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27 mai 2007 7 27 /05 /mai /2007 13:31
(Note aux éventuels nouveaux lecteurs - et même aux anciens, au point où on en est : pour comprendre quelque chose à ce qui suit, il est fortement recommandé de lire les épisodes précédents).



"Il me semble parfois que mon sang coule à flots,
 Ainsi qu'une fontaine aux rythmiques sanglots.
 Je l'entends bien qui coule avec un long murmure,
 Mais je me tâte en vain pour trouver la blessure. "
 Baudelaire, in. les Fleurs du Mal - La fontaine de sang

 "On a mis Patapouf au milieu de la farandole. Il pleut des confetti. Les serpentins volent. Le disque ne s'arrête pas de jouer de la musique. On a la tête qui tourne, tourne..."

 Marcel Marlier, Gilbert Delahaye in. Martine fête son anniversaire)

 "Les chasseurs de scalp ! Bloody hell, qu'est-ce que ça vient faire là-dedans ?..."

 Blueberry, in. OK Corral. 2003

 "Ce n'est qu'ensemble qu'on sera plusieurs"

 Bruno Salomone, in. œuvres complètes

 "Frères ! de ces deux voix étranges, inouïes,
 Sans cesse renaissant, sans cesse évanouies,
 Qu'écoute l'Éternel durant l'éternité,
 L'une disait : NATURE ! et l'autre : HUMANITÉ !"

 Victor Hugo, in. Ce qu'on entend sur la montagne

 "Et maintenant, je vais jouer aux billes"

 Benoît Brisefer, in. les Taxis Rouges.



épisode iléveune

     «Nul toi-même !
     - N'importe quoi, d'abord !
     - Pis d'façon t'es trop bête, tu comprends rien !
     - C'est celui qui le dit qui y est !
     - C'est ça, tu te crois malin !
     - T'es qu'une grosse vermicelle bouillie, na !
     - Ouais, ben toi t'es qu'un chimpanzé moche ! Avec des boutons !
     - De toute façon j'vais venir avec mon frère y te cassera la gueule !
     - Ouais ben alors là n'importe quoi, pasque mon papa il est plus fort que ton frère, alors !
     - Ton papa il est pas beau et il sent mauvais !
     - Ton frère il est plein de poils et il louche !
     - Toujours plus que ce que tu diras !
     - Pff, c'est nul, si je dis l'infini ça marche même pas ton truc, tu vois que t'es bête !
     - C'est ça, tu fais ta madame-je-sors-ma-science !
     - Moi au moins j'en ai de la science, c'est pas comme toi !
     - Tu sais faire que ça, de crân...
     - DOOOONG !»
     Dès que le gong retentit, la Princesse Lycra et l'infâme Zorg regagnèrent immédiatement leur siège respectif.
    La Princesse se désaltéra, et en profita pour verser une partie de sa gourde sur le visage ; de son côté, Zorg se faisait masser les deltoïdes pendant qu'un autre garde lui passait une éponge  humide sur le front.
     La Princesse avait maintenant des cernes marquées (cernes qui, chez n'importe quelle autre, aurait fait fatiguée et triste, mais qui, elle, la rendait à la fois tendrement vulnérable et admirablement courageuse), cernes qui signifiaient l'âpreté de la confrontation, sans pitié. La Princesse savait que ses forces n'étaient pas infinies, qu'elle finirait par craquer, mais il fallait tenir, tenir, tenir...


