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3 juillet 2008 4 03 /07 /juillet /2008 10:31

La "déification" d'Ingrid Betancourt - février 2004

María Jimena Duzán - El Tiempo



Comment des milliers de militants ont été liquidés en Colombie - mai 2005


«En mai 1985, dans le cadre de négociations tentant d'apporter une solution au conflit armé dont souffre aujourd'hui encore la Colombie, naissait l'Union patriotique. L'extermination des membres de ce parti d'opposition explique en partie la durée et la cruauté de cette interminable tragédie : un contexte de démocratie formelle camouflant des techniques sophistiquées d'élimination systématique des opposants.»



La Colombie D'Ingrid Bétancourt - Avril 2006


«[...]D'une manière ou d'une autre, cet affrontement complexe implique toute la population. Si les paramilitaires des Autodéfenses unies de Colombie (AUC) et leurs complices des forces de sécurité portent la responsabilité de l'immense majorité des homicides, «disparitions» et actes de torture, les guérillas se voient attribuer la plupart des enlèvements. On estime à environ trois mille (chiffre actuellement en baisse) le nombre des personnes victimes chaque année de ce fléau.


En 2003, les FARC ont été responsables de 30,55 % des enlèvements, l'ELN de 15,5 % et les paramilitaires de 7,86 %, le reste étant le fait de la délinquance commune. Une différence de taille avec le chiffre souvent repris par les médias, et que met en avant la page de publicité d'un chanteur de variétés parue sous le titre « Renaud dans la jungle », annonçant une chanson et le concert de soutien du 23 février 2006, pour la libération d'Ingrid Betancourt « et des trois mille otages de Colombie détenus par les FARC (2) ».

On ne se lancera pas dans une indécente bataille de chiffres laissant à penser que la rétention de huit cents ou neuf cents personnes serait moins condamnable que celle de trois mille. Il n'en demeure pas moins que l'effet d'annonce n'a rien d'innocent, tant les sentiments généreux mobilisés en faveur de Mme Betancourt sont souvent récupérés, par stupidité, ignorance ou complicité, pour le plus grand profit du gouvernement colombien.


De fait, si la captivité de Mme Betancourt émeut, le battage fait autour de son sort agace aussi beaucoup - surtout en Colombie. Non parce que sa famille, ses proches, des amis haut placés - dont M. Dominique de Villepin - ou des bonnes volontés se mobilisent en sa faveur. « On a cherché de tous les côtés, témoigne, très humaine et très digne, à Bogotá, sa mère, Mme Yolanda Pulecio. On a fait pression sur le président, essayé d'être entendus par la guérilla, cherché des appuis aux Etats-Unis, au Mexique, au Venezuela et, bien sûr, surtout en France... » Qui n'en ferait pas autant ?

Mais, pour d'autres, courant de concerts de soutien en plateaux de télévision, une question se pose : déploient-ils autant d'énergie pour les victimes non « franco-colombiennes » de cette tragédie ? Les soixante et un autres « prisonniers politiques » des FARC intéressent beaucoup moins - qu'ils soient ex-gouverneur du Meta (M. Alan Jara), ancien ministre (M. Fernando Araujo), sénateur (M. Luis Eladio Pérez), députés (MM. Consuelo González, Orlando Beltrán et Oscar Liscano), qu'ils soient militaires ou policiers... « Quelle différence entre la douleur d'une mère de soldat et celle de la mère d'un homme ou d'une femme politique ? », interroge Mme Marleny Orjuela, présidente d'Asfamipaz, l'Association des familles de membres de la force publique retenus et libérés par les groupes guérilleros. « Ingrid bénéficie d'un traitement de faveur parce qu'elle a la citoyenneté française et qu'elle appartient à un milieu privilégié, renchérit Mme Edna Margarita Salchali, sœur du sous-lieutenant Elkín Hernández, fait prisonnier au combat, le 14 octobre 1998. On se dit qu'il y a des séquestrés de première et de deuxième classes. Nous, on nous a oubliés. »


Et surtout... Pourquoi ce silence face aux exactions des paramilitaires et de l'armée ? L'Association des familles de détenus-disparus (Asfaddes) recense près de sept mille cas documentés de personnes enlevées depuis 1997 par les escadrons de la mort, et dont les corps n'ont jamais été retrouvés. Qui placarde leurs portraits sur le fronton des mairies ? Pourquoi ne pas mener campagne, aussi, et en même temps, pour dénoncer une politique de criminalisation de la contestation sociale qui jette des centaines de Colombiens, dirigeants ou militants syndicaux et associatifs, dans les geôles de l'Etat ?[...]»




