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16 décembre 2007 7 16 /12 /décembre /2007 13:02
"Il faut toiser les terroristes"
Zorg



Épisode fortine


«Nan, sérieux, on est paumés, là...

- Non ! Je vous dis qu'il sait ce qu'il fait !

- Arrête... Cette casserole... Je te dis qu'on est paumés, enfin quoi !»


La petite troupe de nos héros était rassemblée au beau milieu d'une coursive déserte et oubliée du vaisseau amiral, regroupée autour d'une sorte de marmite rouillée à l'envers posée sur roulettes, qui n'était autre, à la vérité, qu'un droïde Elzévir de classe Phantom seconde génération à combustible neutronique du nom de HT2P, mais franchement ça faisait plutôt marmite.

La marmite était reliée par un câble à un terminal d'ordinateur encastré dans la paroi de la coursive, et faisait entendre des séries impressionnantes de sons synthétiques allant du cri de la souris frustrée jusqu'au pet de hamster, en passant par le décapsulage d'une canette de bière et le klaxon d'une 2CV.

C'était en fait le signe d'un intense auto-brain-storming intérieur, signifiant par là que le brave droïde, enfin, la marmite, quoi, traitait des teraoctets de données à la vitesse d'électrons lancés comme autant de billes de flipper dans ces processeurs ; l'ennui, c'est qu'il paraissait encore loin de tilter. C'est du moins ce que laissaient entendre les mines tendues et un tantinet impatientes de Stravisky et Hutch, regardant Klinty avec inquiétude.

«Klinty, bon sang ! Laisse tomber ! Il n'y arrive pas, c'est tout !

- Il VA y arriver.

- Atteeends... Ça fait dix minutes qu'on est coincés là ! Il sait même pas encore où on est ! Tout à l'heure, il a dit qu'on était dans la salle de bain du troisième niveau, après il a soutenu qu'on était dans les...

- Je sais ce qu'il a dit. But give him a chance. Tout le monde a le droit à sa chance. C'est son moment. Laissez-le lui.

- Mais meeeerde, on va se faire repérer à force, on le sait bien que c'est toi qui l'a retapé, ce truc, mais c'est pas une raison pour...

- C'EST PAS UN TRUC, OK ? C'est un droïde Élzévir de classe Phantom seconde...

- Et si on demandait aux renseignements, plutôt ?» fit la voix glaciale d'Hildegonde.


Hildegonde se tenait fermement campée bras croisés, le regard perçant comme du diamant derrière ses double foyers, tapotant du pied droit.

«Non, parce qu'on discute, on discute, hein, mais ça fait dix minutes qu'on est le nez sous un panneau qui indique "renseignements", juste là...»


Un ange passa.

Une meute d'anges passa. Et repassa, au ralenti, intrigués qu'ils furent d'avoir le temps de tous faire un deuxième passage. Alors qu'ils se décidaient, radieux et enhardis par ce boulevard qui s'offrait à eux, à effectuer un troisième passage (le rôle d'ange passeur est assez frustrant, des heures d'attente pour une prestation brève et jamais appréciée à sa juste valeur, c'est dur), nos héros réagirent enfin : tous se tournèrent vers Klinty.

Klinty, malgré le bruit de bataille spatiale de type Nitendo qui continuait à s'énerver à la hauteur de ses genoux, fit la moue et plissa les yeux.

«Bon. Ça va bien que je suis démocrate, hein. On va faire comme vous voulez. Mais vous avez tort.»

Un soupir de soulagement parcourut la petite assemblée, qui fila bien vite dans la direction de la flêche indiquée par le petit panneau.


Resté en arrière, Klinty, se retourna vers la marmite, toujours branchée sur le terminal de la coursive :

«Allez, va. Viens. Une autre fois...

- Birrliuuutihhhtoouuuuuiiit...

- Mais non, mais non...»



Zorg appuya sur le bouton de son bureau qui lui permettait de causer avec l'officier de garde.

«Oui, patron ?

- Rien à signaler ?

- Heuu... Vous me l'avez demandé il y a cinq minutes...»

La voix de Zorg aurait congelé le Sahara :

«Hé bien, je vous le redemande.

- B... ben, non, alors, toujours rien à signaler...

- Pas d'anomalies ? Pas de tuyau bouché ? Pas de caméra en rade ? Pas de porte non refermée ? Pas d'aération en panne ?

- B... ben non, patron. Tout va bien, en somme.»