     «Heu, ben c'est-à-dire que moi, au départ, je voulais juste faire baroudeur, hein, pas sauveur de l'Univers, pis en plus, est-ce que ça gagne quelque chose, sauveur de l'Univers, pasque moi faut que je rembourse des dettes, alors j'ai pas que ça à faire, voyez...
     - Hé ben pour une fois que mon crétin de frère dit quelque chose de sensé ! C'est de l'abus de pouvoir ! Vous n'avez pas le droit ! Nous forcer à participer à la libération de votre pouffe ! Et puis quoi encore !
     - Écoutez, Hildegonde, fit Klinty, c'est très important, il s'agit de l'avenir possible de milliards de gens, de les libérer de ce joug impérial autoritaire et injuste, on ne peut pas faire passer des considérations personnelles avant...
     - Ouais, ben voyons, s'écria de plus belle Hildegonde, dont les yeux derrière les carreaux de ses lunettes semblaient crépiter d'électricité statique, l'avenir de l'Humanité, blablabla ! C'est surtout que vous voulez vous la taper, votre Princesse, ouais !
     - Ben oui, évidemm.. Heu, mais enfin non voyons, comment osez-vous insinuer des choses pareilles !
     - Ouais, intervint Sam, et nous, alors, les sans-grades, on nous demande même pas notre avis, c'est ça ? On compte pour du beurre, on est considérés comme inférieurs, c'est bien ça  ?
     - Oh toi ta gueule ! s'exclama Klinty.
     - Oh toi ta gueule ! s'exclama Hildegonde
     - Heuu... tais-toi, Sam ! dit aussi fermement que possible Djoni. S'il te plaît, ajouta-t-il après un temps de réflexion.

     Un silence tendu s'installa dans la pièce principale du vaisseau dans laquelle se tenait ce briefing mouvementé, les regards furieux et figés comme dans les meilleurs épisodes de  Santa Barabara.
     Officiellement, il s'agissait en toute simplicité de préparer une modeste attaquounette du vaisseau amiral de la flotte impériale qui constituait la Prison Impériale officielle (à ne pas confondre avec les prisons tout à fait officieuses du Palais de l'Empereur, prisons n'ayant, elles, aucune existence légale et avouée mais dont pourtant la seule évocation faisait gémir  d'horreur n'importe quel citoyen normalement constitué - l'autre aussi, remarquez, disons que le gémissement était alors légèrement moins appuyé), entreprise guerrière dont Djoni et Hildegonde,  chacun pour des raisons qui leur était propre, ne voyait pas vraiment ni la faisabilité, ni la foncière utilité, alors que tout cela paraissait fort naturel à Klinty, car enfin quoi, prendre  d'assaut à quatre ou cinq une légion entière c'était la routine, et en plus ça marchait toujours. En effet, les gens gardent cette croyance tenace que les sauveurs de l'Univers sont forcément des  types aux capacités exceptionnelles, alors qu'en fait, ce qui se sait peu, c'est qu'il suffit d'essayer pour que ça marche, car, en effet, les ennemis sont certes toujours nombreux, avec certes des  chefs terribles et puissants pour faire peur, mais servis inévitablement par des gros nuls, c'est ça le truc : les soldats ennemis trouvent inéluctablement le moyen de se mettre à découvert, ou de tomber forcément dans le moindre piège grossier, et tirent toujours largement à côté, donc, en fait il n'y a aucun risque, en vrai, mais évidemment tant qu'on n'a pas essayé, c'est comme le saut à l'élastique, c'est un peu impressionnant, on n'ose pas se lancer.
     Dans un coin, assez indifférent aux débats, Cheequetabah le Youqui suçait pensivement son doigt, préalablement trempé dans un pot de Nutella, ce qui avait d'ailleurs pour effet de vider le pot à moitié, vu l'épaisseur dudit doigt (et dudit doigt, ça fait qu'un seul doigt, malgré les apparences). Il repensait, péniblement, à ces drôles d'idées dont lui avait parlé Sam, ces  derniers temps. Il n'avait pas très bien encore saisi le concept de "cinq-dix cas" (c'est soit cinq, soit dix, d'habitude, et puis de quels cas parlait-il ? Mais il n'avait pas osé poser la question), ni celui de ce "Camp des Gais Travailleurs" qu'il voulait créer, pour défendre les intérêts des travailleurs manuels, avait-il dit, injustement spoliés par les baroudeurs et autre  sauveurs de l'Univers, avait-il affirmé. hhhuuuAAAOOUUUURRrgh (*bah tant qu'on a notre Nutella... ?*) avait-il rétorqué, fort habilement, du moins lui avait-il semblé (l'argument était, à son sens, imparable). Mais Sam n'avait pas eu l'air convaincu, avait sorti quelque chose sur "le maitre et l'esclave", et était partit bougonner plus loin, dans son hamac de travailleur. Depuis, Cheequetabah était perplexe.
     Assistaient également à la scène Stravisky et Hutch, et visiblement, ils auraient préféré pas.
     Stravisky se lustrait ostensiblement les ongles, avec un luxe de détail qui dénotait bien son désir brûlant d'être à ce moment n'importe où, mais pas ici. Quant à Hutch, il cherchait apparemment à faire croire qu'il se passionnait pour les rivets qui fixaient les gaines d'aération de la pièce, mais un je-ne-sais-quoi laissait penser qu'il aurait plus que volontiers tenté la technique du "j'm'éloigne-sur-la-pointe-des-pieds-l'air-de-rien-j'existe-pas-pom-pom-pom".
     Mais, toute gênante qu'était la situation, ils gardaient le courage de rester car ils le savaient bien, que de toute façon, en tant que sauveur de l'Univers, c'est Klinty qui  aurait le dernier mot.


