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Ley Fasbuleuses Lesgendes d'Ameerone :
Introduction, règles,
Liste des joueurs
et Cartes

Dimanche 4 février 2007
   (Note aux éventuels nouveaux lecteurs : pour comprendre quelque chose à ce qui suit, il est recommandé de lire les épisodes précédents).

     Cher monsieur,
    En tant qu'utilisateur honnête et régulier d'internet, je voudrais me plaindre de ce qu'on trouve sur le Web. C'est vraiment inqualifiable, c'est un scandale. Tout fout le camp. Pauvre France, pauvre monde.
    L'histoire que nous propose ce pseudo-blogueur de Jac Baveur est totalement plate et inintéressante. Il ne se passe rien, aucune action, c'est mou du genou. Encore un coup de ces bien-pensants de bobos parisianistes, bande de tapettes. Je suis sûr que ce Baveur est favorable aux trente-cinq heures, à tous les coups. Un fainéant de saltimbanque ou de fonctionnaire. C'est avec des gens pareils que la grandeur de la France se trouve un peu plus humiliée chaque jour.
    Je souhaite donc, monsieur, que vous fassiez le nécessaire pour que les choses changent, et que cette histoire inculque enfin les vrais valeurs.
    Merci d'avance.

    Alfred Grognon, Caporal-chef en retraite au 25ème RIT de Grenoble.


épisode naïne

    Au petit matin, après une nuit pénible due, d'une part, à la dureté du sol, et d'autre part, à l'incapacité de HT2P de se mettre sur «veille», tout se passa très vite.

    Djoni et ses camarades d'infortune furent d'abord réveillés par des coups sourds qui semblaient ébranler toutes la base des sales petits gnomes qui les avaient fait prisonniers. Aussitôt, Klinty fut debout, près de la porte, à scruter de l'oreille les moindres bruits engendrés par l'activité des gnomes (oui, on peut scruter avec les oreilles, si je veux d'abord, et ne m'interrompez pas s'il vous plaît).
    Djoni ne pouvait s'empêcher de dissimuler son impatience :
    «Alors ? Alors ? Alors ?»
    - Chhhhtttt...»
    Tout le monde retint sa respiration ; le temps s'arrêta, figé sur Klinty en son état scrutatoire, les yeux plissé par l'effort de concentration extrême, une goutte de sueur perlant sur son front buriné. Soudain, il se redressa, et affirma d'un ton qui ne tolérait aucune contestation :
    - C'est le moment. Il faut sortir d'ici.
    - Heuuu... fit Djoni.
    - Ha ha, très drôle, sortir d'ici, mais bien sûr, ben voyons, môssieur Stewd sait tout mieux que tout le monde, la porte est fermée à clef mais môssieur Stewd il va nous l'ouvrir à la seule force de son petit doigt, ha ha, sarcastisa(1) Hildegonde.
    -Non, répondit calmement Klinty, grand seigneur, pas avec mon petit doigt.»

    (en réalité, même s'il ne se l'avouait pas ouvertement, Klinty se la pétait un peu dans ces moments là. Il avait beau savoir, que, forcément, en tant que héros chef de la Rebellion et tout, et en compagnie d'une bande de nazes comme il y en a peu, sa supériorité stratégique coulait de source sans qu'il y ait lieu d'en tirer une quelconque fierté. C'est comme de mesurer un mètre quatre-vingt quatre, ou d'avoir un corps élancé et racé, c'est une donnée, un fait établi, pas de quoi en faire un fromage. Mais, malgré tout, et comme tous les héros en fait, il faut le savoir, même si on nous le cache soigneusement pour ne pas écorner leur image, Klinty trouvait son petit plaisir à se la péter un peu, et à se la jouer sûr de lui quand il avait la solution que les autres n'avaient pas, en adoptant un ton l'air de pas y toucher, avec la nonchalance décontractée et supérieure de celui qui gère quoi qu'il arrive. En fait, sa solution devait forcément marcher puisque il était le héros, quel que soit le ton qu'il employait, mais bon, chacun trouve ses petits plaisirs là où il peut. En plus, ça marchait grave avec les filles. Enfin, apparemment, pas avec Hildegonde. Et, tant mieux pour lui, dans un sens, vu sa tronche.)

