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Ley Fasbuleuses Lesgendes d'Ameerone :
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Samedi 6 octobre 2007


(Note aux éventuels nouveaux lecteurs - et même aux anciens, au point où on en est : pour comprendre quelque chose à ce qui suit, il est fortement recommandé de lire les épisodes précédents).


Épisode touailve.

Là, ça rigolait plus.


Y’a un temps pour tout : un temps pour rigoler, et un temps pour ne plus rigoler, et là, ça rigolait plus.


Ça s’appelle : un briefing.

À ce niveau-là, on pourrait plutôt dire : un conseil de guerre.


D’où, sans doute, l’attitude de Djoni. En tant que propriétaire du vaisseau qui allait soutenir l’assaut principal, on l’avait malgré tout gracieusement invité à s’asseoir autour de la table, en compagnie de Klinty, Stravisky et Hutch, et Hildegonde, qui, quoique circonspecte, tenait à s’assurer que ces grands couillons ne fassent pas n’importe quoi sans qu’elle y ait mis son grain de sel.

Djoni, en revanche, n’était pas circonspect, ce n’est pas vraiment le mot qui convient ; livide serait déjà plus approprié. Il venait d’entamer son troisième trajet consistant à passer ses ongles un à un dans une sorte de tondeuse à gazon déchaînée, constituée de ses incisives s’entrechoquant à haute vélocité. Parce que, tout de même, l’idée d’envoyer son cher Sigma Fox Shippyards Coco Alpha-Class Shuttle Millenium Air Wing Falcon Omega III à l’assaut d’une des plus grandes forteresses de l’Empire, ça passait pas. Il y avait un petit quelque chose qui lui échappait. Si bien que les débats avaient beau atteindre son oreille interne, ça glissait sur son encéphale comme un œuf sur une toile cirée.

Pendant ce temps, les pros débattaient quelque chose de bien. C’est qu’il ne fallait rien laisser au hasard. La moindre erreur pouvait être fatale. Un détail - et, paf vous êtes mort. Forcément, ça fait réfléchir. Je vous disais que ça rigolait pas.

 

«Sur le flanc gauche, il faut absolument ioniser les bippers-X, sinon l’interférence biglera les racks.

- Oui, mais que feras-tu en cas de carbulation du gabulimètre ?

- C’est un risque à prendre...

- Et si on préférait ridouiller les plottards, tout de suite, sans attendre ? On l’aurait, notre couverture ?

- C’est ça, et si la platouille nous lâche, on n’est pas dans la merde !

- On peut très bien régler la platouille pour la torgnoler sur le rayon de traction du blistomasteur, hein...

- Je doute qu’on ait assez de temps pour effectuer un torgnolage correct ! Je préfererais blatifuler les staminolastères, à tout prendre ! C’est un peu primaire, mais ça a fait ses preuves !

- L’ennui c’est qu’on ne sait pas si leur détecteur à infraglobes est capable de déceler une configuration en dépistouille...

- Ça ne règle pas le problème du gabulimètre, hein...

- Ou alors, connecter nos testouilleurs sur la dardanule, on augmentera la puissance de feu des branlecteurs !

- Je me demande : peut-être qu’en tirant la chevillette...

- Pour que la bobinette se mette à cherrer ? Non, non, non, surtout pas !

- Dites, fit Hildegonde, et si, juste, on se camouflait en profitant d’un convoi, pour s’infiltrer en douce ? Juste ?»


Il existe dans la littérature des tas d’expressions, de formules, de tournures, qui sont devenues galvaudées à force d’avoir été employées à toutes les sauces, on le sait. Mais il faut reconnaître que leur succès est bien dû à une efficacité certaine et à un impact redoutable d’intelligibilité immédiate. En l’occurence, celle qui paraît le mieux choisie pour décrire ce qui se passa à ce moment est : “silence assourdissant”.

Klinty, Stravisky et Hutch se regardèrent dans les yeux à tour de rôle, avec une drôle d’expression, du genre de celle que prendrait un expert en physique quantique qui, arrivant à bout d’une équation régissant les entrailles les plus intimes de la matière et dont seules dix personnes au monde seraient capables d’en saisir le sens, verrait son gamin de dix ans lui faire remarquer en passant qu’il a fait une erreur d’addition.

«...

- Mouais...

- C’est aussi une option...

- Faudra y réfléchir...

