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18 octobre 2007 4 18 /10 /octobre /2007 12:58

J'arrête pas de râler contre le snobisme et le pédantisme qui plombe le classique, mais quand, de temps en temps, m'arrivent des pépites qui prouvent que, non, le classique n'est pas que cela, et qu'il y a des gens qui font partager, vraiment, ben je ne peux que me réjouir. Donc, voilà, hop : je me réjouis.

Voilà que coup sur coup, à deux jours d'intervalle, je tombe sur deux jolies pépites.


Première pépite


Sir Georg Solti, grand chef d'orchestre d'origine hongroise (depuis Bartok et Kodaly, il y a une tradition musicale classique très forte et vivante en Hongrie, semble-t-il), décédé en 1997, a déclaré :

«Je rêve de convaincre le public que la bonne musique n'est jamais difficile à comprendre».


Rien que pour avoir déclaré ça, j'aurais eu envie d'avoir l'occasion de lui faire un bisou.

Un DVD est sorti, qui, sous la férule de Solti, se propose de faire découvrir le classique, en présentant l'orchestre, les instruments, et en racontant comment ça marche - ça vous rappelle quelque chose ?

Pour plus de précisions :
un article sonore
un article écrit


Seconde pépite


Il m'arrive régulièrement de recevoir des mails de lecteurs, pour toute sorte de raisons (un jour, on m'a même demandé un conseil pour un sujet de thèse, et j'ai été bien embêté, pour employer une litote... - Lorraine, si tu nous écoutes !). Or, voilà que je reçois ce mail, qu'avec l'autorisation de son auteur, je reproduis ici, parce qu'il me ravit (le mail, pas l'auteur) :


«Je suis tombé par hasard sur ton blog et ton article (Pourquoi faire compliqué...), avec les remarques tant sur l'élitisme snobinard du milieu musical, le formalisme excessif des compositeurs complètement isolés de la pratique musicale et sur la culture de classe.

J'habite au Venezuela, où depuis quelques 30 ans existe un système gratuit et massif d'enseignement de la musique classique, mais plutôt conçu dans son volet social que comme "école" de musique.

Je crois bien qu'on en parle pas mal en Europe en ce moment, en partie à cause de la "mode Dudamel".


Or, il y a quelque chose dont on parle peu: l'incitation à la création dans ce système. Si tu veux composer, quel que soit ton âge, tu peux, on te donnera des cours et on jouera tes oeuvres, tout de suite, dans l'un des orchestres du système, et en public. Pas de sélection snobinarde, ni de peur d'être jugé.

J'ai entendu deux pièces très sympathiques de deux jeunes gars, membres de l'orchestre qui jouait et le public autour de moi (à un concert dans ville de province) était plutôt enthousiaste en écoutant ces morceaux. Je suis incapable de juger de la qualité musicale et sans doute il doit y avoir plein de pièces pas terribles jouées, mais dans un univers de 300 milles gamins qui font de la musique et disons peut-être 10 milles qui essayeront un jour ou un autre de composer quelque chose, il y aura peut-être moyen de trouver quelques bons compositeurs un jour, qui plus est, ayant été formés initialement dans la pratique orchestrale.


Dans tous les cas, c'est un peu l'anti-élitisme dans toute sa splendeur, je ne sais pas si tu en avais entendu parler...

Bien à toi

Damián».


J'avais bel et bien entendu parler de Gustavo Dudamel (jeune chef vénézuélien, qui, à 26 ans, est appelé à remplacer Esa Pekka Salonen - rien que ça ! - à la tête du philarmonique de Los Angeles, un des plus grands orchestres du monde), en termes très laudateurs, mais je ne savais pas qu'il y avait en général une éducation musicale d'une telle liberté au Vénézuéla. Et quand vous écoutez l'extrait proposé par Damián, observez bien le fond des violons, alto et violoncelles : un tel engagement et une telle énergie de tout le monde, ce pur plaisir jouissif de jouer, c'est pas vraiment-vraiment dans les orchestres français que vous verrez ça...