    - Pas avec mon petit doigt, mais avec ceci. HT2P, tu crois pouvoir ouvrir cette porte ?»
    HT2P affirma un sybillin «grouUit blEouPouit» et fonça vers la serrure électronique ; un petit capot dans le corps de l'espèce de chaudron qui constituait le droïde s'ouvrit, et une sorte de pince à tout faire sortit avec un «bzrrzrrzrrzr» appuyé, et un rien rouillé, semblait-il.
    Ce qui n'empêcha pas la porte de s'ouvrir toute grande quelques secondes après, Klinty s'efforçant de prendre l'air du gars blasé qui faisait ça tous les jours.
    Dans les couloirs, c'était la chienlit.


    Le telcom de Zorg sonna sur son bureau.
    Il se retint de soupirer.
    Il avait du travail, il fallait préparer les interrogatoires des rebelles captifs, se concentrer avant des séances de toisage qui allaient devoir être de grands moments de toisage, puisque il aurait affaire avec la Princesse Lycra en personne, qui ne devait pas se laisser toiser comme ça, c'était une femme de caractère, que Zorg respectait, pas comme ces carpettes de la Garde Impériale qu'il était contraint de côtoyer à longueur de temps.
    Mais, le nom de l'appelant apparut sur l'écran, et cette fois, Zorg soupira pour de bon.
    Il ne pouvait pas différer l'appel. Ça aurait été le Colonel de Services des télécommunications de l'armée, le Général en chef des Armées de Terre, le ministre de la Propagande, de la Publicité et des Jeux Télévisés, ou même l'Empereur en personne, il aurait pu refuser de répondre et aurait fait poireauter le temps qu'il aurait fallu.
    Mais pas là.

    C'était sa sœur.

    Sa sœur était à l'espèce humaine ce qu'un croisement entre un éléphant et un tigre du Bengale aurait représenté pour le règne animal: une présence annonciatrice de contrariétés et de désagréments.
    En fait, Zorg devait à de longues heures pénibles et torturantes en la présence de sa charmante grande sœur ses capacités exceptionnelles de toisage et de glacial commandement : c'était des capacités qu'il s'était forgé en réaction aux subtils tourments endurés du fait de cette chère Priscilla qui avait trouvé en son frère un jouet fort gratifiant, jusqu'à ce que Zorg se soit suffisamment perfectionné.
    Mais, tout expert qu'il était devenu en résistance psychique et en absence de toute émotion superflue, braver sa sœur lui semblait totalement impensable. Et il n'était pas le seul. En vérité, pas un seul Homme ou Extraterrestre dans l'Univers suffisamment sain d'esprit n'aurait pu imaginer que braver cette dame pouvait mener à quoi que ce soit d'autre qu'à une catastrophe personnelle très désagréable.