- Si le tortouilleur ne veut pas s’aligner en vertical-sloom-down, on pourra toujours essayer...

- Pourquoi pas...

- Ok, c’est réglé, fit Hildegonde, on s’infiltre dans un convoi, on se fait passser pour des fournisseurs, on simule une panne de radio pour éviter les contrôles, on se met dans un coin du hangar, on attend que les gars viennent contrôler en chair et en os, on les assomme et on prend leurs uniformes, on cherche où est la princesse, et on va la délivrer. Des questions ?

- Mmmh...

- Eeeeet si je restais en arrière, comme couverture ? fit la voix de Djoni, curieusement déformée, comme venant de trèèèèès loin.



«Oui, seigneur Djhoba ?»

Metelo-Zuni 4 était confortablement installé dans le siège en cuir du petit poste de pilotage de sa navette personnelle. Il était en chasse. Il aimait ça, être en chasse. Il se faisait des tas de fantasmes de faucon fondant sur sa proie et ce genre de trucs. Ça le faisait triper à mort, aux commandes de son petit bijou qui pouvait battre de vitesse aisément n’importe quelle navette de l’Empire.

«Gaaghgaahga ?

- Oui seigneur Djobha, je suis sur leurs traces, mais... Ils semblent se diriger vers le vaisseau amiral de la flotte impériale... Donc, pour l’instant, ça va être difficile...

- Ghha ? ghagha ghhha gggga !

- Vous avez raison, seigneur Djobha, comme toujours. Vous êtes le meilleur, seigneur Djobha.

- Ghaa ghaghaggg !

- Heuu... ? Hahem... C’est ça, b... bisous, à plus... »

Tout en coupant la communication, Metelo-Zuni 4 se dit que décidément, le seigneur Djobha (dit le Hutin) était imprévisible.



Le Général en chef qui avait en charge tout le fonctionnement du Palais Impérial et commandait toute la garnison qui y était affectée ne levait pas souvent les yeux des documents qu’il avait sur son bureau. Un chef, n’est-ce pas, ça a des obligations et des occupations qui naviguent dans des sphères bien au-dessus du monde des ploucs ordinaires. Par conséquent, le Général recevait dans son bureau en restant invariablement la tête penchée sur les documents qu’il parcourait puis signait, inlassablement. Et, dans le même temps, il vous écoutait et vous répondait ; car c’est ça, aussi, un chef, un type qui fait des trucs super forts.

Deux fois seulement, jusqu’à présent, il avait levés les yeux pour regarder son interlocuteur. La première fois, c’est quand on lui avait annoncé qu’on avait retrouvé sa femme ivre-morte dans un cabaret de streep-tease, vêtue d’un body en brillant argentée et de bottes de cow-boy avec des étoiles lumineuses dessus. La deuxième, c’est quand on l’a prévenu que le système d’évacuation du Palais s’était totalement mis en rade, et que les pompes avaient tout refoulé vers l’intérieur plutôt que vers l’extérieur, avec comme conséquence qu’une substance marronasse et nauséabonde d’un bon centimètre d’épaisseur recouvrait les salles de réception du Palais, et ce deux heures avant l’arrivée des consuls des Provinces.

Et là, donc, c’était la troisième fois.


«Vous dites, colonel ?»

Le colonel qui gérait la légion du Palais Impérial était devant lui, debout et pas super à l’aise, mais en bon professionnel, le menton était fermement maintenu vers le haut.

- De la musique baroque, mon Général. Et de l’encens, mon Général. Et on a repeint les couloirs en bleu lavande, mon Général.»

Les sourcils du Général dessinaient une courbe compliquée sur son front.

«En bleu lavande ? Les prisons ? Mais qu’est-ce que vous racontez ?

- C’est cette fille, mon Général.

- Quoi, cette fille ?

- C’est quand elle vous regarde, mon Général.

- Hé ben quoi, qu’est-ce qui se passe quand elle vous regarde ?

- Heuu... Vous faites ce qu’elle vous demande, mon Général.

- Non, mais qu’est-ce que... Dites, vous êtes colonel dans la Garde Impériale oui ou non ?

- Heu... oui, mon Général.

- Bon, alors ! Vous vous ressaissez et vous me remettez ça en ordre, nom de Dieu !!

- C’est-à-dire, mon Général...

- Quoi ?

- Je venais vous demander une autorisation, mon Général. Pour la prison, justement, mon Général.