     Il y eut une sorte de gargouillis infâme, comme si on fouillait avec une spatule dans des tripes baignant dans des mucosités immondes, et l'imposant Djobha (dit le Hutin), prêteur sur gages, répandu sur sa couchette, ouvrit la chose caverneuse et glaireuse qui lui servait de bouche, et dit :
     «Gahagaga, gagagghaaga, gha, gagagagggaah !
     - Oui, seigneur, répondit la silhouette sombre qui se tenait debout à côté. Djoni S. Aleedey, c'est noté, seigneur Djobha.
     - Gaagaghga, ghaaaa, gagag !
     - Les petits gnomes l'ont repéré, capturé mais il s'est échappé. Très bien, seigneur Djobha, ainsi ce sera facile de retrouver sa trace, seigneur Djobha.
     - Gaahghaga, gaaaaaa ! Ghagha !
     - Il paie ou je l'emmène ici et il meurt, c'est simple et efficace, mon seigneur, comme toujours. Heu, seigneur Djobha ?
     - Ghaga ?
     - Vous avez un peu de... qui dégouline... Non, de l'autre côté... Voilà...
     - Gh.
     - De rien.»


     Djoni et Hildegonde s'étaient retirés pour délibérer tranquillement. Le choix était décisif. Leur vie était prête à basculer - si ce n'était déjà fait.
     «Écoute Djoni, je crois qu'on n'a pas le choix. Ça m'énerve à devoir l'admettre, mais il nous faut les suivre et les seconder. Et puis regarde : si jamais on les aide, on sera forcément récompensé, tout plein de schblomphs, et hop, c'est la fin de nos problèmes ! Tu te rends compte !
     - Ouais, c'est ça, ben voyons, je me rend super compte, à donf, ça va marcher comme sur des roulettes, on entre dans la prison la mieux gardée de l'Univers, au nez et à la barbe d'une légion impériale entière, et hop, on ressort avec la Princesse Cracra-machin là, tranquillou milou les mains dans les poches, bien sûr ! Tu parles, tu cherches n'importe quel prétexte pour suivre ce type, ce Klinty... parce que, je vais te dire, t'es amoureuse, voilà, ha haa !
     - Quoi ? Quoi ? s'exclama Hildegonde d'un ton offusqué, moi, moi, amoureuse de ce... de ce... bellâtre ? Non mais qu'est-ce que tu vas insinuer ? Que j'aimerais me faire prendre  à même le sol forcée par ses bras puissants de grande brute et me cambrer bestialement sous ses coups de boutoir de fier étalon qui me transporteraient au septième ciel et me feraient hurler sans retenue de plaisir sauvage, divinement abandonnée à la luxure des ébats lubriques et animals ? Alors là, n'importe quoi !
     - Ha bon, bon, j'ai rien dit... Bon, d'accord, d'accord, on y va, libérer la Princesse Viagra-truc, là, pfff...»