Un chef des FARC parle - août 2007


«[...]Le président Uribe croit pouvoir gagner une guerre qui dure depuis soixante ans sans discuter avec personne. Depuis son arrivée au pouvoir en 2002 (il a été réélu pour un nouveau mandat de quatre ans en mai 2006), il refuse catégoriquement le fameux « échange humanitaire ». On ne négocie pas avec des « terroristes ». Mais, depuis quelque temps, M. Uribe se trouve dans une situation délicate, embourbé dans le scandale dit de la « parapolitique ». La justice colombienne examine plus de cent cas de collusion présumée entre les paramilitaires des Autodéfenses unies de Colombie (AUC) et des représentants de l'Etat. Elle met au jour les fraudes organisées par les uns et les autres lors des élections qui ont porté M. Uribe au pouvoir.

La crise a déjà fait chuter la ministre des affaires étrangères María Consuelo Araújo, dont le frère et le père ont été inculpés. Deux gouverneurs (des départements du Cesar et du Magdalena), quatorze députés et sénateurs - tous « uribistes » - sont sous les verrous, cinq autres font l'objet d'un mandat d'arrêt. L'ancien directeur du département administratif de sécurité (DAS, police politique), M. Jorge Noguera, chef de la campagne du candidat Uribe dans le département du Magdalena, a été incarcéré. Le directeur de la police nationale, le général Jorge Daniel Castro - celui-là même qui, à Cúcuta, demandait à M. Granda [M. Rodrigo Granda, considéré comme le « ministre des affaires étrangères » des FARC, que ses services secrets avaient enlevé clandestinement deux ans et demi plus tôt à Caracas] de « mouiller » le président Chávez -, et celui du service de renseignement de la police ont dû démissionner en raison d'un autre scandale lié à des écoutes téléphoniques illégales...


Dans ce contexte, début mai 2007, après un appel téléphonique du nouveau président français Nicolas Sarkozy, une information fait sensation à Bogotá : M. Uribe annonce la prochaine libération « unilatérale » de dizaines de rebelles, et demande aux FARC de répondre à ce « geste de bonne volonté » en procédant à la libération de ses otages. « Le haut-commissaire à la paix Luis Carlos Restrepo vient me voir dans ma cellule, raconte M. Granda, et me propose de me placer à la tête de cette opération de "réintégration-démobilisation", avec comme unique condition d'abandonner les FARC. » Refus. Deux jours plus tard, le haut-commissaire revient à la charge. « Il m'explique à cette occasion qu'il n'a pas l'intention de négocier avec moi, et que ma libération a été décidée "pour raison d'Etat", parce que... le président français Nicolas Sarkozy l'a demandée. Et que, si je fais des problèmes, il utilisera son pouvoir pour me sortir de force de ma cellule et m'expulser de la prison ! »


Libéré contre son gré... « Mais que fait Sarkozy dans cette histoire ? », s'interroge M. Granda interloqué. Il avoue n'en avoir aucune idée. Certes, la cause de Mme Betancourt, Franco-Colombienne prisonnière des FARC depuis le 23 février 2002, est extrêmement populaire en France. A quelques jours d'élections législatives dont il espérait une majorité écrasante à l'Assemblée nationale, M. Sarkozy a-t-il voulu « faire un coup » en multipliant les contacts avec son homologue colombien ? Ou bien - en connaissance de cause, ou à son corps défendant - a-t-il participé, en lien avec des intérêts obscurs, à une opération beaucoup plus « tordue » ?