- Une autorisation de quoi ?

- Heuu... c’est rapport au jacuzzi, mon Général.»



«Allo, allo, ici contrôle impérial, Sigma Fox Shippyards Coco Alpha-Class Shuttle Millenium Air Wing Falcon Omega III, veuillez donnez vos identifications.

- C.. ‘est - à d... on a u... &$ùetit PROb...me deù$:, tr...smISSion @&ù...

- Ha, ok, je vois. Mettez-vous dans le hangar 4-B, et attendez le passage de la patrouille de contrôle.

- D’ac... &`$, m...rci les ga...§$/... c’e... &ù$%...yMPA !»

par Djac Baweur publié dans : Les aventures de Djoni, baroudeur de l'espace
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Dimanche 27 mai 2007
(Note aux éventuels nouveaux lecteurs - et même aux anciens, au point où on en est : pour comprendre quelque chose à ce qui suit, il est fortement recommandé de lire les épisodes précédents).



"Il me semble parfois que mon sang coule à flots,
 Ainsi qu'une fontaine aux rythmiques sanglots.
 Je l'entends bien qui coule avec un long murmure,
 Mais je me tâte en vain pour trouver la blessure. "
 Baudelaire, in. les Fleurs du Mal - La fontaine de sang

 "On a mis Patapouf au milieu de la farandole. Il pleut des confetti. Les serpentins volent. Le disque ne s'arrête pas de jouer de la musique. On a la tête qui tourne, tourne..."

 Marcel Marlier, Gilbert Delahaye in. Martine fête son anniversaire)

 "Les chasseurs de scalp ! Bloody hell, qu'est-ce que ça vient faire là-dedans ?..."

 Blueberry, in. OK Corral. 2003

 "Ce n'est qu'ensemble qu'on sera plusieurs"

 Bruno Salomone, in. œuvres complètes

 "Frères ! de ces deux voix étranges, inouïes,
 Sans cesse renaissant, sans cesse évanouies,
 Qu'écoute l'Éternel durant l'éternité,
 L'une disait : NATURE ! et l'autre : HUMANITÉ !"

 Victor Hugo, in. Ce qu'on entend sur la montagne

 "Et maintenant, je vais jouer aux billes"

 Benoît Brisefer, in. les Taxis Rouges.



épisode iléveune

     «Nul toi-même !
     - N'importe quoi, d'abord !
     - Pis d'façon t'es trop bête, tu comprends rien !
     - C'est celui qui le dit qui y est !
     - C'est ça, tu te crois malin !
     - T'es qu'une grosse vermicelle bouillie, na !
     - Ouais, ben toi t'es qu'un chimpanzé moche ! Avec des boutons !
     - De toute façon j'vais venir avec mon frère y te cassera la gueule !
     - Ouais ben alors là n'importe quoi, pasque mon papa il est plus fort que ton frère, alors !
     - Ton papa il est pas beau et il sent mauvais !
     - Ton frère il est plein de poils et il louche !
     - Toujours plus que ce que tu diras !
     - Pff, c'est nul, si je dis l'infini ça marche même pas ton truc, tu vois que t'es bête !
     - C'est ça, tu fais ta madame-je-sors-ma-science !
     - Moi au moins j'en ai de la science, c'est pas comme toi !
     - Tu sais faire que ça, de crân...
     - DOOOONG !»
     Dès que le gong retentit, la Princesse Lycra et l'infâme Zorg regagnèrent immédiatement leur siège respectif.
    La Princesse se désaltéra, et en profita pour verser une partie de sa gourde sur le visage ; de son côté, Zorg se faisait masser les deltoïdes pendant qu'un autre garde lui passait une éponge  humide sur le front.
     La Princesse avait maintenant des cernes marquées (cernes qui, chez n'importe quelle autre, aurait fait fatiguée et triste, mais qui, elle, la rendait à la fois tendrement vulnérable et admirablement courageuse), cernes qui signifiaient l'âpreté de la confrontation, sans pitié. La Princesse savait que ses forces n'étaient pas infinies, qu'elle finirait par craquer, mais il fallait tenir, tenir, tenir...


