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9 décembre 2007 7 09 /12 /décembre /2007 20:09

C'était pourtant une belle rencontre.


Vous y aviez cru. Vous aviez été charmé.

Elle vous avait sorti toute la panoplie. Des heures de discussions, de beaux compliments, un impressionnant déploiement de culture sur tous les fronts, de belles phrases sur le "partage", la "rencontre", la "découverte de l'autre", l'"être ontologique", de grands rires à chacune de vos plaisanteries, des petites allusions coquines, bref, tout l'arsenal de la séduction - habillement sexy compris.

Ça vous tombe dessus sans que rien ne l'ait laissé présager. Vous êtes flatté, pris par les sentiments, touché là où vous êtes le plus vulnérable, enveloppé dans un doux cocon irrésistible qu'elle sait tisser à merveille.

Vous êtes célibataire, en attente d'affection. Sans vous poser de questions, vous plongez, fatalement.


La rencontre vous paraît belle, magique, profonde, intime, vous vous sentez au-dessus du sol. Vous êtes ébloui. Sous tous les aspects, elle se montre parfaite. Si parfaite que ça en semble irréel.

Tout, chez elle, dans sa disponibilité, paraît indiquer que c'est réciproque.


Oui, mais voilà : finalement, elle hésite. Besoin de temps pour se connaître, malgré de belles promesses, dit-elle.

Ce qui vous semblait si évident ne l'est plus : votre manque de confiance revient, vous devenez maladroit, inquiet, vous perdez un peu les pédales petit à petit, vous surinvestissez la relation par compensation. Ce qui vous perd, car cela ne vous sera pas pardonné.


Et vous êtes mal, très mal. Sans bien savoir pourquoi sur le moment, vous vous enfermez dans des questionnements sans fin. Car elle vous fait remarquer que vous vous comportez de telle manière, que vous avez sans doute tel trait de caractère psy, ou tel autre. Suggère que votre empressement amoureux n'est pas très adulte(1). Comme vous voulez bien faire, accroché que vous avez été, la culpabilité vous assaille, la peur de mal faire vous envahit, la peur de ne pas être à la hauteur, chacun de vos pas vous semble suspect. Vous êtes déchiré en deux.


Et, bien entendu, l'hésitation se transforme en refus.
Toutefois, les échanges restent aussi intimes, proches, foisonnants. Et vient alors cette interrogation : "pourras-tu être un ami ?"

Vous répondez oui, sans hésiter, car la rencontre a été belle, n'est-ce pas ? À défaut d'avoir une amoureuse, autant avoir une amie précieuse avec qui partager.


Alors, vous faites l'effort. Vous vous battez avec vous-même. Vous luttez pour faire la part des choses. Bras-de-fer psychologique avec vous-même, mais vous y parvenez, petit-à-petit, avec le temps, et les amis, qui soutiennent, accompagnent et encouragent.


Et c'est là, que, en face, plus rien...

Quelques soubresauts étranges, mi-figues mi-raisins, vous parviennent. Et puis soudainement, le silence.


Jusqu'à ce résultat, deux mois après.

À la faveur d'une demande sérieuse de renseignements par mail, vous faites aussi remarquer que vous regrettez quelque peu ce silence, étrange après le type de contact établi. Réponse :

"Je vois qu'il ne te vient toujours pas à l'esprit que je puisse tout simplement être très occupée."


Vous notez bien la charmante formulation, qui vous envisage plutôt comme un imbécile qui n'aurait rien compris ni retenu.
Après avoir fait remarquer que quelques secondes suffisent à, ne serait-ce qu'un petit message, et que, de plus, vous savez tout les deux qu'elle a parfaitement le temps, et que ça ressemble plutôt à un prétexte :

"Oui c'est vrai, j'ai parfois aussi du temps, du temps pour moi, pour mes plaisirs à moi, ou encore pour voir mes vrais amis ici, avec qui je sors assez souvent ! :-) "


Vous notez cette fois, assez surpris par tant d'évidence assumée, que la réponse précédente était par conséquent bel et bien du foutage de gueule. Et vous notez également, légèrement ébahi, cette expression ahurissante : "vrais amis" - suivi d'un smiley inopiné et paradoxal... Ce qui évidemment, entraîne une déduction triviale : s'il y a de "vrais" amis, c'est qu'il y en a de "faux" - autrement dit, pas d'amitié. Ce que vous faites remarquer. Suit :

"As-tu vraiment eu la prétention de croire que tu pouvais égaler mes amis que je connais et cotoie de puis le lycée, soit depuis plus de 15 ans ?... sans commentaires..."


Et là, les bras vous en tombent.