Sur la question des prisonniers, les FARC exigent une zone démilitarisée de huit cents kilomètres carrés dans les municipios de Florida et Pradera (département du Valle del Cauca), pour négocier, face à face et en direct avec le pouvoir, et procéder, en cas d'accord, au fameux échange humanitaire. Avec un objectif politique : être reconnues, de facto, comme forces belligérantes insurgées et sortir du statut de « terroristes » dans lequel Washington et Bogotá les ont enfermées.[…]


En plus du plaisir de se retrouver en liberté, il [M. Rodrigo Granda] en tire une autre satisfaction. « J'ai du mal à croire que le président Sarkozy ait demandé la libération d'un "terroriste". Quant à Uribe, avec le décret qu'il a signé pour me relâcher, il reconnaît le caractère politique des FARC. »

Dans un grand fracas médiatique, le gouvernement colombien libère cent soixante-dix supposés guérilleros - dont d'obscurs personnages, commandants de troupes inexistantes, et pas mal de délinquants de droit commun. Dans le même temps, jouant sur tous les tableaux - un supposé geste de paix, un authentique acte de guerre -, M. Uribe confirme l'ordre donné dès octobre 2006 : procéder au sauvetage militaire de Mme Betancourt et des otages de la guérilla en utilisant « tous les moyens possibles ». Depuis toujours, les familles des séquestrés - dont celle de Mme Betancourt - s'opposent à une si dangereuse option. En mai 2003, un « sauvetage » de ce type ne s'est-il pas terminé par la mort d'un gouverneur, d'un ex-ministre et de sept militaires ?


La suite des événements va d'ailleurs confirmer qu'en Colombie tout est possible : le pire comme... le pire. Le 23 juin dernier, dans un bref communiqué, le bloc occidental des FARC annonce que, le 18 juin, onze des douze députés de l'assemblée départementale du Valle del Cauca, enlevés par la guérilla le 11 avril 2002 à Cali, ont été tués « dans des tirs croisés (...) quand un groupe militaire jusqu'à présent non identifié a attaqué le campement où ils se trouvaient ». Niant tout combat dans cette zone le 18 juin, M. Uribe s'emporte : « Il n'y a pas eu d'opération de sauvetage. Ils ont été froidement assassinés. » Absurde. Les prisonniers constituent une carte majeure des FARC dans leur bras de fer avec le pouvoir. Où se trouverait leur intérêt de s'en débarrasser ainsi ?[...]


« Les FARC assument leur part de responsabilité, précise gravement M. Granda. On ne peut pas nier que nous n'avons pas été capables de sauvegarder la vie des otages jusqu'à l'échange humanitaire. » Mais encore ? On prête à la guérilla la pratique d'exécuter ses prisonniers plutôt que de les voir libérés par l'armée. M. Granda ne confirme ni n'infirme. « Je n'appartiens pas à la structure de commandement des FARC, j'ignore si un tel ordre existe. » Dans une telle hypothèse, il s'agirait d'un crime de guerre. Néanmoins, et si elle est plausible, cette possibilité ne peut être la seule retenue. Car les circonstances du drame du 18 juin demeurent mystérieuses. Jusqu'à présent, nul ne connaît même l'endroit où il a eu lieu. Curieusement, l'armée colombienne reste silencieuse. Les FARC se taisent également. « On est toujours en train d'enquêter. Nous voulons donner au monde l'explication la plus précise possible et éviter les spéculations », nous dit M. Granda.


Selon les experts, les paramilitaires ne seraient pas impliqués : ils n'auraient pas la capacité de monter une telle opération. Et l'armée colombienne semble hors de cause. D'ailleurs, dans un second communiqué, le bloc occidental des FARC a évoqué des « commandos étrangers ». Une thèse paraît se dessiner, à prendre elle aussi avec précaution : l'attaque aurait été menée par un commando de « forces spéciales » composé de spécialistes étrangers - dont la (ou les) nationalité(s) reste(nt) à définir. Mais certains ont quelques idées (6)...[(6) En mars 2007, l'ambassade des Etats-Unis à Bogotá a confirmé que des soldats américains ont participé à une opération militaire conjointe dans le sud de la Colombie, où les FARC détiennent trois sous-traitants américains du Pentagone, capturés en 2004 lorsque leur avion de surveillance s'est écrasé.]