     «Heu, ben c'est-à-dire que moi, au départ, je voulais juste faire baroudeur, hein, pas sauveur de l'Univers, pis en plus, est-ce que ça gagne quelque chose, sauveur de l'Univers, pasque moi faut que je rembourse des dettes, alors j'ai pas que ça à faire, voyez...
     - Hé ben pour une fois que mon crétin de frère dit quelque chose de sensé ! C'est de l'abus de pouvoir ! Vous n'avez pas le droit ! Nous forcer à participer à la libération de votre pouffe ! Et puis quoi encore !
     - Écoutez, Hildegonde, fit Klinty, c'est très important, il s'agit de l'avenir possible de milliards de gens, de les libérer de ce joug impérial autoritaire et injuste, on ne peut pas faire passer des considérations personnelles avant...
     - Ouais, ben voyons, s'écria de plus belle Hildegonde, dont les yeux derrière les carreaux de ses lunettes semblaient crépiter d'électricité statique, l'avenir de l'Humanité, blablabla ! C'est surtout que vous voulez vous la taper, votre Princesse, ouais !
     - Ben oui, évidemm.. Heu, mais enfin non voyons, comment osez-vous insinuer des choses pareilles !
     - Ouais, intervint Sam, et nous, alors, les sans-grades, on nous demande même pas notre avis, c'est ça ? On compte pour du beurre, on est considérés comme inférieurs, c'est bien ça  ?
     - Oh toi ta gueule ! s'exclama Klinty.
     - Oh toi ta gueule ! s'exclama Hildegonde
     - Heuu... tais-toi, Sam ! dit aussi fermement que possible Djoni. S'il te plaît, ajouta-t-il après un temps de réflexion.

     Un silence tendu s'installa dans la pièce principale du vaisseau dans laquelle se tenait ce briefing mouvementé, les regards furieux et figés comme dans les meilleurs épisodes de  Santa Barabara.
     Officiellement, il s'agissait en toute simplicité de préparer une modeste attaquounette du vaisseau amiral de la flotte impériale qui constituait la Prison Impériale officielle (à ne pas confondre avec les prisons tout à fait officieuses du Palais de l'Empereur, prisons n'ayant, elles, aucune existence légale et avouée mais dont pourtant la seule évocation faisait gémir  d'horreur n'importe quel citoyen normalement constitué - l'autre aussi, remarquez, disons que le gémissement était alors légèrement moins appuyé), entreprise guerrière dont Djoni et Hildegonde,  chacun pour des raisons qui leur était propre, ne voyait pas vraiment ni la faisabilité, ni la foncière utilité, alors que tout cela paraissait fort naturel à Klinty, car enfin quoi, prendre  d'assaut à quatre ou cinq une légion entière c'était la routine, et en plus ça marchait toujours. En effet, les gens gardent cette croyance tenace que les sauveurs de l'Univers sont forcément des  types aux capacités exceptionnelles, alors qu'en fait, ce qui se sait peu, c'est qu'il suffit d'essayer pour que ça marche, car, en effet, les ennemis sont certes toujours nombreux, avec certes des  chefs terribles et puissants pour faire peur, mais servis inévitablement par des gros nuls, c'est ça le truc : les soldats ennemis trouvent inéluctablement le moyen de se mettre à découvert, ou de tomber forcément dans le moindre piège grossier, et tirent toujours largement à côté, donc, en fait il n'y a aucun risque, en vrai, mais évidemment tant qu'on n'a pas essayé, c'est comme le saut à l'élastique, c'est un peu impressionnant, on n'ose pas se lancer.
     Dans un coin, assez indifférent aux débats, Cheequetabah le Youqui suçait pensivement son doigt, préalablement trempé dans un pot de Nutella, ce qui avait d'ailleurs pour effet de vider le pot à moitié, vu l'épaisseur dudit doigt (et dudit doigt, ça fait qu'un seul doigt, malgré les apparences). Il repensait, péniblement, à ces drôles d'idées dont lui avait parlé Sam, ces  derniers temps. Il n'avait pas très bien encore saisi le concept de "cinq-dix cas" (c'est soit cinq, soit dix, d'habitude, et puis de quels cas parlait-il ? Mais il n'avait pas osé poser la question), ni celui de ce "Camp des Gais Travailleurs" qu'il voulait créer, pour défendre les intérêts des travailleurs manuels, avait-il dit, injustement spoliés par les baroudeurs et autre  sauveurs de l'Univers, avait-il affirmé. hhhuuuAAAOOUUUURRrgh (*bah tant qu'on a notre Nutella... ?*) avait-il rétorqué, fort habilement, du moins lui avait-il semblé (l'argument était, à son sens, imparable). Mais Sam n'avait pas eu l'air convaincu, avait sorti quelque chose sur "le maitre et l'esclave", et était partit bougonner plus loin, dans son hamac de travailleur. Depuis, Cheequetabah était perplexe.
     Assistaient également à la scène Stravisky et Hutch, et visiblement, ils auraient préféré pas.
     Stravisky se lustrait ostensiblement les ongles, avec un luxe de détail qui dénotait bien son désir brûlant d'être à ce moment n'importe où, mais pas ici. Quant à Hutch, il cherchait apparemment à faire croire qu'il se passionnait pour les rivets qui fixaient les gaines d'aération de la pièce, mais un je-ne-sais-quoi laissait penser qu'il aurait plus que volontiers tenté la technique du "j'm'éloigne-sur-la-pointe-des-pieds-l'air-de-rien-j'existe-pas-pom-pom-pom".
     Mais, toute gênante qu'était la situation, ils gardaient le courage de rester car ils le savaient bien, que de toute façon, en tant que sauveur de l'Univers, c'est Klinty qui  aurait le dernier mot.