C'est quoi, "égaler" un ami ? À moins de 15 ans de distance, il n'y a pas de "vrais amis" ? Parce qu'il y a des "vrais amis" de 15 ans, on laisse tomber les autres ? C'est comme pour la nationalité française, il y aurait donc un temps de latence avant d'être validé comme "ami" ? Que signifie tout le temps passé ensemble auparavant : ce n'était donc pas du "vrai", parce qu'inférieur à une durée de 15 ans ?

Passé le temps des questions inutiles sur l'inanité de cette réponse, vous vous rendez compte combien, au-delà de l'anecdote, ces réponses ont du sens.

Du sens en ceci que ces réponses jurent de manière déconcertante avec les belle phrases du début. Du "partage", de la "rencontre de l'Autre", de l'"être ontologique", voici ce qu'il reste.


Alors, plein d'indices vous reviennent en mémoire.

Alors, vous vous rappelez de tout un tas d'attitudes étranges, d'incohérences, d'exagérations curieuses, de messages ambigus et paradoxaux.

Alors, vous faites le lien avec des comportements entrevus ça et là, avec une manière de s'afficher, de se présenter, de paraître.

Alors vous vous rappelez de toutes ces remises en questions qu'on a sollicité de vous, mine de rien, systématiquement.

Alors, vous commencez à saisir les choses dans leur ensemble.


Et vous mesurez que certains de vos amis, qui avaient observé les choses depuis longtemps, vous en ont pourtant parlé. Et des amis à l'œil acéré, au regard perçant, à l'intuition subtile. Ils vous avaient dit. Ils les avaient tout de suite vu, les indices auxquels vous étiez aveugle.

Et jusque-là, vous la défendiez encore, vous y croyiez encore, vous pensiez que le lien était toujours possible, qu'elle était autre chose que cela. Jusque-là vous étiez dans le "oui, mais". "Mais" vous aviez senti autre chose. "Mais" elle a vécu des choses pas faciles, faut comprendre. "Mais" elle est touchante, aussi. Vous ne vouliez pas tout à fait entendre.


Pourtant les amis vous l'avaient dit. Les mots avaient bel et bien fusé, implacables.

Manipulatrice.

Attitude narcissique.


Vous ne vouliez pas tout à fait voir jusqu'à ces réponses en mail. Car au-delà du contenu niant une amitié pourtant provoquée sans demi-mesure, une telle formulation inepte fait enfin exploser la bulle, en contradiction totale avec l'image si peaufinée de femme se voulant et s'affichant de manière tellement ostensible comme intellectuelle, raffinée et spirituelle...

La contradiction est telle, que toutes les autres barrières tombent, d'un seul coup. De la façade, il ne reste plus rien.

Le masque tombe.


Quelle sensation étrange que d'avoir toujours eu sous les yeux les indices, de s'en être même inquiété vaguement au début, puis de les avoir repoussés et finalement oubliés.

Pourtant.


Quelqu'un qui affiche sempiternellement et de manière si tape-à-l'œil ses connaissances et sa culture, c'est qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.

Quelqu'un qui insiste de manière systématique sur votre remise à question à vous, qui cherche en permanence à vous questionner sur votre fonctionnement, à rejeter sur vous tout problème comme étant le vôtre, sans jamais soi se remettre en cause, sans même savoir dire "excuse-moi" à quelque moment que ce soit, même pour des broutilles, et qui va même, quand justement on ose le remettre en cause à son tour, se rebiffer de manière irritée, comme un chat qui souffle, c'est qu'il y quelque chose qui ne tourne pas rond.

Quelqu'un qui reste caché derrière un rideau de fumée, constamment dans la séduction, c'est qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.

Quelqu'un qui vous expose ses soucis comme étant essentiels à respecter, mais qui n'écoute pas les vôtres, c'est qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.

Quelqu'un qui vous lance des critiques sévères, voire des termes péjoratifs, tout en affectant le sourire dans le même temps, c'est que quelque chose ne tourne pas rond.

Quelqu'un qui n'agit pas de manière cohérente avec son discours, c'est qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.

Quelqu'un qui finit par se placer dans toute conversation sur le piédestal de celui qui sait, de celui qui a compris des choses qui vous échappent encore, de celui qui a un équilibre de vie que vous n'atteignez pas, c'est qu'il y a quelque chose qui cloche.


Et quand vous êtes la tête dans le sable, que vous ne vous êtes pas aperçu de ce fonctionnement, vous êtes plongé dans une position intenable : à chercher à bien faire, à s'excuser de manière permanente de ne pas être à la hauteur d'un être si brillant, à s'enfoncer dans une remise en cause étouffante, à être fiévreusement en quête d'une relation simple et apaisée - quête vaine. Comme dans des sables mouvants, vous vous enfoncez petit à petit, vous vous asphyxiez. Et ça fait mal.


