C'est terrible, le blog, hein.
On est parti pour confectionner des exégèses savantes sur du Debussy, et on se retrouve à avoir trop envie de parler d'un film qui nous a ému, parce que, parce que, parce que bon.
Alors je vais pas rentrer dans d'internes, longues et inutiles tergiversations philo-prout-proutesques pseudo-intellos pour discutailler sur l'égocentrisme narcissique que ça représente très
probablement (Tisserond vient de dire à la radio : "vitrine d'ego en quête de reconnaissance"), et patati et patata, et je vais plutôt, sans me poser de questions, faire dans le bon vieux blog à
l'ancienne, simple et sans détours, à la bonne franquette.
Je suis peu touché par le cinéma en général, ainsi que par la littérature, je ne sais pas bien pourquoi. Dans l'immense majorité des cas, l'intrigue ne m'accroche pas, les personnages
m'indiffèrent (voire m'énervent), et même si l'image est belle je reste extérieur au truc. Une fois que c'est vu, ou lu, c'est plus ou moins oublié, c'est resté le plus souvent extérieur à mon
monde.
Ça doit être lié, et je ne sais pas d'où ça vient, mais irrésistiblement, j'aurais envie de faire, de fabriquer, plutôt que de voir un film ou de lire un roman. Comme pour la musique, je préfère
la jouer que l'écouter, en général - sauf les ploum-ploums, ça va de soi, vous l'aurez compris. Allez savoir.
Mais ça veut pas dire non plus que quelques films ne sont pas capables de me toucher profondément. Beeen ouais, quand même, quoi.
Or récemment, allelouïa, c'est arrivé.
Cet été, j'avais déjà vu ces deux-là :
- 12 hommes en colère (Sydney Lumet, 1957) : film parfaitement exemplaire, et d'une grande force. Le genre à
l'américaine, dense, serré, où une simple phrase, ou un simple acte, dit
tout d'une chose complexe - ça, j'adore (l'exact opposé de ce que je fais moi d'habitude, ceci explique peut-être cela).
12 hommes comme 12 jurés, auxquels on demande de livrer le verdict sur une accusation de meurtre : il faut que la décision soit obligatoirement prise à l'unanimité, et ils ne sortiront pas de la
pièce dans laquelle ils doivent délibérer tant qu'ils n'auront pas pris cette décision - peine de mort, ou innocence.
Sur les douze, onze sont pressés de rentrer chez eux, il fait chaud, les éléments en présence rendent la culpabilité évidente, pas besoin d'y passer des heures. Mais le douzième...
Ce qui est passionnant, outre le fait que tout le film ne se passe que dans une seule pièce (si on excepte les toilettes), et que l'évolution des rapports entre les personnages en huis-clos est
captivante, ce sont toutes les questions que soulèvent le film, sur la justice, la confrontation entre des personnalités individuelles et une organisation sociale, entre des croyances
personnelles, une psychologie propre, et les contraintes de la mise en commun et du vivre ensemble. C'est grandiose.
- Printemps, été, automne, hiver, et... printemps (Kim Ki-Duk, 2003) : ce film est d'abord une splendeur
visuelle, mais ne s'arrête pas à une simple contemplation. On
suit la vie d'un homme, de son enfance à l'âge adulte, en cinq étapes (d'où le titre), homme qui va suivre (ou pas...) l'enseignement d'un moine, dans un petit temple perdu au milieu d'un lac.
Ce qui est en jeu, c'est un parcours, un apprentissage, une initiation bouddhique, mais au-delà, la représentation du chemin de toute vie, de la conquête de la sagesse et du pardon à soi-même. Là
encore (serait-ce un hasard dans mes choix ? Non, hein ?), pas de longs discours, pas d'atermoiements, mais des actes très simples qui en disent beaucoup, qui prennent sens lumineusement, tout
l'art de la parabole, ici parfaitement contenu dans l'organisation simple et stricte du film. C'est magnifique.
Et donc, il y a quelques jours, j'ai vu celui-ci, prétexte de ce billet :
- Des souris et des hommes (Gary Sinise, 1992) : pour être honnête, je ne suis pas certain qu'un cinéphile
averti trouverait que la réalisation soit géniale (par exemple, une musique
légèrement intempestive à certains moments, à mon goût). Mais elle est tout de même suffisamment honnête pour servir sans la dénaturer l'histoire, et c'est déjà beaucoup. Or, l'histoire, c'est du
Steinbeck (puisque il s'agit de l'adapation du roman du même nom), et, comme d'habitude, ça prend aux tripes. J'avais déjà été profondément ému par la lecture des Raisins de la colère,
et de À l'Est d'Eden. À chaque fois, ce sont de larges arches qui amènent inéluctablement à la dernière scène, chaque fois poignante.
C'est humain, c'est à la fois simple et compliqué, à la fois cruel et empli d'humanité, avec cette même efficacité de moyens dont je parlais plus haut.
Lennie est un colosse, mais il est limité intellectuellement, bloqué à un état enfantin. Il a un ami qui veille sur lui, George, un type efficace et intelligent, et tous les deux, ils cherchent à
s'en sortir dans l'Amérique des années trente, en rêvant d'avoir un jour un lopin de terre à eux. Ils trouvent un job dans un ranch, dans lequel vivent, en particulier, un vieux chien, et une
jolie jeune femme...
C'est une histoire déchirante sur la solitude, l'humanité, l'amitié, la différence. Je défie quiconque, doté d'un tant soit peu de sensibilité, de ne pas être bouleversé à la fin du film.
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