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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 17:32

La Cité de la musique est décidément un lieu vraiment formidable. Leur site internet est peut-être très moche, mais n'y prenez pas garde : il cache des pépites.


Non content d'organiser des happenings incroyables et uniques au monde avec des programmations de concerts fabuleux et diversifiés (plus diversifiés tu meurs), la Cité propose des conférences et séminaires pour le grand public autant sur l'histoire du jazz que sur la découverte de clefs d'écoute de la musique classique, ou même seulement sur des œuvres en particulier programmées en concert.

Et même, la Cité propose des tas de cours, en particulier pour adulte, en particulier des cours de percussion, et en particulier des cours de tabla d'Inde du Nord. Et puisque vous avez lu le titre de cet article, a priori, vous avez compris le truc.

Si jamais vous n'aviez pas compris le truc, je vous suggère d'arrêter ici d'emblée votre lecture et d'aller plutôt visiter ce site, par exemple.


Pour ceux qui sont restés, je continue.

Nous voici donc tous en chaussettes, en cercle, professeur compris, sur un joli tapis, avec chacun une paire de tabla devant nous.

Alors pour ceux qui ont rigolé à la lecture de "paire de tablas" et qui voient des paires partout, je suggère d'arrêter d'emblée votre lecture et d'aller plutôt visiter ce site, par exemple.


Pour ceux qui sont restés, je continue.

Le tabla marche donc par paire, un petit tambour, le dayan, qui est capable de faire entendre un son clair qui tinte à une hauteur déterminée (et réglable), et un gros tambour, le bayan, qui résonne de manière plus grave. Selon la manière dont on les frappe, ces tambours font entendre des sons très différents et très subtils, et c'est précisément ce qui fait la richesse incomparable des tablas, percussion privilégiée de la musique classique indienne.

    

Les indiens sont en effet les maîtres absolus du rythme, et cette affirmation offre peu de réfutation possible. Les indiens maravent leur tête à n'importe qui en matière de rythme. Viens-y voir, pour voir, si tu oses.


Or donc, assis en tailleur devant notre paire (ici, certains seront peut-être tentés de rejoindre le site mis en lien ci-dessus), il nous faut d'abord apprendre quelques frappes de base.

Le système indien est imparable : puisqu'il s'agira, par la suite, de savoir improviser, il n'est donc pas question de lire la musique, comme on le fait en occident, comme des gros bêtas d'occidentaux gavés de MacDo et de téléphones portables, boursouflés de consommation et déconnectés de la Nature (oui, je sais, ça n'a strictement rien à voir, mais c'est pour satisfaire au quota de bien-pensance de ce blog).

Pas de rythmes écrits à déchiffrer sur une partition, donc, mais des onomatopées suggestives, appelées "bol", correspondant chacune à un type de frappe sur un des deux tambours, onomatopées réunies ensuite en séquences rythmées à apprendre par cœur à l'oral, en liaison avec les gestes correspondants.

Par exemple, Thun correspond à une frappe de la main droite, à plat, de manière à ce que seulement le haut de la paume frappe le bord du tambour, ce qui le fait ainsi tinter d'une certaine manière.

Ghe-ghe, ce sera une frappe à deux reprises de la main gauche, poignet posé sur le bord du tambour, les majeur et annulaire servant de petits marteaux. Ka-ta, c'est en fait paf-paf (enfin, moi en tout cas je l'aurais appelé paf-paf, si j'avais été indien, mais j'arrive trop tard, apparemment), en frappant avec le plat de la main alternativement d'abord à gauche puis à droite.

C'est un système mnémotechnique tout à fait efficace, de la même manière que le noms des notes aident à retenir une mélodie - quand on connaît le nom des notes, évidemment.


Et nous voici tous, assis sur le tapis, à froncer les sourcils, la tête commençant à surchauffer dangereusement, tous les ventilos de refroidissement tournant à pleine vitesse pour tenter de faire baisser la température augmentant de manière alarmante dans les circuits neuronaux, tous réquisitionnés en urgence, y compris les plus bêtes, même celui qui rigole au mot "paire", tant pis, pas le choix, l'heure est grave, on a besoin de tout le monde sur le pont : en effet, il nous faut à présent apprendre notre première séquence rythmique.