Heureusement qu'il subsiste le regard extérieur, celui des amis, pour vous montrez ce que ne vous voyiez plus : c'est ce qui permet de s'en sortir, en tout cas plus vite que si vous étiez seul.

Mais la question est importante : pourquoi s'être laissé embarqué ? Car il s'agit bien de se demander comment soi, on s'est laissé avoir, on a marché à fond dans ce petit jeu.


Dans mon cas personnel, une de mes connaissances (évitons "vrai ami", n'est-ce-pas...) a mis le doigt dessus : "cela t'était-il déjà arrivé" ?

Et "tilt" : oui, justement, c'est déjà arrivé. Pas avec les mêmes armes, mais avec le même fonctionnement. Il convient donc de s'interroger sur la manière dont je me suis laissé accaparer : de quoi étais-je en attente ?

Comment un manque de confiance en soi accentue le phénomène ? Et plus loin : comment dépasser ce manque de confiance ?

Il va être nécessaire de cheminer intérieurement pour éviter ces écueils, et pour savoir ne plus retomber dans ces mêmes ornières, ne plus se laisser empêtrer dans les rets de séductrices-manipulatrices (personnellement ça ne m'est arrivé qu'avec des femmes - les hommes fonctionnant ainsi, par contre, je les repère à dix kilomètres tellement ils me hérissent).


Et vis-à-vis de l'autre, que faire ?

Pas grand'chose, j'en ai peur. Il semble évident que la personne en question n'ait aucune conscience de son attitude manipulatrice et narcissique, ce qui évidemment rend difficile, voire impossible, d'avancer. Et, je l'ai déjà bien vu, toute critique (même la plus amaible) obtient une fin de non recevoir, agacée et méprisante. Le retour, au final, est toujours le même : "c'est toi qui a un problème, qui ne comprend pas".


Or les problèmes, ça se partage, bien entendu : une relation est bilatérale, interdépendante, en interaction.
De mon côté, je sais que certaines ornières me guettent dans des situations de faiblesse : je le reconnais et je vais chercher à dépasser cela. Mais une personnalité narcissique, pour sa part, refuse toute remise en question venant de l'extérieur, et se drape dans ses certitudes d'indépendance. C'est précisément ce déséquilibre qui est dangereux, et qui fait mal à celui qui est en face : toute la relation pèse sur une personne qui est mise constamment sur la sellette, dévaluée, dominée par l'autre.

De plus, elle a forcément plein de gens autour d'elle qui sont fascinés et séduits, donc comment une seule personne parmi toutes les autres en admiration pourrait se faire entendre ?


C'est terriblement triste, au fond. Car bien entendu, un tel comportement suppose quelqu'un de cruellement paumé, finalement. Quelqu'un qui a besoin de s'accrocher désespérément à sa séduction pour exister. Qui a besoin d'un masque pour se protéger, qui s'abrite à toute force derrière un paravent. L'accaparement dont j'ai été l'objet dénote très certainement une immense attente d'affection, au fond - limitée par sa propre dynamique, en cercle vicieux. D'une rencontre riche de possibilités il ne reste plus que des souvenirs, et, surtout, toute potentialité et capacité d'évolution se sont figées, paralysées. Le désir tellement affiché et revendiqué de "partage" et de "rencontre" reste à l'état de mots, et n'habille qu'une réalité superficielle.

Et quand on connaît quelques éléments de la vie personnelle de la personne, on voit bien vite qu'il n'y a pas besoin d'avoir des connaissances pointues en psychologie pour comprendre qu'il y a tout un tas de raisons possibles qui ont mené à ce caractère.


Alors on aimerait avoir de la tendresse pour cette personne, lui proposer tout de même son amitié, parce que c'est touchant, au fond, quelqu'un de paumé, et qu'il y a aussi, bien sûr, des richesses enfouies qui ne demandent qu'à s'exprimer.

On voudrait lui laisser la porte ouverte, avec indulgence : mais on se rend bien compte qu'il y a toutes les chances que ce soit vain.

Car malheureusement, une personnalité à tendance narcissique a surtout besoin de reconnaissance, plutôt que de tendresse et d'amour. Les vraies richesses intérieures sont submergées, dépassées, investies par le besoin de se mettre en valeur.

Une personnalité narcissique se lasse et va voir ailleurs, vogue d'espaces en espaces en quête de reconnaissance et de valorisation, laissant tomber les précédents qui ne sont plus à la hauteur.


Bon sang, que c'est triste de perdre ce qu'on croyait être une belle amitié, et de s'apercevoir que ce n'était qu'un rideau de fumée.


Alors, que faire ?