     Le colonel en avait pourtant vu des vertes et des pas mûres dans sa carrière. Et actuellement affecté à la légion gardant le Palais Impérial, il était habitué à repousser les  critères de la normalité dans des recoins insoupçonnés. Mais là tout de même, debout face à la baie vitrée de son bureau, main dans le dos, surplombant une partie des jardins impériaux, il restait  songeur et nerveux.
     Il repensait à son étrange entrevue avec le chef des prisons spéciales du Palais. Il avait fini par à peu près s'habituer à la présence de ce qu'on avait de la peine à appeler un humain : avec ses cheveux en touffes rares et filasses, sa bouche tordue dans un rictus laissant apparaître des dents jaunâtres, il traînait avec lui sa réputation de terreur pure. On disait qu'il riait alors que le sang de ses victimes pissait partout à gros bouillons et l'éclaboussait ; qu'il n'aimait rien tant que le son des os qui craquent, et qu'il avait une collection de CD qu'il avait  constitué lui-même, et qu'il ré-écoutait le soir avant de s'endormir ; certains affirmait même qu'il avait caché des tas d'aveux pourtant spontanés rien que pour avoir le plaisir de continuer de  charcuter ses victimes.
     C'est dire si le colonel s'était senti surpris quand le responsable du département Logistique lui avait communiqué les listes de fournitures sollicitées par les prisons spéciales, en lui faisant part de son propre étonnement. En effet, au lieu des barils d'acide, des seringues ou des clous habituels, il avait bien lu ce qu'il avait lu, inscrit noir sur blanc sur du papier officiel des Armées Impériales. Alors bien entendu, il avait convoqué le chef des prisons, pour comprendre. Parce que, tout de même, "papier crépon", "feutre", ou "rubans et paillettes",  c'était curieux.
     Le colonel sentait qu'il allait devoir faire une visite à ces foutues prisons. Non que ça lui faisait plaisir, c'était des lieux où il n'avait jamais mis les pieds, et où il avait espéré ne jamais avoir à le faire. Mais il n'arrivait pas à s'ôter de la tête la réponse du chef des prisons spéciales. Il se passait quelque chose d'anormal.

     Il avait répondu : «parce que c'est joli».

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commentaires

brendufat (magnanime, longanime, généreux et tout) 29/05/2007 23:04

Loué sois-tu, ô grand Djac, pour m'avoir donné matière à cet article qui, à son tour, engendra une discussion des plus intéressantes.Smack, smack, bisou (ben ouais je pique, et alors ?)

Djac Baweur 29/05/2007 20:51

>brendufat : et voilà, ha ben voilà, alors maintenant c'est tout en italique dans les commentaires, ha ben bravo, tout ça pour se la jouer genre "ouaiiis moi en informatique j'assuuuure un max, tout çaaa", ouais ben d'accord, c'est réussi...
:op :oD

(si, par un hasard extraordinaire, un lecteur intéressé par cette discussion venait à passer là par une coïncidence inouïe, il pourra se reporter au blog du brendufat ci-dessus pour de plus amples explications)

>Clémence : et ça te fait rire ?

>Anna : ouaiiiis, j'avais entendu parler, mais ça règle pas le problème du simple retour à la ligne... :o/

Anna 29/05/2007 10:34

Ton altesse, je me suis plainte sur le forum pour l'alinéa qui saute, et ils m'ont dit de créer une classe perso avec le paragraphe qui avance de x pixels et de l'appliquer systématiquement à mes articles. Depuis, ça va mieux.

Clémence 29/05/2007 01:04

Cette liste de commentaires enchassés est presque aussi drôle que l'épisode au-dessus! (Il esplique bien Brendufat dites donc, je suis bluffée!)
Et moi aussi je vote OUI à une version audio (je peux venir à l'enregistrement steuplé Rififi? j'ai toujours venir de voir (de faire plus exactement) çà. ("ça"=une enregistrement radio... au cas où ma phrase n'airait pas été claire)

brendufat 29/05/2007 00:38

Pourris au maximum : je vais devoir taper un </em> pour sortir de l'italique. Késsadonne ?

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