    Zorg pris un cachou, une inspiration, puis appuya sur un bouton.
    «Ouiiiii ??
    - Écoute Zorg, c'est moi Pricilla, c'est affreux, écoute, c'est un scandale, vraiment, c'est impensable des choses pareilles, je ne la comprends pas, et puis quoi mais enfin que fait la police, c'est un monde tout de même, hein, on se demande quand même à quoi servent nos impôts, c'est bien la peine de se faire racketter par l'Empire si c'est pour que ça ne serve à rien, parce que quand même c'est pas si compliqué de faire son travail, mais voilà maintenant on n'est plus à l'abri nulle part même si...
    - Priscilla... ?
    - ... mais ça ne va pas se passer comme ça, ho là là, j'ai des droits, moi, on est quand même dans un Empire, je te prie de croire qu'on va en entendre parler en haut lieu, car c'est un vrai scandale, enfin tout de même si la police faisait correctement son travail on n'en serait pas là, et puis c'est à cause de tous ses étrangers venus de toutes ces planètes aussi, voilà à quoi la police est occupée, on préfère protéger tous ces étrangers plutôt que de veiller sur les honnêtes citoyens, non mais franchement...
    - Priscilla, je...
    - ... et puis aussi avec ses idées bizarres ça devait arriver, hein, à force de s'occuper de ces trucs d'humanitaires, voilà bravo elle a gagné, et c'est du soucis pour sa pauvre mère, oh mais ça tu parles elle y a jamais pensé ça, c'est pas son problème, de toute façon ça ce sont les jeunes d'aujourd'hui, il faudrait que tout leur tombe comme ça tout cuit, ha mais moi de mon temps excuse-moi hein mais il fallait se démener pour s'en sortir, alors que maintenant, avec leur musique de dégénérés, voilà ce qui arrive, et quand est-ce que...
    - Hahem, Priscilla, QU'EST-CE QU'IL SE PASSE EXACTEMENT... ?
    - ...l'empereur devrait tout de même prendre des mesures qui... hein ? Ha oui, hé bien, figure-toi que Zorguinette a disparu ! Introuvable ! Sans prévenir, rien, elle est partie, sans même penser au mouron que se ferait sa pauvre mère, tu te rends compte, c'est une honte, mais elle a toujours été comme ça, à n'en faire qu'à sa tête, c'est son père qui a toujours été trop faible avec elle, ça je l'ai toujours dit, hein, et maintenant on voit le...»
    Zorg se rappelait en effet, avoir vaguement eu connaissance de l'existence d'une nièce.
    D'après ses maigres souvenirs, celle-ci avait un caractère au moins aussi trempé que sa mère, mais en réaction, avait adopté une vision de la vie radicalement opposée, et émargeait dans des mouvements plus ou moins légaux et anti-impériaux, au plus grand désespoir de sa mère. Zorg avait de ce fait toujours réussi à éviter les invitations à manger chez sa sœur, ce qu'il imaginait de la présence de deux furies à moins de deux mètres l'une de l'autre l'épuisant à l'avance.
    Sa sœur ne s'était toujours pas interrompue :
    - ...c'est le problème en ce moment, on accepte n'importe quoi, tu te rends compte, personne ne réfléchit plus, alors que quand même si on avait deux sous de bon sens...
    - Bon, JE VAIS VOIR CE QUE JE PEUX FAIRE» dit Zorg le plus fort possible, en estimant la chance d'avoir été entendu à 3 sur 10 environ. Puis il ouvrit un tiroir, en tira deux boules quiès, et laissant le pauvre telcom martyrisé en marche, essaya de se concentrer sur ses dossiers.


    Dans la base des petits gnomes en capuche, rien n'allait plus. Djoni et ses amis comprirent bien vite ce qui s'était passé : des assaillants avaient fait leur boulot d'assaillants, ils avaient assailli, et ils avaient l'air d'être plutôt doués à ce petit jeu-là, car les gnomes couraient en tous sens, affolés par le surgissement d'une surprise imprévue, ce qui, pensa fugitivement Klinty, était un bel exemple de pléonasme.
    Mais foin de figures de rhétorique, l'heure était à la baston.
    Cheequetabah était aux anges.
    Il s'employait au lancer de gnomes avec une efficacité redoutable, en frôlant le strike à chaque fois.
    Djoni se faisait certes une haute idée du baroudeur de l'espace qu'il était censé incarner ; mais, dans certaines situations, c'était à la guerre comme à la guerre, et nécessité faisait loi. Il s'adonnait donc à sa technique réflexe, qui consistait en des grands coups de pied dans les couilles, ce qui, vu la taille des gnomes, exigeait peu en matière de souplesse. La méthode, peu gracieuse gestuellement parlant, se révélait pourtant fort efficiente.
    Hildegonde, qui réfléchissait un peu plus que la moyenne, avait quant à elle préféré ramasser un blaster tombé des mains d'un gnome à peu près émasculé dorénavant après avoir pour son malheur croisé la route de Djoni, et dégommait tout gnome qui menaçait d'un blaster le moindre de ses camarades en pleine mêlée.
    Sam était certes un lymphatique, mais, comme tous les lymphatiques, il était capable d'une activité prodigieuse quand le besoin s'en faisait irrésistiblement sentir. Actuellement, il développait un travail de placage qui aurait fait sa fortune au pays de Galles.
    HT2P, lui, avait opté pour la déstabilisation psychologique : il poursuivait les gnomes avec sa pince afin de leur piquer les fesses, ce qui était du point de vue de la déroute morale de l'ennemi redoutablement performante.

    Klinty, lui, se baladait tranquillement dans les couloirs en sifflotant, se sachant vaguement suivi par les autres, en recherchant son chemin pour accéder à la piste de décollage sur laquelle devait encore se trouver le Sigma Fox Shippyards Coco Alpha-Class Shuttle Millenium Air Wing Falcon Omega III.
    Il ne fut pas plus surpris que cela en apercevant Stravisky et Hutch, planqués derrière leur vaisseau, blaster à la main, et tiraillant comme des forcenés sur tout gnome à portée.


