Dormez tranquilles, citoyens.
La Technologie, le Progrès et le Capitalisme, la Raison triomphante en somme, veillent sur vous et vous assurent un avenir radieux.
Youpi.
Il est frappant de constater que quand une poignée de faucheurs saccagent un champ de plants OGM, nombreux sont ceux qui crient au scandale et dénoncent un «lobby» anti-OGM puissant.
Ce qui est frappant, c'est cette manière de détourner les mots pour les vider de leur substance et les retourner contre l'adversaire, à savoir de ne pas dire «militants», mais : «lobby». Un lobby, c'est un «groupement, organisation ou association défendant des intérêts financiers, politiques ou professionnels, en exerçant des pressions sur les milieux parlementaires ou des milieux influents, notamment les organes de presse.»
Or les faucheurs d'OGM ne défendent pas un intérêt en soi, mais cherchent plutôt à dénoncer et à avertir d'une réalité dont on aurait aucun écho sinon, dans l'esprit des lanceurs d'alerte (à écouter ici également).
À la rigueur, l'intérêt, si intérêt il y a, serait plutôt l'intérêt de l'Humanité.
Si vous voulez voir un lobby, un vrai, avec des intérêts, des vrais, allez donc plutôt voir du côté de Monsanto.
Quand le gouverneur d'un état américain a voulu lancer un référendum pour interroger ses concitoyens sur l'opportunité d'étiqueter les produits alimentaires contenant des OGM, les sondages montraient une forte majorité en accord avec cette proposition, tant il est vrai que les opinions publiques en général sont contre les OGM dans l'alimentation. Alors, Monsanto, qui sait pertinemment qu'un étiquetage des OGM serait un manque à gagner énorme, voire la ruine des OGM alimentaires à court terme, a organisé une campagne «citoyenne», visant à appuyer l'argument selon lequel un étiquetage spécifique provoquerait l'augmentation du coût des produits. Résultat : le référendum a finalement validé l'avis de non-étiquetage des produits.
Voilà véritablement ce qu'est un lobby.
D'anciens chercheurs ou cadres de Monsanto siègent dans des comités scientifiques officiels, en commençant par la Food and Drug Administration américaine (lire ici) - ce qui explique de nombreuses autorisations de mise sur le marché sans tenir compte d'inquiétudes réelles mises à jour dans des études mystérieusement passées sous silence.
Les politiques sont sous pression : récemment, un sénateur français qui a voulu, après avoir décortiqué les dossiers, affirmer haut et fort qu'il ne fallait pas autoriser les OGM alimentaires, et ce, pourtant, dans la ligne directe du fameux Grenelle de l'environnement, est maintenant ostracisé par nombre de ses collègues qui ne lui serrent plus la main et l'évitent dans les couloirs.
Bien sûr, c'est invisible ; cela ne passe pas au journal de 20 heures, comme les faucheurs d'OGM. Mais qui, au fond, fait le plus de dégâts ? Et dans quel camp se situe l'éthique ?
Car il ne faut pas s'y tromper : les OGM étudiés à des fins scientifiques et médicales sont une minorité infime (et encore balbutiante) comparés, en proportion, aux OGM développés à des fins agricoles et productivistes.
Et, si on met de côté les discours scientistes qui voudraient absolument présenter toute critique et inquiétude comme réactionnaire et rétrograde, ainsi que la propagande propre à Monsanto et affiliés (qui est d'ailleurs, justement, en grande partie à l'origine des discours scientistes), il ne reste que des études qui montrent que toutes les précautions sont de mise avec les OGM agricoles, tant parce qu'ils risquent, cultivés en plein champ, de bouleverser l'écosystème, que parce qu'ils présentent d'inquiétants problèmes pour la santé humaine une fois ingérés.
Les précautions devraient être immédiates et draconiennes, ne serait-ce que parce que personne ne maîtrise réellement quoi que ce soit en matière d'OGM. Sur le papier et en laboratoire, on sait ajouter un transgène, c'est bien ; mais en plein champ, et sur la durée, personne ne sait ce que ça donne au bout du compte.
