escarbot se vanter
D'avoir pour lui - vanité !
L'initial(e) de la beauté. "


N.B. : les « e » ont été mis « en sourdine » pour contenter son altesse.
La prochaine fois, je vous raconte l’histoire du « Graindesel qui se voulait faire aussi gros que la grenouille. » ;-)

Commentaire n°22 posté par legraindesels'amuse le 02/10/2006 à 10h45
>Christophe : note que si je te fais "pisser ton bas armagnac de rire", c'est cette fois-ci surtout grâce à graindesel, je tiens à rendre à César...
Et puis, c'est sûrement grâce à l'armagnac en question aussi, qui facilité grandement l'activité zigomatiale.

>Ardalia : oui, mille excuses, j'ai voulu vérifier les définitions parce que justement j'avais un doute, or sur Wikipédia j'ai cru comprendre que PARMI les allitérations il y a les assonances pour les voyelles et les consonnances pour les consonnes...
Il y a donc là querelle d'expert, mais on m'a confirmé ta version des choses, donc...
"cela ne signifie pas qu'elle soit sans valeur" : ça signifie surtout pour moi qu'on peut a priori faire gober n'importe quoi à quiconque n'a pas la même maîtrise.

>Anna : désolé, le but était plutôt de vous faire marrer par la caricature...

>graindesel : ;o)
(mais non personne n'a l'impression que tu te prends au sérieux, rhhoo là là, arrête de paranoïer !! :o)
Commentaire n°23 posté par Djac Baweur le 02/10/2006 à 11h18

j'ai longtemps cherché une connerie à dire.

je cherche encore.

en fait je crois que ça me rappelle surtout de bons souvenirs de Première, je m'éclatais bien sur les explications de texte. Même si la pouésie n'a jamais été mon fort.

Commentaire n°24 posté par arbobo le 02/10/2006 à 11h39
>arbobo : "je cherche encore"
ben si, t'as trouvé dans l'aut' billet, maintenant Djac va nous refaire une déprime :-(

t'as vu son ours ? il est tout flagada ! ;-)

Commentaire n°25 posté par rififi le 02/10/2006 à 11h52
Non, ça va Djac ! C'est juste que parfois certains profs coupaient des cheveux de mouche en quatre et analysaient à tout va sans vraiment se soucier du texte ! Mais il y a eu aussi de belles rencontres, dont une prof en licence qui m'a fait aimer Proust. J'avais pris son cours par obligation et franchement à reculons, impossible d'en caser un autre dans mon emploi du temps à cause d'une option, et je ne l'ai jamais regretté. Voilà une prof qui savait communiquer son amour des belles-lettres !
Commentaire n°26 posté par Anna le 02/10/2006 à 11h55
Et pour rebondir sur ce qui disait Ardalia : j'ai rencontré plus d'un étudiant qui appliquait la psychanalyse à des personnages imaginaires, en oubliant que leur inconscient n'était que ce que leur auteur avait voulu, le plus souvent consciemment !
Commentaire n°27 posté par Anna le 02/10/2006 à 12h19
>Anna, pas d'accord avec ton post 27 : Tisseron l'a bien démontré, et Bettleheim aussi : la psychanalyse dépasse celle de son auteur, puisque l'auteur écrit dans un contexte, et l'imaginaire collectif, ses fantasme, ses inconscients etc. jouent aussi.
Psychanalyser le Petit chaperon rouge version Perrault ou version Andersen, c'est deux logiques qui dépassent largement leurs auteurs (Psychanalyse des contes de fées, Bettelheim).
Et l'infrasexualité de Tintin et sa bande n'est pas seulement révélatrice des turpitudes d'Hergé, mais trahissent le catholicisme, la Belgique duale, le héros moderne, etc. (cf Tisseron notamment).

2fx et au dodo
Commentaire n°28 posté par Christophe le 02/10/2006 à 14h14
Moi aussi ça me rappelle mes études, et notamment ce point précis :
1 n'est pas un nombre premier

Eh oui ça parait (sans accent) paradoxal, mais en effet 1 n'a qu'un seul diviseur (lui-même)...

Toute ton analyse s'effondre !
Commentaire n°29 posté par Axi le 02/10/2006 à 14h17
Christophe : bien sûr, mais entre dire "Tintin fait si ou ça parce qu'inconsciemment Hergé ceci celà" (qui peut être correct) et "Tintin fait cela car son inconscient lui dit que"  ya de la marge, non ?
Commentaire n°30 posté par Anna le 02/10/2006 à 14h52
Autrement dit une réaction qui dans l'histoire est inconsciente - un lapsus, que sais-je - peut être tout à fait voulue par l'auteur.
Commentaire n°31 posté par Anna le 02/10/2006 à 14h54
tutafédacor ! j'avais pas compris ça, mais donc ok.
Remarque, il y a des tas de livres et films intéressants ou nuls qui parlent du personnage qui échappe à l'auteur. Fantasme ? Désir de surpuissance du poète (le créateur, celui qui fait ("poein")) ?

5pc ne valent jamais un mac, même vieux et cassé
Commentaire n°32 posté par Christophe le 02/10/2006 à 16h58
Mes compliments, très réussie cette analyse pour-de-rire! En quelque sorte une version littéraire des savoureuses analyses pataphysiques du Grand Satrape Boris Vian, à déguster ici: www.borisvian.fr
Commentaire n°33 posté par Aline le 02/03/2007 à 11h27
Damnation, j'ai l'impression d'être plongée en plein cours de littératue en hypokhâgne...C'est mauvais de me faire remonter de tels souvenirs =)
Commentaire n°34 posté par Audrey le 01/05/2008 à 15h23
>Audrey : vous avez étudié ce zouli pouème en hypokhâgne ?????? Énorme !! ;o)
Commentaire n°35 posté par Djac Baweur le 01/05/2008 à 18h00
Non, mais les analyses de textes, voire les dissertes qu'on était sommés de produire (oui utilisons bien ce verbe, qui donne un petit côté mécanique tout à fait adapté à la doctrine prépateuse) donnaient des élucubrations de ce genre. Douze pages sur 4 lignes; voire 4 copies doubles sur quelquechose qui t'es totalement inconnu, ou pour lesquels tes connaissances sont sommaires ( je me souviens parfaitement d'un sujet d'histoire "les paysans en France 1815 1871, alors que nous avions juste étudié la vie politique du XIX...). Du vent, de la poudre aux yeux, on s'y fait...Ca fait peur quand même, ça a un côté malsain.
Admirable souvenir d'un devoir libre de littérature sur la poésie (analysez UN vers de votre choix. Vous avez 4H)

Ma foi. Du coup, tu te rentrouves à partir dans des délires du même acabit également en musique, en analyse notamment, au risque de soutenir parfois des regards étranges d'incompréhension de tes camarades voire profs au Conservatoire ... Pfoulala quelle dure vie qu'on les ex-hypokhâgneux par la barbe de Brahms moi j'vous dis didiou didiou
Commentaire n°36 posté par Audrey le 01/05/2008 à 18h20

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