    Les deux mètres quatorze de Kraboum firent irruption dans le poste de garde des prisons secrètes impériales. L'assiette, dans sa main, aurait pu paraître proportionnellement comme une petite soucoupe pour tasse à café de dinette d'enfant, mais il s'agissait bien d'une assiette standard, contenant un pavé de saumon, du riz parsemé de persil, des feuilles de mâche élégamment disposées, le tout nappé d'une délicate sauce crémeuse.
    Kraboum regarda son collègue Groumfi, et l'air de ne pas croire que ces mots sortaient effectivement de sa propre bouche, il dit :
    «Finalement, elle veut pas de la sauce vin-blanc échalottes. Elle préfère la sauce à l'estragon légèrement citronnée relevée de cardamone.»
    Groumfi se figea, et déglutit péniblement.
    «La sauce de tout à l'heure, quoi, juste avant ?»
    Kraboum, raide comme un piquet, répondit comme dans un rêve :
    «C'est ça.»
    Groumfi, le regard de celui qui doute d'être bien la même personne habitant son propre corps et à laquelle il s'était habitué depuis sa prime enfance, le regard de celui qui fait semblant de voir ailleurs pour ne pas sombrer dans une folie schizoïde, le regard de quelqu'un qui ne sait vraiment plus où il en est, dit :
    «Bon, hé bien on va arranger ça, je vais rapporter l'assiette à la cuisine, c'est pas grave, hein.»
   


(1) Du verbe sarcastiser, émettre un sarcasme. Ho et ne m'embêtez pas, hein, si vous croyez que c'est facile tous les jours, moi je fais ce que je peux, ou alors il nous faut plus de moyen mais tu parles c'est politique magouille et compagnie laiiiiisse tomber, de toute façon quand on voit ce qu'on voit, hein, et qu'on entend ce qu'entend, pfuu, mais ouiiii, c'est comme tout, ça, c'est comme tout.
par Djac Baweur publié dans : Les aventures de Djoni, baroudeur de l'espace
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Mardi 19 décembre 2006
 (Note aux éventuels nouveaux lecteurs : pour comprendre quelque chose à ce qui suit, il est recommandé de lire les épisodes précédents).

     Or donc, c'est la fin.
    Tout est terminé.
    Il n'y a plus d'espoir.
    Tout le monde est enfermé.
    L'histoire est finie.
    Toutes les issues sont closes.
    Toutes ?
    Non, car un village résiste encore et toujours à l'envahisseur.
    Enfin c'est pas vraiment ça, mais l'idée y est.

Épisode eillte

    La cellule dans laquelle Djoni et ses camarades étaient retenus prisonniers par les espèces de petits gnomes suintait l'ennui et l'attente résignée, un peu comme chez le médecin. Ils étaient tous assis ou affalés comme ils pouvaient, et regardaient le temps passer comme les vaches regardent les trains.
    Les deux seuls qui échappaient à l'accablement et à la lassitude quasiment palpables, étaient d'une part Sam, que l'habitude de la glandouille quotidienne mettait définitivement à l'abri de ce genre de désagrément, et Klinty, d'autre part, qui avait trouvé dans le bric-à-brac contenu dans ce qui leur tenait lieu de cellule mais qui était vraisemblablement à l'origine une remise quelconque, une sorte de marmite géante à l'envers en ferraille rouillée posée sur roulettes, et qui semblait s'être pris de passion pour cet ustensile étrange.
    Hildegonde le regardait d'un air soupçonneux, mais comme Klinty lui tournait le dos, elle ne pouvait clairement comprendre ce qu'il pouvait bien fabriquer.