Zorg interrompit la communication. Il n'était pas satisfait. Il regarda dans le vague, en proie à un intense examen de conscience. Il sentait quand un truc pas normal se passait. Ça le démangeait de là à là, ça le picotait, ça lui fourmillait, il savait.

C'était un don. C'était ce même don qui lui avait permis de ne jamais se faire prendre quand, gamin, il chipait les pots de Nutella dans le placard des réserves. En vérité il avait horreur du Nutella, mais c'était juste pour faire chier sa mère - une sombre histoire de stade anal.

Zorg était préoccupé, et frustré de ne pas savoir de quoi exactement il fallait se préoccuper.



Stravisky et Hutch bavardaient à mi-voix alors que le groupe se dirigeait vers ce qui était indiqué comme étant les renseignements.

- Dis-donc, tu as remarqué ?

- Quoi ?

- À chaque fois, cette fille, là...

- Quelle fille ?

- Ben là, celle qui est avec nous, avec les grosses lunettes et les boutons !

- Une fille ?

- Ha bah, techniquement, c'est une fille, hein...

- Oui, c'est vrai... je vois ce que tu veux dire... Bon, une fille, admettons... Hé ben qu'est-ce qu'elle a ?

- Et ben elle a qu'à chaque fois elle nous fait passer pour des cons, voilà ce qu'elle a !

- C'est pas faux...

- J'te jure, si je tenais le sombre connard qui écrit cette histoire...

- C'est ici », s'exclama en chuchotant Hildegonde(1), devant une porte coulissante au-dessus de laquelle un écriteau lumineux indiquait : "renseignements".


Avant que Klinty ait pu esquisser le moindre geste, Hildegonde avait déjà appuyé sur la plaque d'ouverture de la porte : un mélodieux "ding" se fit entendre, et la porte coulissa dans un chuintement moelleux.

La salle qui se dévoila alors était décorée de tentures de soies délicates en camaïeu pastel de bleu, de mauves et de rouge bordeaux. Des statuettes africaines de l'ère pré-spatiale trônaient un peu partout, des estampes  et des aquarelles étaient disposées avec goût, et une douce fragrance de jasmin (avec quelques notes de cannelle et de vanille) flottait dans l'atmosphère. Derrière un bureau décoré par des reproductions miniatures de statues célèbres, se tenait assise une femme, qui leva les yeux de l'épais livre qu'elle était en train de lire. En un seul geste souple et délicat, elle posa son livre, se leva et sourit.

Dans le quart de dixième de seconde qui suivit, Djoni tomba fou amoureux. Elle était grande, avec des cheveux blonds cuivrés et luisants qui lui tombait doucement sur les épaules, des yeux bleus d'une douceur infinie dont les cils semblaient illimités, des lèvres pulpeuses et rouges, et un sourire éclatant, lumineux et éternel. Sa robe fourreau, simple mais raffinée, ne cachait rien de ses formes parfaites.

«Bonjour à vous, soyez les bienvenus ! Je m'appelle Doll ! Que puis-je pour vous ? dit-elle posément d'une voix de velours, chaude et modulée.

- Hé bé heuu ben beuu... fit Djoni.

- On cherche les prisons, déclara Hildegonde d'un ton pincé.

- Heuu, en fait on cherche le Département de Topologie, plus exactement, ajouta précipitamment Stravisky, en tapant du pied le tibia d'Hildegonde.

- Oui parce que heuu, nous on est nouveau, ici, fit Hutch.

- Oui, voilà, on est nouveau, alors on sait pas où c'est, et on nous a dit "allez au Département de Topologie", alors on est embêtés, du coup, vous comprenez ?

- Mais bien entendu, il n'y a aucun problème ! répondit la créature. C'est un vrai labyrinthe ici, le Minotaure n'y retrouverait pas ses petits, hu hu hu ! ajouta-t-elle en un charmant rire de gorge, tout en rejetant ses cheveux en arrière d'un coup de tête gracieux.

- Le quoi ? demanda Klinty, l'air perplexe, avec des sourcils en position soucieuse.

- Le Minotaure ! C'est de la mythologie pré-spatiale, vous ne connaissez donc pas ? dit-elle ingénuement. Il faudrait que vous lisiez de la mythologie grecque, j'adore la mythologie grecque, il y a justement une nouvelle édition annoté par...

- Ha ça des mites au logis, ça c'est pas bon, faut tout désinfecter après, c'est des vraies saloperies, intervint Sam.

