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16 avril 2008 3 16 /04 /avril /2008 13:39

Dormez tranquilles, citoyens.

La Technologie, le Progrès et le Capitalisme, la Raison triomphante en somme, veillent sur vous et vous assurent un avenir radieux.

Youpi.


Il est frappant de constater que quand une poignée de faucheurs saccagent un champ de plants OGM, nombreux sont ceux qui crient au scandale et dénoncent un «lobby» anti-OGM puissant.

Ce qui est frappant, c'est cette manière de détourner les mots pour les vider de leur substance et les retourner contre l'adversaire, à savoir de ne pas dire «militants», mais : «lobby». Un lobby, c'est un «groupement, organisation ou association défendant des intérêts financiers, politiques ou professionnels, en exerçant des pressions sur les milieux parlementaires ou des milieux influents, notamment les organes de presse.»

Or les faucheurs d'OGM ne défendent pas un intérêt en soi, mais cherchent plutôt à dénoncer et à avertir d'une réalité dont on aurait aucun écho sinon, dans l'esprit des lanceurs d'alerteécouter ici également).

À la rigueur, l'intérêt, si intérêt il y a, serait plutôt l'intérêt de l'Humanité.


Si vous voulez voir un lobby, un vrai, avec des intérêts, des vrais, allez donc plutôt voir du côté de Monsanto.


Quand le gouverneur d'un état américain a voulu lancer un référendum pour interroger ses concitoyens sur l'opportunité d'étiqueter les produits alimentaires contenant des OGM, les sondages montraient une forte majorité en accord avec cette proposition, tant il est vrai que les opinions publiques en général sont contre les OGM dans l'alimentation. Alors, Monsanto, qui sait pertinemment qu'un étiquetage des OGM serait un manque à gagner énorme, voire la ruine des OGM alimentaires à court terme, a organisé une campagne «citoyenne», visant à appuyer l'argument selon lequel un étiquetage spécifique provoquerait l'augmentation du coût des produits. Résultat : le référendum a finalement validé l'avis de non-étiquetage des produits.

Voilà véritablement ce qu'est un lobby.


D'anciens chercheurs ou cadres de Monsanto siègent dans des comités scientifiques officiels, en commençant par la Food and Drug Administration américaine (lire ici) - ce qui explique de nombreuses autorisations de mise sur le marché sans tenir compte d'inquiétudes réelles mises à jour dans des études mystérieusement passées sous silence.

Les politiques sont sous pression : récemment, un sénateur français qui a voulu, après avoir décortiqué les dossiers, affirmer haut et fort qu'il ne fallait pas autoriser les OGM alimentaires, et ce, pourtant, dans la ligne directe du fameux Grenelle de l'environnement, est maintenant ostracisé par nombre de ses collègues qui ne lui serrent plus la main et l'évitent dans les couloirs.

Bien sûr, c'est invisible ; cela ne passe pas au journal de 20 heures, comme les faucheurs d'OGM. Mais qui, au fond, fait le plus de dégâts ? Et dans quel camp se situe l'éthique ?


Car il ne faut pas s'y tromper : les OGM étudiés à des fins scientifiques et médicales sont une minorité infime (et encore balbutiante) comparés, en proportion, aux OGM développés à des fins agricoles et productivistes.

Et, si on met de côté les discours scientistes qui voudraient absolument présenter toute critique et inquiétude comme réactionnaire et rétrograde, ainsi que la propagande propre à Monsanto et affiliés (qui est d'ailleurs, justement, en grande partie à l'origine des discours scientistes), il ne reste que des études qui montrent que toutes les précautions sont de mise avec les OGM agricoles, tant parce qu'ils risquent, cultivés en plein champ, de bouleverser l'écosystème, que parce qu'ils présentent d'inquiétants problèmes pour la santé humaine une fois ingérés.


Les précautions devraient être immédiates et draconiennes, ne serait-ce que parce que personne ne maîtrise réellement quoi que ce soit en matière d'OGM. Sur le papier et en laboratoire, on sait ajouter un transgène, c'est bien ; mais en plein champ, et sur la durée, personne ne sait ce que ça donne au bout du compte.

Témoin l'exemple du «riz doré». Censé donner un image de respectabilité humaniste à Monsanto, ce riz génétiquement modifié devait être capable de produire du bêta-carotène, ou vitamine A (ce qui le rend orangé, d'où son surnom) ; or, comme le riz est facile à cultiver, il aurait été un excellent pourvoyeur de bêta-carotène à des populations mal-nourries et présentant notamment des déficiences en bêta-carotène. Le seul problème, c'est qu'une fois cultivé en situation réelle, le bêta-carotène produit dans ce riz s'est mis à n'être réduit qu'à des proportions insignifiantes.