    Hildegonde poussa un soupir.
    Djoni se gratta le nez.
    On entendit un «clic» venu du coin qu'occupait Klinty et sa soupière géante.
    Djoni croisa les jambes dans l'autre sens.
    Sam émis une sorte de petit grognement.
    Hildegonde renifla.
    On entendit un autre «clic» émanant des activités de Klinty sur le chaudron renversé.
    Sam se gratta la tête.
    On entendit un gargouillement d'estomac anonyme.
    Djoni soupira.
    Cheeequetabah, qui jusque-là avait le regard perdu dans le lointain, emprunt d'une tristesse infinie, ouvrit sa grande bouche pour émettre un pitoyable :
    «wwwooourr...» (*J'ai fai...*)
    Mais Hildegonde lui décocha un regard incendiaire à travers ses double-foyers, et il faut avouer que des double-foyers, pour un regard incendiaire, c'est spécialement adapté.
    En effet, Cheequetabah s'était déjà pris un savon carabiné de la part d'Hildegonde, pour s'être livré à des ébats nutellophiles alors même que l'équipe était en danger. Or, il faut avouer que les poils de Cheequetabah témoignaient encore de l'orgie coupable, en laissant apercevoir de grands filaments nutelliphères tout autour de la bouche et particulièrement étalés sur les poils du menton.
    Sam, quant à lui, avait béni sa couleur de peau, puisque le Nutella y demeurait invisible, ton sur ton, ni vu ni connu, ce qui l'avait épargné d'une tempête hildegondienne, toujours pénible à subir de plein fouet.
    Toujours est-il que Cheequetabah referma d'un coup sa grande bouche, baissa piteusement la tête et machouilla un de ses grands doigts, avec un air contrit à émouvoir Zorg en personne, avec même les pieds en dedans et tout.
    On entendit un «tac» émis par Klinty et sa casserole sur roulettes.
    Djoni se re-gratta le nez.
    Sam soupira.
    Un gargouillis stomacal retentit derechef, ne laissant cette fois que peu de doute quand à son malheureux propriétaire.
    Hildegonde renifla.
    Sam croisa les bras.
    Djoni décroisa ses jambes.
    Hildegonde se gratta le nez.
    Cheequetabah se gratta la tête.
    Djoni renifla.
    Hildegonde soupira.
    Et soudain, déchirant un silence aussi compact qu'un cake au thon, on entendit :
    «BluiiIIIip, tirLuiT ! dzzzziiiGUI !!! buit-buit-buit TagoUt ? Tou-youyouyoueuuu... »

    Les prisons du palais de l'Empereur étaient à peine officielles. C'était comme une sorte d'annexe très spéciale aux prisons impériales habituelles, qui, si elles étaient déjà redoutées pour leur manque patent de jovialité et d'affection, n'arrivaient pas à la cheville des prisons du palais.
    Disons que les prisons officielles étaient des hospices agréables à côté des prisons du palais.
    Les prisons du palais, c'étaient des gardes triés sur le volet, des hommes sans âme capable d'entendre les cris de suppliciés en souriant légèrement (certains se tripotaient même la nouille dans ces occasions), les prisons du palais c'étaient des cachots obscurs dans lesquels on pouvait vous entraver de manière à ce que vous ne puissiez ni vous asseoir ni vous tenir debout, les prisons du palais c'étaient les pires tourments infligées dans des cryptes humides et souterraines suintantes d'humidité et couvertes de moisissures verdâtres.
    Bref, l'endroit ou même le pire masochiste pervers ne se sentirait pas à l'aise.
    Mais, depuis quelques jours, insensiblement, quelque chose clochait dans les prisons du palais.
    Kraboum revenait au poste de garde, un plateau-repas (enfin, ce que la langue administrative nommait plateau-repas, mais qui était en vérité un bol de soupe huileuse dans laquelle quelques bouts solides mais spongieux et non-identifiés effectuaient de lents processus de giration), un plateau-repas, donc, à la main.
    Groumfi, son collègue, le vit arriver, et fut aussitôt alarmé.
    «Hé ben, Kraboum, mon vieux, t'as l'air tout chose...
    - J'en peux plus, Groumfi, chui au bout du rouleau, là, ça peut plus continuer, j'vais craquer...
    - Ben... Ben Kraboum, dis-donc, qu'est-ce qui t'arrive ? Je t'ai jamais vu comme ça...
    - C'est l'autre, là... La nouvelle... Bouhouhouhou !!!, fit Kraboum en éclatant en sanglot sur l'épaule de son collègue.
    - Hé ben... hé ben..., fit Groumfi, impressionné, et tapotant maladroitement de sa grande paluche l'épaule de son camarade en pleurs (tapes, qui, en passant, aurait largement assommé un homme banal comme vous ou moi, enfin, surtout vous). Mais qu'est-ce qu'elle a de si terrible, la nouvelle ? C'est cette fille, là, qui a explosé les couilles du patron ?
    - Ouihihihihihi...
    - Ben quoi ? C'est une fille ! Elle est minus, en plus ! J'te comprend pas, là, Kraboum...
    - Tuhuhu teheu rend pahas compte... Elle est hohorriihible... Elle fait rien qu'à m'embêter... Snirfl... Tiens là, j'viens lui apporter son plateau-repas, et tu sais ce qu'elle me sort ?
    - Ben non...
    - «C'est pas assez chaud, et puis je veux de la lotte, avec du basilic, sans matière grasse, rapportez ça en cuisine, et gnagnagna... »... J'en peux plus...
    - Maimaimais, enfin, c'est rien du tout ça, c'est la routine, ça se mate, Kraboum enfin...
    - Mais tu comprends pas... Elle a un truc... C'est horrible...
    - Un truc ?
    - Ouais, tu vois, elle te regarde, comme ça, et là, elle te TOISE !
    - Elle quoi ?
    - Elle te toise, j'ai cherché dans le dico. C'est un truc terrible. T'imagine pas. J'en cauchemarde la nuit, j'en peux plus, chui au bout du rouleau. Tu sais Gluineu le bourreau ?
    - Ouais, et ben ?
    - Il est en congé maladie, pour dépression. Je crois que je vais faire pareil. Tu sais ce qu'elle lui sort ? «Quand vous en aurez terminé avec vos chatouilles, vous pourrez peut-être me laisser dormir, parce que ça commence à bien faire, vos joujous, là», et là, paf, elle le toise. Dé-pres-sif. Gluineu, l'homme aux 1500 aveux spontanés. Tu te rends compte ?
    - Nan mais c'est pas possible ça, attends voir, c'est pas une gonzesse minus qui va me faire peur, foi de Groumfi, donne moi ça, on va voir si elle le boit son potage !!»
    Groumfi pris le plateau-repas des mains de son collègue, se composa sa tête des plus mauvais jours, carra ses épaules, et lança ses deux mètres dix-huit, ses 135 kilos et ses vingt-trois cicatrices dans le couloir qui menait aux cellules.
    Arrivé devant celle de Zorguinette, il entra.
    On n'entendit rien pendant un moment.
    Puis, une minute après, Groumfi ressortit.
    Il resta debout, le plateau-repas à la main.
    Les yeux dans le lointain, pleins d'une détresse indicible, et le menton qui tremblotait.

