Carnet


Visiteurs
Dont 5 en ce moment

Djac Baweur participe au projet d'Elise Velle !


Chouettes lectures :



Ley Fasbuleuses Lesgendes d'Ameerone :
Introduction, règles,
Liste des joueurs
et Cartes

Lundi 3 décembre 2007

Alors voilà.


Dans le genre pari bloguesque complètement fou et gageure délirante insensée, je vais tenter l'impossible, oui, mesdames - mesdemoiselles zet messieurs, devant vous, devant vos yeux ébahis par tant de masochisme puéril et de narcissisme naïf, je vais me lancer dans du lourd, dans du costaud, dans du gros gibier.

Je vais, oui, je vais, et j'ai du mal à écrire ces mots en gardant à l'idée que je suis bel et bien sérieux et que ce n'est pas une plaisanterie, je vais tenter d'analyser La Mer de Debussy.

Oui, là, sur ce blog. Si.


Bon, on va dire, le premier mouvement, De l'aube à midi sur la mer (les deux autres, c'est un peu plus spécial, Debussy est le spécialiste des trucs inanalysables).

Analyser, c'est-à-dire décortiquer la musique, soulever le capot du moteur pour mettre les mains dans le cambouis et constater que la voiture elle avance pas par magie. Et je vous rassure, en essayant de faire en sorte qu'aucune connaissance pointue en solfège ne soit requise, à part que la gamme c'est do-ré-mi-fa-sol-la-si-do, et savoir reconnaître un peu les instruments(1), des trucs comme ça.

On va bien voir ce que ça donne.


Accrochez-vous, je sais pas où je vais.




De l'aube à midi sur la mer

Alors on va entamer par un truc de dingue, qui va sans doute vous estomaquer et vous conforter dans l'idée que décidément, la musique c'est bien complexe : on va commencer par le début. Et, pire, le début commence précisément par une introduction. Ha là là, j'avais prévenu que ce serait du costaud, hein ?


En effet, globalement, ce premier mouvement peut se diviser en quatre sections : une courte introduction, donc, une première grande section, une deuxième grande section, et ce qu'on appelle en musique une coda, c'est-à-dire une conclusion, en somme.


Je résume, voilà le schéma de De l'aube à midi sur la mer :



Introduction - Section 1 - Section 2 - Coda.


Et c'est pour ça qu'on va commencer par l'introduction. Et qu'on concluera par la conclusion.

C'est bien foutu, quand même.




Introduction


(attention, ça commence pas fort du tout, augmentez le volume)

Cette introduction est elle-même décomposable en trois périodes disctinctes.


J'ai bien conscience que ça ressemble un peu à du saucissonage en petits bouts, mais d'une part, c'est pratique pour savoir de quoi on parle, et d'autre part, rassurez-vous, le but sera de recoller tous les bouts à la fin, avec ce sentiment exaltant d'avoir traversé victorieusement les épreuves afin d'entendre les choses d'un œil nouveau. Ou les voir d'une oreille neuve, enfin un truc du genre qu'on dit dans ces cas-là pour faire classe.

Période 1

Le mouvement commence donc comme ça.


Croyez-moi, croyez-moi pas, ce petit début qui paraît rien du tout qu'autre chose qu'un vague remugle étrange, en fait contient en germe tout le reste du mouvement.

Si.

Si, je vous dis.

Mais si, enfin, quoi, faites-moi un peu confiance, merde, ou alors allez sur un blog à deux balles qui raconte qu'aujourd'hui machin est allé s'acheter des nouilles et à éternué deux fois, zut à la fin !

Non mais quoi.

On a à peine démarré que vous commencez déjà à me chercher, là.


Bon.

Ce début est fait de quoi ?


Il est fait de plusieurs couches qui se superposent, en entrant successivement : d'abord un son grave tenu (contrebasses et roulement de timbales très doux), puis les deux harpes en réponse sur deux notes, puis les violoncelles avec une sorte de rythme d'appel caractéristique(2), et enfin une ligne montante des altos.

Le fait marquant est que tous ces éléments n'utilisent, globalement, que quatre notes, utilisées en boucle : si, do#, fa# et sol#.


En soi, le nom des notes on s'en fout ; l'important, c'est d'abord de constater combien un bout de musique qui n'est pas constitué par la gamme do-ré-mi-fa-sol-la-si-do entretient un sentiment, une atmosphère différente, particulière. C'est là toute la force des modes, un des moyens musicaux fondamental que Debussy va beaucoup utiliser pour chercher à se sortir des techniques musicales antérieures, fondées sur la tonalité (et donc, en particulier, sur la gamme do-ré-mi-fa-sol-la-si-do).