Du coton OGM cultivé en Inde s'est révélé finalement totalement improductif, ce qui a mené récemment à une vague de suicide chez les paysans qui avaient tout perdu.

De la même manière, nombreux sont les exemples d'études indépendantes montrant que les transgènes peuvent se mêler à la flore intestinale (pour quel résultat sur la santé à long terme ?), que des disfonctionnements pouvaient intervenir chez des rats nourris à certains OGM, etc...

On sait également que des races de papillons ont d'ores-et déjà disparues, que les abeilles souffrent de culture OGM, pour au moins une raison simple : les OGM agricoles produits en immense majorité sont des plants destinés à soit produire eux-mêmes des pesticides, soit à mieux résister aux herbicides (comme le Roundup produit par... Monsanto).


Ce qui est ahurissant, au bout du compte, c'est de mettre côte à côte deux considérations :

- La première, c'est le fait qu'on sait cultiver à des rendements tout à fait honorables en se passant (ou en utilisant a minima) des pesticides, des herbicides, ou de tout autre technique artificielle et chimique.

(Pour donner un exemple simple que nous ont expliqué des vignerons indépendants du Jura rencontrés ce week-end, il suffirait d'organiser des rotations de culture, en alternant maïs/blé/orge etc... sur un même champ, comme autrefois, pour que l'utilisation de pesticide soit très réduit. En effet, actuellement, un même champ est cultivé année après année avec la même espèce - que du maïs par exemple, le résultat étant que les parasites spécifiques de l'espèce peuvent développer année après année des résistances aux produits, ce qui oblige à employer, petit à petit, des produits de plus en plus forts en dose de plus en plus fortes, donc de plus en plus nocifs - on a alors beau jeu de présenter les OGM agricoles comme une belle alternative. Car en alternant les cultures, une même espèce ne revenant par exemple que tous les quatre ans, les parasites spécifiques n'ont pas le temps de développer des résistances.)


- La seconde considération, c'est de constater le cynisme sans borne d'une firme comme Monsanto, qui, par soucis de profits, ne tient aucun compte de l'impact possible ou avéré des ses productions, ainsi que de constater les portes grandes ouvertes que le système capitaliste libéral offre à de tels agissements, à commencer, en France, par le parlement (censé être les représentants du peuple, peuple pourtant majoritairement opposé à l'utilisation des OGM alimentaires), main dans la main avec la FNSEA, quitte à renier sans vergogne les beaux engagement du «Grenelle de l'environnement», qui s'avère avoir été somme toute une bonne plaisanterie.


D'un côté, des moyens simples, faisables, humains.

De l'autre, une puissance financière vorace, quel qu'en soit le coût humain, et des instances politiques et syndicales qui, tout en chantant officiellement les louanges de la recherche scientifique et du progrès pour se donner une belle figure de respectabilité raisonnable, n'ont qu'une hâte : rendre l'agriculture encore plus productive qu'elle ne l'est déjà.


Il faudra pourtant bien, un jour, se rappeler et tenir compte de l'appel de Paris, et de son sévère avertissement, co-signé, en particulier, par tous les conseils nationaux de l'ordre des médecins des États membres de l'Union européenne :


Article 1 :

Le développement de nombreuses maladies actuelles est consécutif à la dégradation de l'environnement .

Article 2 :

La pollution chimique constitue une menace grave pour l'enfant et pour la survie de l'Homme.

Article 3 :

Notre santé, celle de nos enfants et celle des générations futures étant en péril, c'est l'espèce humaine qui est elle-même en danger.




À lire :


Le monde selon Monsanto, à acquérir absolument pour se rendre compte de ce que sont Monsanto et l'enjeu des OGM alimentaires actuels.