- Ho, non, vous confondez, la mite est un insecte de l'ordre des lépidoptères et du sous-ordre des hétérocères qui...

- Ouais, heu bon, non, le Minotaure on connait pas, coupa Klinty. Bon, pour le département de Topographie, alors ? Vous savez où c'est ?

- Bien sûr, je vais vous y amener ! fit la demoiselle d'un ton engageant.

- Heuu, vous pourriez pas nous dire où c'est, tout simplement ?

- Non, non, c'est vraiment complexe pour y arriver, vous savez ! Et puis c'est un véritable plaisir que de vous aider et de faire votre rencontre ! Venez !»


Et alors que le groupe se mettait à suivre la créature qui semblait marcher sur coussin d'air, Hutch se pencha vers les autres et dit :

- Elle m'inspire pas du tout confiance !

Hildegonde dit :

- Moi non plus !

Djoni dit :

- Elle est fabuleuse !

Klinty dit :

- J'avais bien dit qu'il fallait laisser faire HT2P !

Sam dit :

- Si elle peut me dire comment se débarrasser des mites, moi ça m'intéresse !



Du fond de sa cellule sombre, la Princesse Lycra fulminait. Les séances de toisage l'épuisaient, et elle savait qu'elle ne tiendrait plus longtemps face à l'infâme Zorg.

Ses yeux brillèrent dans le noir. Elle n'allait pas se laisser vaincre sans combattre.

Merde, quoi.



Loin de là, autour d'une autre étoile, dans les bas-fonds du palais impérial, l'Empereur, père des nations, chef de toutes les galaxies de l'Univers connu, grand ordonnateur des lois impériales régissant des centaines de milliards d'êtres humains, qui pouvait rayer un système planétaire d'un seul geste de la main, l'Empereur tout puissant visitait les prisons de son palais, les pires prisons de tout l'Empire, les prisons spéciales, les prisons d'où l'on de revenait pas. Et l'Empereur disait :

- L'abat-jour, bleu lavande ? Ça va pas jurer avec les rideaux ?»



(1) Si, si, s'exclamer en chuchotant, dans les films ils y arrivent trop bien.

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commentaires

Djac Baweur 17/12/2007 09:48

>Anna : hé ! Djoni, c'est pas Ameerone, hein ! Dans Djoni, JE FAIS CE QUE JE VEUX ! ;o)

>Roberto : "lui bouffer le trognon" ? Hahem.

>Brendufat : parce que l'humour peut sauver de tout. Et que je ne sais me moquer que de personnages pour qui j'ai de la tendresse - oui, y compris Zorg ! ;o)

Roberto 17/12/2007 03:29

Dans la version que j'ai de la Vie de Zorg (Laitue de Fer Editions, année 2057,73, traduction simultanée ) les rideaux sont caisseux, presque syphoïdes. Une couleur probablement merdique. Mais Djac a peut-être une autre couleur qui est, comme le souligne Anna, la clé du clystère: et si cet empègue d'Empereur n'avait finalement aucun goût ? Vite Djac, dis-nous cette couleur là, que nous puissions aller nous coucher (il est 3h du mat' et rentrant d'une belle soirée je me suis précipité en vain sur  ton blog pour savoir...hélas il va falloir attendre l'aube !).  Vite la suite donc...Lycra se sera-t-elle fait toiser la toison ? Et Dieu dans tout çà ?

Anna 16/12/2007 23:27

Mais ils sont de quelle couleur, ses rideuax ? Comment tu veux qu'on sache si ça va jurer avec du bleu lavande sans cette information essentielle ? (Blague à part, chapeau, monsieur, toujours aussi bidonnant. :-)

Roberto 16/12/2007 20:47

La blondine n'était donc qu'une blondasse. Tout le monde savait cela,  sauf  Djoni qui avait fumé les rideaux et se laissait bouffer par les mites à ramages, comme le mérou se fait espiller les écailles (dans l'hyper-espace la peau de mérou se tond). Encore une Zéroïne- fantaisiste se dit-il , mais putain que c'est bon de lui bouffer le trognon, sans ce con de droïde pour me tenir le laser !

brendufat 16/12/2007 19:00

Je me demande ...je me demande vraiment ...je me demande furieusement ...pourquoi tu as embringué Nathalie Dessay dans les aventures de Djoni ? Il joue de l'alto, ce garçon ? ?

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