    «Mais qu'est-ce que c'est que ce bidule ? »
    Djoni, Hildegonde Sam et Cheequetabah regardait Klinty, et la chaudron qui s'était allumé.
    Oui, force était d'avouer que pleins de petites loupiottes de toutes les couleurs clignotaient maintenant tout autour de la casserole.
    «C'est pas une casserole, expliqua Klinty, encore agenouillé à côté du tas de ferraille transformé en arbre de Noël. C'est un droïde d'un modèle ancien. J'aurais pas pensé pouvoir le remettre en marche, mais bon, au moins je pensais m'occuper plutôt que d'attendre à ne rien faire. Et puis, ben voilà, contre toute attente, il semble vouloir se remettre en route.
    - Et vous comprenez ce qu'il raconte ?
    - Oui, à peu près, ce sont les vieux codes universels droïdes, j'ai appris ça à l'université.
    - BluuuuhhiITt, toglop-toglop, tarlloUuuiit ?
    - Et là, il a dit quoi ?
    - Heuu, «salut, je m'appelle HT2P, et qui c'est la jolie blonde bien roulée ?», traduisit Klinty.
    - Pardon ?
    - Je crois qu'il parle de vous, Hildegonde...
    - Ouais, vous êtes sûr que vous l'avez vraiment réparé ? Parce que là, il a pas les yeux en face des trous pour l'instant, dit Djoni.
    - Oui, évidemment, j'imagine qu'il manque encore deux-trois réglages...» répondit Klinty, en se grattant pensivement le menton.