     Il y eut une sorte de gargouillis infâme, comme si on fouillait avec une spatule dans des tripes baignant dans des mucosités immondes, et l'imposant Djobha (dit le Hutin), prêteur sur gages, répandu sur sa couchette, ouvrit la chose caverneuse et glaireuse qui lui servait de bouche, et dit :
     «Gahagaga, gagagghaaga, gha, gagagagggaah !
     - Oui, seigneur, répondit la silhouette sombre qui se tenait debout à côté. Djoni S. Aleedey, c'est noté, seigneur Djobha.
     - Gaagaghga, ghaaaa, gagag !
     - Les petits gnomes l'ont repéré, capturé mais il s'est échappé. Très bien, seigneur Djobha, ainsi ce sera facile de retrouver sa trace, seigneur Djobha.
     - Gaahghaga, gaaaaaa ! Ghagha !
     - Il paie ou je l'emmène ici et il meurt, c'est simple et efficace, mon seigneur, comme toujours. Heu, seigneur Djobha ?
     - Ghaga ?
     - Vous avez un peu de... qui dégouline... Non, de l'autre côté... Voilà...
     - Gh.
     - De rien.»


     Djoni et Hildegonde s'étaient retirés pour délibérer tranquillement. Le choix était décisif. Leur vie était prête à basculer - si ce n'était déjà fait.
     «Écoute Djoni, je crois qu'on n'a pas le choix. Ça m'énerve à devoir l'admettre, mais il nous faut les suivre et les seconder. Et puis regarde : si jamais on les aide, on sera forcément récompensé, tout plein de schblomphs, et hop, c'est la fin de nos problèmes ! Tu te rends compte !
     - Ouais, c'est ça, ben voyons, je me rend super compte, à donf, ça va marcher comme sur des roulettes, on entre dans la prison la mieux gardée de l'Univers, au nez et à la barbe d'une légion impériale entière, et hop, on ressort avec la Princesse Cracra-machin là, tranquillou milou les mains dans les poches, bien sûr ! Tu parles, tu cherches n'importe quel prétexte pour suivre ce type, ce Klinty... parce que, je vais te dire, t'es amoureuse, voilà, ha haa !
     - Quoi ? Quoi ? s'exclama Hildegonde d'un ton offusqué, moi, moi, amoureuse de ce... de ce... bellâtre ? Non mais qu'est-ce que tu vas insinuer ? Que j'aimerais me faire prendre  à même le sol forcée par ses bras puissants de grande brute et me cambrer bestialement sous ses coups de boutoir de fier étalon qui me transporteraient au septième ciel et me feraient hurler sans retenue de plaisir sauvage, divinement abandonnée à la luxure des ébats lubriques et animals ? Alors là, n'importe quoi !
     - Ha bon, bon, j'ai rien dit... Bon, d'accord, d'accord, on y va, libérer la Princesse Viagra-truc, là, pfff...»


