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26 février 2008 2 26 /02 /février /2008 19:02

Il était temps de me rappeler que la désormais mythique phrase d'accroche de ce blog, en regard du titre, est en fait une figure rhétorique typique que les érudits se feront un plaisir de nous rappeler, qui consiste à suggérer subliminalement que «ce blog est génial et absolument fascinant, et son auteur est un gars absolument fantastique», mais dissimulé sous un intitulé qui invite à penser que «ce gars sait toutefois ne pas se mettre en avant et pratique assez couramment ce que certains que je ne citerai pas nommeraient auto-flagellation, car non seulement ce gars est génial mais en plus il est modeste», accroche pseudo-négative et tellement subtile qui tient donc en ces mots : «le blog qui sert à que dalle».

 

En effet, il était temps de me le rappeler.

Il vous est certainement déjà apparu qu'internet regorge dans tous les coins de blogs sur les mangas, le point de croix, et les recettes de cuisine, qu'on ne sait plus quoi en faire, et que du coup le trop-plein d'infos rend toute velléité d'innovation dans ces domaines à peu près vaine.

Par conséquent, pour servir à que dalle dans toute la plenitude du plus pur quedallisme possible, l'idée m'est donc venu en toute logique de vous proposer une recette de cuisine. Ça tombait pourtant sous le sens, et je ne comprends même pas comment un gars aussi génial que moi n'avait pas eu l'idée avant.

 

Qui plus est, cette recette n'a rien, mais alors rien d'original, les plus fins cuisiniers d'entre vous la considéreront même certainement avec une moue de dédain, voire auront peut-être même du mal à considérer qu'on puisse décemment appeler ça une recette - tout juste un vulgaire et vague mode d'emploi pour débutant, à la rigueur.

C'est-à-dire que le quedallisme, en tant que discipline spirituelle exigeante, a ses impératifs.

Allons-y.

 
Pollachius-virens-00004.JPG

 

1. Le lieu

 

Ceux qui me répondent «la cuisine» sont d'emblée exclus et vont au piquet.

 

Car ici le lieu c'est un poisson, et non un endroit, et là je parle du lieu noir(1) (non ce n'est pas la cave, n'insistez pas). Il y a aussi du jaune, mais je n'ai pas pu vérifier si le lieu jaune était asiatique quand le noir était africain.

Dans cette recette, il s'agit précisément d'un filet de lieu noir(2). Ou de deux filets si vous avez la chance d'être deux. Ou si vous avez faim.

 

Après avoir acheté le mien, quelle ne fut pas mon amère déception, ayant gougueulé pour me faire une idée, de lire qu'il fallait prendre garde à ce que la chair du filet soit bien blanche, alors que le mien était visiblement noirâtre, ce qui m'avait pourtant paru logique vu la dénomination de lieu noir, car enfin quoi, le monde a tout de même une certaine cohérence, me disais-je en moi-même, car enfin, si c'était blanc, cela devrait s'appeler lieu blanc, sinon il n'y a pas de logique possible, et lors, pas d'Univers qui tienne, si le lieu noir est blanc, plus rien ne tourne rond, tout est vain et inutile, la vie est absurde, et pourquoi pas du lieu bleu-lavande, ou du lieu kaki, tant qu'on y est ?

Je commençais déjà à me lamenter sur mon incompétence, ma naïveté coupable et mon inaptitude à la vie en société, jusqu'à ce que je mange le résultat de ma préparation et que je m'aperçoive que mon lieu était parfaitement succulent, sans contestation possible. Il semblerait donc qu'il vaille mieux faire confiance au poissonnier du marché qu'à internet, la modernité a ses limites.

 

Par contre, si vous trouvez du lieu marron à pois jaunes, laissez tomber et prenez un poulet.

 

2. Les zaricots verts

 

Les zaricots verts, ça s'équeute.

Alors, il y a principalement deux grands types d'attitudes face à l'équeutage : la moderne, et la métaphysique.

La moderne, quand on est habitué au micro-onde et aux sachets tout préparés, c'est d'être profondément rebuté à l'idée de passer un quart d'heure à une activité manuelle abêtissante et aliénante alors que franchement, il y a des conserves toute prêtes, merde quoi. Ne vous gaussez pas bêtement, nous avons tous en nous quelque chose de moderne.