Ici, c'est un mode un peu particulier, qu'on appelle tétraphonique (quatre sons, donc), pas très éloigné du mode pentatonique (cinq notes) utilisés par les chinois, et que vous pouvez obtenir en jouant les touches noires du piano (si vous avez un piano à portée de main ; sinon, courrez acheter un piano avant que le magasin ne ferme, puis revenez lire ce billet).


L'intérêt de ce genre de mode, c'est que, en mélangeant des couches différentes comme dans ce début, ces couches ce superposent et finissent par définir un agrégat de notes, une harmonie globale, qui n'est pas du tout un accord parfait traditionnel, puisque faite de toutes les notes du mode empilées en même temps. Ça paraît rien, c'est un truc que font les africains depuis belle lurette, par exemple (ça leur permet de superposer des couches de rythme), mais dans l'histoire de la musique occidentale cette manière de faire est plutôt inédite à l'époque. La tonalité, système utilisé jusqu'alors depuis le 17e siècle, privilégie au contraire certains accords, et les classe hiérarchiquement en fonction de leur rapport respectif avec la note principale, la tonique. Ce geste de Debussy, utiliser un mode en faisant entendre toutes les notes du mode en même temps pour en générer une harmonie, c'est donc une manière douce mais ferme de dire merde au système de la tonalité, pour dire les choses sans chichis, et de privilégier la couleur, la sensation, induite par le caractère propre du mode.


L'autre chose importante à constater, c'est que l'utilisation de ce mode définit ici, de fait, certains intervalles (espaces entre les notes)  ces intervalles sont caractéristiques, au nombre de trois :


Si-do# (ou fa#-sol#) donne un intervalle de seconde ;

sol#-si donne un intervalle de tierce ;

do#-fa# donne un intervalle de quarte.


Encore une fois, au fond, peu importe les noms des intervalles en question : ce qui est remarquable, c'est que ces trois intervalles vont servir de briques fondamentales à tout le reste du morceau. Secondes et tierces pour l'essentiel du mouvement, et la quarte en soudaines apparitions, justement pour trancher sur le reste dans les moments qui le demandent, notamment la coda.


Et c'est ce que je vous disais, là, plus haut, que vous me croyiez même pas : ce tout début contient en germe les éléments fondamentaux de tout le reste de la musique qui va suivre. Et ça a un sens, au fond : naissant du silence, d'un son presque indéfinissable, ce tout début est comme un monde qui se met à germer sous nos oreilles, partant d'abord d'un ADN fondamental, qui va générer tout un univers, tout un être.

Rappelons-nous du titre : De l'aube à midi sur la mer.

Faut-il réellement le prendre à la lettre, c'est-à-dire que le morceau va chercher à nous décrire la mer, avec les vagues, les mouettes, les chalutiers, l'odeur de poiscaille et tout ça ?


Certainement, non, Debussy lui-même a toujours été très clair là-dessus : ce qui compte, c'est le déroulement de la musique en lui-même, pas ce qu'elle est censée décrire d'extérieur à elle-même.

C'est précisément pour cela, par exemple, qu'il a écrit les titres de chacun de ses Préludes pour piano non pas en tête de la partition, mais à la fin, et entre parenthèses, et avec des points de suspension... Tout ça pour signifier que le titre, aussi évocateur soit-il, n'a à être pris que dans un sens poétique, et non dans un sens littéral en tant que programme extra-musical que la musique serait censée illustrer.


Debussy adorait la mer, elle l'a inspiré, mais il ne cherche surtout pas à décrire la mer. De l'aube à midi sur la mer, cela évoque plus une notion de trajectoire, un devenir, une naissance jusqu'à une apogée.


Vous commencez à l'entr-apercevoir, le génie, là, mmh ?




(1) Si jamais vous avez du mal avec les instruments, achetez donc Piccolo, Saxo et compagnie à votre petit neveu pour Noël, puis piquez-le lui à la première occasion.
(2) typique de Debussy - si vous en avez l'occasion, écoutez Sirènes (le dernier des Nocturnes), ça vous dira quelque chose !

par Djac Baweur publié dans : De l'Art musical et autres balivernes symphoniques
ajouter un commentaire commentaires (16)   
Vendredi 23 novembre 2007

Moi, ça a commencé par Piccolo, saxo et compagnie.