     Le colonel en avait pourtant vu des vertes et des pas mûres dans sa carrière. Et actuellement affecté à la légion gardant le Palais Impérial, il était habitué à repousser les  critères de la normalité dans des recoins insoupçonnés. Mais là tout de même, debout face à la baie vitrée de son bureau, main dans le dos, surplombant une partie des jardins impériaux, il restait  songeur et nerveux.
     Il repensait à son étrange entrevue avec le chef des prisons spéciales du Palais. Il avait fini par à peu près s'habituer à la présence de ce qu'on avait de la peine à appeler un humain : avec ses cheveux en touffes rares et filasses, sa bouche tordue dans un rictus laissant apparaître des dents jaunâtres, il traînait avec lui sa réputation de terreur pure. On disait qu'il riait alors que le sang de ses victimes pissait partout à gros bouillons et l'éclaboussait ; qu'il n'aimait rien tant que le son des os qui craquent, et qu'il avait une collection de CD qu'il avait  constitué lui-même, et qu'il ré-écoutait le soir avant de s'endormir ; certains affirmait même qu'il avait caché des tas d'aveux pourtant spontanés rien que pour avoir le plaisir de continuer de  charcuter ses victimes.
     C'est dire si le colonel s'était senti surpris quand le responsable du département Logistique lui avait communiqué les listes de fournitures sollicitées par les prisons spéciales, en lui faisant part de son propre étonnement. En effet, au lieu des barils d'acide, des seringues ou des clous habituels, il avait bien lu ce qu'il avait lu, inscrit noir sur blanc sur du papier officiel des Armées Impériales. Alors bien entendu, il avait convoqué le chef des prisons, pour comprendre. Parce que, tout de même, "papier crépon", "feutre", ou "rubans et paillettes",  c'était curieux.
     Le colonel sentait qu'il allait devoir faire une visite à ces foutues prisons. Non que ça lui faisait plaisir, c'était des lieux où il n'avait jamais mis les pieds, et où il avait espéré ne jamais avoir à le faire. Mais il n'arrivait pas à s'ôter de la tête la réponse du chef des prisons spéciales. Il se passait quelque chose d'anormal.

     Il avait répondu : «parce que c'est joli».
par Djac Baweur publié dans : Les aventures de Djoni, baroudeur de l'espace
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Dimanche 22 avril 2007
(Note aux éventuels nouveaux lecteurs : pour comprendre quelque chose à ce qui suit, il est fortement recommandé de lire les épisodes précédents).


Your Djac Baweur© product will be repaired at the Djac Baweur© service stations listed hereunder. In case the repair work required is beyond their capabilities, they will introduce you to one of the service stations near their location where it is possible for the repair to be done.

Votre produit Djac Baweur© sera réparé dans l'un des centres d'après-vente dont la liste figure ci-après. Au cas où les réparations dépassent leur capacité, ces centres vous présenteront à un autre centre d'après-vente à proximité où les réparations seront possibles.

Ihr Djac Baweur©-Produkt wird von den nachstehend aufgelisteten Djac Baweur©-Kundendienststellen repariert. Für den Fall, daB die erforderliche Reparaturarbeit die Fähigkeiten dieser Kundendienststellen übersteigt, werden Sie an eine nahegelegene Reparaturstelle verwiesen, wo die Reparatur durchegeführt werden kann.

Su producto será reparado en las estaciones de srvicio listadas aqui abajo. En caso de que la tarea de reaparçion requiereda esté fuera del alcance de su capacidad, éstas le presentarán una de las estaciones de servicio de las cercanias donde es posible que le puedan efectuar la reparaçion.


Europe
France
Frison-en-Bressois, 5 place de la Mairie
(à droite après le feu, demander Roger au Café des Sports)


Épisode taine

    Pour qui aurait tendu l'oreille dans le silence oppressant qui pesa soudainement telle une chape de plomb dans l'atmosphère électrique, un air inquiétant et obsédant d'harmonica sur trois notes dans le lointain aurait probablement bizarrement agacé ses tympans. Ainsi que le chuintement épris de solitude d'un vent sec balayant la plaine brûlante.

    Zorg faisait face à la Princesse Lycra.

    La Princesse Lycra sautillait sur place en inspirant et expirant régulièrement, les bras ballants, tandis que Zorg levait et baissait ses épaules, tout en effectuant des assouplissements du cou en remuant lentement la tête dans tous les sens.
    L'affrontement était maintenant imminent.
    Ça allait chier grave.