Sinon écrire un texte pour clarifier les choses pour soi, de lancer des pistes pour avancer, de partager son vécu, et tenter de circonscrire son désarroi ?





(1) vous êtes raisonnable, posé et adulte quand vous êtes amoureux, vous ?

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commentaires

Djac Baweur 25/03/2011 23:56



Bon, tout ça c'est bien loin maintenant... :o)


 


Sinon, oui, il ne faut pas plus longtemps réprimer une pulsion si profonde : zou, à l'alto ! :o)


Merci pour les compliments !



Sulamith 25/03/2011 00:20



Cher Djac,


J'arrive complètement après le schmilblick, mais je voulais tout de même te dire que ce post m'a beaucoup beaucoup touchée, et donné à penser. C'est que, ben ouais, un épisode similaire m'est
arrivé; avec évidemment toutes sortes de variantes. Mais tout de même deux choses me frappent: la grande similitude dans le fond et la forme des mails de ta dame et de ceux de mon monsieur (les
"tu n'as jamais/toujours", les "tu es si et ça", les "tu sembles avoir oublié que moi", bref), et le grand ébranlement subséquent de toutes mes assises (ça s'ébranle, des assises?), parce que
bon, quand on a été si proche de quelqu'un, quand il commence à dire des tas de trucs sur nous-mêmes (sur ma façon de m'habiller/de cuisiner/de dessiner/de bosser/de parler, ah ouais quand même,
quand j'y repense, il y avait toute la panoplie) on a tout de même envie, sinon de le croire consciemment, du moins d'y accorder du poids, d'autant que, je suis d'accord sur ce point, on n'est
pas sans responsabilité, on n'a pas vu les signes, pas écouté les gens... Et puis, surtout, une troisième chose, les amis, qui avaient discrètement suggéré ce qu'on a pas voulu entendre, dont on
mesure à quel point on les aime quand ils nous récupèrent à la sortie, à quel point ils sont importants, à quel point il est urgent de le leur dire. Les deux-trois heures passées à tout raconter
à une copine (qui écoute vachement bien, et qui pose des questions justes, avec, en même temps, une infinie bienveillance) assise par terre dans le salon restent un moment d'anthologie.


Aussi, total respect pour le discernement, la prudence, la bienveillance dont tu sembles faire preuve dans la façon de choisir tes termes, dans le refus de juger à l'emporte pièce.


Enfin bref, ton billet me parle. Il est peut-être bien loin de tes préoccupations actuelles, mais j'ai quand même été bien contente de tomber dessus (mais alors bien par hasard!) ce soir, alors
que, justement, je venais pour la première fois depuis longtemps d'acheter un pot de Nutella, ce qui est indéniablement un signe. ça me donne en un sens - ça et d'autres trucs - qu'après un bon
moment de rumination en boucle, ma page relationnelle relou est à peu près tournée, et que la vie, l'amour, tout ça, c'est tout de même rudement chouette.


Bon sinon, j'ai découvert ton blog via un copain qui avait posté le bilet sur le bestiaire des musiciens, d'où il apparaît clairement que je suis une altiste qui s'est par erreur incarnée dans un
corps de violoniste du dimanche, mais je ne désespère pas de rejoindre un jour ma nature profonde sauf qu'il faut apprendre la clé d'ut, et que franchement j'ai la flemme (CQFD, suis altiste. ça
et mon amour profonde de la bière post-répet, ya pas photo). Enfin bref, suis loin d'avoir tout lu, mais ce que j'ai lu me plaît fort, c'est rudement bien écrit, en plus d'être intéressant tout
plein. 


Merci!



Djac Baweur 06/03/2009 09:39

>Mai ; tant mieux ! Enfin, je veux dire, tant mieux que ça fasse du bien de ne pas se sentir seul, hein !Dans mon cas : il a fallu en passer par de sombres périodes de rumination à n'en plus finir, où on en devient stupide à force de ruminer. On a l'impression qu'on est dans une impasse - et puis un beau jour ça fait "pshitt", et ça ne fait plus partie que de son histoire, par laquelle on a appris beaucoup de choses, au final.Je te souhaite le même devenir ! 

Mai 05/03/2009 22:28

Juste un petit mot pour vous dire que j'ai subbi la même situation. (je suis une fille) mais je m'en suis rendue compte un peu trop tard, et ça fait très mal. Ca fait du bien de pas se sentir seule dans ces cas là.

Djac Baweur 14/12/2007 11:12

>Axi : la malédiction du poireau est sur nous ! Fuis, pauvre hère, fuis ou sois vaincu ! NOUS SOMMES MAUDIIIIIIITS....

Bon, le monsieur en blanc m'appelle, faut que j'y aille.
:o)

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