    Stravisky et Hutch constituaient un cas unique et inexpliqué.
    On sait que le vide de l'espace, dépourvu du moindre gaz, ne peut donc porter des ondes sonores. Le vide de l'espace, c'est le silence éternel. Et pourtant, quand vous aviez l'occasion de voir les navettes spatiales de Stravisky et Hutch évoluer, il se passait un phénomène étrange : immanquablement, chaque manœuvre de ces vaisseaux étaient accompagnés d'une sensation lointaine et persistante d'entendre des crissements de pneus.
    Et, c'est donc dans des hurlements de caoutchouc contrarié que Stravinsky et Hutch arrivèrent en vue de Kachatjoy la bien-nommée.
par Djac Baweur publié dans : Les aventures de Djoni, baroudeur de l'espace
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Dimanche 26 novembre 2006
(Note aux éventuels nouveaux lecteurs : pour comprendre quelque chose à ce qui suit, il est recommandé de lire les épisodes précédents).

    Résumé des épisodes précédents :
    Djoni se dit que le ministre de la diplomatie doit Klinty trouve que l'Empereur quant à lui Zorg cherche à la Princesse Lycra est furieuse car Hildegonde n'aime pas trop et voilà nos héros encerclés.

Épisode séveune

    Djoni se pencha subrepticement vers Klinty et lui chuchota à l'oreille, d'un air de conspirateur sûr de lui :
    «Klinty, je crois qu'on est prisonniers
    Klinty leva les yeux au ciel, se retint de soupirer, et fit, chuchotant à son tour :
    «Haaa, c'est donc ça les menottes qu'on a au poigneeet !
    - Oui, répondit sérieusement Djoni à mi-voix, et il faut qu'on se sorte de là ! Mais rassurez-vous, je vais trouver un moyen !
    - ...»
    Kinty le regardait avec un mélange indicible d'incrédulité et de découragement total.
    «Ben quoi, j'ai dit une connerie ? demanda Djoni.
    - Mmmmh... Non, non...» Klinty hocha la tête avec ostentation et une moue approbatrice.
    «Se sortir de là, c'est bon, ça, c'est très bon...»

    Tout s'était passé très vite.

    Les mystérieux occupants des cinq vaisseaux, qui avaient rapidement entourés le Sigma Fox Shippyards Coco Alpha-Class Shuttle Millenium Air Wing Falcon Omega III de manière à empêcher toute possibilité de fuite, avaient envoyé ensuite un message plus long mais tout autant sibyllin que le précédent, qu'Ikselle n'avait su traduire, ce qui du reste n'avait étonné personne (sauf Djoni), message dont la teneur avait été toutefois rapidement claire dans les minutes qui suivirent.
    Le message était le suivant, prononcé rapidement d'une voix agaçante entre le bisounours pré-pubère et une voix de messagerie passée en accéléré :
    «Houtini zob zob wadjaaah zigoune henkulés houtini baaadjhah savahchié houtiii bannhdekon raadjhdjadjjaah houuuuutini !»

    Trois secondes après, alors que Klinty engueulait Djoni qui engueulait sa sœur qui engueulait Ikselle qui engueulait tout le monde, et que Sam et Cheequetabah, alors devenus indifférents à la marche de l'Univers, se délectaient de l'entrée suave d'une cuillère dans la matière oncteuse et noisettée d'une grasse pâte à tartiner, tous ressentirent un choc soudain qui ébranla durement la totalité du vaisseau, choc immédiatement suivi d'un «WI-WUI-WUuii-wuuuooo-wooooohhh...», signal sonore pitoyable en gamme descendante qui n'était autre que le cri de protestation des systèmes électriques du vaisseau juste avant de rendre l'âme, alors que toutes les lumières s'éteignaient brusquement, laissant place à des veilleuses jaunâtres éclairant à peine l'obscurité des coursives.
    Le vaisseau fut tracté jusqu'à une immense plate-forme artificielle, dans un petit hall d'embarquement, et nos héros furent invités à sortir sans faire d'histoire (du moins c'est ce que les gestes de l'espèce de gnome apparu sur le pare-brise de la cabine de pilotage leur parurent indiquer). Et vu le nombre de petites bestioles tenant des armes lourdes dans leur papattes qui les entouraient, il valait sans doute mieux, en effet, ne pas faire d'histoires.
    Toute la fine équipe était donc conduite vers ce qui semblait de toute évidence être un lieu de villégiature forcé.