    Un Garde impérial, évitant scrupuleusement de regarder la Princesse pour éviter de s'échauffer en la regardant s'échauffer, vu les résultats qu'opérait la gravité sur les parties charnues de la Princesse sautillante, déposa des serviettes éponges et des bouteilles d'eau sur les chaises respectives des deux protagonistes. Un autre déposa dans un coin un telcom duquel échappait faiblement des flots de paroles nasillardes :
    «...non mais tout de même, je l'avais pourtant prévenue, tu crois qu'elle y aurait fait attention, mais non voyons, toujours plus maligne, mais vraiment les gens maintenant ils se croient tout permis, au lieu de travailler et de gagner honnêtement leur vie, ils préfèrent s'amuser ha oui alors là évidemment pour faire la fête alors là hein, c'est une honte de voir des choses pareilles, parce que tu comprends moi je le savais bien que de toute façon...»

    La Princesse Lycra souleva son sourcil gauche, et tendue et concentrée, fit, avec juste ce qu'il fallait de mépris contrôlé :
    «C'est quoi, ça ?»
    Zorg fit une moue contrariée, et répondit calmement, les yeux mi-clos :
    «Mmmmmh, ce n'est rien, un petit... contretemps fâcheux, mais cela ne devrait pas nous gêner.»


    Alors que le Sigma Fox Shippyards Coco Alpha-Class Shuttle Millenium Air Wing Falcon Omega III et les deux navettes de Stravisky et Hutch produisant leurs habituels et irréels couinements enragés de pneus chauffés à blanc, surgissaient à pleine vitesse du hangar de la base des affreux gnomes, ladite base explosa dans une boule de feu monumentale et démesurée en une pluie d'étincelles du meilleur effet.
    Car c'est un fait que, alors qu'aucune raison rationnelle ne semble le justifier, une base ennemie explose toujours dans des gerbes pyrotechniques impressionnantes quand les héros s'enfuient victorieusement (la fuite d'un héros est toujours victorieuse), le tout sous des fanfares de cuivres claironnantes.
    Or, respectons donc les bonnes vieilles traditions narratives, afin de faire de cette histoire un récit consensuel et rassembleur de toute la famille, toute entière, petits et grands, réunie autour de l'écran et riant de bon cœur aux blagues de ce diable de farceur de Djac, après que les enfants aient fini leur devoir et lavé leurs mains, que maman ait fini la vaisselle et mis le rôti au four et que papa soit rentré du travail, le chien observant la scène en jappant joyeusement (oui, dans le même temps, préparons-nous d'ores-et-déjà psychologiquement à l'après-présidentielle, les amis...).
    Toujours est-il que c'était la liesse dans le poste de pilotage du Sigma Fox Shippyards Coco Alpha-Class Shuttle Millenium Air Wing Falcon Omega III, on déboucha une bouteille de Nutella et on sortit des pots de Champagne, on s'embrassa, on cria sa joie, on railla l'hideuseté difforme des sales petits gnomes qui n'étaient plus qu'un mauvais souvenir, on refit le match, on mima les actions les plus déterminantes, on disserta sur l'exactitude des faits que la faconde alcoolisée exagérait, on fit péter les chips et les caouhettes, et personne ne faisait attention à la voix ennuyée d'Ikselle noyée dans le joyeux tintamarre :
    «Et, psst, sivouplé, on va où, maintenant, là ? Nan mais, sérieux, je fais quoi ? Hé ho ?»


    Zorg engagea la partie par un toisage classique, les yeux mi-clos dans une condescendance souveraine dont il avait le secret, et effectué bien entendu à la perfection.
    La Princesse, bien entraînée, encaissa sans difficulté, et enchaîna avec un toisage de base, histoire de tâter le terrain, le regard méprisant au possible.
    Zorg riposta avec son pilonnage habituel de toisage lifté à deux mains, ce à quoi s'attendait la Princesse, qui accéléra subitement et chercha le toisage gagnant pour tenter de toiser à la volée afin de déstabiliser le toisage de fond de cours de Zorg.
       Hélas, elle toisa pour cette fois en faute (un Garde Impériale se mit à beugler : «OOOOOOOOUUUUUT !!!!!!»), il lui fallait encore se régler, ça n'était que le début.

    15 - 0, Zorg service à suivre.

    La partie, promettant une jolie opposition de style, ne faisait que commencer.
    S'il vous plaît, les joueurs sont prêts, merci.