 

Et là, ils sont pas géniaux, les jeunes vénézuéliens de La Sinfónica de la Juventud Venezolana Simón Bolívar ? Un autre monde, non ?


C'est dommage, c'est un peu loin, le Vénézuela, et je connais pas l'espagnol, mais....

(PS : par pitié, pas de débat sur Chavez, merci d'avance)

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commentaires

Djac Baweur 23/10/2007 12:20

>DBardel : un grand merci pour ces précisions ! C'est effectivement bluffant, et la preuve qu'on peut faire autrement, pour d'aussi bons résultats.
;o)

DBardel 23/10/2007 00:48

J'avais vu un reportage (sur Arte, probablement), très long et documenté, sur l'Orchestre des jeunes du Vénézuéla. Le réalisateur filmait les jeunes chez eux (parfois dans des bidonvilles, dans des villages reculés de tout, dans des banlieues HLM comme chez nous, chez des gens de la "classe moyenne"... bref partout). Des mômes qui étaient parfois repérés parce qu'ils semblaient juste avoir un bon "feeling" en essayant de gratter une guitaire à laquelle il ne restait que trois cordes sur le pas de leur porte.

Je ne me souviens plus dans le détail de ce documentaire. Ce qui m'avait frappée, c'était que l'enseignement musical était toujours basé sur la pratique d'ensemble (bah oui, ici en France, c'est pas toujours évident), que le solfège et la lecture des partitions venaient d'eux-mêmes, en jouant, et que donc leur acquisition se faisait en douceur, tout naturellement. Je me souviens aussi que chaque village ou presque disposait d'une école de musique, où se retrouvaient ces jeunes qui jouaient sur divers instruments jusqu'à ce qu'ils aient trouvé "le bon". C'est dans ces pépinières que sont repérés les plus motivés, qui participent alors à des cours à Caracas, organisés en séminaires (très intensifs) pendant les vacances scolaires. De longues journées de boulot, destinées à apporter des connaissances musicales plus solides aux musiciens.

Tout ce système est entièrement financé par l'État. Le but étant, au même titre que la pratique d'un sport d'équipe, d'occuper des jeunes désœuvrés, parfois peu ou pas scolarisés.

Le reportage a montré l'Orchestre national des jeunes partant en tournée européenne avec leur très jeune chef, issu de leurs rangs. Ils sont allés à Münich, à Amsterdam, et je me souviens de leur accueil par nos grands chefs du Vieux Continent. Qui ont été littéralement bluffés. Ils ont joué des œuvres de compositeurs sud-américains ; ils étaient morts de trouille, mais surtout, et c'est vraiment l'image la plus forte du documentaire, ils se sont amusés comme des dingues pendant le concert. Ils jouent sans retenue (mais sans que ce soit le bazar, bien au contraire), avec toutes leurs tripes, c'était vraiment impressionnant. Ils jubilaient.

Je ne sais pas si ce système d'enseignement musical marche si bien que ça pour donner un sens à la vie de cette jeunesse que l'avenir ne réjouit pas forcément, ni s'il parvient réellement à jouer ce rôle de ciment social qui lui est attribué. Mais en tout cas, ce film m'a fait une très forte impression.

DB_k'a_des_trous_de_mémoire_et_ça_m'éneeeeerve...

maxime 21/10/2007 13:23

J'ai trouvé un lien où les gamins font des chorés impressionnantes... Ce que j'adore c'est le groove des percus ; ils sont vraiment dans leur musique sud-américaine... ICI

Lorraine 20/10/2007 20:51

Oh oui je t'écoute, Djac !
Je te lis aussi, et c'est très bien !

Mon DEA devrait vraiment porter sur la réception critique de Debussy (pour la thèse, je sais pas encore).

Bises

Cactus photographe éléfantasque à mateurs 20/10/2007 18:56

en fait je te testais : pour voir si c'était mieux qu'une poulette twisteuse !sinon je te lis de long en large aussi , TRUST me ( de la belle zik aussi )

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