    L'Empereur se mira une dernière fois dans le grand miroir du petit salon.
    C'était par-fait. Une statue glorifiant la virilité triomphante. La chemise entrouverte sur les larges pectoraux, la chevelure ondulée blond platine, la gourmette en or massif, et le pantalon de cuir serré autour des cuisses puissantes et qui laissait tout deviner du morceau de choix.
    Par-fait.
    L'Empereur appuya sur un bouton et dit :
    «Faites donc entrer la demoiselle...»
    Il s'arma de son fameux sourire numéro 3, face à la porte, qui s'ouvrit et laissa apparaître une charmante jeune fille, très simple et sans chichis, très jolie et bien faite, qui ne paraissait pas plus impressionnée que ça d'être au fin-fond de l'antre de l'Empereur lui-même.
    La voix de celui-ci fit entendre son ton mielleux numéro 5 :
    «Bonjour, ma jeune dame... Zorguinette, c'est bien ça ?
    - Oui, c'est mon nom.
    - Viens, approche-toi, n'aie pas peur...
    - J'ai pas peur. Mais dites-donc, vous êtes sacrément équipé, vous ! Waw !
    - ?... Équipé ?
    - Ha ben ouais, je veux dire, vous avez un sacré paquet !
    - Un paqu... Ha tu veux dire... Ha oui ! Hé hé ! En effet, hein ?
    - Ha là là, dites donc, mais c'est carrément énorme !
    - N'est-ce pas ? Ça... ne t'effraie pas trop, une toute jeune fille comme toi, mmmh ?
    - Ha non, pas du tout, au contraire, c'est bien pratique, un gros machin comme ça !
    - Pratique ? Hu hu hu, comme tu y vas...
    - Ben ouais, c'est plus facile pour viser.»
    Au dixième de seconde qui suivit, l'Empereur était plié en deux, les yeux hallucinés sortant de leur orbite, incapable de reprendre son souffle.
    Quand le chef de la garde fit irruption dans la pièce, les seules paroles de l'Empereur furent :
    «gnnn gnn gnnnn»
    Comme le chef de la garde n'était pas tout à fait idiot, et qu'il avait une certaine expérience au service de l'Empereur, il comprit immédiatement la situation, et en professionnel qu'il était, su s'empêcher la moindre velléité de sourire pour agir discrètement et efficacement.
    C'est ainsi que la propre nièce de l'infâme Zorg se retrouva enfermée dans les geôles les plus secrètes du Palais Impérial.

    Dans le vaisseau-amiral de la Princesse Lycra, c'était le branle-bas de combat.
    D'un seul coup avaient surgi dans l'espace environnant les chasseurs de l'Empire, en nombre trop important pour y faire face avec succès.
    La Princesse sut à l'instant que la partie était temporairement perdue, et, alors que les tirs de lasers faisaient soudainement rage dans le vide spatial et faisaient trembler l'immense structure du vaisseau-amiral de la rebellion, elle ne perdit pas de temps à se demander comment les chasseurs de l'Empire avaient pu connaître leur position, et prit rapidement les mesures qui s'imposaient. Elle envoya immédiatement Stravisky & Hutch profiter de la confusion générale pour tenter de s'enfuir et mener une mission essentielle : retrouver Klinty. Quand elle vit, que, virevoltant chacun dans leur vaisseau de combat rouge et blanc avec force dérapages savants, ils arrivèrent sans peine à franchir la ligne ennemie, elle fit cesser le feu et se rendit.
    Elle fut donc faite prisonnière, en compagnie de ses plus fidèles lieutenants, et séquestrée dans les prisons de la Garde Impériale.

    «Hé bien, Hiz Heuntbade, vous avez fait du bon boulot, rapide efficace et tout...
    - Hum... M... Merci... Monsieur...»
    Hiz Heuntbade était très mal à l'aise, ce que provoquait immanquablement le moindre compliment de la part de Zorg : ça ressemblait toujours à un boucher tout sourire flattant de la main une génisse, un couteau caché dans le dos.
    «Mais, heuuu... continua Zorg, vous avez bien conscience que vous détenez à présent des informations ultra-confidentielles, qu'il vaudrait mieux garder secrètes de manière certaine. Vous voyez ce que je veux dire ?
    - Heuu... pas très bien, en fait...
    - Ben je vais devoir vous enfermer en prison, mon vieux...»

    Quelque minutes plus tard, Zorg, seul dans son bureau, se permit une chose incroyable : il soupira d'aise.
    «Haaa, tout le monde en taule... Voilà une bonne journée comme je les aime...»
par Djac Baweur publié dans : Les aventures de Djoni, baroudeur de l'espace
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