C’est pas trop ma spécialité,
d’autres sont beaucoup mieux qualifiés que moi pour ce faire, ce blog est plutôt
globalement destiné à 1/rigoler un peu, 2/parler un peu de musique, mais là, je ne résiste pas.
Comme la nécessité qui pousse le bousier à transbahuter inlassablement sur les chemins les plus ardus la boule à laquelle il doit son nom, il fallait que je vous parlasse de ce
livre, et oui je fais du subjonctif si je veux d’abord.
Ce livre est un vrai truc de dingue.
C’est peut-être pour cette raison qu’il est classé en catégorie science-fiction, alors que, arrivé aux trois-quarts du deuxième tome, je vois toujours pas le moindre petit bout
de science-fiction, sinon qu'apparemment il y a quelques libertés historiques, ce qui ne constitue après tout que la spécifité du roman que d’imaginer des histoires en marge de l’Histoire.
Ce livre est tellement dingue que de vouloir le résumer, ou en faire le pitch comme on dit à la télé pour faire à la mode (alors que ça fait surtout très con), est aussi
impossible que de traverser la place de l’Étoile à pied les yeux bandés.
Mais, vous connaissez mon intrépidité indomptable, je vais essayer.
clap, clap, clap - merci, merci, je vous aime à tous, c’est vous mon public -
clap, clap, clap.
Okay, c’est parti.
Il s’agit donc du
Cryptonomicon, en un seul volume dans son édition originale, mais découpé en trois tomes, déjà imposants dans l’édition française (je n’ose imaginer la
tronche de l’édition originale, il doit falloir aller l’acheter muni de son sac-à-dos) :
le Code Enigma,
le Réseau Kinakuta, et
Golgotha (en Livre de Poche - ouf). Cette
somme a été écrite par un certain Neal Stephenson, qui avait déjà écrit des romans plus marqués science-fiction, ce qui explique sans doute le classement dans cette catégorie de ce roman-ci.
Le récit se scinde en deux récits parallèles, dont le rapport n'apparaît pas clairement au début, mais dont de multiples liens et clins d’œil vont se faire jour petit à petit (je
rappelle que je n’en suis qu’aux trois-quarts du deuxième tome, par conséquent, ça va peut-être encore plus loin après, je ne sais pas).
Le tout tourne autour d’un thème très (très) général : l’information, l’échange de données, et le cryptage.
Le premier récit se déroule pendant la seconde guerre mondiale ; en gros, outre les aventures rocambolesques et hallucinantes du sergent Bobby Shaftoe, marine américain, dans les
Philippines en particulier, il est principalement question du décryptage des messages allemands interceptés par les Alliés. En effet, le Reich avait choisi une méthode de cryptage qu’il pensait
indéchiffrable, en utilisant une machine nommée Enigma (ça fait un peu titre de jeu Ravensburger, mais c’est parfaitement authentique).
Or, grâce à l’action de service secrets (comme ceux des Polonais) et sous l’égide de mathématiciens géniaux (comme Alan Turing, célèbre inventeur du principe de la
machine de
Turing qui devait déboucher sur les ordinateurs et les robots), ces codes ont été “cassés”. Les Anglais avaient réquisitionnés à cette fin un manoir, Bletchey Park, dans le plus grand secret,
tellement secret que toute l’affaire ne sera dévoilée qu’en 1974, manoir dans lequel étaient traités tous les messages interceptés par les radios. Il y était également question de tenter de casser
un code encore plus spécial, celui utilisé par le führer lui-même pour dialoguer avec son État-major le plus proche, ce qui fut fait grâce à une machine énorme, baptisée à juste titre Colossus, et
qui fut en fait le premier ordinateur progammable...
Il s'agissait encore, à Bletchey Park, de répondre à une difficile question, une fois les messages décryptés : en effet, si, ayant décodé tel message indiquant qu’une attaque
allait se porter à tel endroit, on répond tout d’un coup en envoyant les défenses had oc, que vont penser les allemands en voyant débarquer les alliés pile à un endroit pourtant tenu secret ? Il y
a alors de fortes chances pour qu’à un moment, à force de constater des coïncidences énormes, les allemands finissent par en inférer que leur code est inutile, et qu’il faut en changer : ce qui
fait que tout serait à refaire, en restant pendant de longs moments complètement sourds aux messages du Reich. Donc, il faut ruser, et faire croire pas les procédés les plus tordus que chaque
convoi descendu, chaque attaque surprise attendue, l’est par le plus grand des hasards, par l’espionnage ou par l’observation directe.
L’impact et l’importance du décryptage des messages allemands furent tels qu’on a pu dire que les Alliés avait gagné un an de guerre grâce à cela. Peu après avoir entamé ce
livre, je suis d’ailleurs tombé sur une édition de 2000 ans d’histoire (émission de Patrice Gélinet sur France Inter) qui
traite justement d’Enigma (début de l’émission proprement dite après 2:47).
Le second récit se déroule à notre époque, ou un futur extrêmement proche ; on y suit le cheminement délirant d’un certain Randy Waterhouse, qui fait partie d’une bande de
nerds (fondus et spécialistes d’informatique) cherchant à monter une affaire, consistant à installer et gérer un réseau internet dans les Philippines. S’ensuivent une plongée dans le
monde des affaires, l’univers d’internet, et des aventures aussi improbables que délirantes...
Ce que je viens de décrire n’est que l’essentiel du livre, sa colonne vertébrale ; le récit prend en effet des chemins et détours tout à fait hallucinants, chaque chapitre est
une surprise echevelée, on passe du bombardement de Pearl Harbour aux rivages de la Norvège, ou à l’intérieur d’un U-Boot (sous-marin allemand), on cotoie les évènements les plus cachés de la
seconde guerre mondiale, autant que la chasse au trésor dans la baie de Manille ou les dessous juridiques d’une start-up d’internet, on apprend en quoi la barbe est “un symbole de la frontière
entre le moi et l’environnement dans une con/vention/struction sociale”, autant qu’on se balade dans Manille ou l’île de Corregidor, ou qu’on se fait expliquer le fonctionnement du phreaking de Von
Eck pour espionner les ordinateurs...
Et ce qui lie le tout, c’est le style de Stephenson, débridé, débordant et drôle.
Avec un peu d’Ellroy pour la densité des scènes et des personnages, un peu de Le Carré pour le côté espionnage, un peu d’Eco dans le genre culture encyclopédique, et un peu de
chapasqui pour son humour cynique et détaché.
Alors que, commençant ma lecture, ravi, je me disais qu’il me semblait bien lire un truc ahurissant, je fis des recherches internet pour savoir si tel ou tel personage avait bel
et bien existé, et je tombai par le plus grand des hasards sur quelque chose qui me convainquit alors que je ne rêvais pas quant à la qualité de ce que j’étais en train de dévorer : une critique
rien moins que du
Monde Diplomatique (mes héros)... qui vous expliquera évidemment bien mieux que moi ce
que recouvre le premier tome, mais bon, c’était pas une raison non plus pour vous laisser en plan avec juste un lien et deux mots rapidos, vous auriez vitupéré avec raison en vous disant que c’est
pas parce que c’est les vacances que quand même il faut pour autant se foutre de la gueule du monde sur ce blog de flemmasse, non mais alors pour qui nous prend-on c’est un monde.
Bref arrêtez de vitupérer, hein, et dépêchez-vous de lire ce livre et de vous lancez dans les grandes aventures étourdissantes et extravagantes du
Cryptonomicon...
Par ailleurs, tes jeux de l'été m'ont bien amusé, c'est une idée à poursuivre.