Ainsi, depuis Genève, Mme Louise Harbour, haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, exige, outre la « libération immédiate de tous les otages », une investigation « complète et impartiale » sur la tragédie du 18 juin. Bogotá refuse toute commission d'enquête indépendante. Quant à M. Granda, il souligne : « Les FARC ont proposé de remettre les corps à une commission internationale dont ne ferait pas partie le gouvernement colombien, pour empêcher toute manipulation. Or les attaques des militaires se poursuivent dans la région en question, et les compañeros m'ont fait savoir qu'aussi bien les militaires que d'autres forces ont intérêt à faire disparaître les corps. Pour effacer les traces. »

« Intox » ou vérité ?»



Libérations en Colombie - janvier 2008

«[...]C'est à la demande de la sénatrice colombienne Piedad Cordoba et des familles des prisonniers (policiers et militaires) et otages (civils) que le président Chávez s'est engagé dans cette médiation. Depuis l'incontestable succès du chef d'Etat vénézuélien, qui irrite Bogotá, Washington et d'innombrables éditorialistes acquis à leurs thèses, le gouvernement colombien a annoncé qu'il tenait pour closes les tentatives de médiation internationale.

Les familles des prisonniers et otages, de même que les représentants de certains pays - dont le président français Nicolas Sarkozy -, souhaitent au contraire que ces médiations se poursuivent. Et, comme l'a fait Mme Consuelo González au moment de sa libération, demandent au président Chávez « de ne pas baisser les bras ».

Ces libérations, et l'espoir de futures remises en liberté, ne doivent pas faire oublier le sort tragique, totalement occulté, des Colombiens victimes d'un terrorisme d'Etat dont le président Alvaro Uribe est l'un des acteurs principaux.

Ainsi, le 23 décembre 2007, dans la communauté de paix de San José Apartadó, Maria Margarita Giraldo Usuga, après avoir été torturée, a été assassinée par l'armée. Dans cette même communauté, Alfonso de Jesus Bedoya Florez a subi un sort similaire le 31 août ; de même que, le 13 juillet, Dairo Torres, victime de paramilitaires. En février 2005, ce sont cinquante soldats de la XVIIe Brigade, agissant avec des paramilitaires, qui y ont massacré sept paysans parmi lesquels trois enfants (dont deux furent décapités).»

Le Monde Diplomatique.

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commentaires

Djac Baweur 18/08/2008 18:55

>Morloch : heu, oui, et alors ?

Morloch 15/08/2008 13:14

Ah oui, bon, je ne suis pas non plus le biographe officiel des chefs des mafias sud-américaines.Il fallait donc lire : faits commis avant son arrestation un peu borderline par l'armée colombienne puis sa libération à la demande pittoresque de Sarko, faits commis non pas en Amérique centrale mais au Paraguay.[url]http://www.interpol.int/public/Data/Wanted/Notices/Data/2004/69/2004_1969.asp[/url]

Morloch 15/08/2008 12:52

Je ne voudrais pas ternir votre enthousiasme pour les analyses édifiantes du Monde diplo sur le conflit colombien, mais je voudrais juste signaler, à titre purement informatif, que Rodrigo Granda est l'objet d'un mandat d'arrêt international pour des enlèvements, tortures et meutres réalisés en Amérique centrale après sa libération à la demande de la France.

Djac Baweur 23/07/2008 18:43

>Marcovaldo : ?????
Haaaaa, il y a erreur, faux numéro, et tout ça, parce que je vois pas du tout qui c'est Walter, et j'ai quasiment jamais mis les pieds sur le forum Vos blogs, alors...
Enfin, merci quand même pour le blog ! ;o)

Marcovaldo 21/07/2008 16:54

Salut, l'ex Walter ! :0059:Content de te retrouver, tu as disparu du forum Vos blogs, j'attendais ton retour sans succès...Bonne continuation, ton blog est vraiment sympa.

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