Témoin l'exemple du «riz doré». Censé donner un image de respectabilité humaniste à Monsanto, ce riz génétiquement modifié devait être capable de produire du bêta-carotène, ou vitamine A (ce qui le rend orangé, d'où son surnom) ; or, comme le riz est facile à cultiver, il aurait été un excellent pourvoyeur de bêta-carotène à des populations mal-nourries et présentant notamment des déficiences en bêta-carotène. Le seul problème, c'est qu'une fois cultivé en situation réelle, le bêta-carotène produit dans ce riz s'est mis à n'être réduit qu'à des proportions insignifiantes.
Du coton OGM cultivé en Inde s'est révélé finalement totalement improductif, ce qui a mené récemment à une vague de suicide chez les paysans qui avaient tout perdu.
De la même manière, nombreux sont les exemples d'études indépendantes montrant que les transgènes peuvent se mêler à la flore intestinale (pour quel résultat sur la santé à long terme ?), que des disfonctionnements pouvaient intervenir chez des rats nourris à certains OGM, etc...
On sait également que des races de papillons ont d'ores-et déjà disparues, que les abeilles souffrent de culture OGM, pour au moins une raison simple : les OGM agricoles produits en immense majorité sont des plants destinés à soit produire eux-mêmes des pesticides, soit à mieux résister aux herbicides (comme le Roundup produit par... Monsanto).
Ce qui est ahurissant, au bout du compte, c'est de mettre côte à côte deux considérations :
- La première, c'est le fait qu'on sait cultiver à des rendements tout à fait honorables en se passant (ou en utilisant a minima) des pesticides, des herbicides, ou de tout autre technique artificielle et chimique.
(Pour donner un exemple simple que nous ont expliqué des vignerons indépendants du Jura rencontrés ce week-end, il suffirait d'organiser des rotations de culture, en alternant maïs/blé/orge etc... sur un même champ, comme autrefois, pour que l'utilisation de pesticide soit très réduit. En effet, actuellement, un même champ est cultivé année après année avec la même espèce - que du maïs par exemple, le résultat étant que les parasites spécifiques de l'espèce peuvent développer année après année des résistances aux produits, ce qui oblige à employer, petit à petit, des produits de plus en plus forts en dose de plus en plus fortes, donc de plus en plus nocifs - on a alors beau jeu de présenter les OGM agricoles comme une belle alternative. Car en alternant les cultures, une même espèce ne revenant par exemple que tous les quatre ans, les parasites spécifiques n'ont pas le temps de développer des résistances.)
- La seconde considération, c'est de constater le cynisme sans borne d'une firme comme Monsanto, qui, par soucis de profits, ne tient aucun compte de l'impact possible ou avéré des ses productions, ainsi que de constater les portes grandes ouvertes que le système capitaliste libéral offre à de tels agissements, à commencer, en France, par le parlement (censé être les représentants du peuple, peuple pourtant majoritairement opposé à l'utilisation des OGM alimentaires), main dans la main avec la FNSEA, quitte à renier sans vergogne les beaux engagement du «Grenelle de l'environnement», qui s'avère avoir été somme toute une bonne plaisanterie.
D'un côté, des moyens simples, faisables, humains.
De l'autre, une puissance financière vorace, quel qu'en soit le coût humain, et des instances politiques et syndicales qui, tout en chantant officiellement les louanges de la recherche scientifique et du progrès pour se donner une belle figure de respectabilité raisonnable, n'ont qu'une hâte : rendre l'agriculture encore plus productive qu'elle ne l'est déjà.
Il faudra pourtant bien, un jour, se rappeler et tenir compte de l'appel de Paris, et de son sévère avertissement, co-signé, en particulier, par tous les conseils nationaux de l'ordre des médecins des États membres de l'Union européenne :
Article 1 :
Le développement de nombreuses maladies actuelles est consécutif à la dégradation de l'environnement .
Article 2 :
La pollution chimique constitue une menace grave pour l'enfant et pour la survie de l'Homme.
Article 3 :
Notre santé, celle de nos enfants et celle des générations futures étant en péril, c'est l'espèce humaine qui est elle-même en danger.
À lire :
Le monde selon Monsanto, à acquérir absolument pour se rendre compte de ce que sont Monsanto et l'enjeu des OGM alimentaires actuels.
La catastrophe exemplaire des cultures OGM en Argentine
La désinvolture des évaluations scientifiques officielles des OGM alimentaires
Sur le risque de contamination des OGM dans l'écosystème
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