    Stravisky, Hutch et Klinty se concertaient  à l'écart, dans une des coursives du vaisseau.
    Droit et digne, Klinty se tenait de toute sa hauteur, bras croisés, menton relevé, et regard fièrement porté vers le lointain (lointain assez fictif, puisque les coursives d'un vaisseau spatial sont plutôt étroites, mais bon, tout est dans l'intention).
    Apparemment, se tenait un conseil de guerre de la plus haute importance, où l'on discutait ferme stratégie et diplomatie, dans les hautes sphères de ce qui allait compter dans l'histoire de la galaxie.
    Approchons-nous pour profiter de ces moments historiques uniques et fascinants, de ceux qui font que le destin des peuples peut basculer sur un rien à tout moment :

    «Alleeeez quoi ! Klinty !
    - Nan !
    - Klinty, sois raisonnable, c'est important, enfin, tu sais bien !
    - M'en fous, j'irai pas !
    - Bah, écoute, c'est ballot, elle voulait sûrement pas dire ça...
    - Elle fait rien qu'à m'embêter, alors tant pis pour elle, na !
    - Mais, Klinty, et la Rebellion ? On a besoin de la Princesse comme leader, sans ça c'est tout qui tombe à l'eau, et c'est l'Empire qui en sort grand vainqueur, tu sais bien, quoi !
    - M'en fous ! L'avait qu'à pas être méchante !
    - Rhaaa, mais arrête, c'était pas sérieux, elle le pensait pas, elle était énervée, tu la connais, quoi, Klinty...
    - Mmhmgnngmnmg...
    - Allez Klinty ! Faut y aller ! Faut la délivrer ! Elle nous a envoyé te chercher, c'est quand même un signe, ça, non ?
    - Mouaiiis...»


    Zorg serra la main à la Princesse Lycra :
    «Bravo, bien joué, vraiment !
    - Je vous en prie, c'était réellement un beau match !
    - Non, non, vraiment, vous m'avez surpris, je croyais tenir la partie en main, et puis...
    - Ha oui, à 5-3, je commençais à douter, mais vous avez eu cette petite défaillance, là, le sourcil gauche...
    - Et vous avez su superbement en profiter à votre avantage, c'était très bien joué. Mais ça n'est que partie remise, je vais finir par vous faire craquer vous savez, j'ai tout mon temps...
    - Hé bien, mais, je vous attends, je n'ai certainement pas dit mon dernier mot...»


    Groumphi fut alpagué par son chef dans le couloir sordide longeant les sombres cachots des terribles geôles secrètes impériales.
    Le chef était petit et nerveux ; il lui manquait des touffes de cheveux filasses, le coin droit de sa lèvre supérieure restait soulevé en permanence, laissant apparaître des espèces de crocs jaunes sale.
    «Dis-donc, Groumphi ! C'est quoi cette putain d'odeur ?
    Groumphi prit son air le plus penaud, triturant ses doigts et baissant la tête.
    «Ben ça s'appelle Soir d'Été en Provence, chef. C'est de l'encens, chef.
    - De... du quoi ?
    - De l'encens. Un truc pour sentir bon.
    - Mais qu'est-ce que c'est que ce putain de bordel ! Ici ce sont les putains de prisons secrètes de l'Empereur ! Ici c'est le pire cauchemar qui puisse arriver à quelqu'un dans toute la galaxie ! Ici ça pue le moisi et la fiente de rat ! Et ici les gardes comme toi sont recrutés en fonction du nombre de membres de leur famille qu'ils ont violés ou éviscérés ! Alors ces putains d'histoires de trucs qui sentent bon, c'est fini, compris ?
    - Voui, chef.»
    Le petit nerveux s'éloigna à son habituel pas précipité et irrégulier de dangereux psychopate, et laissa Groumphi, seul, songeur.
    Puis, ce dernier se retourna, et embarqua lourdement sa carcasse de 130 kilos vers le petit poste de garde, où il rejoignit Kraboum.
    «Alors, il voulait quoi, le chef ? demanda Kraboum, sans lever les yeux de son ouvrage.
    - Ho, c'est rapport à l'odeur, ça lui plaît pas...»
    Cette fois Kraboum regarda son collègue :
    «Bah oui, hein, mais qu'est-ce qu'on peut y faire ? Elle serait vraiment pas contente, hein ?
    - Beeeen... Non. Ça, c'est sûr, elle serait vraiment pas contente...»
    Groumphi poussa un long soupir. Puis il ajouta :

    «Et sinon, toi, ça avance tes rideaux ?» 
par Djac Baweur publié dans : Les aventures de Djoni, baroudeur de l'espace
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