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23 avril 2007 1 23 /04 /avril /2007 20:45
    Au préalable, il me faut inévitablement en commencer par la question : l'alto, qu'est-ce que c'est ?

    En effet, je me dois de regarder la vérité en face dans sa nudité la plus crue et de constater, sans me raconter d'histoires, toutes illusions perdues, très concrètement, la mort dans l'âme, que le terme «alto» évoque plus certainement dans l'esprit de l'immense majorité de mes contemporains une formule de sandwich SNCF qu'un instrument de musique.
    Il n'est pas rare, voire même carrément courant, alors qu'on vous a posé la question : «et vous, qu'est-ce que vous faites dans la vie ?», et alors qu'on a le plus tranquillement du monde répondu :  «ho moi je fais de l'alto», de constater instantanément dans le regard de votre interlocuteur une fugace étincelle de panique due à une soudaine et immense solitude, ainsi qu'une demi-seconde de pétrification de tous les muscles de son corps pendant que le disque dur crânien tourne visiblement à fond les ballons, dans le vain objectif de dégoter au fin fond d'une vieille mémoire poussiéreuse, quelque part dans un recoin oublié de la base de données corticale, ce que pourrait bien représenter l'entrée «alto». Ce n'est que quand le moteur de recherche avoue son impuissance («aucun document ne correspond aux termes de recherche spécifiés : alto, veuillez renouvelez votre demande»), qu'on vous pose la question, avec le ton qui vous démontre avec certitude que vous êtes un extra-terrestre : «c'est quoi, l'alto

    Donc, l'alto, petit un : définition.
    Pour ce faire, je reprendrais volontiers, non sans un respect mêlé de crainte à l'évocation de cette sommité (je ne comprends toujours pas qu'il n'ai pas eu au moins un prix Nobel), la formule parfaite de Maître Gotlib (béni soit ce saint homme, amen) :

    «L'alto se différencie du violon surtout par le fait qu'il est presque pareil.»

    Car toute la problématique de l'alto se situe dans ce point crucial : ne nous le cachons pas, l'alto, c'est avant tout un gros violon.

    Alors je vous préviens c'est même pas la peine de me demander de vous faire l'historique de l'instrument, genre quels sont ses ancêtres, la viola da braccia, la viole d'amour et tout le bazar, parce que c'est compliqué, parce que c'est pas très clair, parce que ça serait trop long, et surtout parce que j'ai la flemme et puis que j'en sais rien, d'abord.

    En tout cas, ce qui est certain, c'est que c'est un peu plus gros, pour jouer un peu plus grave.
    Sauf que, c'est bien gentil, mais, en vertu d'une loi de physique acoustique qui parle de racine carrée, de longueur de corde, de fréquence et de deux ou trois autre trucs du genre, la réalité implacable des choses qui doivent être comme ça et pas autrement (et que certain appelle «Dieu») devrait imposer à l'alto d'être carrément beaucoup plus gros.
    Bon, je n'ai pas les détails précis pour vous expliquer la chose de manière rigoureuse. En effet, le gars qui s'intéresse à étudier la question (il doit bien y en avoir au moins un, on trouve vraiment de tout de par ce monde. Imaginez qu'il s'en trouve même pour acheter les disques de Francis Lalanne, alors, hein), le gars donc, doit se situer quelque part dans un atelier perdu d'une banlieue obscure d'une bourgade polonaise quelconque, et doit avoir publié tout au plus deux articles et demi sur la question dans une revue trimestrielle d'un labo oublié d'une université canadienne. Bref, tout ça pour dire que les informations précises sur ce sujet ne se trouvent pas sous les sabots d'un équidé.
    Mais en tout cas, je sais que c'est un problème (grâce à un luthier, à des conversations avec d'autres altistes, et à mon esprit d'analyse hors du commun*), et que donc, pour qu'acoustiquement parlant, l'alto soit un instrument accompli et épanoui, il faudrait qu'il soit plus gros qu'il n'est, en particulier pour que la corde la plus grave, celle qui le différencie définitivement du violon, la corde de do, ou la corde d'ut ça fait plus chic, sonne pleinement en accord avec les lois d'airain de la physique.
    Oui mais voilà. L'alto a tout de même vocation à être joué, sinon ça sert à rien de se casser la nénette à en fabriquer, or si ça devient trop grand, à moins d'avoir les paluches d'E.T., ça devient comme d'affubler de rangers taille 46 une fillette de 8 ans : c'est ridicule.

    Et déjà qu'en l'état actuel des choses, hein...

    Donc, l'alto offre le délicat problème du compromis : le son, ou la taille ?
    Choisir le son, mais avoir un engin pas possible**, ou choisir la taille, et prendre le risque d'une sonorité rauque et faiblarde ?
    Ho, au violon on n'a pas ces problèmes, la taille est fixée, on sait que c'est comme ça et pas autrement, et en route Simone.

    Mais, vous l'aurez deviné, comme on peut modifier les altos, mais pas les mains des altistes, du moins tant qu'on introduira pas d'Altistes Génétiquement Modifiés dans les orchestres, on a choisi la seconde option.
    Et les luthiers ont fini par peaufiner le truc, pour faire sonner au mieux les instruments (qui ont des tailles variables, du coup, de 39 à 43 cm, en gros), et puis les cordes synthétiques avec filetage en acier, ou en argent, ou en tungstène (authentique), donc plus lourdes, ont aussi arrangé les choses (ha oui je vous l'avais pas dit mais la densité volumique de la corde ou un truc comme ça, en gros le poids de la corde, ça compte aussi dans l'équation fatale).

    Cependant, c'est ce qui donne quand même à l'alto ce son rond, chaud, moins intense que le violon ou le violoncelle (et j'ai envie de dire, moins fatiguant à la longue, mais j'avoue que c'est un avis à peine teinté d'une once de subjectivité légèrement militante). Ou comment une imperfection devient un atout irremplaçable.

    Tenez, je ne résiste pas à vous citer ce passage du célèbre traité d'orchestration de Charles Koechlin du début du siècle (quand je dis «célèbre», hein, c'est «célèbre chez les orchestrateurs», ne vous bilez pas) :

    «Les musiciens qui reprocheraient à l'alto d'avoir un son effacé, de manquer de «brillant», n'y comprennent goutte ! Il n'y a pas dans la musique, il ne doit pas y avoir rien que sonorités puissantes et que grands éclats.
    On est intoxiqué par cette hantise de la force ; ou plutôt, on ne voit de force que dans la violence - ce qui, du point de vue de l'art, est une grosse erreur.
    Pour en revenir à l'Alto, il est capable de puissance, au grave, bien plus qu'on ne croit - surtout de puissance tragique, et en profondeur. Voilé parfois dans le médium, avec un détaché mordant il s'y fera sarcastique, âpre, humoristique, ou batailleur comme dans le prologue de Roméo et Juliette (de Berlioz, je crois, NDDB)
    Les phrases expressives le montrent plus intime que le violoncelle ou que le violon, parfois infiniment doux, et toujours noble ; en nul cas il ne sonne maigre ni mièvre. Je dirais même qu'il ne faut pas que les altistes recherchent avant tout le «joli son», ni le charme voluptueux (d'assez mauvais aloi) de certains glissés remplaçant la liaison. Le violoncelle ténorisant sur la chanterelle (la corde la plus aiguë, NDDB), le violon appuyant avec excès les «ports de voix» d'une note à l'autre : ces moyens-là conviennent moins encore à l'Alto.
    Plus que tous les instruments à cordes, il exige un beau style - il y incite. »

    La prochaine fois, j'essaierai de vous expliquer comment on fait pour essayer désespérément de jouer juste sur un alto (je vends la mèche : on n'y arrive pas).


* Qui a rigolé ?
** Je vous en prie.

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commentaires

Irma 02/03/2017 17:43

J'ai bien hate de lire le prochain article, re: "j'essaierai de vous expliquer comment on fait pour essayer désespérément de jouer juste sur un alto "

LMC 30/06/2016 12:14

Moi je l'ai trouvé très sympa votre article :)

lola 27/12/2013 15:55

jai pa rigolé c nul ton truc

jacques aupetit 14/11/2011 09:19



étant altiste moi même (dire à quelqu'un qu'on  est "altiste" c'est pas mal aussi dans le genre "quoi qu'est ce ?") j'ai découvert une définition au travers de l'étymologiepour l'alto


en effet en italien violino est le "diminutif" de viola et donc : l' alto n'est pas "un gros violon" , mais plutôt : le violon est un petit alto (tout riquiqui !)"


j'aime bien ça remet un peu les choses à leur place


les violonistes n'aiment pas trop cette définition voire pas du tout (ah ouais ça c'est un truc d'altiste frustré !)



Cindy 14/12/2008 21:15

merci Mael!!!normalement c'est bon, il doit être commencer chez un luthier et il est bon pour le 20 janvier si tout se passe bien!!!Je suis trop heureuse!!! je l'attend avec impatience!!!je te donnerai des news quand je le receverai si tu veux!A+kiss à tous

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