Le hautbois a sa famille : le plus célèbre dans le cheptel hautboïstique, c'est le cor anglais, ou taille de hautbois, qui est en fait un hautbois alto en fa (arrrrgh).
Ne faites pas cette mine désolée.
Remettez-vous.
Un petit verre de cognac, et ça va passer.
Il existait également des hautbois ténor et baryton, mais ils ne se rencontrent plus guère que dans les musées, et je n'ai pas connaissance qu'ils soient vraiment utilisés couramment dans le
répertoire moderne.
Notons tout de même une utilisation remarquable : figurez-vous que dans le Boléro(1), c'est un hautbois d'amour (hautbois en la, un peu plus grand qu'un hautbois tout court) qui joue en solo, après la petite clarinette, ou le sax soprano, je sais plus, et non un hautbois.
Voilà. Je sens que ça vous fait une belle jambe. Non, mais pensez-y, tout à l'heure, quand vous sortirez dans la rue : toisez la populace que vous croiserez, et pensez que tous ces ignorants ne savent même pas (les imbéciles) que c'est un hautbois d'amour qui joue dans le Boléro, bombez le torse, et entrez dans votre Monoprix la tête haute. C'est beau, le Savoir.
Voici donc la famille du hautbois, ici baroque (suite de William Croft) :
Et le cor anglais, y'a pas plus romantique, dans le genre pré-raphaëlite, jeune femme à la beauté mystérieuse et dépressive qui se languit dans un château, mystérieux et dépressif, lui aussi (ne
pas oublier un lac mortifère pas loin). Vous me direz, celui qui joue ci-dessous n'a rien d'une jeune femme pré-raphaëlite, et je dirais que c'est pas faux, mais que vous pourriez avoir un brin
d'imagination, tout de même (une romance de Siegrist (?), par Giuliano Giuliani au cor anglais, A.Mancinati au piano) :
- Le Basson
Le basson pourrait presque être vu comme une basse de hautbois, puisque assez similaire dans son fonctionnement (perce conique - c'est-à-dire que l'intérieur du tube est conique, contrairement à celui de la clarinette qui est cylindrique -, et anche double - c'est-à-dire que l'anche est constituée de deux lames de roseau qui vibrent, contrairement à celle de la clarinette qui n'a qu'une seule lame vibrant sur un bec), cependant hautbois et basson sont bien de famille distincte, pour des raisons subtiles que seuls quelques vieux sages ermites vivant reclus dans les collines de la Cappadoce doivent connaitre, en se révélant le secret de bouche de druide à oreille de druide.
à gauche, le basson, à droite, le
contrebasson
Le basson a un frèrot qui en général fait fureur et fascine tout le monde, le célèbre contrebasson, qui joue plus grave d'une octave que le basson, sorte d'indescriptible tuyauterie géante à faire des prouts. Le contrebasson, il faut le voir et l'entendre pour le croire. Il faut bien vous représenter que quelques personnes en France sont effectivement payées pour jouer du contrebasson. C'est-à-dire pour jouer pendant cinq minutes dans une symphonie qui en dure quarante. Et, donc, faire des prouts pendant cinq minutes. Il y a des destins, comme ça.
Une suite de Bach pour violoncelle jouée au contrebasson, ça vous a quand même une sacrée gueule (Menuet de la première suite) :
Mais ne pensez pas que le contrebasson soit voué à n'être que lourd et pesant ; l'ingéniosité humaine est sans limite :
La clarinette a une famille rigolote, et fort nombreuse (sans doute pour percevoir les allocs). Quand on dit la clarinette tout court, en fait on sous-entend la clarinette en sib, qui comme son nom l'indique et comme vous l'avez appris récemment, est donc un instrument transpositeur. Il y a une clarinette dont la seule différence est qu'elle est presque pareille, c'est la clarinette en la, à un demi-ton seulement de différence, jusqu'où va se nicher la perversité humaine, je vous le demande un peu.
Notons la petite clarinette en mib, instrument de torture qui joue plus faux qu'aucun altiste n'est capable, et sa sœur, la clarinette en ré, qui joue largement aussi faux. La clarinette en do existe (donc, qui ne transpose pas), mais il parait que c'est très moche, car l'acoustique a ses raisons que la musique... a aussi, en fait.
La clarinette alto peut être soit le cor de basset, ou clarinette en fa, soit la clarinette alto proprement dite (en mib, une octave en dessous de la petite) ; la clarinette basse existe (une pensée pour Michel Portal) - instrument génialement doux, gras et moelleux - , ainsi que la clarinette contrebasse, truc assez dingue dont les sons les plus graves ne sont plus quasiment perceptibles que par une vague agitation de l'atmosphère.
Des petits exemples des clarinettes les plus courantes (Danse du feu de l'Amour sorcier de Manuel de Falla, puis une rumba sur le Vol du bourdon de Rimsky-Korsakov, par le quatuor de clarinette Issy-Paris) :
La clarinette contrebasse est un instrument rieur, enjoué, facétieux, et plein d'entrain :
Sissi !
13 clarinettes? mais pourquoi faire?!
hum... c'était le bon temps, l'horticulture..
Djac: certes, zut-gna-gna-gna n'arrive pas à la cheville de nos précédentes joutes commentariennes. Mais c'est avec un plaisir non dissimulé que je me remettrai à pourrir ton blog de blagues d'altistes et de réflexions sur ton orthographe!