Et tout à l'oral, je rappelle ; deux ou trois d'entre nous, dont moi, avions eu l'extrême mauvais goût de noter sur un bout de papier la séquence en question, mais le prof, intraitable, nous a bien fait comprendre qu'on avait pas intérêt à lire le bout de papier - "sinon, vous serez rien que des gros nuls", nous a-t-il dit, en substance.

Vexés, nous ne jetterons plus le moindre regard sur nos bouts de papier respectifs, mais il faut tout de même lutter contre une tentation difficilement contenue, seulement contrôlable par cette peur incoercible de devenir un gros nullos en puissance.


La séquence, la voici, telle que j'ai réussi quand même à la reconstituer :


Kat - TeteGhegheTeteKataKataGheGheTeTeKataGheGheTeTe KataGheGheTet - Dhin - GheGheTet - Dhin - GhegheTet - Dhin.


Valà.

Et faut la répéter trois fois de suite. Le prof, lui, il le fait à toute vitesse, le salopiaud, autant en disant les onomatopées en comptant sur les doigts, qu'en tapant sur sa paire. Pendant que vous en êtes à même plus savoir quelle est votre main gauche et quelle est votre main droite, quand, mains en l'air, vous sentez bien que là-dedans, les neurones sont en plein débandades, ressentant profondément ce que peut être la sensation de bugguer pour un ordinateur, ou ce qui se passe dans le cerveau de Sarah Palin quand on lui pose une question trop compliquée (comme : "qu'est-ce qui est mignon et qui fait miaou ?"). C'est d'un vexant, mais d'un vexant.


Ha oui, parce qu'en plus, en comptant sur ses doigts, on s'aperçoit d'un truc rigolo (et là, quelques neurones ne tiennent pas le choc et claquent de manière définitive) : la séquence, là, est une séquence de onze temps, qu'en répétant trois fois on fait tenir dans un cycle de deux fois seize temps. À ce stade, on se dit qu'il serait finalement plus simple d'arrêter de s'emmerder et d'aller directement , mais en persévérant deux secondes, on se dit qu'en fait 3x11 ça fait 33, et que 2x16+1 (1 pour le temps d'arrivée) =33, alors on se dit qu'on peut tout de même se raccrocher à quelque chose, tout espoir n'est pas perdu.


Et puis, le prof se met à dire que les onomatopées, il faut essayer de faire de la musique avec, de leur donner une vie, tout de suite, parce qu'on apprend pas le tabla pendant deux ans et hop !, c'est seulement après qu'on fait de la musique, non non non, c'est tout de suite la musique, même dans les choses simples et balbutiantes, il faut que ça ait un sens. Bon, à ce moment-là, je me suis retenu de me précipiter pour lui faire un bisou, il n'aurait sans doute pas compris, mais dites-moi, combien de profs de solfège, combien de profs d'instruments, dans nos conservatoires français, disent quelque chose d'équivalents à leurs élèves, débutants ou non ?


En attendant, j'ai commandé ma paire sur e-bay, autant vous dire que j'attends la bête avec impatience.


Et si, dans le métro parisien, vous croisez un type qui tape sur ses genoux en bougeant les lèvres, avec les sourcils (très) froncés, alors c'est sûrement moi.

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commentaires

magnets 09/04/2014 13:13

During my first tabla is a interesting share about your first experience with tabla and i am sure many users will feel the same with regards to learning this musical instrument. i will be back here again for more.

plp 03/12/2013 16:07

bonjour combien coute un cours de tabla habituellement ?

Djac Baweur 25/05/2010 10:29



Le prof est de l'école de Bénarès - mais le nom du maître m'échappe...



Guillaume 15/04/2010 10:34



Bonjour et bienvenue dans la communauté des fous de tabla!


J'apprends personnellement depuis quelques années auprès de pandit Shankar Ghosh et Prabhu Edouard et donne aujourd'hui des cours à Paris.


Par curiosité, il appartient à quelle école le professeur à la cité de la musique?


De la part d'un hurluberlu qui, lui aussi, tape sur ses genoux dans le métro...



klari 20/10/2008 17:20

faire un p'tit tour côté Rue du Fbg Saint-Denis (entre Gare du Nord et la Chapelle) devrait résoudre ce pb...(ou sinon, demander au prof de Djac, en effet)

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