L'histoire de Piccolo, qui nous fait découvrir ses amis de l'orchestre.259558630-L-copie-1.jpg Et pis aussi, sur un autre disque, pour faire découvrir les balalaïkas, les maracas, les flûtes de pan, les sitars, et autres instruments du monde.

Alors Piccolo, saxo et compagnie, c'était du genre en boucle, voyez, «encore, encore», le vinyle qu'on grave une seconde fois, à force de passage sous le diamant, voyez. Enfin, c'est ce qu'on m'a raconté, moi j'étais trop petit pour m'en souvenir.


Et puis, bon, évidemment, dans le même temps, Pierre et le Loup, dans la version de Gérard Philippe, tellement écoutée que c'est pas possible, y'a pas moyen, toutes les autres versions que je peux entendre maintenant ne me satisfont pas («mais naaaan, là il dit pas grand-père comme il faut, c'est n'importe quoiiii, et pis le "attention !", il le fait pas bieeen !»).

2150-2.JPG


Après, vers les neuf ans en gros, il y a eu Bach.

Ouais, carrément. Autant ne pas faire les choses à moitié, hein, pas de demi-mesure. Donc paf : Johannes-Sebastien, Jojo-seb pour les intimes.

Je me rappelle, mes deux cassettes audios des variations Goldberg (par Gould, c'était l'époque), et des trois concertos pour violons (Anne-Sophie Mutter et Salvatore Accardo, probable que je choperais des boutons à l'écoute de cette version maintenant, les choses ont bien changées...).

Et je me souviens comment je mettais ma tête tout-près tout-près du lecteur à cassette, juste entre les deux haut-parleurs, qui (grandiose !) faisaient la stéréo, et je fermais les yeux.

Et après, je braillais du Bach à longueur de journée en construisant mes bases interstellaires et mes robots bioniques en légo.


Il y a eu aussi, en cassette, l'Arlésienne de Bizet, tube absolument redoutable, y réfléchir à deux fois avant de le faire écouter à un enfant, sous peine de scie épuisante et inépuisable.

Et puis la Jeune fille et la Mort, le quatuor de Schubert. Oui, à neuf ans, la Jeune fille et la Mort, bon ben ouais, voilà, chaipas, mais enfin, ça m'a pas trop traumatisé, non plus, hein.

(Ou alors...

Ou alors, si, ça viendrait de là, en faiiiit... Haaaa...)


Troisième grand étape, ado : la musique russe.

La musique russe à la fin du 19e et début du 20e siècle (comme beaucoup de musiques étrangères au consortium Allemagne-Italie) a ceci de particulier d'avoir cherché à se démarquer du style européen académique en faisant appel à des thèmes populaires, ce qui amène à "colorer" la tonalité par des modes inusités jusque-là, et à donner une pêche rythmique particulière.

Du coup, Une Nuit sur le Mont Chauve de Moussorgsky, ou La grand Pâque russe de Rimsky-Korsakov ont été des must dans mon histoire auditive et musicale, ou Les Danses Polovtisennes du Prince Igor de Borodine. (La grande Pâque russe, si vous trouvez, écoutez ça, ça déménage un max : je ne comprends pas, c'est jamais joué. C'est une sorte de poème symphonique, qui s'inspire de la liturgie orthodoxe - d'où la Pâque.)

J'ajoute les quatuors de Chostakovitch, qui, si j'ai un peu laissé tomber maintenant (ça lasse, je trouve, par manque de "matière"), m'ont vraiment nettoyé les oreilles au moment où ils sont tombés dedans.


Et puis, il y a eu la bombe Bartok, arrivée par les quatuors. J'y ai senti un monde, un univers, foisonnant, râpeux mais généreux, exigeant mais sensible, à la fois libre et cohérent, abondant et explorable à l'infini. Un monde à moi.

Qui met des notes sur mes mots.

Qui met des notes là où je n'ai pas de mots.


Et puis est aussi arrivé Debussy.

Debuss5.jpgBêtement : il s'agissait de choisir une œuvre pour mon mémoire d'analyse au conservatoire de Montpellier. Alors, bon, bien embêté, je ne sais même plus pourquoi j'ai choisi La Mer de Debussy : probablement parce qu'au fond, je ne comprenais pas grand'chose à cette musique que je n'avais écouté que d'une oreille, et qui me semblait fuyante, glissante, sans aspérité saisissable, et que c'était le moyen de se pencher dessus pour me rendre compte sur pièce.