La métaphysique, c'est de considérer en fait ce geste comme une conduite multi-millénaire, comme le pratiquait la grand'mère de votre grand'mère, et que, tout compte fait, refaire ce geste c'est comme être en contact direct avec les ancêtres, ce sont comme des générations entières qui s'expriment à travers vous, une sorte de communion avec les esprits et un recentrage au sein de l'Univers et du Grand Tout, une union profonde du zaricot-Yin et du zaricot-Yang, bref, un geste d'une spiritualité intense. L'équeutage des zaricots comme méditation transcendantale.

 

3 - Les zaricots, suite

 

Faites bouillir de l'eau. Si cette opération vous paraît complexe, laissez tout tomber et commandez une pizza. Sinon, quand ça bout, vous mettez les zaricots dedans, avec une ou deux gousses d'ail.

Conseil : il vaut mieux ôter l'enveloppe de l'ail avant. C'est vous qui voyez.

 

Évidemment, si vous êtes munis d'une cocotte minute, c'est préférable, la cuisson à la vapeur exalte les saveurs comme dans un jardin des délices aux mille senteurs enivrantes. Mais moi, comme j'ai perdu le petit bitonniau qui fait pchit-pchit, tant pis pour le jardin des délices aux milles senteurs enivrantes.

      

4 - Dans la poêle - premier épisode

 

Dans une poêle, faire revenir doucement des échalotes et des champignons dans un peu de beurre.

Faire revenir, ça ne sous-entend pas que les échalotes et les champignons étaient partis. En fait, ça veut juste dire cuire, mais vous savez ce que c'est, c'est toujours mieux d'avoir des mots et formules qui font classe pour ne pas avoir l'air d'un glandu lors des diners mondains.

Ne dites pas : «je fais cuire des échalotes» mais : «je fais revenir des échalotes».

De même, ne dites pas : «j'aimerais mieux te connaître», mais «je voudrais découvrir ton être ontologique au sein d'une intersubjectivité partagée».

C'est pour vous que je dis ça, hein, après vous faites comme vous voulez, mais si vous avez envie que tout le monde vous pointe du doigt en rigolant et en en s'exclamant «il/elle a dit qu'elle cuisait les échalotes, le/la ringaaaaard/e», c'est vous que ça regarde.

 

Bon, attention avec le beurre, faut pas chauffer trop fort, sinon le beurre roussit, et c'est très pas bon caca pouah. Et pourtant j'ai vraiment rien contre les roux.

Je me permet d'ajouter à tout hasard qu'il vaut mieux enlever l'espèce de pellicule en papier kraft qui recouvre les échalotes et les couper en petits morceaux (pardon, les émincer en petits morceaux) avant de les mettre dans la poêle. Mais là c'est pareil, hein, moi je dis ça, c'est pour vous, vous faites comme vous voulez.

 

5 - La farine c'est rigolo

 

Pendant que les zaricots bouillent (et ça prend pas mal de temps), profitez-en pour fariner sur les deux faces vos filets de lieu noir, afin d'éviter qu'à la cuisson, ceux-ci ne s'attachent. En effet, le lieu est très affectueux.

 

6 - Dans la poêle - épisode 2

 

Quand les échalotes et les champipis sont à point, verser un peu de vin blanc et de jus de citron dans la poêle. Il n'est pas vraiment utile de laisser les pépins de citron dans la sauce.

Ne restez pas au-dessus de la poêle, sinon vous vous prendrez toutes les vapeurs d'alcool (qui s'évapore plus vite que l'eau) dans le nez. Rigolez pas, j'ai déjà été beurré en faisant la cuisine.

Si en plus les champignons viennent du Mexique, vous n'arriverez pas à la fin de la recette, ce serait ballot. Cela dit, artistiquement parlant, sur le moment, cela peut avoir des résultats intéressants, mais par la suite décoller des bouts de champignons séchés du mur n'a jamais rien d'agréable.

 

Salez, poivrez, bien sûr. Ça devrait faire partie des automatismes. Sauf, à la rigueur, pour le yahourt et les céréales.

 

7 - Le moment clef

 

Vos zaricots sont presque fondants, la sauce a bien réduit (ça veut dire évaporé), dans le timing c'est le bon moment où mettre un filet d'huile d'olive dans une autre poêle. Relevons là une particularité culinaro-linguistique : un filet d'huile d'olive, un filet de poisson.

Et alors ?

Et alors rien, comme ça.

Bon, hahem, donc, une fois que l'huile est chaude (feu pas trop fort, il faudrait jamais chauffer fort, de toute façon, pour des raisons chimiques : plus on chauffe fort, plus chimiquement les aliments se transforment en des trucs bizarroïdes que le système digestif ne sait pas gérer), hop, on met les filets de lieu à cuire (là on dit pas revenir, chaipas pourquoi), genre dans les cinq minutes par face en gros. Quand on est sur la seconde face, salez-poivrez (le réflexe) et saupoudrez de coriandre en poudre. Comme ça, vous pourrez crâner en disant : «moi j'ai fait du lieu noir au coriandre, et toi ?» et l'autre il vous répondra qu'il a fait un saucisse-purée et il aura trop l'air bête, bien fait pour lui.

 

Quand le poisson est cuit, servez-le en mille morceaux dans l'assiette, car pour arriver à conserver sa forme originale au filet au cours du service, il faut se lever de bonne heure, ou alors être Harry Potter.

Un peu d'eau ou de vin blanc dans la poêle du poisson pour recueillir le fumet, et zou dans la sauce, en y rajoutant du beurre pour la route. On laisse un peu bouillir doucement pendant qu'on sert les haricots et qu'on coupe du persil sur le poisson.

Alors là, attention, je suis un intégriste du persil. Le persil, c'est bien, c'est nécessaire, c'est indispensable. Persil power. I love persil. Si vous n'aimez pas le persil, c'est même pas la peine d'envisager de me serrer la main. Le persil est au sommet de l'Évolution. C'est un des plus grands bienfaits de Dame Nature. Seuls les êtres grossiers, chafouins et sous-évolués négligent le persil. Inutile d'insister, je ne reviendrai pas là-dessus.

 

8 - Dégustation

 

Voilà c'est prêt. Vous nappez les zaricots et le lieu avec la sauce - moment de bonheur intense.

Et c'est bon.

Enfin, moi, c'était bon.

 

Après, évidemment, le talent, ça...

 

 


(1)
Notez le "ici" et le "là" dans une phrase sur le lieu et l'endroit. Voilà voilà. Non mais c'est des petits détails comme ça, des fois, l'air de rien.
(2) En vrai, vous pouvez mettre du merlan si ça vous chante. Le merlan est délicieusement fondant, mais avec pas trop de goût - le lieu a plus de saveur, est c'est pas cher du tout. Quant à un filet de rascasse, ça me plait moins, c'est un peu plus élastoque. À part ça, je connais pas assez, vous aurez peut-être d'autres idées, moi je débute en poisson, en fait.

 

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commentaires

Djac Baweur 05/03/2008 11:51

Prochain coup, j'essaie avec de la coriandre fraîche ! :o)

armel 05/03/2008 10:57

Ah oui, j'avais pas noté, la coriandre, elle est en poudre... Alors, effectivement, elle a sans doute moins de goût.

Djac Baweur 04/03/2008 22:57

>majorette : chaipas, la question est à creuser. Mais il me semble que ça doit être comme dans les frais, tu dois avoir des surgelés bas de gamme, du légume cultivé à la chaîne en serre avec pesticides et compagnie et bon mais sans plus, jusqu'au légume cultivé bio ou approchant et vraiment goûtu. Le surgelé, ce n'est qu'une manière de présenter le produit, d'une certaine manière, pas une garantie en soi.
Je regarderais ce qu'il y a dans mon Franprix quotidien ! :o)

majorette 04/03/2008 11:10

oh ça va, je prend principalement des légumes non préparés, et là il n'y a pas franchement de marque qui tienne. J'ai déjà constaté que le prix était pareil voire moins cher qu'en frais (car il n'y a pas de perte en surgelé, alors qu'en frais il y a toujours une partie des stocks qui s'abîment, j'imagine)

Djac Baweur 03/03/2008 14:35

>Majorette : c'est vrai que le surgelé, si les légumes sont vraiment de saison lors de la congélation, c'est une super solution. Mais j'imagine qu'il faut quand même mettre le prix pour de la qualité ?
Parce qu'il doit aussi y avoir du n'importe quoi congelé...
(on fait de très bonne potée de chou, avec cumin et lardons !)

Oui, 2-3 jours, évidemment, mais l'avantage du surgelé sur le frais c'est de conserver longtemps, alors... ;o)

>armel : vermentino, jamais entendu parler, je note ! :o)
En fait, ma coriandre en poudre n'est pas très puissante, plutôt discrète, en fait.
Me suis-je fait avoir sur la qualité du produit (ça vient du marché pourtant) ? M'en sers-je mal ? Ou est-ce du à la coriandre en poudre, en opposition avec la coriandre en grain, ou avec la coriandre fraîche (effectivement très forte - et délicieuuuuuse !) ?

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