La catastrophe exemplaire des cultures OGM en Argentine


La désinvolture des évaluations scientifiques officielles des OGM alimentaires


Sur le risque de contamination des OGM dans l'écosystème

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commentaires

Djac Baweur 24/04/2008 13:21

>Ama-L : ha ben voilà, tout d'accord, rien à ajouter... :o)
(occasion de saluer à nouveau les lanceurs d'alerte)

Ama-L 23/04/2008 16:27

@Hugo, désolée de n'avoir pas saisi le second degré... je démarre vite au premier ;-)Sur le fond, j'entends bien les arguments (dès lors que nous sommes bien d'accord qu'entre un plasticage et un fauchage, il y a une différence de nature : le premier peut faire des morts, le second, non, ça change quand même un peu tout). Le seul souci, c'est que la liberté d'expression est certes un bel acquis, qui n'en reste pas moins relatif. Bien sûr, "c'est pire ailleurs", mais ce n'est pas une raison : à la lettre de la déclaration des droits de l'homme, tous les points de vue se valent ; sur le terrain, certains ont plus de relais que d'autres.La question de Djac est une bonne question : sans les fauchages, où en serait l'information sur les OGM ?Les actions spectaculaires relayées par les médias sont un moyen, parmi d'autres, de rétablir (un peu) la balance dans un rapport de forces singulièrement inégal.Plus globalement, on retombe sur la nuance entre légalité et légitimité. Tout ce qui est légal n'est pas forcément légitime, et inversement.Par exemple, héberger aujourd'hui une personne sans papiers, c'est illégal. La dénoncer à la police, c'est légal. Dans ce cas précis, il ne fait pour moi aucun doute que la légitimité morale va précisément à l'inverse de la légalité. Pour en revenir aux OGM, il me semble bien que le cadre juridique va dans le sens des intérêts économiques de Monsanto et consorts (et pour l'avoir pensé, la pauvre Kosciuko-Morizet s'est pris des coups de règle sur le bout des doigts) et à rebours de l'intérêt social, qui voudrait que les recherches soient menées en milieu clos...Alors certes, tous les moyens ne sont pas bons et ne se valent pas. Mais la désobéissance civile, ça peut aussi être de la salubrité publique, d'autant plus quand on se coltine un chef d'Etat prêt à s'asseoir sur ses vagues promesses de moratoire, histoire de bien prouver à ses électeurs qu'il les prendra jusqu'au bout pour pour des cons...

Djac Baweur 22/04/2008 21:02

Et ta tronche, elle est génétiquement modifiée ?
:o)

Hugo 22/04/2008 16:36

Quant au bouton, je sais pas du tout mais alors du tout ce qu'il fout
là et comment tu t'es débrouillé pour accomplir cet exploit.Je le savais, nous avons affaire à un BGM (Blog Génétiquement Modifié). 

Djac Baweur 22/04/2008 15:23

>Axi : toi, attention, hein, me cherche pas, ça va très mal se passer, je te préviens, tu es sur une pente sablonneuse, tu es en train de mal tourner, fais gaffe de ne pas t'engager sur la pente fatale, attention, c'est de la graine de voyou, ça !

>Hugo : tu es magnifiquement républicain et démocrate ! Et je comprends tout à fait ton point de vue, et ton point de vue est éminemment respectable et honnête.
Maintenant, je crains que la réalité, pragmatiquement, ne soit pas à la hauteur de ton idéal républicain, mais alors pas du tout. À quoi bon défiler avec des pancartes contre les OGM à deux ou trois si de toute façon, les cénacles de la république sont verrouillés et acquis aux causes de grandes puissances financières comme Monsanto ?
Si les représentants du peuple ne respecte pas l'idéal républicain, comment tu fais ?
Alors pour les corses, je m'en bat un peu le coquillard, mais quand il s'agit de la santé de l'Homme et l'avenir de la Terre, là j'ai tendance à être moins sourcilleux du respect des lois démocratiques - pas que je ne les respecte pas moi-même, mais je comprends ceux qui ne le font pas en tant que résistance civique.
Donc voilà : dans un monde parfait où l'état et le parlement se comporterait avec probité et indépendance, on pourrait discuter d'égal à égal et exprimer son opinion avec calme, en sachant que cette parole est prise en compte. C'est tellement pas le cas dans la réalité que, bon...

Le danger étant, c'est vrai, d'aller trop loin, de se croire tout permis, car il ne s'agit pas de finir par ressembler à ceux qu'on combat, et de garder une légitimité. Bref, c'est bien difficile tout ça...


Quant aux altos, je peux assurer que vous pouvez avoir confiance, une étude menée par moi montre de manière irréfutable que l'alto est bon pour la santé, c'est plein de vitamines B1, B2, G3, K8, et V65, ça ralentit la pousse des poils, ça raffermit les tissus et prend soin de vos cellules, ça fait ronronner les chats et améliore la paix dans le monde, valà.

Quant au bouton, je sais pas du tout mais alors du tout ce qu'il fout là et comment tu t'es débrouillé pour accomplir cet exploit.
:o)

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