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13 août 2007 1 13 /08 /août /2007 18:36
    Afin de rompre la morne monotonie de la torpeur aoûtienne écrasée de chaleur (si, si, allez, on dirait qu'il ferait beau dans toute la France) et mollement installée dans le farniente, les yeux mi-clos, tout en chassant les mouches grasses et bourdonnantes d'une main paresseuse, torpeur à peine bousculée par les sensationnels jeux de l'été mis à disposition par la grâce d'un blog internationalement connu dont je tairai le nom par modestie, hé bien pour rompre cette paresse estivale ça me disait bien de s'énerver un peu, voire d'énerver tout le monde, en revenant sur des choses pas très agréables.
    Par exemple, si je dis "Sarkozy", tout de suite, hein ? Ça vous revient tout d'un coup, là, hein ? Y'a tout qui remonte, là, non ?

    Hé bien à ce sujet, trois articles du Monde Diplomatique (loué soit-il) m'ont remis les idées bien en face et les pendules à l'heure (d'été).
    Sarkozy serait juste un bon démago, les gens se sont laissés abusés parce qu'ils sont bêtes, et hop, élu ? Évidemment, l'équation est plus complexe.

    Ce qui me semble le plus significatif, en particulier, c'est la dilution totale de toute alternative réelle à des propositions de droite, laissant un boulevard idéologique parsemé de peu d'obstacles sérieux à celle-ci ; en d'autres termes, le parti socialiste s'étant rallié avec ferveur à l'économie de marché et au libéralisme économique, et ayant abandonné clairement toute idée d'alternative et d'utopie de gauche, cela rend les politiques de fond identiques globalement, ne laissant place à des débat un tant soit peu tranchés qu'au sujet des manières d'appliquer les "réformes" (sur la manière et non le fond), ou à propos de sujets "sociétaux". Et c'est ainsi qu'on ne cesse de voir nombre de "socialistes" appeler le PS à se "moderniser" (c'est-à-dire à assumer encore un peu plus le libre marché), et à abandonner tous les "conservatismes" qui sont censés encore le paralyser (c'est-à-dire toute idée de gauche, de redistribution des richesses et de solidarité par exemple), et voici le premier article dont je parlais.

    Bien entendu, cet état de fait ne peut que brouiller la fonction politique, rendre les discours illisibles et les idéologies floues, surtout quand on assène à longueur de journée qu'"on ne fait pas d'idéologie" sous prétexte de pragmatisme, comme si le "pragmatisme" était objectif, et même n'était pas une idéologie en soi, ce qui conduit naturellement l'opinion à se retrouver sans repères et perméable à tout et n'importe quoi. On manipule les mots et les idées comme autant d'arnaques : Sarkozy se réfère à Jaurès, le PS se dit défenseur des idées de gauche, bref, tout le monde est de gauche, ça fait bien, ça fait humain, mais dans les faits c'est un monde de droite qui est fabriqué, et voulu. En vidant ainsi les mots et les idées de tout sens réel, on détruit toute notion de "vivre ensemble", et on laisse l'opinion se diluer dans un flou individualiste propice à toutes les manipulations (lire ici).

    Par conséquent, on peut certes maudire Sarkozy et ses amis quand on constate à quel point leur action politique est destinée à favoriser de manière évidente les catégories les plus aisées et à faire perdurer ce monde de publicité, de consommation effrénée et d'ordre moral, au détriment de toute justice, sociale ou tout court. Mais il est bien malheureux de constater à quel point il nous faut bien maudire également ceux qui, en se couchant, laissent le champ libre au rouleau compresseur libéral parce qu'au fond, ils vont dans la même direction et ont abandonné tout idéal, tout en faisant le grand écart dans des discours qui en deviennent de véritables arnaques intellectuelles.
    Fait caractéristique, le recours à Tony Blair, présenté comme un héros qui a redressé le Royaume-Uni et fait de ce pays un paradis sur Terre, puisque alliant merveilleusement économie de marché et "justice sociale" (soi-disant) ; comme par hasard, le PS comme Sarkozy adorent et se réfèrent au même Blair. C'est le sujet du second article motif du présent billet.
    Que dire enfin de tous ces "socialistes" qui finissent par rallier de près ou de loin le gouvernement de François Fillon, sinon une admiration sans bornes devant tant de courage politique et d'idéaux vaillamment défendus ?

    C'est bien connu, un pays moderne c'est un pays qui ressemble aux États-Unis, une bonne fois pour toute. Plus on y ressemble, plus on est mieux. Cela, Sarkozy l'a parfaitement compris, et appliqué, comme le décrit ce troisième article.
    Là-bas, aux États-Unis, il y a les républicains, et les démocrates. Le reste, ça ne compte pas, autant que la feuille de salade qui accompagne un steak-frites, juste pour faire joli ; ce qui fait qu'on a le choix entre soit le steak, soit les frites, mais de toute façon, c'est le même plat.

    Or, voilà, nous vivons dans un pays moderne.
    Chouettos, non ?



(PS : à lire également cet article de Noam Chomsky, pas encore disponible en entier sur le net mais en vente chez tous les bons marchands de journeaux)

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commentaires

Djac Baweur 24/08/2007 13:12

>zeze : merci zeze !! ;o)

zeze 23/08/2007 23:50

Une remarque un peu tardive mais quand même: à lire sur le blog de Clémentine Autain (http://clementineautain.fr/2007/08/22/manuel-valls-ou-comment-perdre-sa-gauche/) elle y traite du même sujet avec Manuel Valls. Le glissement vers le libéralisme, et du coup un débat qui ne porte plus sur le fond mais sur les formes (et encore), et donc un affaiblissement des idées de gauche (celles qui veulent changer quelque chose) pas celles qui cherchent un portefeulle ministériel

Sarah 15/08/2007 00:35

le probleme, c'est qu'il devient de plus en plus difficile de dire qu'on est contre l'economie de marche, le liberalisme, etc.. sans passer pour un(e) doux(ce) reveur(se). et les seuls hommes ou femmes politiques qui osent le dire sont aujourd'hui tellement divises qu'il est difficile d'imaginer un grand parti de gauche, de vraie gauche, qui soit assez uni pour se faire reellement entendre. c'est d'ailleurs paradoxal, quand on pense a toutes les "Ombres chaleureuses", comme dit Tidoigts, qui sont nombreuses et pourraient justement constituer le socle d'un tel parti. plus tard peut-etre ?

tidoigts 14/08/2007 19:53

le problème c'est que les masques tombent. le passage de plusieurs têtes socialistes dans le camp de "l'ennemi" en dit long sur les relations internes et les ambitions de chacun . on parle effectivement de çà: diviser pour régner. il ne leur restait que cette occasion pour "penser", "agir"? moi je ne regrette pas mon choix. et si je ne suis pas à fond avec la candidate, elle me semblait malgré tout sinon plus fiable, en tout cas plus sincère.

Djac Baweur 14/08/2007 13:48

>Hugo : mmmh, là je crois vraiment pas que Sarkozy se pose quelque question que ce soit sur sa représentativité dans l'électorat... Il voulait être élu et pouvoir jouer les cow-boys avec Bush, point barre, même si c'était avec 1 français sur 10, peu lui importe... :o/

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