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6 octobre 2007 6 06 /10 /octobre /2007 17:57


(Note aux éventuels nouveaux lecteurs - et même aux anciens, au point où on en est : pour comprendre quelque chose à ce qui suit, il est fortement recommandé de lire les épisodes précédents).


Épisode touailve.

Là, ça rigolait plus.


Y’a un temps pour tout : un temps pour rigoler, et un temps pour ne plus rigoler, et là, ça rigolait plus.


Ça s’appelle : un briefing.

À ce niveau-là, on pourrait plutôt dire : un conseil de guerre.


D’où, sans doute, l’attitude de Djoni. En tant que propriétaire du vaisseau qui allait soutenir l’assaut principal, on l’avait malgré tout gracieusement invité à s’asseoir autour de la table, en compagnie de Klinty, Stravisky et Hutch, et Hildegonde, qui, quoique circonspecte, tenait à s’assurer que ces grands couillons ne fassent pas n’importe quoi sans qu’elle y ait mis son grain de sel.

Djoni, en revanche, n’était pas circonspect, ce n’est pas vraiment le mot qui convient ; livide serait déjà plus approprié. Il venait d’entamer son troisième trajet consistant à passer ses ongles un à un dans une sorte de tondeuse à gazon déchaînée, constituée de ses incisives s’entrechoquant à haute vélocité. Parce que, tout de même, l’idée d’envoyer son cher Sigma Fox Shippyards Coco Alpha-Class Shuttle Millenium Air Wing Falcon Omega III à l’assaut d’une des plus grandes forteresses de l’Empire, ça passait pas. Il y avait un petit quelque chose qui lui échappait. Si bien que les débats avaient beau atteindre son oreille interne, ça glissait sur son encéphale comme un œuf sur une toile cirée.

Pendant ce temps, les pros débattaient quelque chose de bien. C’est qu’il ne fallait rien laisser au hasard. La moindre erreur pouvait être fatale. Un détail - et, paf vous êtes mort. Forcément, ça fait réfléchir. Je vous disais que ça rigolait pas.

 

«Sur le flanc gauche, il faut absolument ioniser les bippers-X, sinon l’interférence biglera les racks.

- Oui, mais que feras-tu en cas de carbulation du gabulimètre ?

- C’est un risque à prendre...

- Et si on préférait ridouiller les plottards, tout de suite, sans attendre ? On l’aurait, notre couverture ?

- C’est ça, et si la platouille nous lâche, on n’est pas dans la merde !

- On peut très bien régler la platouille pour la torgnoler sur le rayon de traction du blistomasteur, hein...

- Je doute qu’on ait assez de temps pour effectuer un torgnolage correct ! Je préfererais blatifuler les staminolastères, à tout prendre ! C’est un peu primaire, mais ça a fait ses preuves !

- L’ennui c’est qu’on ne sait pas si leur détecteur à infraglobes est capable de déceler une configuration en dépistouille...

- Ça ne règle pas le problème du gabulimètre, hein...

- Ou alors, connecter nos testouilleurs sur la dardanule, on augmentera la puissance de feu des branlecteurs !

- Je me demande : peut-être qu’en tirant la chevillette...

- Pour que la bobinette se mette à cherrer ? Non, non, non, surtout pas !

- Dites, fit Hildegonde, et si, juste, on se camouflait en profitant d’un convoi, pour s’infiltrer en douce ? Juste ?»


Il existe dans la littérature des tas d’expressions, de formules, de tournures, qui sont devenues galvaudées à force d’avoir été employées à toutes les sauces, on le sait. Mais il faut reconnaître que leur succès est bien dû à une efficacité certaine et à un impact redoutable d’intelligibilité immédiate. En l’occurence, celle qui paraît le mieux choisie pour décrire ce qui se passa à ce moment est : “silence assourdissant”.

Klinty, Stravisky et Hutch se regardèrent dans les yeux à tour de rôle, avec une drôle d’expression, du genre de celle que prendrait un expert en physique quantique qui, arrivant à bout d’une équation régissant les entrailles les plus intimes de la matière et dont seules dix personnes au monde seraient capables d’en saisir le sens, verrait son gamin de dix ans lui faire remarquer en passant qu’il a fait une erreur d’addition.

«...

- Mouais...

- C’est aussi une option...

- Faudra y réfléchir...

- Si le tortouilleur ne veut pas s’aligner en vertical-sloom-down, on pourra toujours essayer...

- Pourquoi pas...

- Ok, c’est réglé, fit Hildegonde, on s’infiltre dans un convoi, on se fait passser pour des fournisseurs, on simule une panne de radio pour éviter les contrôles, on se met dans un coin du hangar, on attend que les gars viennent contrôler en chair et en os, on les assomme et on prend leurs uniformes, on cherche où est la princesse, et on va la délivrer. Des questions ?

- Mmmh...

- Eeeeet si je restais en arrière, comme couverture ? fit la voix de Djoni, curieusement déformée, comme venant de trèèèèès loin.



«Oui, seigneur Djhoba ?»

Metelo-Zuni 4 était confortablement installé dans le siège en cuir du petit poste de pilotage de sa navette personnelle. Il était en chasse. Il aimait ça, être en chasse. Il se faisait des tas de fantasmes de faucon fondant sur sa proie et ce genre de trucs. Ça le faisait triper à mort, aux commandes de son petit bijou qui pouvait battre de vitesse aisément n’importe quelle navette de l’Empire.

«Gaaghgaahga ?

- Oui seigneur Djobha, je suis sur leurs traces, mais... Ils semblent se diriger vers le vaisseau amiral de la flotte impériale... Donc, pour l’instant, ça va être difficile...

- Ghha ? ghagha ghhha gggga !

- Vous avez raison, seigneur Djobha, comme toujours. Vous êtes le meilleur, seigneur Djobha.

- Ghaa ghaghaggg !

- Heuu... ? Hahem... C’est ça, b... bisous, à plus... »

Tout en coupant la communication, Metelo-Zuni 4 se dit que décidément, le seigneur Djobha (dit le Hutin) était imprévisible.



Le Général en chef qui avait en charge tout le fonctionnement du Palais Impérial et commandait toute la garnison qui y était affectée ne levait pas souvent les yeux des documents qu’il avait sur son bureau. Un chef, n’est-ce pas, ça a des obligations et des occupations qui naviguent dans des sphères bien au-dessus du monde des ploucs ordinaires. Par conséquent, le Général recevait dans son bureau en restant invariablement la tête penchée sur les documents qu’il parcourait puis signait, inlassablement. Et, dans le même temps, il vous écoutait et vous répondait ; car c’est ça, aussi, un chef, un type qui fait des trucs super forts.

Deux fois seulement, jusqu’à présent, il avait levés les yeux pour regarder son interlocuteur. La première fois, c’est quand on lui avait annoncé qu’on avait retrouvé sa femme ivre-morte dans un cabaret de streep-tease, vêtue d’un body en brillant argentée et de bottes de cow-boy avec des étoiles lumineuses dessus. La deuxième, c’est quand on l’a prévenu que le système d’évacuation du Palais s’était totalement mis en rade, et que les pompes avaient tout refoulé vers l’intérieur plutôt que vers l’extérieur, avec comme conséquence qu’une substance marronasse et nauséabonde d’un bon centimètre d’épaisseur recouvrait les salles de réception du Palais, et ce deux heures avant l’arrivée des consuls des Provinces.

Et là, donc, c’était la troisième fois.


«Vous dites, colonel ?»

Le colonel qui gérait la légion du Palais Impérial était devant lui, debout et pas super à l’aise, mais en bon professionnel, le menton était fermement maintenu vers le haut.

- De la musique baroque, mon Général. Et de l’encens, mon Général. Et on a repeint les couloirs en bleu lavande, mon Général.»

Les sourcils du Général dessinaient une courbe compliquée sur son front.

«En bleu lavande ? Les prisons ? Mais qu’est-ce que vous racontez ?

- C’est cette fille, mon Général.

- Quoi, cette fille ?

- C’est quand elle vous regarde, mon Général.

- Hé ben quoi, qu’est-ce qui se passe quand elle vous regarde ?

- Heuu... Vous faites ce qu’elle vous demande, mon Général.

- Non, mais qu’est-ce que... Dites, vous êtes colonel dans la Garde Impériale oui ou non ?

- Heu... oui, mon Général.

- Bon, alors ! Vous vous ressaissez et vous me remettez ça en ordre, nom de Dieu !!

- C’est-à-dire, mon Général...

- Quoi ?

- Je venais vous demander une autorisation, mon Général. Pour la prison, justement, mon Général.

- Une autorisation de quoi ?

- Heuu... c’est rapport au jacuzzi, mon Général.»



«Allo, allo, ici contrôle impérial, Sigma Fox Shippyards Coco Alpha-Class Shuttle Millenium Air Wing Falcon Omega III, veuillez donnez vos identifications.

- C.. ‘est - à d... on a u... &$ùetit PROb...me deù$:, tr...smISSion @&ù...

- Ha, ok, je vois. Mettez-vous dans le hangar 4-B, et attendez le passage de la patrouille de contrôle.

- D’ac... &`$, m...rci les ga...§$/... c’e... &ù$%...yMPA !»

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commentaires

Anna 28/09/2007 14:40

Je vais essayer, alors. Sans le justify, parce que je préfère avoir le choix. Merci, maître Brendufat. Merci, disciple Djac. *s'incline courtoisement*

Djac Baweur 28/09/2007 12:51

>Anna : personnellement, j'ai comme ligne :.contenuArticle p {text-align:justify; text-indent:15px;padding-bottom:0px;} C'est le padding-bottom:0px qui fait comme si il n'y avait pas de ligne sautée (j'aurais jamais cru ça tout seul, merci à Bakemono).

Anna 28/09/2007 12:44

Ouiii... Alors dans le css tu mets quoi, .p {text-indent:20px;} ?

Djac Baweur 28/09/2007 12:28

>Anna : ben dans ce cas, il suffit de mettre le texte hors des balises p, y'a aucun problème ! ;o)
(c'est le cas du texte tout en haut de cet article, par exemple)

Anna 28/09/2007 12:09

Cher maître, ça risque pas de flanquer le boxon à des endroits où on ne veut pas d'alinéas, ça ?

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