(t'es sûr que c'est ce que tu souhaites?)
Djac & Papageno: je ne conspue pas l'alto, je le, euh, taquine.
Sinon, c'est amusant, je crois que j'accorde mon violon un peu comme un altiste: 1/ la: bof, je ne vois vraiment pas le rapport entre le son du hautbois et celui du violon. laissons tomber. 2/sol: la cheville glisse, je vais la laisser telle quelle sur un sol#, plutôt que de risquer me retrouver avec un mi inremontable. 3/ ré: inutile de faire du zéle. 4/ tiens, le chef me regarde de l'air que prennent les chefs quand qq'un a une corde de mi archi-fausse. Je prends un air inspiré et tourne le bitonniau de la corde de mi vers la gauche. Fronce les sourcils. Le tourne vers la droite. Esquisse une grimace. Lui donne une dernière chiquenaude qui remet le bitonniau à sa place initiale. Ouf, c'est fait.
Quand il y a des gentils altistes à l'orchestre, je leur fourre mon instrument dans les bras "tiens, débrouille-toi", mais est-ce vraiment une bonne idée?
(superbe contrepèterie, Papageno, au fait)
Et puis, ça serait pas mal de préciser que les instruments que tu montres ici (photo et vidéos) sont des Fagott et Contrefagott.
Car, s'il y a bien un basson français, il y aussi contrebasson français...
Les timbres de sont pas les mêmes ! (de même que les factures, etc.)
Et donc, le contrebasson français, est, à mon sens, plus précis que le contrefagott... C'est-à-dire que si le contrefagott fait des prouts de mobylette, le contrebasson fait des prouts de motocross (sans imaginer autre chose, parce que l'on parle de prouts...).
ça vole haut, n'est-ce pas...?
>Ben : tu ne ferais pas allusion à Gille Thomé ? C'est un type qui a
beaucoup travaillé à la reconstitution de clarinettes anciennes, dont
les cors de basset. Et lui parle d'une esquisse de concerto de Mozart
pour cor de basset en sol !
Je ne sais pas si c'est encore disponible, mais je te conseille le CD
"une soirée chez les Jacquin", par Gilles Thomé (édité par Zig Zag
territoires (?)), où on entend pleins de cor de basset, dont celui en
sol reconstitué pour jouer la fameuse esquisse, et muni d'un livret qui
donne de nombreuses explications.
Alors moi je parlais de la clarinette en la de basset, et que du coup je disais que de plus en plus de clarinettistes sortent des versions sur cette fameuse clarinette alongée (genre Sabine Meyer pour le concerto, par exemple).
Par contre, un cor de basset en sol pour Mozart...... on en apprend tous les jours, et cela semble intéressant.... je vais me pencher sur la question !! Note : non, je ne connaissais pas ce bonhomme ;)
Je suis un pianiste tri-classé hautboiste et tubiste (mais à cause des règles AD&D, je suis très mauvais dans les 3 instruments), et ton article est excellent.
Par contre tu as oublié de noter la supériorité des musiciens de bois à anche double (faites amoureusement à la main) sur celles des anches simples, commerciales et faites en plastique généralement, vu que ça ira sur une clarinette ou un saxo c'est pas comme si ça importait.
Djac: ne t'inquiète pas, en cherchant bien, on trouve toujours un altiste un peu maso. Cà doit être une idiosyncrasie de l'altisme.
A propos d'accordage d'instruments fantaisiste, un joli billet de Zvezdo ici (mais il faut préciser que c'est un altiste refoulé)
Maxime: un contrefagott? un contrebasson? Oh! Ah! C'est quoi la différence?
Bah, pour résumer, le contrefagott, je devrais écrire contrAfagott (Kontrafagott) est de facture allemande, et son système de clés est allemand, dérivé du système "Heckel" - du nom du facteur, également inventeur du Heckelphone, un hautbois basse, appelé hautbois baryton par d'autres factures alors que la tessiture est la même, pas le système de clés... -, et le contrebasson de facture français (d'où la dénomination commune "basson français", "fagott" ou "basson" pour le système allemand... - le basson français donnant une couleur bien spéciale au répertoire français donc, de l'orchestre du XIXe ou début XXe...), d'après le système "Buffet"...
Tous deux des facteurs du XIXe donc... grande époque pour la facture des instruments à vent...
Merci pour la bonne tranche de rire causée par le contrebasson, la clarinette contrebasse rieuse et facétieuse et le saxophone contrebasse! A propos, la seule fois où j'avais entendu le contrebasson avant, c'était dans Ma Mère L'Oye, instrument désigné par Ravel pour évoquer La Bête, dans la Belle et la Bête ;)
>Xuelynom, je plussoie, l'anche double fait partie de l'identité du hautboïste! Après j'aurais plutôt évoqué la haine du hautboïste pour ce truc diabolique, qui ne marche jamais quand il faut, prend autant de temps à faire et à retoucher que le travail musical, coute cher... que de la fabrication "amoureuse à la main" ;)
Pour ceux qui ont du temps à perdre, un texte sur les déboires du hautboïste, un brin (voire moins) exagéré :o http://www.pps.jussieu.fr/~rifflet/musique/vergie.html
(et puis après tout, il ya bien des gens payés pour planter des clous, pourquoi pas pour caler quelques prouts bien sentis pendant cinq minutes)