Oui mais voilà : se retrouver avec la partition de La Mer, scrutée mesure par mesure, note à note, à la ré-écouter des dizaines de fois, passage par passage, c'est entrer en communion avec ce qu'il y a de plus génial en musique, avec ce que le sonore est capable de générer de plus incroyable, d'invraisemblable, de plus sensuel, d'intelligent, de merveilleux : d'inouï, au propre comme au figuré.


Cela dit, plus le temps passe et plus je me rend compte à quel point je préfère jouer la musique que l'écouter. Jouer soi-même est évidemment une place privilégiée pour découvrir les œuvres.

Écouter me laisse passif, et frustré de ne pas saisir les détails, de ne pas être en plein milieu. Me trouver face à un orchestre me donne une drôle d'impression : car ma place, c'est dedans... Un peu comme un chirurgien qui serait hospitalisé, un boulanger qui irait acheter du pain, un prof qui se retrouverait en cours, un policier qui irait déclarer le vol de son scooter...

D'autant que la place d'altiste est évidemment parfaite pour cela, puisque vous vous retrouvez au cœur de l'harmonie, à manier toutes ces notes qui ne s'entendent pas directement mais qui sont nécessaires à former la matière sonore en devenir. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Mozart himself préférait jouer à la place d'alto en quatuor, précisément pour être au milieu de la musique.


C'est pour cela que jouer la 2e symphonie de Brahms a été un remuage de tripes assez impressionnant (première œuvre jouée en orchestre à l'alto - ça le fait).

Jouer la 3e symphonie de Beethoven à été un choc tellurique. J'ai toujours, depuis, les poils qui se dressent, la gorge qui se serre, et la sensation de m'élever au dessus du sol, au même endroit de la partition, dans le deuxième mouvement, au point culminant, vous savez, là, mais si, quand ça fait taaa-tatataaaa-ta-ta-taaaa, lààà, mais siii, enfin voyoooons... (Bon, je vous ferai écouter si vous êtes sages).

Puis jouer la 1ère symphonie de Malher, une révélation, une fulgurance.


Et puis, enfin, j'ajouterais l'émotion la plus récente, ce concert de musique indienne.

Quand la musique devient un rituel sacré, que la moindre note, la note la plus humble, si intensément pure, presque douleureusement pure, vous connecte avec l'Univers entier sans que vous compreniez bien pourquoi, et que vous sortez de là en ayant l'impression étrange mais réelle que vous avez un peu mieux saisi ce qu'est l'être humain.


Voilà, en très résumé, les grandes étapes de mes découvertes et impressions sonores.

J'espère, évidemment, en découvrir encore, des merveilles.

Et  je me demandais, par curiosité : et vous ?


C'est marrant, mais les tubes de variété ou rock qu'on a adoré et qui ont accompagné nos années passées, on a aucun mal à les évoquer et les confronter à ceux des autres, avec à la fois nostalgie, dérision, et délice.

Mais les œuvres classiques qui ont pu nous marquer, on les garde plus secrètes, pudiquement, comme quelque chose d'intime et de profond, ou peut-être est-ce juste parce que cela ne participe pas, socialement, à un mouvement mis en valeur, je ne sais pas.


Alors, amateur(trice)s passioné(e)s, ou simples auditeur(trice)s à l'occasion, quels sont, pour vous, les chocs musicaux, les souvenirs de concerts inoubliables, les œuvres, ou les principaux compositeurs qui vous restent gravés, qui vous ont remués, qui vous ont marqués, et vous accompagnent ?

par Djac Baweur publié dans : De l'Art musical et autres balivernes symphoniques
ajouter un commentaire commentaires (53)   
Samedi 17 novembre 2007

 Après les circonvolutions spiritualo - philosophiques du dernier billet, aspirinatoires et nurofenesques, accordons-nous un peu de légèreté et de détente, histoire de décompresser les neurones.


Et même un peu plus que ça, puisque c'est du Mozart.

Bé si.

Vous savez bien.

L'écoute de Mozart augmente le Q.I., c'est sci-en-ti-fi-que.


Donc, passez-vous cette vidéo en boucle pendant 12h, et demain vous avez un cerveau de prix nobel. Voire de deux prix nobels, selon le niveau duquel vous démarrez.


par Djac Baweur publié dans : De l'Art musical et autres balivernes symphoniques
ajouter un commentaire commentaires (13)   

Album

RSS and Co

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
Blog : Société sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus